« Au risque de se perdre »

Normes chromatiques et nuances de blanc dans le vêtement monastique féminin

Outline

Editor's notes

Dans son édition papier, cet article est accompagné d'illustrations de Sarah-Louise Barbett. Ces denrières sont visibles dans le PDF associé à l'article.

Text

« [...] ne pensez-vous pas qu’au point de vue des emblèmes parlants, la vêture de la congrégation des Annonciades fut la plus éloquente ? car ces moniales étaient habillées de gris, de blanc et de rouge, les couleurs de la Passion, et elles portaient de plus une simarre bleue et un voile noir, mémorial du deuil notre Mère.
— L’image d’une permanente Semaine Sainte ! s’écria Durtal ».
(Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, 1898).

Dans l’imaginaire contemporain, l’habit traditionnel des moniales se peint en noir et blanc, lors même qu’excepté le voile, l’ensemble se décline aussi en écru, brun ou bleu, voire en rouge comme chez les Annonciades célestes. Le plus souvent sombres, enveloppantes et clôturant le corps de la tête aux pieds, les tenues monastiques obéissent à des normes et des règles strictes, souvent mal identifiées par le profane, où le blanc n’apparaît que par touches d’autant plus remarquables qu’elles sont toujours présentes mais difficiles à déchiffrer. Les couleurs ou leur absence auraient-elles, derrière les murs des couvents, des « valeurs » autres que celles qu’elles prêtent aux vêtements profanes portés dans « le monde » ? Font-elles norme ou ne sont-elles que des curiosités nées d’histoires singulières ?

Seuls quelques aspects de ces questions peuvent être suggérés ici alors que, moi-même sans réponse définitive, je me focaliserai, avec prudence et après d’autres, sur la seule couleur blanche1. Momentanément il s’agira donc d’observer, sur le temps long, ce que disent et font de la blancheur quelques témoins privilégiés de la vie conventuelle : un choix d’artistes (cinéastes, peintres, graveurs ou littérateurs) ; une poignée d’(auto)biographes ; enfin des exemples caractéristiques de règles, constitutions et coutumiers, cet ensemble massif de textes, particuliers à chaque ordre et communauté, qui légifèrent sur tous les aspects de la vie conventuelle, y compris les garde-robes des moniales. Ces documents décrivent, souvent minutieusement, les rituels de vêture, le renouvellement (saisonnier ou autre) et l’entretien du « saint habit »2, mais ils précisent aussi le nombre des pièces et le nuancier de chacune d’elles, les types de tissus, la coupe de la robe et du voile, la forme des manches, l’empesage des guimpes, l’ampleur des tabliers, les modes de fermeture, etc. Tous ces détails vestimentaires, sont différents d’un ordre à l’autre mais, quasi uniformes à l’intérieur de chacun d’eux, ils y sont obligatoires. Ce sont des costumes au sens propre, liés à la coutume et à des lois internes contraignantes.

Malgré la modestie des résultats recueillis, il a fallu donner à cette étude une ampleur chronologique considérable : la période qui court du concile de Trente (1542-1563) à celui de Vatican II (1962-1965) est en effet caractérisée par une relative stabilité des vêtements monastiques et par des évolutions souterraines aujourd’hui méconnues : après les créations médiévales et les transformations du temps des Réformes (protestantes et catholiques) et avant l’aggiornamento des années 1970, quand s’aménagent ou disparaissent les tenues religieuses traditionnelles, celles-ci se sont globalement assombries et ont, du même coup, appris à jouer, de mieux en mieux, du contraste violent entre des noirs profonds et des blancs désormais éclatants.

Quand le voile fait son cinéma ou les vertues esthétiques du blanc

Les religieuses d’Hollywood3

Au risque de se perdre (A Nun’s Story, pour son titre original) est un film réalisé en Technicolor par l’Américain Fred Zinneman pour la Warner. Sortie en salles en 1959, l’œuvre a marqué les esprits préconciliaires, et notamment celui des petites filles nées juste après la Seconde Guerre mondiale, quelles qu’aient été les croyances religieuses de leurs familles.

Les yeux de biche de l’actrice Audrey Hepburn et les dilemmes spirituels, affectifs et moraux (la question de l’engagement notamment) de l’héroïne (Gabrielle Van der Mael, devenue sœur Luc), m’ont assez frappée pour que je me souvienne encore de l’amas blanc, si seyant et – pour moi – si exotique, qui la recouvrait de la tête aux pieds pendant, croyais-je, l’essentiel de la durée du film4. Malgré sa vivacité, c’était là un faux souvenir : l’héroïne est en vêtements civils sombres au début de l’histoire, puis ils deviennent gris à la fin et, entre temps, ses robes de postulante et de moniale sont noires. Quant à son voile, d’abord noir, court et dégageant le front et un peu de chevelure pendant sa période probatoire, il ne devient blanc qu’un temps bref, celui du noviciat. Dès lors que la moniale a prononcé ses premiers vœux, le voile est remplacé par une grande pièce de tissu noir qui est épinglée par-dessus une cagoule-calotte de toile empesée qui enveloppe et enserre tête, épaules et haut du buste. Un effet de cadre – tout à la fois un empaquetage et une magnification – qui oblige le regard à se concentrer sur le visage, siège de l’âme, et qui renvoie à d’autres visages, semblablement déguisés et dénaturalisés, ceux de toute une communauté de femmes.

Affiche française du film Au risque de se perdre, 1959.

Image

Collection particulière

Ma mémoire a donc retenu et confondu deux traits vestimentaires : la parure de tête de Gabrielle en novice et sa panoplie complète de religieuse missionnaire quand elle est amenée à travailler, après divers aléas, dans un hôpital pour « Blancs » du Congo. Or c’est cette tenue, je le découvre, qui fait l’affiche de la version française du film et qui explique peut-être les trous – littéralement des blancs – de mes souvenirs, une tenue différente de celle que montre l’affiche anglaise où l’actrice principale, vêtue de noir, porte le voile blanc des novices. La couleur blanche est donc, dans ce film et dans quelques autres des années 1950-19705, un moyen de séduction puissant. C’est aussi un marqueur proprement « capital » puisqu’il permet de mettre en valeur la tête d’une épouse, ici incertaine et rebelle, du Christ : ses vêtements effacent le reste de son corps mais narrent les étapes de son cheminement héroïque.

Comme dans la vie réelle des religieuses6, c’est à plusieurs niveaux que ce marquage s’exerce, déclarant des appartenances qui sont à la fois de sexe, de foi, de statut et de lieu. La présence de la blancheur, sur la tête et le haut du buste, révèle et occulte l’infériorité native de l’héroïne. Faut-il rappeler que la nonne, tout comme l’épouse vertueuse dans nombre de civilisations du pourtour méditerranéen, doit cacher ses cheveux et son impureté native avant même que ne s’appliquent les violentes injonctions de l’apôtre Paul ? Ritualisé dans les couvents chrétiens, le port du voile blanc indique par ailleurs le passage de l’état de postulante à celui de novice, puis – recouvert de noir –, il pointe l’accession de la religieuse au statut de professe ayant prononcé des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance (ceux-ci peuvent être annuels et renouvelables ; ils sont, plus souvent, comme dans le film, triennaux, puis permanents). Ensuite un uniforme clair, porté de la tête au pied, révèle le départ outre-mer de la religieuse hospitalière et son épanouissement professionnel. Enfin l’abandon du costume missionnaire par sœur Luc marque à la fois le retour à la maison-mère (là où réside sa supérieure et où elle fut novice) et le deuil de soi de la nonne, avant que ne se dessinent, en gris et en tailleur laïc, de nouveaux engagements auprès de la Résistance.

Dans ce scénario, l’usage du blanc est donc à la fois spirituel et social, donc politique au sens large, même s’il est aussi, sous les tropiques, pour les hommes comme pour les femmes, un moyen prophylactique (ou réputé tel) contre la chaleur et la vermine. La couleur des vêtements a des fonctionnalités évidentes pour les bons manipulateurs de scénarios en Technicolor, car elle fait évidence. Dans un film édifiant mais de bout en bout complexe7, et cela jusque dans ses jeux chromatiques les plus réalistes, le blanc, tout comme les « noirceurs » de la maison-mère, les grisailles des vieilles pierres de Belgique et les chatoiements des pagnes et des villages d’Afrique, possède une qualité hautement esthétique, que ne peuvent avouer directement des textes religieux toujours normatifs même quand ils sont d’ordre biographique et ancrés dans le réel. Leurs médiocres vulgarisations, les dictionnaires de symboles, sont tout aussi évasifs sur ce point et parfaitement trompeurs quand ils prêtent des « vertus » pérennes, voire universelles, à telle ou telle couleur8. Pourtant, cette recherche d’un impact émotif par la couleur, trop souvent oubliée bien qu’elle ne soit pas propre aux blancs monastiques ni au cinéma, est particulièrement bien révélée par la scénographie des rituels liturgiques et leurs restitutions picturales ou littéraires9

Familles spirituelles et bigarrures chromatiques

Costumes des ordres religieux, d’après le P. Helyot, milieu du XIXe siècle, éditeur Bouasse-Lebel.

