Une source pour les imaginaires de la mobilité photographique au xixe siècle. Les brevets d’invention de la photographie conservés à l’Institut national de la propriété industrielle

A source for the photographic mobility imaginary in the 19th century: photographic invention patents at the National Institute of Industrial Property (INPI)

p. 149-171

Plan

Texte

L’auteure tient à remercier le service des archives de l’INPI pour l’iconographie de cet article.

Présentation de la source

Institué en 1791, le brevet d’invention est un titre de propriété industrielle, qui octroie à un déposant le droit d’exploiter exclusivement son invention pour une période donnée1. Au xixe siècle, il se compose d’un certificat de délivrance et d’un mémoire descriptif, dans lequel le déposant expose ce qu’il entend breveter, les difficultés qu’il veut pallier, ou encore sa position face à la concurrence et aux demandes croissantes du public. Le plus souvent, des planches sont associées à ce mémoire. Elles permettent de visualiser l’invention sous différents angles, généralement par le dessin. À cette époque, la représentation de celle-ci par la photographie est rare2. De plus, le dépôt de brevet ne gage pas de l’exploitation effective de l’invention qu’il protège, à quelque échelle que ce soit. Malgré cela, il représente une source extrêmement riche pour l’histoire de la photographie, en particulier pour son histoire matérielle, sociale et économique. Au-delà du seul récit des modifications techniques, et comme l’a présenté Marie-Sophie Corcy3, il porte en effet le témoignage d’inventeurs connus4, mais aussi oubliés5, qui proviennent d’horizons socioprofessionnels très divers et sont en outre très nombreux.

En l’état actuel de nos recherches doctorales, le fonds patrimonial des brevets d’invention (1791-1901) conservé aujourd’hui à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) rassemble 4 022 dépôts de brevets relatifs à la photographie ou déposés par des inventeurs exerçant une profession liée à cette dernière entre 1839 et 19016. Ces brevets sont classés par ordre alphabétique des noms de déposants entre 1791 et 1844, date à laquelle la réforme de la loi sur les brevets fait débuter la numérotation des dépôts et un classement chronologique. Pour les dates antérieures à 1844, la recherche s’effectue donc par nom de déposant, date de dépôt, profession, adresse, ou encore mots du titre du brevet. Après 1844, le numéro de dépôt peut également permettre de retrouver un dossier dans le fonds patrimonial de l’INPI. S’ajoute à cela, dès 1853, une classification administrative thématique, dont plusieurs classes concernent la photographie, notamment celle intitulée « beaux-arts, instruments de musique ». Toutefois, cette nomenclature est changeante et elle ne remplace pas le classement chronologique des brevets. Le fonds a fait l’objet d’une informatisation complète, qui permet aujourd’hui une recherche exhaustive à l’aide d’un outil d’extraction portant sur les champs renseignés, parmi l’ensemble de plus de 410 000 dossiers conservés pour la période 1791-1901. Parallèlement, les brevets d’invention constituant une archive publique, une partie d’entre eux est consultable sur la base de données en ligne des brevets d’invention du xixe siècle7. Les originaux peuvent être consultés sur rendez-vous auprès du service des archives de l’INPI.

Par ce biais, nous avons pu déterminer que 303 des 4 022 brevets identifiés ont été déposés, entre 1843 et 1901, pour protéger des inventions relatives aux appareillages destinés à favoriser la mobilité des photographes hors de leur studio : dispositifs portatifs dits de campagne ou laboratoires mobiles. En lien avec la thématique du dossier de ce numéro de Photographica, nous avons choisi d’explorer quelques-uns de ces documents sources, afin de souligner les potentialités des brevets pour l’histoire de la photographie. À cet effet, nous accorderons autant d’attention aux mémoires qu’aux planches qui les accompagnent, car elles constituent une projection visuelle de ce qu’imaginent les inventeurs pour résoudre les problématiques posées par les déplacements des photographes. Éclairées par les descriptions des inventions, ces planches permettent d’analyser très concrètement les imaginaires technologiques qui ont pu résulter du désir de photographier en extérieur, en retraçant notamment leurs mutations et leurs sédimentations au cours du xixe siècle.

Conserver durablement l’image d’un paysage traversé lors d’un voyage est aux fondements des inventions de la photographie8. Ainsi, Nicéphore Niépce et William Henry Fox Talbot ont tous deux invoqué ce désir comme l’une des sources de leurs recherches sur la conservation des points de vue se formant au foyer d’une camera obscura9. Cependant, les difficultés pour s’affranchir des limites spatiales du studio sont nombreuses, en particulier des années 1840 aux années 1880. Pendant cette première période, les opérations nécessaires à la préparation, l’insolation, le développement et la fixation des clichés – lesquelles doivent être effectuées dans un court laps de temps – contraignent beaucoup la mobilité des photographes, car elles impliquent le transport d’un lourd bagage pour réaliser des images hors de l’atelier. L’équipement inclut, outre le matériel de prise de vue, un véritable laboratoire comprenant bouteilles, boîtes, caissons pour les produits chimiques, mais également de nombreuses cuvettes et conduits pour recueillir ou évacuer ces produits mobilisés pendant les opérations. Au cours de cette première phase, ces contraintes se traduisent donc par l’invention de laboratoires portatifs et d’appareils « tout-en-un », permettant à la fois la préparation des plaques, la prise de vue et le développement des images par les photographes lors de leurs déplacements.

