Les textes alternatifs en édition numérique
Guide d’écriture

Note de l’éditeur

Ce guide d’écriture a été conçu par l’unité d’appui à la recherche InVisu (CNRS/INHA), dans le cadre de la pépinière de revues numériques DeVisu. Il doit permettre aux éditeurs et aux auteurs de comprendre la manière dont le sens des images peut être rendu accessible par l’écriture aux lecteurs malvoyants. Cette première ébauche a vocation a être remaniée, amendée et étendue – de la part des auteurs et du public. Nous attendons toute remarque et proposition d’amendement, que vous pouvez nous adresser par courriel : pepiniere-devisu@inha.fr

Qu’est-ce qu’un texte alternatif ?

Un texte alternatif est la description contextualisée d’une image, destinée à être lue par des logiciels de synthèse vocale, pour les personnes malvoyantes ou aveugles. Il existe plusieurs formats de textes alternatifs : court, long voire structuré.

Le format court est adapté au logiciel comme JAWS (Job Access With Speech) qui ne lit automatiquement que 145 caractères. Les usages sont donc relativement limités, et ne conviennent pas pour l’édition scientifique.

Le format long est adapté aux autres logiciels de lecture (eSpeak, Narrator, VoiceOver, Tanaguru…). Il n’y a pas de limite de taille, mais le texte se limite à une simple suite de caractères. C’est pour l’instant le format pris en charge par le logiciel de publications numériques Lodel, et donc OpenEdition.

Le format structurable peut comporter une mise en page (paragraphes, listes, tableaux…) ainsi que des graphies différentes (italiques, gras, exposants…), qui aident à la compréhension. Bien qu’il s’agisse du format idéal et recommandé par les spécialistes, il n’existe pas actuellement de plateforme dans l’édition scientifique publique qui les prenne en charge.

Écrire un texte alternatif

La cohérence contextuelle

Dans le cas d’un article scientifique, l’image fait partie du propos de l’auteur (à la différence d’une description patrimoniale). Il faut donc en orienter la description selon plusieurs paramètres relatifs au contexte : la description d’une même image sera variable. Il faut d’abord d’objectiver ces paramètres.

Contexte textuel

La première étape est d’identifier le rôle de l’image dans son environnement, quelles sont les informations nouvelles qu’elle apporte, et quelles sont les informations déjà connues sur lesquelles la description peut se fonder (en prenant en compte tant le corps de l’article que la légende elle-même). Il faut isoler le sens de la présence de l’image à cet endroit et le restituer. La description peut donc se baser sur les noms, les dates, les lieux du texte environnant et ne pas les répéter comme si elle les introduisait. En conséquence, une image introductive devra être plus précisément décrite si elle est la base du texte qui suit ; mais très succinctement si elle n’est qu’une image d’accroche.

Public visé

Il faut ensuite identifier le lectorat (âge, niveau d’expertise). Dans le cas d’une publication scientifique, on part du principe que le lectorat est déjà avisé et l’on peut employer des notions et du vocabulaire complexes.

Ton général

Le ton de la description doit être en phase avec celui du texte. Maintenir le ton du texte ne signifie pas une neutralité absolue, mais plutôt d’identifier comment l’image peut être décrite de façon neutre par rapport à son environnement. Une image destinée non seulement à appuyer un propos, mais aussi à transmettre une atmosphère ou une émotion, peut très bien être décrite à l’aide de termes esthétisants, toute proportion gardée. En revanche, il faut veiller à conserver un même ton dans l’ensemble de la publication.

La clarté du texte

L’objectif d’un texte alternatif est d’être le plus clair possible. La clarté naît de la forme (le style) et du contenu (l’objectivation).

Concision

En règle générale, on cherche souvent à aller au plus concis. On évite de répéter les éléments d’explication déjà introduits dans le texte adjacent, notamment les informations contenues dans la légende (à laquelle on peut par contre renvoyer). Aussi le texte alternatif d’une image en début de livre, d’article ou de chapitre aura-t-il plus de chance de demander plus de détails, qui n’auront pas encore été apportés par la lecture. De même, il est inutile de décrire tous les éléments visuels qui ne sont pas porteurs de sens.

Les plages de Santa Monica.

Les plages de Santa Monica.

Dès les années 1910, les plages de la région sont facilement accessibles en voiture (on distingue bien les nombreux espaces de stationnement mis à la disposition des Angelinos) ou en tramway. Collection Elsa Devienne.

Texte alternatif : Carte postale, noir et blanc, vue aérienne. Une grande plage de sable, bordée d’un long parking, d’une avenue et de résidences, s’étire jusqu’à des collines.