Image

Collection particulière

Hors du champ du cinéma, il est aisé et fort instructif de se constituer une galerie de portraits – fixes, cette fois – de religieuses de tous ordres : carmélites de Lisieux et d’ailleurs, cisterciennes de Port-Royal, annonciades françaises ou gênoises, ursulines d’Italie et de (Nouvelle) France, augustines dites anglaises, sœurs de la Sagesse, Filles de la Charité, bénédictines, visitandines, etc. Que ces images soient peintes, sculptées, photographiques ou gravées, notre regard y doit affronter d’autres regards (ceux d’un.e artiste, ceux d’un « modèle ») et des techniques variées de mise à distance et d’exaltation de corps féminins sanctifiés, souvent remodelés post mortem et réduits à des mains diaphanes et à des visages émaciés : les mises en scène de la jeune Thérèse Martin (Thérèse de Lisieux) par ses habiles sœurs de sang et de foi, comme les inscriptions jansénistes des tableaux de Philippe de Champaigne ou les évocations par Largillière des religieuses de la famille Throckmorton, en sont, parmi beaucoup d’autres, de bons exemples10. L’observatrice y découvre donc, comme dans le cinéma américain des années 1950, un processus de sublimation / décorporalisation / cadavérisation / totémisation (au sens durkheimien)11 qui passe par la représentation minutieuse de vêtements compacts aux tonalités sobres (blanches, écrues, beiges, brunes, noires), mais parfois ponctuées de touches rouges, bleues ou jaunes, et ces vêtements sont souvent plus expressifs que les visages volontairement émaciés de celles qui les portent.

Sans pouvoir entrer dans des détails, bien connus par ailleurs, de « l’habit » et d’un de ses éléments centraux, le voile12, il est bon de souligner la diversité que gomment souvent les cinéastes lors même qu’ils aiment à jouer avec les divers types de noirs que déploient leurs pellicules. Ainsi les variantes, tardives et colorisées, d’un grand classique des apparences vestimentaires, l’Histoire des ordres monastiques du père Hélyot (la première édition date de 1714-1719), montrent, encore à la fin du XIXe siècle, des mises monastiques où la conjugaison du noir et du blanc, omniprésente notamment sur les têtes des moniales, n’est pas le seul signe distinctif d’une vie consacrée féminine, tout en s’avérant un des moyens les plus commodes de différenciation visuelle des congrégations entre elles.

Dans le texte original d’Hélyot et dans les textes réglementaires monastiques, les créations sartoriales et les inventions chromatiques des (re)fondateurs / (re)fondatrices de congrégations ne sont pas des éléments anecdotiques, mais bien plutôt une parole vive, créatrice d’aspirations spirituelles inédites et de postures physiques spécifiques : regards baissés, mains enfouies dans les manches, démarche pondérée. Tout en servant de vitrine religieuse, d’uniforme protecteur et d’instrument pénitentiel13, l’habit dit « l’esprit » et « l’ordre » de collectivités qu’unit une même foi mais que distinguent des spiritualités propres et des organisations internes, elles–mêmes tributaires d’expériences historiques variables.

Le cas des Carm(élit)es est bien connu. Originaire d’Orient et fondé supposément par le prophète Élie, cet ordre aurait revêtu ses premiers membres d’un « manteau » (chape large ou burnous ouvert) en poil de chameau clair et « barré » (rayé) verticalement de brun-noir en souvenir de l’épisode où le prophète Élie, enlevé dans un char de feu, aurait jeté à Élisée son manteau en partie brûlé. L’origine mythique et la vraie couleur de celui-ci fit longtemps l’objet d’âpres débats, bien que les « chappes barrées » aient été abandonnées dès 1287, année où fut introduit, par ailleurs, le long scapulaire brunâtre (lui-même un don qu’aurait fait la Vierge au carme Simon Stock en 1251)14. Dès lors, les religieuses eurent « une Robe et un Scapulaire de drap couleur minime ou tannée, et au chœur elles mettent un manteau blanc, avec un voile noir ». Mais d’autres détails vestimentaires significatifs s’introduisirent, au cours des temps, entre les mises des non réformées et celles de leurs consœurs dites « Déchaussées » : le port par exemple d’espadrilles, mais aussi d’un manteau blanc plus étroit et d’un scapulaire porté par-dessus la guimpe15, trois pièces vestimentaires qu’arborent Thérèse d’Avila (1515-1582), Louise de France (1737-1787), Thérèse Martin dite de Lisieux (1873-1897) et leurs descendantes.

La bizarrerie initiale de ces pièces vestimentaires et leur éclat visuel ont perdu de leur intensité au cours des temps, mais le ton et la composition des étoffes des « coiffes et vêtements » ont une fonction distinctive si importante au sein de l’ordre que ces détails feront l’objet de durables injonctions. Ainsi, par peur du relâchement, « chanvre et gros lin » des coiffes, voiles non « gommés », lainages pesants des robes et manteaux, font l’objet de nouvelles préconisations en 174816, et ce manteau blanc continue à les démarquer encore aujourd’hui d’habillements proches, créés lors de la Réforme tridentine. Ainsi l’austère Congrégation de Notre-Dame du Calvaire, créée en 1623, emprunte aux carmélites déchaussées (et aux bénédictines fontevristes, dont est issue sa fondatrice, Antoinette d’Orléans), des éléments de couleur blanche, mais ceux-ci tendent à devenir résiduels pour ne pas induire de confusion visuelle et spirituelle entre les deux types de religieuses17

Dans un monde où être et paraître doivent fusionner et se soutenir, la différenciation extérieure dit toujours la distinction intérieure. Le blanc, s’il est trop présent et/ou trop blanc, est désormais suspect aux yeux de certaines des grandes fondatrices ou réformatrices d’ordre monastique.

Galerie de portraits. Photographies de religieuses vers 1890, format cartes de visite.

Image

Collection Kharbine-Tapabor

Marginalisation et exaltation du blanc

Par opposition à l’emploi large du blanc, plus ou moins terne, que pratiquaient certains ordres anciens (le Carmel, mais aussi les augustines et, plus massivement, les cisterciennes18), les congrégations plus récentes se caractérisent par un moindre recours au clair, soit que la fondatrice veuille faire effet en donnant un scapulaire et une ceinture rouges à ses filles (Jeanne Chezard de Matel, 1596-1670, et l’ordre du Verbe Incarné), soit (cas majoritaire) en noircissant robes et manteaux (visitandines, ursulines, filles de la Charité, etc.), ce qui donne peut-être encore plus d’importance à la part – devenue réduite – des blancs visibles et notamment des coiffures19.

À l’abbaye royale de Fontevraud, un ordre mixte dirigé – fait exceptionnel – par une femme, l’usage du blanc, jugé trop aristocratique, trop salissant aussi, est mis en débat, dès le XVIIe siècle, par certaines réformatrices. Pourtant, dans les statuts dressés par Robert d’Arbrissel au tout début du XIIe siècle, les religieuses « ne doivent être vêtües que de tuniques faites des plus viles étoffes de païs, de la couleur naturelle de la laine sans être tondües. Les surplis blancs leur étoient défendus aussi bien que les gands [gants] ». À la fin de l’Ancien Régime, des assouplissements sont néanmoins apparus dans un ordre que fréquentent les filles du roi et de la plus haute aristocratie :

« on leur permet deux robes blanches avec une coule noire, un surplis sur leur habit blanc avec une ceinture de laine noire ou de fil. Selon le tems & les lieux elles peuvent quitter la coule. On leur permet aussi des chemises de chanvre ou de lin, dont elles ne doivent se servir qu’avec la permission de le Prieure, mais ordinairement elles seront de blanchet ou d’étamine : elles coucheront vêtües avec leurs robes blanches & leurs surplis dans des draps de serge »20.

À noter que si « l’habit ordinaire dans la maison » des fontevristes est clair, leur « habit de chœur » (une coule noire) le recouvre, limitant le blanc à leur seule guimpe et au bandeau sur lequel est posé leur court voile noir lors des offices et cérémonies.

Ce noircissement des mises monastiques, notable dès avant la Révolution française, s’accélère au XIXe siècle21. Et l’on peut oser parler, comme pour les tenues masculines profanes, d’une sorte de « grand renoncement »22, féminin et conventuel. Mais si la palette chromatique des robes de moniales s’assombrit et apparemment s’uniformise, la nécessité de distinctions inédites s’accroît avec l’apparition de nouvelles congrégations, le plus souvent apostoliques et donc vivant hors clôture, ce qui impose une inventivité sans pareille des couvre-chefs et une survalorisation de leur blancheur.