Avec l’adoption des plaques sèches au gélatino-bromure d’argent au début des années 1880, des brevets d’un esprit différent sont déposés ; ils correspondent à un second temps des conceptions de la mobilité photographique. Libérés de la nécessité d’intégrer dans leurs inventions tout le matériel pour la préparation et le développement des clichés, les inventeurs se concentrent sur la portabilité d’appareils de prises de vue au maniement potentiellement simplifié à l’extrême. Ils prévoient alors des dispositifs miniatures adaptés à une gamme d’utilisateurs très étendue – des plus experts aux moins impliqués –, comme à de nouvelles pratiques – tourisme et plus spécialement cyclotourisme, photographie à la dérobée et récréations photographiques. Pour autant, au cours de cette seconde période, le laboratoire portatif ne disparaît pas complètement du bagage du photographe en campagne, comme le montrent les exemples développés ci-après.

Au-delà des déterminants technologiques qui contribuent à façonner la mobilité des photographes au xixe siècle, ces brevets nous renseignent également sur les attentes des praticiens, à tout le moins sur les attendus que les inventeurs imaginent pouvoir combler. Généralement, les inventions proposées pour photographier hors du studio visent ainsi l’obtention d’images nettes, soigneusement composées, aux lignes de perspective correspondant à la vision humaine, aux antipodes, pourrait-on penser, de la diversification de la perception des territoires parcourus induite par celle des moyens de transport : trains, bateaux à vapeur et, à la toute fin du siècle, bicyclettes et automobiles.

Parallèlement, ces brevets soulignent une évolution du rapport entre le corps du photographe et sa machine. Pensé dans un premier temps sur le mode de la complémentarité, l’idée étant d’alléger un matériel déjà lourd et encombrant, ce rapport se diversifie dans un second temps, à mesure que la pratique photographique en déplacement se réduit à l’opération de la prise de vue. Ainsi, à la fin du siècle, l’appareil photographique peut être conçu comme un appendice au corps du photographe, prenant la forme d’un accessoire vestimentaire ou se greffant sur ce nouvel instrument d’une mobilité tout à la fois assouplie et déployée que constitue la bicyclette. Ces brevets ciblent donc professionnels et amateurs, touristes et excursionnistes, mais pas, ou peu, d’explorateurs au long cours et de membres de missions scientifiques ou commerciales à l’étranger. En creux, ils nous indiquent ainsi les territoires parcourus par les photographes et leurs pratiques du déplacement : d’une photographie extérieure de proximité (à l’occasion de promenades notamment), aux excursions à la journée, puis aux voyages un peu plus longs, sans négliger les randonnées ou circuits en montagne. Cependant, ces déplacements ne sont jamais envisagés dans des territoires particulièrement hostiles ou très lointains, les termes « expédition » et « exploration » étant absents des titres des brevets sur l’ensemble de la période envisagée10.

Les sources que constituent ainsi les dossiers de dépôt invitent à mobiliser plus fréquemment les brevets d’invention pour travailler les questions économiques et industrielles au cœur de l’histoire des pratiques, des images et des usages photographiques. Dans ce but, il s’agirait toutefois de les croiser avec d’autres sources archivistiques, manuscrites et imprimées. En effet, les brevets sont délivrés sans examen préalable et sans garantie du gouvernement « de la réalité, de la nouveauté ou du mérite de l’invention11 ». Ainsi, le dépôt d’un brevet ne suppose ni l’existence du dispositif qu’il protège, ni sa diffusion. Quant aux applications réelles, les récits d’expériences rapportés dans les bulletins de sociétés savantes, les catalogues de vente et les publicités des fabricants de matériels, les collections d’appareils et d’images conservées dans les institutions patrimoniales, ou encore l’iconographie des photographes en déplacement, permettraient d’interroger la réalité de leur commercialisation.

Dans la suite de ce texte, nous présentons quelques planches choisies pour leur caractère inédit, leurs qualités esthétiques intrinsèques, mais aussi parce qu’elles témoignent de la variété des solutions techniques proposées en réponse au désir de photographier en déplacement au cours du xixe siècle. Ces planches permettent en outre d’historiciser la typologie des trois principaux ensembles de dispositifs imaginés pour réaliser des clichés hors du studio, que l’analyse du corpus de brevets sur la mobilité des photographes conduit à reconstituer : les laboratoires portatifs et les appareils « tout-en-un » d’abord, les matériels formellement normalisés ou camouflés ensuite, enfin les dispositifs adaptés à la locomotion humaine. Les courtes analyses qui accompagnent les planches de ces brevets démontrent alors l’apport que constitue cette source pour l’écriture de l’histoire de la photographie en dehors de l’atelier. En reconnectant avec les imaginaires technologiques qui lui ont été associés, elle contribue non seulement à l’histoire des pratiques et des images photographiques rêvées à travers l’invention de ces dispositifs, mais aussi à l’histoire de celles et ceux qui les ont pensés et à qui ils étaient destinés.