Du global au spécifique

Il faut toujours commencer par une description la plus générale possible : la nature du document et l’élément visible le plus saillant (qui peut être le paysage lui-même, ou un objet à l’un des plans). On en vient ensuite aux détails qui permettent de renforcer la compréhension. On peut à la fin ajouter des précisions sur l’ambiance globale de l’image. L’information doit être divisée en segments logiques, courts, et faciles à assimiler.

Gustav Adolf Hallqvist allumant sa dernière lanterne à Stockholm le 18 décembre 1953.

Gustav Adolf Hallqvist allumant sa dernière lanterne à Stockholm le 18 décembre 1953.

Svenska Dagbladet, The City Museum of Stockholm. Photographie : Gunnar Lantz.

Texte alternatif : Photographie en noir et blanc, extérieur nuit, contre-plongée. Un vieil homme allume un lampadaire. Il est monté sur une échelle de bois, porte un trench coat et un chapeau. De sa main droite il se tient à l’échelle, de la gauche il porte une allumette au bec de gaz, à l’intérieur de la lanterne de verre qu’il a ouverte. La flamme s’allume et blanchit la vitre. On distingue d’autres éclairages similaires dans la nuit, au lointain.

Temps et aspects

La description doit être rédigée au système du présent (présent, passé composé, futur proche).

Le vampire sort du néant, 1820.

Le vampire sort du néant, 1820.

Toile imprimée illustrant Le Vampire, mélodrame de Pierre F. Carmouche et d’Abbans, prologue de Charles Nodier et musique de Puccini, représenté pour la première fois à Paris en juin 1820. Bibliothèque Forney.

Texte alternatif : Gravure, monochrome violet. Un jeune homme surgit avec une torche devant une dame endormie, au pied d’un vieil homme barbu entouré d’une nuée. Les deux hommes sont vêtus de cape et de robes à l’antique, la dame endormie porte une collerette d’époque moderne. Le jeune homme est sorti d’une tombe dont il a soulevé la pierre, au pied d’un saule.

Précision

Il faut privilégier un vocabulaire le plus précis possible, notamment pour la nature du document et pour les objets représentés.

« Ordonnance du Roy Henry II. Contenant Reformation de la superfluité des habillemens de soye avec les interpretations faites par ledit Seigneur. »

« Ordonnance du Roy Henry II. Contenant Reformation de la superfluité des habillemens de soye avec les interpretations faites par ledit Seigneur. »

Édition publiée chez Michel Jove et Jean Pillehotte, Lyon, 1577, p. 10-11. Bibliothèque municipale de Lyon.

Texte alternatif : Reproduction de la double page d’un imprimé in-quarto en moyen français. La première page commence par un en-tête en italique, et le texte commence par une grande lettrine carrée : le « H » de Henry.

Descriptions détaillées

Il arrive parfois que ce que représente l’image est si peu habituel qu’il faut s’attarder pour l’expliquer. On peut alors prendre le temps, en quelques lignes, de trouver les mots pour décrire une vision que des formules consacrées ne permettent pas de restituer.

Costume du robot d’Esther Kasabian (Meret Becker), saison 3, 2020.

Costume du robot d’Esther Kasabian (Meret Becker), saison 3, 2020.

Casque réalisé par Kerstin Lehmann. Académique en tulle brodé par l’atelier Sjölander. Photographie : JoachimGern / X-Filme.

Texte alternatif : Photographie, couleur, plan américain. Une personne est intégralement costumée dans un habit moulant d’or sombre, immobile. Sur le buste et les bras, c’est un tissu d’un vert très foncé couvert de paillettes et de fines gommettes d’or, formant des lignes, des flux, des courbes et des motifs sur le corps. Les poignets, la ceinture et les épaules sont couverts de plaques d’or. La tête sont couvertes de petites plaques aux formes géométriques, faites de triangles sur la face, qui couvrent la bouche, les yeux et le nez. D’indéfinissables bibelots dorés sont accolés au crâne, et un arceau en fait le tour, où une sphère a été fixée, qui décrit la course d’une planète autour d’un soleil. La personne ainsi habillée est dans un atelier de costumes, que l’on distingue flous à l’arrière-plan. La lumière en clair-obscur cache certaines parties du corps dans l’ombre, donne une teinte profonde au métal et aux couleurs.

Objectivation

Il est impossible de viser une objectivité parfaite, mais on doit éviter le plus possible les biais personnels. Il ne faut donc décrire que le visible, ce qui est formellement représenté, en tant qu’éléments et en tant qu’actions. Il faut éviter toute supposition, c’est-à-dire ce que l’on peut employer avec l’adverbe « peut-être » plutôt qu’avec l’adverbe « apparament ». C’est au lecteur de reconstituer le lien logique entre le contenu de l’image et le propos du texte, à partir des éléments qui lui sont donnés.

« Manoeuvre des hamacs », colonie de Metray, 1844.