Pour le romancier symboliste Huysmans, décrypteur halluciné d’un « chromatisme divin » qu’il croit ou voudrait éternel23, le blanc, « symbole de l’être supérieur, de la Vérité absolue [...] annonce la bonté, la virginité, la charité, la splendeur de la sagesse divine », tandis que « le noir, teinte de l’erreur et du néant, seing de la mort, dans l’Église, image, suivant la sœur Emmerich, des dons profanés et perdus »24. En se plaignant de l’effacement global des bigarrures anciennes et des signes de décadence qu’il révèle, l’écrivain n’oublie pas cependant de souligner l’attrait croissant du blanc en lisière des visages. Sa plume alors s’enchante à décrire la procession qui accueille le nouvel évêque de Chartres et le défilé des moniales de tous les ordres, apostoliques et contemplatifs, du département :

« Mais ce qui était bizarre, c’était la forme variée des coiffes. Les unes avaient des œillères molles et lisses, d’autres les portaient tuyautées et durcies par de savants empois : l’on n’apercevait la face de celles-ci qu’au fond d’un tunnel blanc ; la physionomie de celles-là au contraire se voyait dégagée, dans un cadre ovale et godronné de linge, mais elles allongeaient derrière leurs nuques des cônes de toile amidonnée, lustrés par de puissants fers »25.

Admirateur effaré de ce « champ de béguins » blancs26 et des élans spirituels qu’il prête à toutes ces porteuses de « jupes sombres », Huysmans évoque, sans le vouloir, deux détails d’ordre matériel liés aux jeux chromatiques propres au catholicisme. D’abord il suggère les heures de travail qu’implique la mise en forme et l’entretien de coiffures souvent extravagantes : les cornettes à grandes ailes des sœurs de Vincent de Paul hantent encore nos imaginaires, tout comme les hennins de toile à grands pans des Hospitalières de Beaune qui ont contribué au succès de La Grande Vadrouille de Gérard Oury en 1966. Par ailleurs, Huysmans souligne, dans l’étrange défilé de femmes sous le voile qu’il décrit, la présence de « tourières des moniales en clôture ». L’écrivain indique donc qu’il a pu distinguer, grâce à leurs parures, des religieuses d’un type particulier : des contemplatives d’un rang subalterne, non astreintes à la « clôture » et autorisées à sortir dans « le monde ». Elles aussi sont porteuses de blanc mais, sur elles, cette couleur a une signification particulière : l’humiliation volontaire et permanente de celles qui se sont faites domestiques religieuses ou n’ont pu, faute de dot suffisante, vivre autrement leur vocation.

Prise du voile, carte postale vers 1920, Salons de Paris, Emile Renard.

Image

Collection particulière

Image pieuse : le mariage de l’âme avec le Divin Epoux. Boumard et fils, éditeurs pontificaux, Paris.

Image

Collection particulière

La novice et la converse ou les fonctions pénitentielles du blanc

Ambivalence et polysémie caractérisent tout discours sur les couleurs, celle de la neige comme celle du blanc27. Il faut y revenir. Couleur liturgique tardive (vers 1200), c’est selon le pape Innocent III, une « image de la pureté et de la lumière » et il est attribué aux « élus, blanchis dans le sang de l’Agneau » (Apoc., VII, 14), aux vêtements du Christ dans la scène de la Transfiguration (Marc, XI, 2-8 ; Matth., XXVIII, 3), tout en devenant l’emblème de pureté des baptisés (et communiants, quand les deux rites se séparent28), du pape29, des saintes femmes et, associé au bleu céleste, de la Vierge. Mais si, dans l’héraldique, il exprime « espérance et félicité », la linguistique enseigne qu’il a partie liée avec la dissimulation, le vide, la mort : deuil, revenants, cocaïne, argent sale, angoisses, etc. Car le blanc n’est pas forcément « comme neige » (qui peut d’ailleurs être « noire » ou « incertaine » selon Verlaine) et ses usages, en clôture peuvent être aussi prosaïques que dans le monde profane et marquer un état de subordination ou de marge. Il peut donc avoir valeur de mortification extrême pour celle qui a choisi de rester voilée de blanc ou qui n’a pu faire autrement.

Rituels de passage et blancs d’étape

Le cinéma – on l’a vu avec le film de Zinnemann, mais les différentes versions récentes de La Religieuse le montreraient encore mieux (la Suzanne Simonin de Diderot est toujours habillée en novice sur les affiches des films tirés de cette fiction)30 – aime mettre en scène le moment inaugural de la vie en religion et la prise d’habit qui la sanctionne et que marque la réception d’un voile blanc.

L’entrée dans une vie nouvelle (le sens originel de noviciat) est un moment fort, hautement dramatisé par l’Église et souvent organisé comme une cérémonie à spectacle, alors que les vœux prononcés par l’impétrante ne l’engagent pas encore définitivement31. Il s’agit, ce jour-là de transformer, par étapes et publiquement, la postulante en novice, c’est-à-dire en épouse du Christ et en membre d’une famille de substitution, spirituelle et non biologique, où il faut perdre toute identité et volonté personnelles, y compris le nom, comme dans beaucoup de communautés. L’exhibition initiale en brillante tenue profane de l’impétrante déguisée en « mariée », l’abandon de sa chevelure et l’adoption de la robe monastique en sont les moments les plus marquants, signes visibles d’un don de soi sans faille ni rémission dont « la folie », selon les mots de religieuses contemporaines, saute aux yeux.

La dramaturgie à succès de ce rituel et ses excès se lisent dans une imagerie abondante et dans les précautions prises ici ou là pour en réduire le faste comme dans les constitutions de Port-Royal, en 1665 :

« L’on habillera les filles pour la vêture selon leur condition, avec modestie néanmoins, en sorte qu’on aille plutôt au-dessous que non pas au-dessus de leur état, mais on ne leur mettra point de perles ni de pierreries, ni de passement d’un prix excessif ; elles seront coiffées sans boucles ni frisures, et on leur mettra une coiffe sur la tête »32.

L’usage veut en effet que, jusque dans les années postconciliaires, les postulantes se présentent en robe mondaine souvent luxueuse pour fêter leur mariage mystique avec l’Époux et le deuil de toute vie profane : au mitan de la cérémonie, tout ou partie de leurs cheveux sont coupés ou tondus et c’est ensuite seulement qu’elles reçoivent le voile blanc de la novice avec la tenue complète de leur ordre. Aussi quand le blanc nuptial se généralise à partir du XIXe siècle, au moins dans les milieux fortunés, la tête des futures moniales se pare, lors de leur entrée solennelle dans le chœur le jour de leur « vêture », de mousselines plus ou moins fines ou ouvragées, avant de s’orner de la toile ou de l’étamine blanche et unie d’un voile à la fois virginal, mortuaire et transitoire : celui des novices33. Et ce voile, tout en marquant leur entrée et leur intégration dans leur nouvelle famille, les distingue du reste de leurs consœurs en devenir. Une mise en marge qu’elles partagent brièvement avec celles que différencie et stigmatise, et cette fois-ci à jamais, le voile blanc de certaines sœurs converses, dites aussi sœurs servante

Costume de travail et costume de cérémonie des filles de la Croix, dites sœurs de St-André.

Image

Collection particulière

« Infériorité » du blanc

À la Visitation par exemple, coexistent trois « rangs » de sœurs : les « choristes », les sœurs associées et les sœurs domestiques (dites aussi « du ménage ») et celles-ci « ne prendront point de voile noir à la profession ». Traitées comme les autres mais libérées de certains offices religieux pour mieux assurer leurs tâches domestiques, ces femmes d’humble origine n’auront littéralement pas voix au chapitre, c’est-à-dire là où la communauté rassemblée prend les décisions qui règlent la vie de chacune des religieuses, y compris leurs « offices », leurs travaux quotidiens et leurs punitions. Un marquage vestimentaire indique donc le statut inférieur de ces religieuses sous l’Ancien Régime, qu’elles soient des contemplatives ou des apostoliques34.

A contrario et après le choc égalitariste de la Révolution, le XIXe siècle voit fleurir des congrégations sans converses comme les Filles de la Croix, dites Sœurs de Saint-André : leurs vœux, qui sont annuels, mêlent l’ancien et le nouveau : aux promesses traditionnelles de chasteté, pauvreté et obéissance, s’ajoutent deux autres plus particulières « de l’instruction gratuite des pauvres et du soin des malades [...] ; elles font elles-mêmes tous les gros ouvrages ; elles ne peuvent avoir de servantes ». Et il n’est pas surprenant que cette volonté d’humilité se traduise par des vêtements « en laine [noire] en toutes saisons » et par une grande « cornette [blanche] double, plate et toujours empesée » qu’elles ne couvrent d’un voile noir et d’une cape que pour assister aux offices ou sortir. À noter que leur coiffe ressemble tant à un « tunnel » que Bernadette Soubirous, offusquée par sa laideur, refusera d’entrer dans cet ordre et, pour les mêmes raisons esthétiques, dans celui des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul35.