Charles Louis Chevalier, « Appareil dit euphotographe »

Pour faciliter les déplacements du photographe, de nombreux brevets déposés à partir des années 1850 visent à augmenter la portabilité des différentes pièces des dispositifs techniques, tout en assurant la pratique la plus adéquate aux conditions climatiques et hygrométriques des territoires parcourus. Les inventeurs jouent alors sur la miniaturisation, sur l’allègement et sur l’adaptabilité de ces pièces à de multiples fonctions, afin d’en réduire le poids et le volume.

Déposé en 1854, le brevet d’invention de l’opticien et daguerréotypiste Charles Louis Chevalier – fournisseur d’optique de Louis Daguerre et membre fondateur de la Société française de photographie (1854)1 – propose de réaliser toutes les opérations nécessaires à la production d’une image photographique en extérieur avec un seul et même appareil, baptisé « Euphotographe » [Fig. 1]. Sur la tente-laboratoire représentée en perspective cavalière, de profil et en vue frontale sur l’une des planches accompagnant le brevet (de haut en bas et de gauche à droite sur la fig. 1), apparaît un système de manches permettant à l’opérateur d’introduire ses mains à l’intérieur de la tente pour opérer à l’abri de la lumière. Le contrôle des manipulations s’effectue par le biais des deux oculi visibles sur la vue de profil, teintés de rouge pour filtrer les rayons actiniques de la lumière. Cette tente-laboratoire supporte une double fonction, puisqu’elle sert également de camera obscura. On en distingue les éléments dans sa partie supérieure, sur le dessin de profil de la planche.

Ainsi que l’indique le mémoire descriptif du brevet, l’Euphotographe est en outre pourvu de « pieds losanges à genouillères [permettant] de placer convenablement la chambre noire sur tous les terrains quelques accidentés qu’ils puissent être » (représentés en haut à gauche de la planche). Cette précision est une indication précieuse sur les caractéristiques des espaces que l’on désire photographier hors du studio au milieu des années 1850, et sur les inventions techniques que ce désir peut générer. Outre la tente-laboratoire-camera, les pieds sont en effet nécessaires à la stabilisation du dispositif, en particulier sur des terrains présentant des dénivelés, à une période où la sensibilité des négatifs, leur poids, leur format, et donc le volume de la camera, imposent l’usage d’un support. Afin de réduire l’importance du bagage photographique, les pieds doivent en outre être conçus pour être compactables, tout en restant solides et ajustables à différents types de sols.

Fig. 1 Charles Louis Chevalier, [Paris], [adresse : cour des Fontaines, 1 bis], « Appareil dit euphotographe », INPI, 1BB21045, brevet de 15 ans, 11 octobre 1854.

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Alfred Desespringalles et Louis Clovis Martin, « Laboratoire photographique portatif »

Nous retrouvons les principes analysés pour le brevet de Chevalier dans d’autres inventions déposées à la même période, qui couplent l’adaptabilité des éléments qui les composent à la miniaturisation du dispositif.

À ce titre, le brevet déposé en 1863 par Alfred Desespringalles, pharmacien et amateur photographe depuis le milieu des années 18502, et Louis Clovis Martin, médecin, pour un « Laboratoire photographique portatif » [Fig. 2], est éclairant. En jouant sur le principe de l’accordéon, les inventeurs conçoivent une boîte de taille variable, qui permet de faire « toutes les manipulations photographiques à l’abri de la lumière ». Ils précisent :

Dans ce laboratoire, on peut introduire la partie supérieure du corps, qui, une fois la ceinture agrafée, se trouve dans l’obscurité sauf le jour ménagé dans les parois par des transparents […]. Le dessus du laboratoire peut être muni d’un réservoir pour l’eau des lavages [planchettes latérales dans la partie supérieure du dessin].

Dans cet exemple, le bon fonctionnement du laboratoire portatif repose sur la contraction du dispositif lors du transport, mais aussi, comme pour le précédent brevet, sur l’emboîtement du corps de l’opérateur dans la machine lors de son utilisation.

Fig. 2 Alfred Desespringalles et Louis Clovis Martin, [Douai], « Laboratoire photographique portatif », INPI, 1BB59708, brevet de 15 ans, 1er août 1863.

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Jules Alexandre Édouard Marinier, « Appareil pour la photographie, dit photographie portative des voyageurs »

Le dépôt de 1863 effectué par le pharmacien, vendeur de produits chimiques et photographe Jules Alexandre Édouard Marinier, lui aussi membre de la Société française de photographie3, apporte de nouveaux éléments. Ils concernent les destinataires de ces inventions, les espaces envisagés pour la pratique photographique en extérieur et la réception des dispositifs commercialisés dans ce but au cours de cette première période. Sous le titre d’« Appareil pour la photographie, dit photographie portative des voyageurs », le mémoire descriptif du brevet dresse effectivement un constat sans appel des désagréments rencontrés par les opérateurs avec le matériel existant :

Toutes les tentes obscures faites jusqu’à ce jour dans le but de servir aux photographes pour faire en dehors de chez soi toutes les préparations nécessaires à l’apprêt des glaces et à l’obtention des images, portraits ou paysages etc., sont jugées comme embarrassantes et surtout trop pesantes pour le voyage en particulier. Les voitures servant aux mêmes usages nécessitent un ou plusieurs chevaux, ou si elles sont de petite dimension, on les traine avec peine, ce système est même tout à fait impraticable dans les montagnes.