« Manoeuvre des hamacs », colonie de Metray, 1844.

Lithographie d’A. Thierry.

Texte alternatif : Lithographie, noir et blanc, intérieur jour, mi dix-neuvième siècle. Le soleil entre par les deux fenêtres dans une grande salle parquée, aux murs de laquelle sont placés un crucifix, une statue de la Vierge et des icônes. La salle est traversée par deux longues poutres horizontales à hauteur de torse. Au centre, un surveillant en redingote tape des mains pour ordonner à des jeunes en blouse d’installer leurs hamacs entre les murs et les poutres.

On considère cependant que trois ordres de description ne comptent pas comme des interprétations et doivent être décrits dès lors que l’implicite d’une image est nécessaire à sa compréhension : la reconstitution et la restitution d’une séquence actantielle évidente ; la communication de contenus sociaux complexes ; le choix de termes en phase avec l’environnement.

« La population ouvrière n’écoute point les mauvais conseils. »

« La population ouvrière n’écoute point les mauvais conseils. »

Le Monde illustré, 19 février 1870, p. 209-210.

Texte alternatif : Gravure, noir et blanc. Dans un intérieur populaire, éclairé par une seule lampe posée au milieu de la table centrale, un homme en blouse, barbu et en colère vient visiblement de faire irruption. La famille l’écoute apeurée. Une vieille dame tente de le calmer. Une femme avec un nourrisson dans les bras esquisse un recule. A l’opposé, un homme bien habillé reste assis fermement, un enfant dans les bras.

Formulation

On privilégie les phrases les plus simples et les plus courtes, quitte à les séparer. On peut très bien employer des phrases non verbales par souci de concision. Au contraire, on peut également employer des formulations présentatives.

Félix Vallotton, sans titre, 1902.

Félix Vallotton, sans titre, 1902.

Lithographie, 25,5 x 32,5 cm. L’Assiette au Beurre, 1er mars 1902. Collections numérisées de la bibliothèque de l’INHA. Licence ouverte.

Texte alternatif : La vignette présente un garçon de dos en uniforme. Il est assis avachi sur son pupitre d’écolier. Un homme habillé de noir, un livre à la main, se tient debout de l’autre côté du pupitre. Son regard est coupé, mais son expression sévère est dirigée vers le garçon. De sa main libre, il désigne quelque chose sur le bureau. Style synthétique en aplats francs de noir sur blanc, sans dégradé. Le professeur porte des favoris blancs, son livre est rouge. Les cheveux blonds du garçon sont représentés en jaune foncé, les liserés de son uniforme sont rouges. Une légende manuscrite dit : « Vous me conjuguerez dix fois le verbe ‘‘Je regarde voler les mouches au lieu d’écouter mon professeur.’’ »

Décrire le visible

Plans

La description du global au spécifique est à privilégier par rapport à une description faisant état des plans un par un, en partant du premier. L’élément le plus saillant est en effet le plus souvent ni au premier, ni à l’arrière-plan. On évite d’ailleurs d’employer les termes de « premier plan » et « arrière-plan » de manière récurrente, qui alourdisse beaucoup l’écriture, et on leur préfère « devant », « derrière », « au fond », etc., par rapport à l’objet le plus saillant.

Scène de fête nocturne au club Moka Efti.

Scène de fête nocturne au club Moka Efti.

Ces scènes ont été tournées dans le théâtre Delphi de Berlin, un ancien cinéma des années 1920. Les costumes des principaux danseurs ont été réalisés dans les ateliers costumes à Berlin et chez Dada Studio à Bucharest. Photographie : Joachim Gern / X-Filme.

Texte alternatif : Photographie, couleurs, intérieur, plan large. Sous une dense pluie de confettis dorés, dans une grande salle, une foule danse devant une scène qu’encadre une haute arche éclairée en jaune. On y voit derrière les confettis un orchestre ; le mur du fond en briques est éclairé en rouge, des néons stylisent une figure avec un haut de forme.

Émotions

Si l’émotion d’un personnage est significative et si elle est objectivement discernable, il faut la qualifier et la décrire en se basant sur les aspects les plus visibles. Si l’émotion n’est qu’une conjecture, il faut la laisser au lecteur.

« Le Bon gréviste », 1909.

« Le Bon gréviste », 1909.

L’Illustration, 29 mai, 1909, p. 377.

Texte alternatif : Photographie, noir et blanc, extérieur jour, début du siècle. Tenu aux épaules par deux policiers dans une rue pavée, un homme au visage jubilatoire écarte les bras en signe de défiance. Il porte une blouse blanche rentrée dans un pantalon de velours noir, une moustache et un béret.

Formes et couleurs

Il ne faut évoquer les formes et les couleurs que lorsqu’elles sont porteuses de sens, et qu’elles n’ont pas été choisies arbitrairement.