Parce que cette cornette, comme la variante récente du couvre-chef des Filles de la Charité ou celle – moins spectaculaire (elle n’a pas de grandes ailes) – des Sœurs de la Sagesse, est d’inspiration prolétaire et/ou provinciale, il est possible que sa blancheur soit porteuse de trois significations, au départ du moins : se montrer pauvre parmi les pauvres, rester porteuse du blanc propre à l’état de marge du noviciat et témoigner d’une proximité – relative – avec les femmes du peuple36. Un temps devenu le symbole exubérant (et encombrant) de « la bonne sœur », cet échafaudage de toiles empesées est abandonné en 1964. Cependant, quand une religieuse d’origine aristocratique aspire à la sainteté en faisant acte d’humilité extrême, elle peut décider d’entrer dans un ordre apostolique (enseignant ou hospitalier) ou vivre en converse au sein d’une communauté de contemplatives. Sa grandeur éclate alors sous les dehors – blancs – de la pauvreté et de l’humilité. Ainsi au début du XVIIe siècle, une « Madame de Longueval », dite sœur Françoise du Saint-Esprit, contrainte par sa famille à devenir cistercienne, a d’abord mené une vie déréglée, habillée en nonne élégante portant frisures, bijoux, guimpe transparente et scapulaire de soie. Après sa « conversion », elle se fait... converse et, choisissant la serge pour sa literie et ses vêtements de dessous, elle refuse le voile noir des sœurs de chœur et couvre sa tête de toile grossière : torchons de cuisine « pendus sur le front » et « bandeau de crin » serré si fort « qu’elle en avoit le visage tout plein d’enlevûres ». Et c’est vêtue de pied en cap de blancs de toutes sortes qu’elle participe donc à la réforme de l’abbaye bourguignonne de Tart menée par Jeanne-Françoise de Courcelles de Pourlan (1591-1651), en religion sœur Jeanne de Saint-Joseph37.

Blancs infamants des sœurs domestiques ou des punitions graves (des langues de drap blanc cousues sur le scapulaire de la carmélite convaincue de faux-témoignage38), blancs glorieux de certains habits (l’ordre de Citeaux s’est défini dès sa création au XIIe siècle par opposition au noir clunisien), blancs symboliques et désespérément inaccessibles de la Révélation :

« Le blanc est la couleur la plus délicate et sur laquelle la moindre tache paraît le plus, aussi est-ce un symbole d’une pureté accomplie du corps et de l’âme. Les anges en ont été parés, comme aussi le Seigneur de la Transfiguration »39.

Les buanderies pieuses du catholicisme

Une sœur à une lingère : « ma chère enfant, pour mes cornettes n’employez que de l’eau de javel La Croix. ».

Image

Publicité du début du XXe siècle pour une eau de javel.

Collection Kharbine-Tapabor

Si, pour quelques religieuses de haute naissance, le port de lainages insuffisamment apprêtés et de linges rapiécés ou sales, est un moyen recherché de mortification, la valeur catéchétique du récit qui en est fait ne doit pas occulter l’obsession de pureté, extérieure et intérieure, et les pratiques de nettoyage et d’entretien qui l’accompagnent dans tous les couvents. Un vaste sujet qui relève autant de la culture matérielle que de la vie spirituelle mais qui reste à explorer en détail.

Le rôle de « la robière » et du « travail des mains » des religieuses ordinaires, laveuses scrupuleuses et raccommodeuses incessantes de linges sales, est central même quand la communauté ne tire pas ses revenus de laveries semi-industrielles comme chez les Magdalene Sisters irlandaises et leurs malheureuses pensionnaires déchues40. Si les ablutions restent partielles et expéditives41, la propreté corporelle n’étant jamais exigée, le trait commun à toutes les Règles et à leurs commentaires est l’obligation faite aux religieuses d’exhiber une impeccable propreté extérieure, c’est-à-dire visible et vestimentaire. C’est notamment le cas au Carmel :

« Il faut être fort soigneuse de ne point faire de taches à ses habits, soit de cire ou autres choses ; et cela en considération que c’est l’habit de la très-sainte Vierge, et qu’il est bénit. Notre sainte Mère Thérèse l’observait ainsi, voulant qu’en fuyant la curiosité on conservât la netteté. Si l’on fait quelques taches, il faut les nettoyer le plus tôt possible [...] parce qu’autrement [...] on ne pourrait plus [les] ôter. »42

Et s’il n’est pas possible de donner ici le détail des normes de propreté et d’entretien des textiles monastiques dans les différentes congrégations, un exemple suffira, celui d’une carmélite d’Ancien Régime, Anne-Marie de Jésus (dans le monde, Anne d’Épernon, 1624-1701) car il est révélateur des techniques et des personnes utilisées pour « blanchir », purifier et/ou donner éclat aux vêtements de religion : ils sont distribués par la religieuse chargée de la garde-robe (« la robière », distincte de « la lingère » et de la « cellerière »43) mais ils ont été préalablement assouplis, c’est-à-dire portés et nettoyés par la domesticité, et c’est cette habitude profane que récuse une carmélite, réjouie de porter du mauvais blanc :

« celle des Sœurs qui avoit soin des habits, ayant mis un jour par distraction dans sa cellule, une tunique de serge neuve, et qui n’avoit point été blanchie, [...] grasse et malpropre [...], il lui vint une dartre vive si étendue et si douloureuse qu’elle lui causa une insomnie qui dura deux mois [...] ; étant tombée malade d’une fièvre continue, elle se vit enfin obligée d’avouer ce qui lui étoit arrivé »44.

Quant aux procédés visant à rendre plus blancs des habits clairs, ils sont sévèrement condamnés à Port-Royal :

« quand il faudra blanchir les habits [de la serge de Mouy blanche] des sœurs, la robière les portera à la cellérière, ou à son aide, qui les fera savonner [...] quand il en sera besoin, mais sans user ni de craie, ni autre artifice pour les rendre plus blancs »45.

Blanchiment et blanchissage ont une histoire et obéissent à des normes qui, changeantes et encore mal connues, sont autant physico-chimiques que morales et spirituelles46. Le cadre conventuel en démontrerait la complexité et les transformations, malgré la rareté des sources mobilisables. Hagiographiques ou comptables, elles sont parfois iconographiques quand une artiste hors pair devenue bénédictine du Temple, Marcelle Gallois (dite Geneviève Gallois en religion, 1888-1962), raconte les savonnages, lessivages, empesages, repassages et leur pénible réitération entre les temps de prière et de méditation des heures canoniales47. Dans la Règle de saint Benoît, travail manuel et lectio divina vont de pair, mais les gouaches de mère Gallois montrent aussi que la mécanisation des lessives aux alentours de la Seconde Guerre mondiale est déjà un fait acquis chez les sœurs parisiennes de son ordre.

Comme le note Alain Corbin, « les religieuses savent utiliser le linge dans la propédeutique du corps et de l’âme [...] ; un lien se noue entre la repentance et le maniement de la blancheur »48. Pour les filles fautives, dit-il. Pour toutes les filles d’Ève, pourrait-on ajouter, qu’elles soient des femmes « perdues », de « bonnes ménagères » ou les épouses du Christ, celles du moins vivant au « grand siècle du linge » et du « toujours plus blanc ». En était-il vraiment ainsi, deux cents ans plus tôt, au « grand siècle des saints » ? Seules des investigations plus poussées permettront de le savoir.

Conclusion

Religieuse vers 1930.

Image

Collection particulière

Le blanc et ses nuances méritent notre attention : jusque sur le corps des couventines des XVe-XXe siècles, c’est un instrument de conformité et un moyen d’exprimer sa foi. Comme « dans le monde » (l’ici-bas profane et vain !), cette couleur a des fonctions multiples d’ordre matériel, politique ou spirituel, qui permettent d’identifier des lieux, des périodes, des familles idéologiques, des rituels de passage et même des désirs individuels de macération extrême. Le blanc, en religion, n’est pas seulement le symbole d’un idéal de pureté, jamais atteint et toujours espéré. Cette couleur a une « valeur » autre quand les exercices spirituels et la mortification doivent rimer avec lessiveuses et fers chauds.

Bibliographie

Sources

E.-B. Bourée, 1699 : La Vie de Madame Courcelle de Pourlan, dernière abbesse titulaire et réformatrice de l’Abaïe de Notre-Dame de Tart, première maison de Cisteaux au diocèse de Langres à présent transférée à Dijon, dite en religion la mère Jeanne de Saint-Joseph décédée le 16 mai 1651, Lyon, Certe, 1699.

Constitutions de la Congrégation de Nostre-Dame de Calvaire (s. l., s. n., s. d. [vers 1634].