Conçu pour être tout-terrain, l’appareil breveté par Marinier relève aussi des « tout-en-un ». Sur la planche accompagnant le brevet [Fig. 3], il est ainsi représenté par plusieurs dessins, selon les fonctions pour lesquelles il est utilisé : d’abord comme caisse de transport dans la partie supérieure de la planche – ses panneaux largement ouverts laissant apercevoir la chambre, les plaques, les flacons, les cuvettes et tout le matériel nécessaire aux différentes opérations photographiques –, ensuite comme laboratoire dans la partie inférieure gauche de la planche. Le corps du photographe, représenté en transparence, vient compléter l’appareil, selon le système qui nous est désormais familier.

Entre ces deux vues, est dessinée la planchette par le biais de laquelle l’opérateur peut fixer la chambre ou la caisse de transport transformée en laboratoire sur les pieds « de campagne », eux-mêmes représentés en bas à droite. Munis de pointes ferrées aux extrémités, ils sont conçus pour assurer la stabilité de la chambre ou du laboratoire sur tous les types de terrain, et ce jusqu’« au sommet des pics les plus escarpés », à une époque où le développement de l’alpinisme et de la géographie physique les impose comme de nouveaux territoires visuels à conquérir par la photographie4.

Fig. 3 Jules Alexandre Édouard Marinier, [Paris], [adresse : rue du Faubourg-Saint-Martin, 35], « Appareil pour la photographie, dit photographie portative des voyageurs », INPI, 1BB57894, brevet de 15 ans, 23 mars 1863.

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Société Beer et Michel, « Caisse-laboratoire de voyage »

Si la lente implantation des plaques au gélatino-bromure d’argent à partir des années 1870 participe à la multiplication des dépôts de brevets destinés à protéger l’invention de nouvelles camera de prise de vue, il est néanmoins important de souligner que ceux concernant les laboratoires portatifs ne disparaissent pas pour autant. Ils répondent à l’augmentation de la durée et de la distance de déplacement d’un nombre croissant de photographes. Ceux-ci peuvent en effet avoir besoin de développer et de tirer leurs négatifs, par exemple pour en réemployer les supports verre afin de réduire le bagage à transporter ou pour ne pas manquer la représentation d’un lieu où ils ne reviendraient plus, en contrôlant les prises de vue réalisées dans la journée.

Dans les laboratoires portatifs proposés à l’extrême fin du siècle, se retrouve le principe de l’emboîtement du corps de l’opérateur dans sa machine, par exemple pour le brevet déposé par la société Beer et Michel en 1897 pour une « Caisse-laboratoire de voyage » [Fig. 4]. Cette société n’est que peu documentée à notre connaissance – ce qui est le cas de plusieurs autres déposants du corpus. Cependant, nous retrouvons la trace de son brevet dans deux publications photographiques spécialisées, le Bulletin de la Société française de photographie de 1899 et la Photo-Gazette de 1898-18995. Il est fréquent alors qu’une liste des brevets d’invention déposés paraisse dans différents organes de diffusion. Cette habitude pallie l’absence de publication systématique des brevets d’invention – imposée par la loi du 9 juillet 1901 –, absence qui rend difficile la recherche d’antériorité pour tout déposant souhaitant, par exemple, connaître l’existence d’une invention similaire à la sienne6. Pour autant, ces listes ne renseignent que le nom des inventeurs, le numéro de brevet, la date de dépôt et le titre de l’invention. Le dossier complet du brevet permet quant à lui d’accéder au cœur de l’invention : dans le cas de celle de la société Beer et Michel, il s’agit d’une « caisse rectangulaire pouvant être faite de n’importe quelle matière », représentée sur pieds (pliants [X]) « prêt[e] pour opérer ». Sur sa partie supérieure est fixé un « grand voile épais d’étoffe noire [V] doublée d’étoffe rouge » pourvu de trois « ouvertures ». Au centre du dessin [O], deux d’entre elles sont conçues avec des manches pour que l’opérateur puisse glisser ses mains à l’intérieur de la boîte. Dans la partie supérieure du dispositif [D], la troisième permet au photographe de passer le haut de la tête à l’intérieur de la caisse pour contrôler les manipulations qu’il effectue dans l’obscurité de ce précaire cabinet noir, tout en « laissant la bouche entièrement en dehors afin de faciliter la respiration » [D].

Fig. 4 Société Beer et Michel, [Paris], [adresse : rue Aumont-Thiéville, 4], « Caisse-laboratoire de voyage », INPI, 1BB269973, brevet de 15 ans, 27 août 1897.

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Mélchior Massenot, « Laboratoire photographique de voyage »

Déposés en cette même fin de xixe siècle, d’autres brevets pour des laboratoires portatifs révèlent l’un des mouvements de fond des inventions relatives à la mobilité photographique : celle de la normalisation des dispositifs proposés. Ceux-ci doivent ressembler à des objets familiers, au moins pendant leur transport.

