Attribué à Hugo Preller, Le premier studio flottant de Preller, vers 1893

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Attribué à Hugo Preller, Le premier studio flottant de Preller, vers 1893

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Épreuve gélatino-argentique, 20,3 x 25,4 cm. Collections du Old Independence Regional Museum, Batesville (Ark.).

Moins de dix ans après l’introduction par Louis Daguerre du procédé technique qui porte son nom, des photographes américains ouvrirent des studios itinérants dans le but de toucher la population croissante des États-Unis1. Favorisés par les nombreux grands axes navigables de l’est du pays, les studios flottants furent rapidement très prisés des photographes, qui purent dès lors se déplacer sans renoncer au confort domestique. Des années 1870 aux années 1890, pas moins de quarante studios flottants furent ainsi en activité sur l’Ohio, le Mississippi, le Missouri, et d’autres cours d’eau2.

Les propriétaires du bateau représenté sur cette photographie, les époux Hugo et Gayne (« Gay-nee ») Preller, sillonnèrent le Mississippi et la rivière White, dans l’Arkansas et au-delà, de 1893 à 1910. Debout à l’avant du bateau, Gayne, avec l’un de ses fils dans les bras, est accompagnée de sa sœur, tandis qu’un homme non identifié tient la barre au-dessus. Née dans la petite ville de Columbus, dans le Kentucky, elle représentait une exception en tant que femme photographe à bord d’un studio flottant. Hugo était originaire d’Allemagne. Les deux époux semblaient se compléter harmonieusement : lui, peintre et réparateur de montres et de bijoux, devint photographe de paysage, tandis qu’elle, tout en gérant les affaires du couple et en élevant leurs huit enfants – l’un d’eux, passé par-dessus bord, se noya à un très jeune âge –, réalisa la plupart des portraits sortis de leurs studios3.

Si très peu de photographies de cette époque fluviale ont été conservées, celles qui nous sont parvenues témoignent du talent de Hugo et Gayne pour dépasser la simple représentation. Cette image de leur studio flottant, par exemple, nous offre un aperçu de leur existence. Le bateau, avec ses voiles rapiécées et sa coque vétuste, est de la plus modeste facture, mais la présence de voiles permettant de naviguer en amont comme en aval reflète une certaine inventivité – la plupart des studios flottants ne pouvaient pas remonter le courant. L’embarcation n’est pas amarrée à un quai, mais accostée à une rive boueuse ; à l’arrière, une passerelle oubliée s’enfonce dans une eau chargée de détritus.

Hugo et Gayne maintinrent leur activité fluviale pendant plus d’une quinzaine d’années, d’abord sur ce bateau, ensuite sur un second. En 1910, l’élargissement de leur famille finit par cependant déborder les limites de leur embarcation, qu’ils vendirent pour fonder un studio de photographie et atelier de réparation à Augusta, dans l’Arkansas. Ils dirigèrent ensemble cet établissement pendant une quarantaine d’années. Sur les 3 000 portraits probablement sortis de leur studio, 2 400 sont conservés dans les archives de leur arrière-petite-fille. Parmi ceux-ci, principalement réalisés par Gayne à partir de 1910, on dénombre près de 400 portraits exceptionnels de personnes ou de familles afro-américaines ayant vécu à Augusta et dans les environs au début du xxe siècle4. Unis jusqu’à la mort, Hugo et Gayne disparurent à six mois d’intervalle en 1955, peu après la fermeture de leur studio.

1 William Welling, Photography in America: The Formative Years 1839-1900. New York (N. Y.) : Thomas Crowell, 1978, p. 63.

2 Tim Greyhavens, Daguerrean Yachts and Floating Palaces: Early American Itinerant Photography Boats. 2020 (manuscrit en quête d’éditeur).

3 Sur la vie de Hugo et Gayne Preller, voir Chris Engholm et Gayne Preller Schmidt, Hugo and Gayne Prellers’ House of Light. Bentonville (Ark.) :

4 Leslie Newell Peacock, « The House of Light », Arkansas Times, 7 avril 2016 : https://arktimes.com/news/cover-stories/2016/04/07/the-house-of-light

Notes

1 William Welling, Photography in America: The Formative Years 1839-1900. New York (N. Y.) : Thomas Crowell, 1978, p. 63.

2 Tim Greyhavens, Daguerrean Yachts and Floating Palaces: Early American Itinerant Photography Boats. 2020 (manuscrit en quête d’éditeur).

3 Sur la vie de Hugo et Gayne Preller, voir Chris Engholm et Gayne Preller Schmidt, Hugo and Gayne Prellers’ House of Light. Bentonville (Ark.) : Road of Awe, 2016.

4 Leslie Newell Peacock, « The House of Light », Arkansas Times, 7 avril 2016 : https://arktimes.com/news/cover-stories/2016/04/07/the-house-of-light?oid=4360841.

Illustrations

Attribué à Hugo Preller, Le premier studio flottant de Preller, vers 1893

Attribué à Hugo Preller, Le premier studio flottant de Preller, vers 1893

Épreuve gélatino-argentique, 20,3 x 25,4 cm. Collections du Old Independence Regional Museum, Batesville (Ark.).

Citer cet article

Référence électronique

Tim Greyhavens, « Attribué à Hugo Preller, Le premier studio flottant de Preller, vers 1893 », Photographica [En ligne], 2 | 2021, mis en ligne le 03 mai 2021, consulté le 15 mai 2021. URL : https://devisu.inha.fr/photographica/360

Auteur

Tim Greyhavens

Historien de la photographie indépendant, Seattle (Wash.)