Constitutions du monastère de Port-Royal du Saint-Sacrement [1665], rééd. établie et présentée par Véronique Alemany et Jean Le-saulnier, Paris, Nolin, 2004.

Constitutions et Règlement des Filles de la Croix, dites Sœurs de Saint-André, Poitiers, F. Barbier, 1809.

De Montis abbé, La vie de la vénérable sœur de Foix de La Valette d’Epernon, religieuse carmélite, dite en Religion Sœur Anne-Marie de Jésus [...], Paris, Charles-Pierre Berton, 1774.

Denis Diderot, La religieuse (1796), éd. par Annie Colognat-Barrès, Paris, Pocket, « Pocket Classiques», 1997.

Gilbert Grimaud, La Liturgie sacrée, où l’antiquité, les mystères et les cérémonies de la Sainte Messe sont expliquées. Ensemble diverses résolutions au sujet de la mémoire des trépassez. Avec un Traité de l’eau-bénite, du pain-bénit, des processions et des cloches, Paris, Charles Osmont, 1686 (1ère éd. Lyon, 1666).

Hippolyte-Pierre Helyot, le R. P., Histoire des Ordres monastiques, religieux et militaires et des congrégations de l’un et l’autre sexe, [...], Paris, J.-B. Coignard, 1714-1719, 8 vol.

Joris-Karl Huysmans, La Cathédrale, Paris, Plon-Nourrit, 1925.

Jérôme Lalemant s. j., le père, Constitutions et Règlements des Premières Ursulines de Québec (1647), éd. par Gabrielle Lapointe (Sainte-Marie), Québec, 1974.

Mère Geneviève Gallois. Le génie et le voile, [petit catalogue d’exposition], Rouen, Musée des Beaux-Arts, 2004.

Abbé Musson, Ordres monastiques. Histoire extraite de tous les Auteurs qui ont conservé à la postérité tout ce qu’il y a de plus curieux de chaque ordre [...], Berlin, s. n., 1751, 4 vol.

Petite coutume de ce monastère de la Visitation Sainte-Marie d’Annecy (1647), Annecy, Aimé Hurdot, 1849.

Frédéric Portal, Des couleurs symboliques dans l’Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes, Paris, 1838, rééd. Paris, La Maisnie, 1984.

Règle et constitutions des religieuses primitives déchaussées de l’ordre de la glorieuse Vierge Marie Notre-Dame du Mont Carmel, Malines, H. Dessain, 1878.

Règles de saint Augustin et constitutions pour les sœurs religieuses de la Visitation. D’après les manuscrits originaux et l’édition du Coutumier de 1637, Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1929.

Trésor du Carmel ou Souvenirs de l’ancien Carmel de France. Recueil des avis, règlements et exhortations de plusieurs visiteurs apostoliques, supérieurs particuliers, et de quelques-unes des premières mères. Seconde édition, Tours, carmel de Tours, 1879, 2 vol.

Etudes

Noël Alexandre, Mère Geneviève Gallois, bénédictine, peintre, graveur, Bruxelles, Marot, 1999.

Odile Arnold, Le corps et l’âme. La vie des religieuses au xixe siècle, Paris, Seuil, 1984.

Bernard Berthod, « Le voile des moniales », in Les Voiles dévoilés, pudeur, foi, élégance..., Lyon, Éditions lyonnaises d’art et d’histoire, 2008, pp. 56-59.

Bernard Berthod, « Le pape tout de blanc », in Lumières sur le blanc, Paris, afet et Sépia, 2014, pp. 121-128, ill.

Charles de Cherge, Histoire des congrégations religieuses d’origine poitevine, Poitiers, 1856.

Marguerite Coppens, « Origine et évolution d’une tenue rituelle : la robe de communion solennelle », Bulletin des musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles, 1998 : 69, pp. 195-216.

Alain Corbin, « Le grand siècle du linge », Ethnologie française, 1986, n°3, pp. 299-310.

Pierre Coste, Monsieur Vincent : le grand saint du grand siècle, Paris, Desclée de Brouwer, 1931

Jean Delumeau, « Regard à l’intérieur de congrégations religieuses », La mort des pays de Cocagne, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976, p. 185-205.

John-Carl Flügel, Le Rêveur nu. De la parure vestimentaire, Paris, Aubier, 1982.

John Harvey, Men in Black, Londres, Reaktion Books, 1995, ill.

Marie-Elisabeth Henneau, « Se vêtir au couvent, quand on est femme ! », in Quand l’habit faisait le moine. Une histoire du vêtement civil et religieux en Luxembourg, Bastogne, Musée en Piconrue, 2004, pp. 139-161.

Bernard Hours, Madame Louise, Princesse au Carmel, Paris, Cerf, 1987.

William Keenan, « From Friars to Fornicators : the Erotization of sacred Dress », Fashion Theory, 1999, vol. 3-4, p. 389-410.

Rosine Lambin, Le Voile des femmes. Un inventaire historique, social et psychologique, Berne, Peter Lang, 1999.

Georges Lanoe-Villene, Dictionnaire de la symbolique des couleurs, Paris, MdV, 2010.

Martin de La Soudiere, « Les couleurs de la neige », Ethnologie française, xx, 1990/4 : « Paradoxes de la couleur », p. 428-438.

René Laurentin, Vie de Bernadette, Paris, Desclée de Brouwer, 1978.

Marion Lavabre, « Sainte comme une image. Thérèse de Lisieux à travers ses images », Terrain, 24, mars 1995 : « La fabrication des saints », p. 83-90.

Jean-Paul Leclercq, Jouer la lumière, Adam Biro, Paris, 2001.

« Paradoxes de la couleur », Ethnologie française, xx, 1990/4, p. 365-460.

Louis Martin, « Signe et représentation : Philippe de Champaigne et Port-Royal », Annales E. S. C., 1970, n°1, p. 1-29.

Gérard Monthel, L’écrit et l’image : ordre de la Visitation Sainte-Marie 1610. Une histoire du livre et de l’iconographie, Saint-Just, A. Bo-navitacola, 2014.

Michel Pastoureau, Couleurs, images, symboles. Etudes d’histoire et d’anthropologie, Paris, Le Léopard d’or, 1989.

Michel Pastoureau et Dominique Simmonet, Le Petit livre des couleurs, Paris, « Points histoire », 2005.

Nicole Pellegrin, « Chemises et chiffons. Le vieux et le neuf en Poitou et Limousin aux xviiie et xixe siècles », Ethnologie française, 1986, n°3, p. 283-295.

Nicole Pellegrin, « Le vêtement, fait social total ? », in Christophe Charle éd., Histoire sociale, histoire globale ?, Paris, EHESS, 1993, pp 81-94.

Nicole Pellegrin, « Quand le voile fait son cinéma. Notes sur les parures blanches de quelques religieuses hollywoodiennes préconciliaires ». in Claude Coupry et Fran-çoise Cousin (dir.), Lumières sur le blanc. Une facette de l’aventure textile, Paris, Sepia et afet, 2014, p. 129-139.

Nicole Pellegrin, « Costumer les religieuses au xviiie siècle. Autour du père Helyot et de ses imitateurs », in X. Michel éd., Les religieuses, Nanterre.

Ernest Pignon-Ernest, Extases, Tours, Conseil Général, 2013.

Marie-Christine Pouchelle, « Paradoxes de la couleur », Ethnologie française, xx, 1990/4, p. 365-368.

Geneviève Reynes, Couvents de femmes. La vie des religieuses contemplatives dans la France des xviie et xviiie siècles, Paris, Fayard, 1987.

Myra Nan Rosenfeld, « La culture de Largillière », Revue de l’Art, 1992 /n° 98, p. 44-53.

Roselyne Roth-Haillotte, La vie religieuse : entre passion et désordres, Villeurbanne, Golias, 2008.

Roselyne Roth-Haillotte, « L’habit dans la vie consacrée féminine », in Jean-Pierre Lethuillier (dir.), Les costumes régionaux entre mémoire et histoire, Rennes, p.u.r., 2009, p. 533-542.

Maureen Sabine, Veiled Desires. Intimate Portrayals of Nuns in Pos-twar Anglo-American Films, New York, Fordham University Press, 2013.

Laurent Salome, Mère Geneviève Gallois. Le génie et le voile, Rouen, Musée des Beaux-Arts, 2004.

Spiritualité au féminin (Une), catalogue des expositions conjointes du musée d’art sacré de Dijon et du musée du Hieron à Paray-le-Monial, Paris, Bernard Chauveau, 2013.

Guy Thuillier, Pour une histoire du quotidien au xixe siècle, Paris et La Haye, Mouton et ehess, 1977.

Serge Tornay (dir.), Voir et nommer les couleurs, Nanterre, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie comparative, 1978.

Arnold Van Gennep, Les rites de passage (1909), Paris, Picard, 1981.

Georges Vigarello, Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, 1987.