Éventail publicitaire Great Dreadnaught, années 1930.

Éventail publicitaire Great Dreadnaught, années 1930.

Collection MOFBA.

Texte alternatif : Un éventail en papier plié, sans manche, sur lequel est dessiné une scène en couleurs. Dans une barque sur une eau bleue-violette, deux enfants jouent avec une lampe de poche, dont le faisceau jaune pâle se projette au loin sur un ciel doucement mauve et éclaire un canard en plein vol. Un adulte rame derrière eux. Au premier plan, une berge orange, et un arbre bleu-vert les éclipsent à moitié. A droite du dessin, quelques colonnes discrètes en chinois, et le dessin d’une lampe de poche et de batteries électriques.

Environnements

Il faut mentionner l’orientation de la scène (le type de plan, le point de vue) et des principaux éléments (orientation, face visible, placement…) Notamment pour une photographie mais pas seulement, il est bien de mentionner si la scène se passe de jour ou de nuit, en intérieur ou en extérieur, le type de lumière, la météo, la saison de l’année, etc. Si l’environnement lui-même est porteur de sens, si l’esthétique cherche à produire une émotion particulière, un effet d’ambiance, un jeu de lumière… il faut le décrire.

Un prévenu conduit au commissariat par deux policiers, l’un en pélerine, 2 juillet 1912.

Un prévenu conduit au commissariat par deux policiers, l’un en pélerine, 2 juillet 1912.

Photographie de presse, agence Rol / BnF.

Texte alternatif : Photographie, noir et blanc, extérieur jour. Au milieu d’une chaussée brillante après la pluie, devant une voiture et quelques autres personnes, deux policiers escortent un civil et marchent vers la caméra.

Scène de rue à Istanbul, vers 1930.

Scène de rue à Istanbul, vers 1930.

Collection Nora Seni.

Texte alternatif : Photographie, noir et blanc, extérieur jour. Sur une petite esplanade pleine de lumière, bordée d’un grand bâtiment blanc de pierre, à l’ombre d’un arbre, trois hommes sont assis, tournés vers la gauche. Le premier, âgé, adossé à l’arbre, porte un costume traditionnel et un bonnet, regarde devant lui ; il a à ses pieds deux boîtes empilées. Le deuxième, assis sur un tabouret, porte un costume occidental et un chapeau melon, s’affaire sur une grande feuille posée sur ses genoux. Le troisième, assis sur une chaise dépliante devant une table, également en costume, plus jeune encore, est penché sur une machine à écrire.

Actions

Dès qu’une représentation graphique n’est pas statique, il faut inférer les mouvements et les actions des choses et des personnages à partir de leur position.

Charles Le Brun, La Nuit ou Diane, 1667-1669.

Charles Le Brun, La Nuit ou Diane, 1667-1669.

Huile sur toile, décor octogonal de la voûte de la Galerie d’Apollon, 3,1 m x 5,11 m. Paris, Musée du Louvre, Inv. 2904.

Texte alternatif : Peinture murale sur plafond. Entre des moulures et des décors richement ornés une scène peinte : une déesse, Diane, vêtue de draps bleus et mauve chevauche debout une biche au galop sur des nuages violets, dont perce la lueur d’un soleil couchant. Plusieurs figures entourent sa course, dont un angelot sur une autre biche portant une torche. Tous les personnages sont en mouvement et les courbes que font leurs draps et leurs robes donnent une impression de vitesse et de flottement.

Groupes

En présence de groupes d’éléments (individus, objets), il est bien de donner une échelle de leur nombre, voire de les compter précisément, sans quoi il est difficile de se les représenter.

Groupe de jeunes femmes turques aux costumes variés, vers 1925.

Groupe de jeunes femmes turques aux costumes variés, vers 1925.

Collection Khrabine-Tapabor.

Texte alternatif : Photographie, noir et blanc, extérieur jour. Un groupe de onze femmes prend la pose dans un jardin, quatre d’entre elles sont assises sur un tapis. Leurs costumes sont très variés en formes et en couleurs. Certaines portent des robes amples et des voiles plus ou moins strictement ajustés, certaines des tailleurs occidentaux et des chapeaux, certaines des habits traditionnels ornés de perles ou de broderie.

Bonnes pratiques en édition scientifique

Images « décoratives »

Si une image n’apporte aucune nouvelle information, ou même qu’elle n’est qu’une décoration, il convient de ne pas la décrire. Cela vaut par exemple pour les illustrations d’un schéma, qui n’apportent rien de plus si le concept a déjà été expliqué. Au point de vue technique, dans un logiciel de traitement de texte comme Word, il faut simplement cocher la case « texte décoratif » en dessous de la fenêtre d’écriture du texte de substitution ; en général, cela revient à laisser vide la balise. Si une image est disposée sur une double page, on la décrit intégralement pour sa première partie, et on omet la seconde (en tant qu’image décorative).