En 1898, Mélchior Massenot, dont la profession n’est pas renseignée lors du dépôt, dépose un brevet d’invention pour un « Laboratoire photographique de voyage », dont l’un des principaux intérêts réside dans la possibilité de transporter ses différentes parties « dans un espace correspondant au volume d’une valise de grandeur moyenne ». Comme le montre l’une des planches de ce brevet [Fig. 5, en bas à droite], les avantages de la miniaturisation sont ici couplés à la possibilité d’adapter le volume des éléments du laboratoire à celui d’un objet commun au voyageur, dont l’apparence en déplacement est d’une grande banalité et qui peut donc passer inaperçu. Toutefois, lorsque ce laboratoire est déployé, il renoue avec les précédentes propositions, à savoir la complémentarité du corps de l’opérateur et de sa machine, que représente la partie gauche de la planche et que décrit le mémoire. Dans ce but, une housse « destinée à recouvrir le buste et les membres supérieurs de l’opérateur tout en laissant à celui-ci la liberté de ses mouvements » protège les opérations de la lumière.

Fig. 5 Mélchior Massenot, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Laboratoire photographique de voyage », INPI, 1BB278803, brevet de 15 ans, 11 juin 1898.

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Jules Arthur Boisdin, « Appareil photographique-bijou »

Une partie des recherches vise la discrétion de l’opérateur en déplacement. Celle-ci repose non seulement sur la miniaturisation des appareils, mais aussi sur leur adéquation avec la forme d’objets familiers, ceux du vêtement, de la parure et du voyageur en particulier. Dès avant l’implantation des négatifs au gélatino-bromure d’argent, les inventeurs proposent par exemple des camera de taille réduite, dont l’avantage tient au fait que leur aspect se rapproche d’articles communs : valise, portefeuille7, jumelle ou bijou. Jules Arthur Boisdin, sans profession renseignée dans le brevet, choisit ces deux dernières analogies pour décrire l’appareil qu’il brevète en 1864 [Fig. 6]. Ces arguments lui semblent peut-être d’autant plus pertinents qu’il vise le marché féminin :

Ce joli petit instrument d’une précision mathématique, d’un volume réduit à ses plus minimes proportions et que nous qualifions à juste titre d’appareil photographique bijou est particulièrement destiné aux Dames ou à toute personne qui désire conserver ses impressions de voyages pour les réunir dans un album ou les transformer par l’amplification en charmants tableaux […]. Par cette nouvelle application de l’art photographique nous avons résolu le problème de rendre cet art accessible aux Dames en combinant un élégant appareil d’une perfection incontestable ; réduit à la simple proportion d’une jumelle […].

Cet exemple fait écho à la mode des bijoux photographiques – dont certains sont d’ailleurs brevetés –, et spécialement aux portraits photographiques en broche ou en pendentif8. Le terme « bijou » attribué à son invention par Boisdin signale ainsi l’élégance d’un appareil de petite taille – qui nécessite toutefois encore l’usage d’un pied (3, en haut, au centre de la planche) –, faisant peut-être office, dans l’esprit de l’inventeur, de parure venant parfaire la toilette de la clientèle à laquelle il le destine. Son transport est facilité par l’usage d’un étui adapté muni d’une longue courroie (4, dans l’angle inférieur droit). L’inventeur précise que « des glaces prêtes à recevoir l’impression de la lumière […] se conservant presque indéfiniment […] sont livrées avec l’appareil » (2, en haut, à droite du dessin), dispensant en conséquence son utilisatrice de connaissances techniques et chimiques. L’appareil est par ailleurs livré avec une boîte « qui se laisse à la maison » contenant « tous les produits et ustensiles nécessaires à l’opérateur » (5, en bas, au centre de la planche). Cette invention miniaturisée nous fait songer, avec presque trente ans d’avance, aux recommandations permettant aux amateurs photographes de s’équiper de la meilleure manière au tournant des xixe et xxe siècles9.

Fig. 6 Jules Arthur Boisdin, [Paris], [adresse : rue de la Pompe, 111], « Appareil photographique-bijou », INPI, 1BB63433, brevet de 15 ans, 16 juin 1864.

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Edmond Bloch, « Nouvel appareil photographique dit Edmus »

À partir des années 1880, les inventeurs poursuivent dans cette voie de la miniaturisation des appareils, en visant plus spécifiquement leur camouflage. D’une part, ils renchérissent sur la dissociation des différentes opérations nécessaires pour obtenir un négatif, qui permet de restreindre le bagage au transport de la chambre noire. D’autre part, ils profitent de la grande sensibilité des négatifs à la lumière, qui autorise l’opérateur à se passer d’un pied pour stabiliser son appareil. Couplé au goût pour les récréations photographiques des amateurs10 et à un intérêt certain pour le mouvement pris sur le vif11, ce choix technologique induit une multiplication des brevets destinés à protéger des camera façonnées ou adaptables à la forme d’un livre ou, surtout, d’accessoires d’un vestiaire dont il faut souligner le genre plutôt masculin : canne, parapluie, cravate12.