1 Serge Tornay (dir.), Voir et nommer les couleurs, Nanterre, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie comparative, 1978 ; Michel Pastoureau

2 Ce dernier point, essentiel, le blanchissage au couvent, sera à peine évoqué. On ne dira presque rien non plus sur les infractions aux normes

3 Ce développement reprend en partie l’article paru dans le recueil coordonné par Cl. Coupry et Fr. Cousin (ouv. cit., p. 129-138) : Nicole Pellegrin

4 Une exaltation que j’ai retrouvée, devenue adulte, devant Le Narcisse noir, de Michael Powell et Emeric Pressburger (Rank, 1947), mélodrame

5 Une analyse passionnante d’une vingtaine de films américains « à religieuses » est offerte par Maureen Sabine,Veiled Desires. Intimate Portrayals

6 Pour une approche anthropologique, voir Geneviève Reynes (Couvents de femmes. La vie des religieuses cloîtrées dans la France des xviie et xviiie

7 Défaite d’une religieuse incapable de respecter son vœu d’obéissance et d’effacer ses désirs ? Victoire d’une femme soucieuse d’efficacité

8 Un exemple récent : Georges Lanoe-Villène, Dictionnaire de la symbolique des couleurs, Paris, MdV, 2010, et un emploi que systématise, à ses

9 Sur les jeux du blanc, du noir et des gouttes de rouge dans les œuvres des plasticien.ne.s d’aujourd’hui, voir Spiritualité au féminin (Une)

10 Des commentaires précieux de ces tableaux : Louis Marin, « Signe et représentation : Philippe de Champaigne et Port-Royal », Annales E. S. C.

11 La prise d’habit, ce serait recevoir le vêtement du groupe et celui de son totem : la Vierge, selon R. Roth-Haillotte (op. cit., p. 72).

12 Rosine Lambin, Le Voile des femmes. Un inventaire historique, social et psychologique, Berne, Peter Lang, 1999 ; Nicole Pellegrin, « Costumer les

13 Poids des vêtements, tissus rugueux et rapiécés, rareté du linge ou refus d’en changer, absence de chauffage, prolifération de la vermine, font

14 Sur ces discussions, Helyot (op. cit., t. i, p 319-321) et Musson, op. cit., t. i, 1ère partie, p. 90 et 2e partie, p. 415-418, 445-453, 456-457 (

15 Des changements du même style chez les hommes : les Carmes réformés de Mantoue portent « un chapeau blanc avec une coiffe de treillis noir », l’

16 Trésor du Carmel ou Souvenirs de l’ancien Carmel de France. Recueil des avis, règlements et exhortations de plusieurs visiteurs apostoliques

17 Helyot, op. cit., t. vi, p. 370.

18 Marie-Elisabeth Henneau, « Se vêtir au couvent, quand on est femme ! », in Quand l’habit faisait le moine. Une histoire du vêtement civil et

19 À la Visitation, fondée conjointement par Jeanne de Chantal et François de Sales, un bandeau noir (et non blanc) enserre le front des sœurs de

20 Helyot, op. cit., t. vi, p. 93-94. La coule (un ample vêtement long à manches et capuchon, porté par les moines) est, comme le surplis, un élément

21 Odile Arnold, op. cit., p. 58, 61 (sur la respectabilité du noir en religion).

22 Expression forgée en 1930 par le psychanalyste J.-C. Flügel pour décrire le noircissement du costume-trois-pièces porté par les citadins « 

23 J.-K. Huysmans, op. cit., p. 190-195.

24 J.-K. Huysmans, op. cit., p. 179-180. L’écrivain n’ignore pas cependant « les obscurités dans cette science allégorique des tons », toujours

25 J.-K. Huysmans, op. cit., p. 212-213.

26 Le béguin est un simple bonnet de toile, noué sous le menton et porté par les enfants et les femmes du peuple. Il sert à l’occasion de support à

27 Martin de La Soudière, « Les couleurs de la neige », Ethnologie française, xx, 1990/4 : « Paradoxes de la couleur », p. 433.

28 Marguerite Coppens, « Origine et évolution d’une tenue rituelle : la robe de communion solennelle », Bulletin des musées royaux d’art et d’

29 Bernard Berthod, « Le pape tout de blanc vêtu », in Claude Coupry et Françoise Cousin, op. cit., p. 121-128.

30 Voir la version française de Jacques Rivette en 1966, et la version franco-germano-belge de Guillaume Nicloux sortie le 20 mars 2013.

31 Malines, H. Dessain, Règle et constitutions des religieuses primitives déchaussées de l’ordre de la glorieuse Vierge Marie Notre-Dame du Mont

32 Constitutions du monastère de Port-Royal du Saint-Sacrement [1665], rééd. établie et présentée par Véronique Alemany et Jean Lesaulnier, Paris

33 L’étamine est « de règle » chez les ursulines pour « le petit et grand voile de jour et de nuit » (le père Jérôme Lalemant s. j., Constitutions et

34 Règles de saint Augustin et constitutions pour les sœurs religieuses de la Visitation. D’après les manuscrits originaux et l’édition du Coutumier

35 F. Barbier, Constitutions et Règlement des Filles de la Croix, dites Sœurs de Saint-André, Poitiers, 1809, p. 18-20 ; R. Laurentin, Vie de

36 Roselyne Roth-Haillotte, « L’habit dans la vie consacrée féminine », in Jean-Pierre Lethuillier (dir.), Les costumes régionaux entre mémoire et

37 Helyot, t. v, op. cit., p. 471 sq. ; [E.-B. Bourée, 1699] : La Vie de Madame Courcelle de Pourlan, dernière abbesse titulaire et réformatrice de l

38 La punition passe aussi par l’obligation de « manger à terre » (du pain et de l’eau) et l’incarcération (Règle et constitutions [...] du Mont

39 Gilbert Grimaud, La Liturgie sacrée, où l’antiquité, les mystères et les cérémonies de la Sainte Messe sont expliquées. Ensemble diverses

40 Le film de Peter Mullan (The Magdalene Sisters, 2002) est supposé se dérouler en 1964.

41 Sur l’absence d’hygiène dans les couvents (et hors de ceux-ci), voir Odile Arnold, op. cit., p. 72-81 et G. Reynes, op. cit., p. 99-100, 242 ; sur

42 Trésor, op. cit., t. ii, p. 230 (passage de « Petits Règlements », non datés, concernant la propreté).

43 Constitutions du monastère de Port-Royal [...], op. cit., p. 158. Des « sachets » ne peuvent être mis que « parmi le linge de l’Eglise », s’ils

44 Abbé De Montis, La vie de la vénérable sœur de Foix de La Valette d’Epernon, religieuse carmélite, dite en Religion Sœur Anne-Marie de Jésus [...]

45 Constitutions du monastère de Port-Royal [...], op. cit., p. 158-160.

46 Des questions encore non résolues et des informations toujours précieuses ont été fournies très tôt par Guy Thuillier (Pour une histoire du

47 Noël Alexandre, Mère Geneviève Gallois, bénédictine, peintre, graveur, Bruxelles, Marot, 1999. Entrée en 1917 au monastère Saint-Louis du Temple

48 Alain Corbin, « Le grand siècle du linge », Ethnologie française, 1986/3, p. 305.

Notes

1 Serge Tornay (dir.), Voir et nommer les couleurs, Nanterre, Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie comparative, 1978 ; Michel Pastoureau, Couleurs, images, symboles. Études d’histoire et d’anthropologie, Paris, Le Léopard d’or, 1989 ; Marie-Christine Pouchelle, « Paradoxes de la couleur » et Martin de La Soudière, « Les couleurs de la neige », Ethnologie française, xx, 1990/4 p. 365-368 et 428-438. Ces remarques sont reprises par Michel Pastoureau dans Le Petit livre des couleurs (Paris, « Points histoire », 2005) et, de nouveau, dans le texte introductif aux Journées d’étude de l’Association Française d’Étude des Textiles (musée du Quai Branly, novembre 2013) publiées par Claude Coupry et Françoise Cousin (dir.), Lumières sur le blanc, Paris, Sepia et afet, 2014, p. 11-15.

2 Ce dernier point, essentiel, le blanchissage au couvent, sera à peine évoqué. On ne dira presque rien non plus sur les infractions aux normes vestimentaires ici décrites, renvoyant notamment à la relecture de textes littéraires bien informés comme La Religieuse de Diderot (écrit entre 1760 et 1780 et publié de façon posthume en 1796) et le poème de l’ex-jésuite Gresset (1709-1777), Vert-Vert, ou les voyages du perroquet de Nevers (1734).

3 Ce développement reprend en partie l’article paru dans le recueil coordonné par Cl. Coupry et Fr. Cousin (ouv. cit., p. 129-138) : Nicole Pellegrin, « Quand le voile fait son cinéma. Notes sur les parures blanches de quelques religieuses “hollywoodiennes” préconciliaires ».