Image

Exemple d’une image décorative sans rapport avec le texte, dont on fera une image décorative.

Abréviations

Il ne faut pas employer d’abréviations mais développer tous les termes, pour qu’ils puissent être lus sans ambiguïté par les synthétiseurs vocaux. De même, il faut écrire tous les nombres en entier.

Un mariage sous Louis XV.

Un mariage sous Louis XV.

« Cette petite série de douze épreuves stéréoscopiques que la Maison Furne Fils & Tournier viennent de mettre en vente se distingue par la richesse et l’exactitude des costumes (ils sortent des magasins de la maison Delphine Baron) par la composition élégante des groupes et surtout par le fini des épreuves qui peuvent soutenir la comparaison avec tout ce que la photographie anglaise a produit de plus achevé et de plus réussi. » La Photographie, Paris, Furne fils et H. Tournier, mai 1859, p. 3-4. Collection Corinne Legoy.

Texte alternatif : Deux photographies identiques côte à côte, en forme d’alcôve, noir et blanc. Une famille aristocratique style dix-huitième siècle est réunie dans un riche intérieur, sous un lustre. Les robes blanches des femmes au centre éclaircissent l’image.

Images fréquentes en sciences humaines et sociales

Vocabulaire scientifique ou spécialisé

Dans une publication très spécialisée, comme en histoire ou en art, ou peut employer des notions de description (textures, styles, écoles, techniques, couleurs…) ou des notions historiques, dont on estime que le public a connaissance. En fonction du degré de précision du texte et du caractère démonstratif de l’image, on peut aller loin dans le détail.

Annonciation aux bergers et Babylone, première moitié du XIIe siècle.

Annonciation aux bergers et Babylone, première moitié du XIIe siècle.

Collégiale saint Pierre de Chauvigny, chœur, chapiteau II, côtés nord-ouest.

Texte alternatif : Photographie en couleur d’un bas-relief qui forme le chapiteau roman d’une colonne circulaire, qui soutient des arcs en plein cintre. On y voit trois figures peintes en blanc. Le fond et les sillons sont peints rouge. À gauche, l’ange Gabriel, auréolé, vêtu d’un pallium, les ailes et les bras écartés en orant. À droite, Babylone personnifiée, une femme aux cheveux détachés, à la robe très amble aux motifs géométriques, qui présente un vase et une coupe. Coincé au milieu, tout petit, le Bon Pasteur s’en détourne et mène vers Gabriel deux brebis informes avec un bâton. Les figures sont frontales et leurs visages inexpressifs, leurs mains, leurs bras et leurs têtes sont disproportionnés, leurs yeux grands ouverts. Le tailloir carré est peint avec des feuilles d’acanthe très stylisées et l’astragale est un simple boudin. Derrière le chapiteau, les murs des absidioles sont enduits et peints en faux appareil orangés, en frises, damiers, grilles et croix. Au-dessus de Gabriel, il est écrit : « dixit gloria in excelsis deo ». Au-dessus de Babylone : « babilonia magna meretrix ». Au-dessus du pasteur : « pastor bonus ».

Identification des choses et des personnages

Dans une publication spécialisée, on nomme les personnages et les choses que l’on estime être connues du lectorat.

La Vierge de douleur, 1655/1660, École Philippe de de Champaigne.

La Vierge de douleur, 1655/1660, École Philippe de de Champaigne.

Paris, musée du Louvre.

Texte alternatif : Tableau de peinture. Dans un grand drap de bleu marial, la Vierge est assise sur un rocher, devant un château aux fortes tours grises et désertes, sous un ciel sombre, le soir venant. Elle est pieds nus. Ses mains sont jointes sur ses genoux, le regard contristé, la tête légèrement penchée en arrière, tournée vers la gauche. Le drap la couvre presque entièrement et la tête aussi, elle porte en dessous une robe mauve pâle et un châle d’un jaune terne comme le sol. À ses pieds en bas à droite, sur une pierre, reposent la couronne d’épine et les clous. Le bleu de son drap est la seule couleur vive de la composition, et il prend la plus grande place.

Affiche française du film de Les Prédateurs (The Hunger, 1983) de Tony Scott.

Affiche française du film de Les Prédateurs (The Hunger, 1983) de Tony Scott.

120 x 160 cm. Collection particulière.

Texte alternatif : Affiche de cinéma, montage photo. Sur un fond noir, dans des halos de lumière, trois personnages en costume contemporains : Un homme blond, joué par David Bowie, en costume et lunettes de soleil, prend la pose au centre. Une femme agenouillée, jouée par Catherine Deneuve, les cheveux au vent, veste en cuir, regarde droit vers la caméra : elle pose un genou et agrippe une main sur un corps allongé à la chemise défaite, qu’elle immobilise sans regarder. L’accroche dit : « Pour survivre, ils ont besoin d’amour et de sang ».