En 1889, l’opticien, dessinateur et fabricant d’appareils de précision Edmond Bloch13 brevète l’« Edmus » [Fig. 7], qui est « destiné à photographier instantanément les objets mobiles et immobiles sans que l’on s’en aperçoive ; il peut être dissimulé facilement et complètement. Il est tout particulièrement destiné à se mettre sous une cravate, l’objectif remplaçant l’épingle ». Cet appareil est construit par Charles Dessoudeix et prévoit plusieurs modèles et coloris de cravates.

Comme le montrent cet exemple et le précédent, les inventeurs peuvent donc cibler des publics selon leur genre, et cela très tôt (« bijou », appareil photographique dissimulé sous la forme de sacs à main, etc.). Cette différenciation de genre permet une offre ajustée et multipliée, profitant là encore aux rentes potentielles de l’inventeur.

Avec ce type d’appareil c’est donc le corps de l’opérateur en déplacement hors du studio qui fait office de support ou de trépied, puisque c’est sur son vêtement que l’appareil vient se greffer. À cet égard, les brevets déposés à la fin du siècle pour adapter la camera à ces nouveaux moyens de locomotion humaine que sont les tricycles, tandems et autres bicyclettes, participent du même mouvement : l’appareil devient une extension d’un corps désormais photographique, aux capacités de déplacements elles-mêmes augmentées par la machine vélocipédique14.

Fig. 7 Edmond Bloch, [Paris], [adresse : boulevard Henri-IV, 31], « Nouvel appareil photographique dit Edmus », INPI, 1BB200897, brevet de 15 ans, 21 septembre 1889.

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Victor Edmond Poitrineau, « Appareil ambulant et portatif, à développement, pour renfermer les outils et accessoires photographiques »

En 1861 déjà, l’architecte Victor Edmond Poitrineau brevetait un « Appareil ambulant et portatif, à développement, pour renfermer les outils et accessoires photographiques », dont la particularité tenait au montage de sa caisse sur des roues [Fig. 8]. Destiné à faciliter le déplacement du matériel et du laboratoire en extérieur, l’ensemble était conçu pour être tiré à bras, et non plus porté à dos d’hommes ou de mulets. Deux ans plus tard cependant, le mémoire descriptif du brevet déposé par Marinier cité supra [Fig. 3] nous en dit long sur les causes d’infortune de ce genre d’invention. Les roues supportent mal les chocs produits par les accidents du terrain, qu’elles répercutent sur le matériel, compliquant finalement l’usage de ce type de chariot. Le brevet de Poitrineau forme d’ailleurs un hapax, justement retenu pour son exceptionnalité : il s’agit de la seule proposition d’appareil monté sur roues, dit « ambulant », parmi les brevets relatifs à la mobilité photographique déposés dans les années 1850-1880. Les autres inventeurs lui préfèrent un système de boîte pliante sur pieds, tels ceux analysés précédemment. Quoique plusieurs modèles de vans photographiques soient attestés, à l’exemple de celui employé par Roger Fenton lors de la campagne de Crimée (1855)15, ce dispositif semble avoir suscité une demande insuffisante pour que des inventeurs y voient une opportunité commerciale intéressante.

Fig. 8 Victor Edmond Poitrineau, [Paris], [adresse : boulevard de Strasbourg, 23], « Appareil ambulant et portatif, à développement, pour renfermer les outils et accessoires photographiques », INPI, 1BB51063, brevet de 15 ans, 4 septembre 1861.

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Jean Delton, « Nouveau support d’appareil photographique permettant d’adapter les chambres aux tricycles et aux bicycles au moyen duquel ces derniers forment le pied »

Il en va tout autrement des dispositifs inventés pour fixer l’appareil photographique aux cycles, dont l’usage s’implante de façon durable et exponentielle à partir de la fin des années 1880. En induisant une grande liberté de mouvement, le développement de la pratique du vélocipède, qui s’exprime également dans le sport et dans le tourisme16, produit une autre préhension du territoire que celles expérimentées en train à partir des années 1840, puis en automobile à la toute fin du siècle. Suscitant un nouveau désir d’image17, il entraîne le dépôt d’un nombre conséquent de brevets d’invention, qui concernent des supports de fixation, non des chambres noires, abondamment brevetées par ailleurs.

Ainsi, dès 1888, le photographe Jean Delton – probable successeur de Louis-Jean Delton père, spécialiste de photographie hippique18 –, dépose un brevet qu’il justifie comme suit :

La présente demande de brevet d’invention se rapporte à un support mobile qui permet aux touristes amateurs de photographie d’utiliser les vélocipèdes en général (bicycles, tricycles, bicyclettes de tous systèmes et de toutes formes) comme pied servant à soutenir l’appareil photographique et à le maintenir en place.

La planche accompagnant le brevet [Fig. 9] représente un tricycle en tandem sur le cadre duquel est fixée la chambre noire. Ce dispositif permet de stabiliser l’appareil pendant la prise de vue, fonction que renforcent les trois roues du tricycle.