4 Une exaltation que j’ai retrouvée, devenue adulte, devant Le Narcisse noir, de Michael Powell et Emeric Pressburger (Rank, 1947), mélodrame flamboyant et sensuel sur le désir et l’interdit dans le décor somptueux de l’Himalaya indien. Les religieuses anglicanes, et notamment la supérieure (Deborah Kerr) y sont toutes vêtues de blanc, mais l’une d’elles décide de se défroquer et prend la robe rouge de la femme dévoyée ; quant aux autres, elles quittent leur couvent montagnard, le bas de leurs manteaux blancs... maculés de boue. – Même mise en valeur du blanc monastique, pour les affiches des deux versions cinématographiques de La Religieuse d’après Diderot (Jacques Rivette, 1966 ; Guillaume Nicloux, 2013) et, plus anciennement, Heaven Knows, Mr. Allison (John Huston, 1957, avec Robert Mitchum et Deborah Kerr : un marine et une religieuse, seuls sur une île, en pleine guerre du Pacifique).

5 Une analyse passionnante d’une vingtaine de films américains « à religieuses » est offerte par Maureen Sabine,Veiled Desires. Intimate Portrayals of Nuns in Postwar Anglo-American Films, New York, Fordham University Press, 2013.

6 Pour une approche anthropologique, voir Geneviève Reynes (Couvents de femmes. La vie des religieuses cloîtrées dans la France des xviie et xviiie siècles, Paris, Fayard, 1987), Odile Arnold (Le corps et l’âme. La vie des religieuses au xixe siècle, Paris, Seuil, 1984), et Roselyne Roth-Haillotte (La vie religieuse entre passion et désordres, Villeurbanne, Golias, 2008).

7 Défaite d’une religieuse incapable de respecter son vœu d’obéissance et d’effacer ses désirs ? Victoire d’une femme soucieuse d’efficacité professionnelle et d’épanouissement personne ? Préface aux débats conciliaires sur le rôle des femmes dans l’Église ? Déchirements du moi et de ses faux-semblants ? Il faudrait analyser de près les scènes, rapides, où Gabrielle, devenue sœur Luc, aperçoit son reflet et ose rajuster son voile ; il faudrait aussi réinterpréter le moment dramatique où l’héroïne, infirmière psychiatrique désobéissante, combat avec une démente surnommée « l’Archange Gabriel » (son double ?)

8 Un exemple récent : Georges Lanoe-Villène, Dictionnaire de la symbolique des couleurs, Paris, MdV, 2010, et un emploi que systématise, à ses propres fins et de façon ébouriffante, Huysmans dans plusieurs ouvrages, dont La Cathédrale (1898).

9 Sur les jeux du blanc, du noir et des gouttes de rouge dans les œuvres des plasticien.ne.s d’aujourd’hui, voir Spiritualité au féminin (Une), catalogue des expositions conjointes du musée d’art sacré de Dijon et du musée du Hieron à Paray-le-Monial, Paris, Bernard Chauveau, 2013 ; Ernest Pignon-Ernest, Extases, Tours, Conseil Général, 2013. L’érotique des costumes de religion perdure dans les performances parodiques des Sœurs de l’Éternelle Miséricorde et jusque dans certains délires autour du voile dit musulman (William Keenan, « From Friars to Fornicators : the Ero tization of sacred Dress », Fashion Theory, 1999, vol. 3-4, p. 389-410).

10 Des commentaires précieux de ces tableaux : Louis Marin, « Signe et représentation : Philippe de Champaigne et Port-Royal », Annales E. S. C., 1970, n°1, p. 1-29 ; Myra Nan Rosenfeld, « La culture de Largillière », Revue de l’Art, 1992 /n°98, p. 44-53 ; Bernard Hours, Madame Louise, Princesse au Carmel, Paris, Cerf, 1987 ; Marion Lavabre, « Sainte comme une image. Thérèse de Lisieux à travers ses images », Terrain, 24/mars 1995 : « La fabrication des saints », p. 83-90.

11 La prise d’habit, ce serait recevoir le vêtement du groupe et celui de son totem : la Vierge, selon R. Roth-Haillotte (op. cit., p. 72).

12 Rosine Lambin, Le Voile des femmes. Un inventaire historique, social et psychologique, Berne, Peter Lang, 1999 ; Nicole Pellegrin, « Costumer les religieuses au xviie siècle. Autour du père Helyot et de ses imitateurs », in Apparence(s), n) 9, 2019 , article en ligne, consulté le 12 Octobre 2020. URL : http://journals.openedition.org/apparences/1517 ; DOI : https://doi.org/10.4000/apparences.1517.

13 Poids des vêtements, tissus rugueux et rapiécés, rareté du linge ou refus d’en changer, absence de chauffage, prolifération de la vermine, font partie de la panoplie des souffrances recherchées au quotidien par les religieuses dévotes, en plus de la pratique de la discipline et du port de la haire ou d’objets en fer à pointes acérées. Sur ces vêtements conçus comme des « arcs-boutants » et des « marques de modestie et de deuil », voir par exemple les Constitutions de la Congrégation de Nostre-Dame du Calvaire (s. l., s. n., s. d. (vers 1634), p. 345, 347). Vêtues de serge noire et de sandales à semelles de bois, les calvairiennes portaient, de jour et de nuit, un voile fait « d’une grosse toile teinte en noir, non doublée de toile blanche », mais une guimpe de cette même toile, certes non empesée, couvrait menton et partie des joues (p. 349-350).

14 Sur ces discussions, Helyot (op. cit., t. i, p 319-321) et Musson, op. cit., t. i, 1ère partie, p. 90 et 2e partie, p. 415-418, 445-453, 456-457 (en 1287, « le Carmel reblanchit, la chappe barrée et tannée fit place à la chappe blanche »).

15 Des changements du même style chez les hommes : les Carmes réformés de Mantoue portent « un chapeau blanc avec une coiffe de treillis noir », l’habillement des pères de la Stricte Observance est plus étroit, etc. (Helyot, op. cit., p. 332, 339, 358).

16 Trésor du Carmel ou Souvenirs de l’ancien Carmel de France. Recueil des avis, règlements et exhortations de plusieurs visiteurs apostoliques, supérieurs particuliers, et de quelques-unes des premières mères. Seconde édition, Tours, Carmel de Tours, 1879, t. i, p. 281-282.

17 Helyot, op. cit., t. vi, p. 370.

18 Marie-Elisabeth Henneau, « Se vêtir au couvent, quand on est femme ! », in Quand l’habit faisait le moine. Une histoire du vêtement civil et religieux en Luxembourg, Bastogne, Musée en Piconrue, 2004, p. 139-161.

19 À la Visitation, fondée conjointement par Jeanne de Chantal et François de Sales, un bandeau noir (et non blanc) enserre le front des sœurs de chœur alors qu’une « barbette », pièce de toile blanche taillée en carré, couvre le haut de la robe, cache le cou et remonte sous le voile noir cachant les tempes (Gérard Monthel, L’écrit et l’image. 1610, Ordre de la Visitation Sainte-Marie, Saint-Just, A. Bonavitacola, p. 63-64).

20 Helyot, op. cit., t. vi, p. 93-94. La coule (un ample vêtement long à manches et capuchon, porté par les moines) est, comme le surplis, un élément masculin.

21 Odile Arnold, op. cit., p. 58, 61 (sur la respectabilité du noir en religion).

22 Expression forgée en 1930 par le psychanalyste J.-C. Flügel pour décrire le noircissement du costume-trois-pièces porté par les citadins « respectables » au xixe siècle (John-Carl Flügel, Le Rêveur nu. De la parure vestimentaire, Paris, Aubier, 1982, p. 102 sq. ; John Harvey, Men in Black, Londres, Reaktion Books, 1995, p. 23).

23 J.-K. Huysmans, op. cit., p. 190-195.

24 J.-K. Huysmans, op. cit., p. 179-180. L’écrivain n’ignore pas cependant « les obscurités dans cette science allégorique des tons », toujours réversible (p. 195).

25 J.-K. Huysmans, op. cit., p. 212-213.

26 Le béguin est un simple bonnet de toile, noué sous le menton et porté par les enfants et les femmes du peuple. Il sert à l’occasion de support à une coiffure élaborée : voile religieux ou coiffe paysanne.

27 Martin de La Soudière, « Les couleurs de la neige », Ethnologie française, xx, 1990/4 : « Paradoxes de la couleur », p. 433.

28 Marguerite Coppens, « Origine et évolution d’une tenue rituelle : la robe de communion solennelle », Bulletin des musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles, 1998 : 69, p. 195-216.

29 Bernard Berthod, « Le pape tout de blanc vêtu », in Claude Coupry et Françoise Cousin, op. cit., p. 121-128.

30 Voir la version française de Jacques Rivette en 1966, et la version franco-germano-belge de Guillaume Nicloux sortie le 20 mars 2013.