Légende dans le document

Il faut retranscrire la légende de l’image donnée comme document si elle est développée ; si elle est très succincte et ne ferait que répéter la légende choisie dans l’article, on l’omet.

Catalogue des grands magasins de la Belle Jardinière, été 1928.

Catalogue des grands magasins de la Belle Jardinière, été 1928.

Collection Modes pratiques.

Texte alternatif : Page de magazine, noir, blanc et figures rouges, style art déco appuyé. Dans un cadre vertical prenant la moitié gauche de la page, un homme en smoking allume une cigarette. La main gauche à la hanche, gantée de blanc, le costume à large échancrure sans cravate, un mouchoir à la poche, un contrapposto élégant, des cheveux très gominés en arrière, les yeux clos. Il est dans une grande salle à colonnes, à l’arrière-plan quelques personnages mondains : des femmes en tenue de soirée style années vingt et quelques feuilles d’un palmier d’intérieur. La légende, en haut à droite de l’image, se lit : « Smoking. Adopté pour les dîners au bois ou au Casino, il ne remplace pas l’habit, auquel on est revenu d’une façon très marquée pour toute réunion du soir quelque peu cérémonieuse. Il se porte avec le gilet pareil, le col cassé, la cravate noire. »

Schéma, diagrammes, tableaux

Quand l’information n’est pas complexe ou n’a pas besoin d’être rendue de manière trop précise pour appuyer le propos du texte, il faut privilégier des descriptions brèves. Il faut pour cela se concentrer sur la fonction de l’image dans le texte.

Évolution des effectifs d’apprenants des Sections artisanales et rurales et des Sections ménagères (SAR-SM) au Cameroun de 1958 à 1990.

Évolution des effectifs d’apprenants des Sections artisanales et rurales et des Sections ménagères (SAR-SM) au Cameroun de 1958 à 1990.

Compilation des données issues des Annuaires statistiques du ministère de l’Éducation.

Texte alternatif : Entre 1958 et 1990, le nombre d’apprentis passe d’environ cinq cent à douze mille. La croissance est régulière jusqu’en 1975 puis double en quelques années jusqu’en 1980. Elle stagne ensuite pendant une décennie en dessous de dix mille apprenants, et connaît finalement un rebond en 1990.

Cartes

Si une carte géographique sert simplement de localisation ou d’illustration, on la décrit brièvement. Si son rôle est plus important, on la transpose de manière structurée sous forme de liste (voir plus bas). Si la nomenclature est trop nombreuse, il faut déterminer quelles informations il est pertinent de transmettre, en fonction du contexte d’utilisation de la carte.

La province coloniale du Penjab, à cheval sur l’Inde et le Pakistan contemporains.

La province coloniale du Penjab, à cheval sur l’Inde et le Pakistan contemporains.

Texte alternatif : L’élément principal de cette carte est la province coloniale du Penjab, qui apparaît en superposition à l’emplacement actuel de la frontière indo-pakistanaise. Côté Inde, cet ancien territoire couvre les États du Penjab, du Himachal Pradesh, de Haryana et le territoire de Delhi. Côté Pakistan, il correspond au nord et à l’est de la province actuelle du Penjab. À une cinquante de kilomètres de part et d’autre de la frontière, Lahore est la capitale du Penjab pakistanais et Amristar celle du Penjab indien.

Document textuel

Si l’image est un document textuel, on le transcrit entièrement s’il sert à transcrire des données spécifiques (en développant les abréviations et en introduisant de la ponctuation le cas échéant). Sinon, présenter brièvement. Si l’image contient un texte qui est lui-même une explication, on peut soit les omettre (si le texte environnant fournit la même explication), soit les intégrer à la description (si le texte environnant ne fournit pas l’explication). Dans tous les cas, on peut faire précéder la transcription d’une courte description globale du texte (nombre de paragraphes, graphie, etc.). Si on peut structurer le texte, on veille à bien reproduire les paragraphes et les retraits.

Lettre d’invitation à un bal privé organisé par la direction du Magic-City.

Lettre d’invitation à un bal privé organisé par la direction du Magic-City.

Pour contourner l’interdiction du bal de la Mi-Carême 1934, la direction du Magic-City décida d’organiser un bal privé, le même soir, à partir de minuit. Elle le fit savoir, par cette lettre par exemple. Le bal n’eut jamais lieu. Archives de la Préfecture de Paris, série W, dossier n° 103119.

