Réflexions et premiers développements pour l’application ad-hoc de PerVisum

Le projet PerVisum place le protocole IIIF (International Image Interoperability Framework) au cœur de ses réflexions afin de tester son intégration dans la publication d’articles scientifiques. L’objectif est double : démontrer l’intérêt de l’utilisation d’une technologie interopérable telle que IIIF pour la diffusion des images exploitées en contexte éditorial, et développer un outil applicatif sur mesure permettant un enrichissement de ces images afin de proposer de nouvelles expériences d’écriture et de lecture.

IIIF permet de dépasser la mise à disposition statique des images et la consultation figée grâce aux possibilités de zoom profond et d’annotations. L’application développée doit donc permettre, dans la phase d’édition, de rassembler les images sélectionnées pour l’article et d’organiser le contenu/l’annotation scientifique devant accompagner et éclairer l’image à sa mise en ligne.

Pour cela, la principale piste technique est de faire en sorte que toutes les images soient uniquement traitées par le protocole IIIF, autrement dit que l’application n’enregistre jamais les images mais uniquement des manifestes IIIF contenant les liens des images à charger et les annotations associées. L’utilisateur pourra constituer son corpus d’images et le structurer : pour s’adapter aux besoins éditoriaux et scientifiques de chaque article, le projet PerVisum a pour volonté de construire une application offrant une souplesse d’utilisation.

Chaque image pourra ensuite être enrichie avec différents types/niveaux d’annotations : un simple tag, un lien vers une ressource complémentaire ou bien l’ajout d’un texte riche qui serait un véritable déroulé scientifique autour de l’image ou d’une zone d’attention.

Au niveau technique, l’objectif est que l’ensemble de ce travail de manipulation et d’édition réalisé sur le corpus d’images soit conservé dans un seul type de fichier : le manifeste IIIF, conforme à l’API Presentation en version 3. Aussi, le corpus d’images contenant l’ensemble des images ajoutées serait conservé comme des canevas dans les items du manifeste et constituerait l’objet intellectuel dont le travail de mise en forme, de structuration et d’annotation serait enregistré dans une autre partie du manifeste, les ranges permettant de hiérarchiser et séquencer le contenu des items.

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Le lot d’images originales reste donc préservé de toute modification et distinct de la matière éditoriale produite mais l’un et l’autre sont accessibles depuis un même fichier. Cette organisation permet de conserver le contexte de l’image éditée et de faciliter un travail d’édition de long terme qui peut nécessiter des reprises. Pour la mise en ligne finale et donc la consultation de l’article, seule la séquence (les ranges) contenant le propos scientifique structuré est affichée dans la visionneuse afin de guider le lecteur. 

Ces expérimentations soulèvent quelques questionnements techniques : utiliser IIIF pour construire son article sous-entend que les images soient préalablement hébergées via ce protocole. Or, rien ne garantit que les images nécessaires émanent de sources entrées dans des collections patrimoniales et diffusées par les institutions qui les conservent. L’appropriation des ranges dans la partie structures du manifeste IIIF est un autre défi : cette section est, pour le moment, plutôt exploitée par la communauté IIIF pour la réalisation de table des matières et reste donc fidèle à l’ordre des images défini dans les items. A ce jour et à notre connaissance, aucune visionneuse ne permet une lecture prioritaire de la séquence définie dans les ranges sur celle définie dans les items. Il s’agit là d’une fonctionnalité à explorer.

L’utilisation de IIIF et de ses possibilités d’annotations dans les articles scientifiques poursuit deux buts : d’une part, l’enrichissement d’images insérées dans les articles dits de forme traditionnelle dans lesquels l’image a plutôt une valeur illustrative et est insérée autour du texte. De l’autre, l’expérimentation d’un nouveau type d’article scientifique orienté image qui proposerait un nouveau mode de lecture avec cette fois, le texte autour de l’image : tout l’article serait contenu dans une visionneuse IIIF et la séquence d’images annotées serait le véritable fil conducteur du propos scientifique. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une lecture dynamique de l’image qui est intégrée dans l’article.

Valoriser la réflexion scientifique par l’image est un besoin que l’on retrouve dans des disciplines comme l’histoire de l’art où cette image est au cœur des démonstrations. Le lecteur doit pouvoir mieux voir l’image et, grâce au protocole IIIF, bénéficier in fine d’une expérience de lecture interactive sans pour autant pouvoir s’éloigner du cheminement scientifique défini lors de la rédaction du contenu intellectuel qu’il consulte.