31 Malines, H. Dessain, Règle et constitutions des religieuses primitives déchaussées de l’ordre de la glorieuse Vierge Marie Notre-Dame du Mont Carmel, 1878, p. 84-95.

32 Constitutions du monastère de Port-Royal du Saint-Sacrement [1665], rééd. établie et présentée par Véronique Alemany et Jean Lesaulnier, Paris, Nolin, 2004, p. 55.

33 L’étamine est « de règle » chez les ursulines pour « le petit et grand voile de jour et de nuit » (le père Jérôme Lalemant s. j., Constitutions et Règlements des Premières Ursulines de Québec (1647), éd. par Gabrielle Lapointe (Sainte-Marie), Québec, 1974, p. 121).

34 Règles de saint Augustin et constitutions pour les sœurs religieuses de la Visitation. D’après les manuscrits originaux et l’édition du Coutumier de 1637, Lille, Lefebvre-Ducrocq, 1929, partie i, p. 108-113 ; Règle et constitutions des religieuses primitives déchaussées [...] du Mont Carmel, op. cit., p. 28. Sur l’origine et l’image des converses de la Visitation, Jean Delumeau, « Regard à l’intérieur de congrégations religieuses », La mort des pays de Cocagne, Paris, Publications de la Sorbonne, 1976, p. 190-192 ; Gérard Monthel, ouv. cit., p. 68 : une poupée récente habillée en novice ou en domestique dite du voile blanc. Il faut ajouter qu’un voile noir, plus court, suffit parfois à distinguer la converse de la sœur de chœur.

35 F. Barbier, Constitutions et Règlement des Filles de la Croix, dites Sœurs de Saint-André, Poitiers, 1809, p. 18-20 ; R. Laurentin, Vie de Bernadette, Paris, Desclée de Brouwer, 1978, p. 135-136. Pendant le travail, les Filles de la Croix « ont un tablier de grosse étoffe de coton de couleur bleu foncé » (Charles de Chergé, Histoire des congrégations religieuses d’origine poitevine, Poitiers, 1856, p. 195, plus 3 gravures en vis-à-vis). À noter que n’existe, à ma connaissance, aucun autre exemple de l’attitude prêtée à la jeune sainte de Lourdes.

36 Roselyne Roth-Haillotte, « L’habit dans la vie consacrée féminine », in Jean-Pierre Lethuillier (dir.), Les costumes régionaux entre mémoire et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 537.

37 Helyot, t. v, op. cit., p. 471 sq. ; [E.-B. Bourée, 1699] : La Vie de Madame Courcelle de Pourlan, dernière abbesse titulaire et réformatrice de l’abaïe de Notre-Dame de Tart, première maison de Cisteaux au diocèse de Langres à présent transférée à Dijon, dite en religion la mère Jeanne de Saint-Joseph décédée le 16 mai, Lyon, Certe, 1699, p. 250, 257. Le portrait posthume (et apocryphe ?) de cette abbesse sert de frontispice à cette hagiographie et la montre en blanche cistercienne voilée de noir et non de blanc.

38 La punition passe aussi par l’obligation de « manger à terre » (du pain et de l’eau) et l’incarcération (Règle et constitutions [...] du Mont Carmel, p. 79).

39 Gilbert Grimaud, La Liturgie sacrée, où l’antiquité, les mystères et les cérémonies de la Sainte Messe sont expliquées. Ensemble diverses résolutions au sujet de la mémoire des trépassez. Avec un Traité de l’eau-bénite, du pain-bénit, des processions et des cloches, Paris, Charles Osmont, 1686 (1ère éd. Lyon, 1666), p. 72-75.

40 Le film de Peter Mullan (The Magdalene Sisters, 2002) est supposé se dérouler en 1964.

41 Sur l’absence d’hygiène dans les couvents (et hors de ceux-ci), voir Odile Arnold, op. cit., p. 72-81 et G. Reynes, op. cit., p. 99-100, 242 ; sur les « ablutions partielles », Georges Vigarello, op. cit., p. 173-176.

42 Trésor, op. cit., t. ii, p. 230 (passage de « Petits Règlements », non datés, concernant la propreté).

43 Constitutions du monastère de Port-Royal [...], op. cit., p. 158. Des « sachets » ne peuvent être mis que « parmi le linge de l’Eglise », s’ils sont « médiocres » et ôtés dès la disparition de « la mauvaise odeur ».

44 Abbé De Montis, La vie de la vénérable sœur de Foix de La Valette d’Epernon, religieuse carmélite, dite en Religion Sœur Anne-Marie de Jésus [...], Paris, Charles-Pierre Berton, 1774, p. 226-227. La pesanteur et l’incommodité du « saint habit », notamment l’été, sont rappelées à plusieurs reprises par cet hagiographe (p. 219, 227). Mais la complexité de ces agencements textiles n’est peut-être pas si éloignée de celle des habits profanes, ruraux ou citadins, de la même époque ; voir Nicole Pellegrin, « Le vieux et le neuf. Chemises et chiffons en Poitou et Limousin aux xviiie et xixe siècles », Ethnologie française, 1986, n°3, p. 283-295 ; Odile Arnold, op. cit., p. 61.

45 Constitutions du monastère de Port-Royal [...], op. cit., p. 158-160.

46 Des questions encore non résolues et des informations toujours précieuses ont été fournies très tôt par Guy Thuillier (Pour une histoire du quotidien au xixe siècle, Paris et La Haye, Mouton et ehess, 1977, pp. 123-137 et 364-373) sur l’arrivée des « savonneuses à circulation », des « machines à laver à manivelle » puis à moteur électrique, l’usage de l’eau de Javel et des cristaux de soude « pour renforcer les cendres » à partir des années 1850-1860 dans les villes nivernaises, etc.

47 Noël Alexandre, Mère Geneviève Gallois, bénédictine, peintre, graveur, Bruxelles, Marot, 1999. Entrée en 1917 au monastère Saint-Louis du Temple de Paris, « la Toulouse-Lautrec des couvents » n’est autorisée à prononcer ses vœux qu’en 1939, malgré ou à cause de ses succès de peintre, de vitrailliste, d’illustratrice et de chroniqueuse lucide de la vie quotidienne de son couvent, grandes lessives comprises. L’entretien du linge occupe une part non négligeable (une dizaine sur environ 160 gouaches commentées) des Scènes de la vie conventuelle qu’elle réalise pour Paul Alexandre entre 1939 et 1949 et dont une partie est reproduite aux pages 164-165 et 196-199 du même livre. Une exposition (Mère Geneviève Gallois. Le génie et le voile) s’est tenue au musée des Beaux-Arts de Rouen en 2004 et a donné lieu à une plaquette sous ce nom.

48 Alain Corbin, « Le grand siècle du linge », Ethnologie française, 1986/3, p. 305.

Illustrations

Affiche française du film Au risque de se perdre, 1959.

Affiche française du film Au risque de se perdre, 1959.

Collection particulière

Costumes des ordres religieux, d’après le P. Helyot, milieu du XIXe siècle, éditeur Bouasse-Lebel.

Costumes des ordres religieux, d’après le P. Helyot, milieu du XIXe siècle, éditeur Bouasse-Lebel.

Collection particulière

Galerie de portraits. Photographies de religieuses vers 1890, format cartes de visite.

Galerie de portraits. Photographies de religieuses vers 1890, format cartes de visite.

Collection Kharbine-Tapabor

Prise du voile, carte postale vers 1920, Salons de Paris, Emile Renard.

Prise du voile, carte postale vers 1920, Salons de Paris, Emile Renard.

Collection particulière

Image pieuse : le mariage de l’âme avec le Divin Epoux. Boumard et fils, éditeurs pontificaux, Paris.

Image pieuse : le mariage de l’âme avec le Divin Epoux. Boumard et fils, éditeurs pontificaux, Paris.

Collection particulière

Costume de travail et costume de cérémonie des filles de la Croix, dites sœurs de St-André.

Costume de travail et costume de cérémonie des filles de la Croix, dites sœurs de St-André.

Collection particulière

Une sœur à une lingère : « ma chère enfant, pour mes cornettes n’employez que de l’eau de javel La Croix. ».

Une sœur à une lingère : « ma chère enfant, pour mes cornettes n’employez que de l’eau de javel La Croix. ».

Publicité du début du XXe siècle pour une eau de javel.

Collection Kharbine-Tapabor

Religieuse vers 1930.

Religieuse vers 1930.

Collection particulière

References

Electronic reference

Nicole Pellegrin, « « Au risque de se perdre » », Modes pratiques [Online], 1 | 2015, Online since 07 mars 2022, connection on 01 octobre 2022. URL : https://devisu.inha.fr/modespratiques/215

Author

Nicole Pellegrin

CNRS (IHMC/ENS/Paris I Sorbonne)