Fig. 9 Jean Delton, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Nouveau support d’appareil photographique permettant d’adapter les chambres aux tricycles et aux bicycles au moyen duquel ces derniers forment le pied », INPI, 1BB191003, brevet de 15 ans, 4 juin 1888.

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Gaëtan Mattioli, « Système de pied mobile pour vélocipède »

Trois ans plus tard, en 1891, Gaëtan Mattioli, fabricant d’appareils photographiques, d’instruments de précision et de chirurgie, et membre de la Société française de photographie19, dépose un brevet pour un système reposant sur le même principe [Fig. 10]. Cette fois, l’ensemble est muni d’un pied avec niveau à bulle d’air, que le support de fixation de la chambre au guidon permet d’orienter dans toutes les directions.

Représentant des systèmes destinés non seulement à stabiliser la camera obscura, mais également à la fixer à hauteur d’yeux, ces planches illustrent des inventions qui permettent d’obtenir des images obéissant à des normes de représentation en tous points opposées aux nouvelles sensations de vitesse et de perception du territoire expérimentées grâce au vélocipède, au contraire des instantanés pris des trains à la même période20. En contre-champ, elles nous indiquent ainsi le type d’images que les cyclotouristes souhaitent réaliser, ou au moins que les inventeurs pensent être leur souhait.

Fig. 10 Gaëtan Mattioli, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Système de pied mobile pour vélocipède », INPI, 1BB217178, brevet de 15 ans, 3 novembre 1891.

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1 Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910) : actes des notaires de Paris pour servir

2 Sylvie Aubenas et Paul-Louis Roubert (dir.), « Dictionnaire des calotypistes en France », notice « Desespringalles », dans id., Primitifs de la

3 Notice biographique, Bibliothèque nationale de France, Data Bnf <data.bnf.fr/ark:/12148/cb14978409v>. Voir aussi Archives nationales, Minu

4 Sur ce sujet, voir par exemple Milan Chlumsky, Ute Eskildsen et Bernard Marbot, Les frères Bisson photographes. De flèche en cime, 1840-1870, cat. 

5 « Liste de brevets relatifs à la photographie », Bulletin de la Société française de photographie, Paris : Gauthier-Villars, 1899, p. 502 et « 

6 Valérie Marchal, « Brevets, marques, dessins et modèles », art. cité.

7 Brevet d’invention de 15 ans n° 1BB113443 déposé le 22 juin 1876 par la Société Gilles frères pour un « genre de laboratoire-portefeuille pour la

8 Manuel Charpy, « Patrimoines incertains. Photographies et récits familiaux dans la France du xixe siècle », Photographica, n° 1, 2020 : <devisu.inh

9 Par exemple Louis Morel, « Cours pratique de photographie », L’Amateur : revue de photographie, n° 1, 15 mai 1902, p. 4-6 : <catalogue.bnf.fr/ark

10 Clément Chéroux, « Les récréations photographiques », Études photographiques, n° 5, novembre 1998 : <journals.openedition.org/etu

11 André Gunthert, « La conquête de l’instantané. Archéologie de l’imaginaire photographique en France (1841-1895) », 1999 (thèse de doctorat en

12 Brevet d’invention de 15 ans n° 1BB234709 déposé le 11 décembre 1893 par Carmine Bozzi pour une « Canne ou parapluie photographique », Archives

13 Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910), op. cit., t. 1, p. 119.

14 Monique Sicard, « Complexité du simple », Les Cahiers de médiologie, no 5, 1998, p. 33-44.

15 Sophie Gordon, Shadows of War: Roger Fenton’s Photographs of the Crimea, 1855, Londres : Royal Collection Trust, 2017.

16 Catherine Bertho-Lavenir, La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, Paris : Odile Jacob, 1999.

17 Pour le contexte français, voir Laureline Meizel, « D’une absence : La France cyclotouriste dans les livres illustrés de photographies à la fin du

18 Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910), op. cit., t. 1, p. 320-322.

19 Ibid, t. 2, p. 777.

20 Clément Chéroux, « Vues du train. Vision et mobilité au xixe siècle », Études photographiques, no 1, 1996 : <journals.openedition.org/etu

Notes

1 Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910) : actes des notaires de Paris pour servir à l’histoire des photographes et de la photographie, rédigé par Marc Durand ; avec la collaboration de Claire Béchu, Marie-Ève Bouillon, Sylvie Bigoy et Sylvie Le Goëdec ; et la participation de Marie-Françoise Limon-Bonnet et Emmanuel Rousseau, Pierrefitte-sur-Seine : Archives nationales, 2015, t. 1, p. 218-222. Voir aussi Jacques Roquencourt, « Daguerre et l’optique », Études photographiques, n° 5, novembre 1998 : <journals.openedition.org/etudesphotographiques/164>.

2 Sylvie Aubenas et Paul-Louis Roubert (dir.), « Dictionnaire des calotypistes en France », notice « Desespringalles », dans id., Primitifs de la photographie, op. cit., p. 274.

3 Notice biographique, Bibliothèque nationale de France, Data Bnf <data.bnf.fr/ark:/12148/cb14978409v>. Voir aussi Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910), op. cit., p. 761-763.