Texte alternatif : Lettre dactylographiée, sur un papier plié. L’entête imprimée dit : « Magic-City, Ball-room. » Le texte se lit : « Monsieur, La fête de la Mi-Carême aura lieu cette année jusqu’à minuit à bureaux ouverts, après minuit en séance purement privée (souligné), c’est-à-dire à bureaux fermés. Seules les personnes munies de cartes d’invitation spéciale, qu’elles devront conserver toute la nuit et présenter à toute réquisition, seront autorisées à venir. Nous vous adresserons un certain nombre de cartes d’invitation, sur lequel vous devrez mettre, soit un nom, soit un prénom, à votre convenance, et présenter à la caisse et aux inspecteurs de la salle. Nous n’avons pas besoin d’attirer votre attention sur le fait que cette manifestation étant strictement privée, sera beaucoup plus intéressante. Nous vous prions de croire, Monsieur, à l’assurance de nos sentiments distingués. »

Graphies

Pour les textes structurés, lorsqu’on retranscrit un texte, il vaut mieux conserver les différentes graphies dans la description (italique, gras, exposant, etc.), car les synthétiseurs vocaux peuvent être paramétrés pour les distinguer.

Interrogatoire d’Alfred Noël, première page, 18 mai 1887.

Interrogatoire d’Alfred Noël, première page, 18 mai 1887.

Document conservé aux Archives départementales de l’Hérault, sous la cote 2U2/891.

Texte alternatif : Formulaire dactylographié en italique, rempli à la plume d’une écriture régulière et serrée. Il s’agit de la première page d’un interrogatoire de justice, en pleine page, paraphé au bas par le juge et son assistant. Après une dizaine d’entrées détaillant la situation de l’inculpé, le juge a recopié le procès-verbal. Le document se lit comme suit.

L’an mil hui cent quatre-vingt sept et le Dix-huit du mois de Mai à 5 heures ½ du soir ;

Devant nous Albert BROUSSE, Juge d’instruction de l’arrondissement de Montpellier, département de l’Hérault, assisté de Louis COULOMB, notre greffier ;

Dans notre Cabinet, au Palais de Justice ;

A Comparu NOËL Alfred, jean, baptiste, léon,

fil de jean baptiste

et de Eugénie anna Teissier,

âgé de 25 ans,

né le 11 avril 1862,

né à Villefort,

domicilié à Monptellier,

exerçant la profession de peintre en bâtiments,

demeurant à Montpellier rue du Puits des Esquilles n° 8,

A l’interrogatoire duquel nous avons procédé comme suit :

Dans la nuit du 12 au 13 Mai, le Sieur Balso, peintre, rue de la Rochelle n° 8, nous a surpris, habillé en femme, dans la chambre ou Nous [illisible] de voler un porte-monnaie appartenant à la mère, renfermant 2 francs 05 ; un deuxième porte-monnaie appartenant à la sœur, contenant 1 franc 60, et, enfui, une somme de 23 francs 50, renfermé dans la poche du gilet de son beau-frère.

Je me reconnais l’auteur de ce triple vol. 

Pourquoi étiez-vous habillé en femme ?

Pour mieux écarter les soupçons, lorsqu’on me voyait pénétrer dans une maison.

Vous costumiez-vous toujours en femme, quand vous commettiez des vols ?

Nous, monsieur, pas toujours.

Vous savez qu’une perquisition faite à votre domicile a amené la découverte d’une foule d’objets, notamment des vêtements et du linge de femme, reconnus par plusieurs personnes, qui ont été victimes de vols antérieurs. Reconnaissez-vous avoir commis plusieurs vols ?

Depuis le mois de janvier dernier, j’ai commis, au plus, une quinzaine de vols, toujours la nuit, dans […].

La transposition structurée

Quand une image est particulièrement complexe, avec de nombreux éléments à transmettre (plus de trois catégories d’information), il convient de la transposer sous formes de liste à puces ou sous forme de tableau. Ces présentations sont plus intelligibles, et permettent une navigation entre leurs différentes parties avec le synthétiseur vocal – si celui-ci est adapté. Ce genre de transposition consiste à extraire les données et leurs catégories sans prendre en compte leur présentation : tout élément graphique non signifiant (arbitraire) est omis du texte alternatif. Il faut par contre toujours introduire la transposition avec un petit paragraphe, qui résume l’ensemble, présente les différentes catégories et explique le fonctionnement du schéma. On peut d’ailleurs y mentionner des tendances remarquables ou quelque élément significatif (comme les corrélations communiquées visuellement, que la transposition écrasera). Cette introduction et la transposition elle-même peuvent varier en fonction du contexte du jeu de données, afin de mettre en valeur leur rôle dans l’économie de l’article.

Liste à puces

  • Cartes. En se basant sur la légende et sur la nomenclature, il faut lister et décrire les lieux, les espaces et les trajets. Les informations les plus importantes sont à présenter en premier. On décrit une surface en fonction de ses limites, des éléments saillants qu’elle contient et de sa relations aux autres.
  • Frise chronologique à une seule catégorie (seulement des dates ou seulement des périodes).
  • Diagramme à bâtons (avec peu d’informations).
  • Diagrammes radiaux.
  • Graphiques à secteurs.
  • Diagrammes arborescents.
  • Organigrammes simples.
  • Courbes simples.
  • Cycles simples à flèches (une seule liste).
  • Cycles composites processuels (séparer l’information en plusieurs listes).
  • Listes à puces dans un tableau. Une manière de ne pas l’alourdir et de ne pas diviser en trop de lignes une colonne qui comporte beaucoup plus d’informations que sa voisine.

Tableaux

  • Diagramme à bâtons (avec beaucoup d’informations).
  • Diagrammes en barres groupées.
  • Courbes comparées (résumer les tendances principales en choisissant un intervalle).
  • Frise chronologique à plusieurs catégories (dates et périodes). On met les dates en lignes ; et les événements et périodes en colonnes (dans une ou plusieurs catégories selon la complexité de la frise).
  • Description narrative ou mixte. Dans certains cas il peut être plus intéressant de ne pas entièrement transposer l’image de façon structurée mais d’en proposer une version rédigée (notamment si le texte environnant aborde les éléments, ou si le général doit l’emporter sur le détail), quitte à séparer l’information en plusieurs parties dans lesquels on réintroduit des listes.
  • Diagrammes de Venn complexes.
  • Nuages de points (expliquer le fonctionnement du schéma, et introduire des listes pour les variations significatives).
  • Organigrammes à chemins multiples.

Pour aller plus loin

L’adaptation française du guide de description du DIAGRAM Center : https://www.universite-paris-saclay.fr/sites/default/files/2023-02/DIAGRAM_Image-Description-Guidelines_FR.pdf

Le guide de l’université du Québec : https://www.puq.ca/formulaires/Textes-alternatifs-2024.pdf

La charte d’accessibilité pour les images des Epub du Syndical national de l’Édition : https://edition-accessible.github.io/ePubAccessibleCharteSNE/charte-image.html

Le guide de les éditions de l’université d’Edinburgh, à télécharger en format texte sur cette page : https://edinburghuniversitypress.com/publish-with-us/submitting-your-manuscript/illustration-submission-guidelines

Le guide des éditions QUAE, à télécharger sur la page des conseils aux auteurs : https://www.quae.com/store/page/82/espace-auteurs

Intégrer des textes alternatifs sur Lodel

Sur Lodel 2 (OpenEdition)

Le logiciel Lodel 2 a normalement été conçu dès l’origine pour que les synthèses vocales puissent détecter le texte alternatif associé à une image. Il faut simplement, au moment de styler le fichier Word, d’utiliser la fonction « texte de remplacement » disponible en faisant un clic droit sur l’image en question.

Sur Lodel 1, avec Métopes et Nova

Quant à Lodel 1, la version de base n’intègre pas cette fonctionnalité. Cependant, il existe désormais un moyen d’adapter le logiciel pour les serveurs administrés par de Chapitre neuf qui utilisent la maquette « Nova ». Il s’agit d’adapter à Lodel 1 la fonction « texte de remplacement » disponible sur la version native de Word, en la transformant en une balise <p rend = »figDesc »> dans un fichier XML stylé en format TEI.

  • Pour transformer la balise initiale en format TEI, l’équipe de Métopes a créé une fonctionnalité, qui devrait être déployée dans la prochaine mise à jour.
  • Pour que Lodel 1 puisse ensuite lire le texte importé en TEI, il faut mettre à jour la dépendance « lodel-textfunc » vers la version 2.1.0 dans la maquette « Nova », disponible sur leur Github.

Une fois ces développements installés, le reste de la procédure est la même que pour préparer un texte selon la chaîne Métopes normale :

  1. Dans Word, styler en Métopes-TEI. Avec un clic droit sur l’image, faire « afficher le texte de remplacement » et insérer le texte dans la fenêtre qui s’affiche à droite.
  2. Dans XMLmind, transformer normalement le document sans le modifier et l’exporter au format XML en choisissant l’export « Lodel 1 Nova ».
  3. Dans Lodel, importer normalement le document XML.

En revanche, la chaîne Métopes ne permet de structurer ce texte en paragraphes ni en texte enrichi. La description qui sera intégrée dans la balise « figDesc » sera lue d’une traite.

Attention ! La méthode expliquée ci-dessus n’est pas standardisée : les textes alternatifs importés de cette manière ne seront pas reconnus par Lodel 2 en cas de migration d’une revue sur OpenEdition Journals, par exemple.