4 Sur ce sujet, voir par exemple Milan Chlumsky, Ute Eskildsen et Bernard Marbot, Les frères Bisson photographes. De flèche en cime, 1840-1870, cat. expo. (Bibliothèque nationale de France, 15 juin-29 août 1999), Paris : Bibliothèque nationale de France, 1999 ; et Luce Lebart, « Une contribution à l’histoire du paysage : les photographies des services de restauration des terrains de montagnes, 1867-1931 », 1997 (mémoire de DEA en histoire de l’art non publié, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France). Sur le développement de la géographie physique : Numa Broc, Une histoire de la géographie physique en France : xixe-xxe siècles. Les hommes, les œuvres, les idées, postface par Marc Calvet et Christian Giusti, Perpignan : Presses universitaires de Perpignan, 2010.

5 « Liste de brevets relatifs à la photographie », Bulletin de la Société française de photographie, Paris : Gauthier-Villars, 1899, p. 502 et « Brevets d’invention communiqués par l’office Émile Barrault », Photo-Gazette : revue internationale illustrée de la photographie et des arts qui s’y rattachent, supplément au journal du 25 février 1899, p. xv.

6 Valérie Marchal, « Brevets, marques, dessins et modèles », art. cité.

7 Brevet d’invention de 15 ans n° 1BB113443 déposé le 22 juin 1876 par la Société Gilles frères pour un « genre de laboratoire-portefeuille pour la photographie », Archives Institut national de la propriété industrielle (INPI).

8 Manuel Charpy, « Patrimoines incertains. Photographies et récits familiaux dans la France du xixe siècle », Photographica, n° 1, 2020 : <devisu.inha.fr/photographica/119>.

9 Par exemple Louis Morel, « Cours pratique de photographie », L’Amateur : revue de photographie, n° 1, 15 mai 1902, p. 4-6 : <catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb326906304>.

10 Clément Chéroux, « Les récréations photographiques », Études photographiques, n° 5, novembre 1998 : <journals.openedition.org/etudesphotographiques/167>.

11 André Gunthert, « La conquête de l’instantané. Archéologie de l’imaginaire photographique en France (1841-1895) », 1999 (thèse de doctorat en histoire non publiée, École des hautes études en sciences sociales, France) : <archives-ouvertes.fr/halshs-00004607/en/>.

12 Brevet d’invention de 15 ans n° 1BB234709 déposé le 11 décembre 1893 par Carmine Bozzi pour une « Canne ou parapluie photographique », Archives INPI.

13 Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910), op. cit., t. 1, p. 119.

14 Monique Sicard, « Complexité du simple », Les Cahiers de médiologie, no 5, 1998, p. 33-44.

15 Sophie Gordon, Shadows of War: Roger Fenton’s Photographs of the Crimea, 1855, Londres : Royal Collection Trust, 2017.

16 Catherine Bertho-Lavenir, La roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, Paris : Odile Jacob, 1999.

17 Pour le contexte français, voir Laureline Meizel, « D’une absence : La France cyclotouriste dans les livres illustrés de photographies à la fin du xixe siècle », dans Philippe Antoine, Danièle Méaux et Jean-Pierre Montier, La France en albums (xixe-xxie siècles), Paris : Hermann, 2017, p. 119-131. Pour le contexte britannique, voir Sara Dominici, « Cyclo-Photographers, Visual Modernity, and the Development of Camera Technologies, 1880s–1890 », History of Photography, no 42, 2018, p. 46-60.

18 Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris, De l’image fixe à l’image animée (1820-1910), op. cit., t. 1, p. 320-322.

19 Ibid, t. 2, p. 777.

20 Clément Chéroux, « Vues du train. Vision et mobilité au xixe siècle », Études photographiques, no 1, 1996 : <journals.openedition.org/etudesphotographiques/101>.

Note de fin

1 Voir Valérie Marchal, « Brevets, marques, dessins et modèles. Évolution des protections de la propriété industrielle au xixe siècle en France », Documents pour l’histoire des techniques, no 17, 2009, p. 106-116 ; Alain Beltran, Sophie Chauveau et Gabriel Galvez-Behar, Des brevets et des marques. Une histoire de la propriété industrielle, Paris : Fayard, 2001, ou encore Gabriel Galvez-Behar, La république des inventeurs. Propriété et organisation de l’innovation en France (1791-1922), Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2008.

2 Amandine Gabriac, « Vers un imaginaire de l’invention au xixe siècle ? Les photographies de brevets d’invention en France (1854-1890). Fonds patrimonial des brevets d’invention de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) », 2016 (mémoire de master 2 en histoire de l’art non publié, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, France).

3 Marie-Sophie Corcy, « L’évolution des techniques photographiques de prise de vue (1839-1920). Mise en évidence d’un système sociotechnique », Documents pour l’histoire des techniques, no 17, 2009, p. 57-68.

4 Patrice Bret et Gérard Pajonk (dir.), Savants et inventeurs entre la gloire et l’oubli. Actes du 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques « Célèbres ou obscurs, hommes et femmes dans leurs territoires et leur histoire » (Bordeaux, 20-24 avr. 2009), Paris : Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2014.

5 Nicolas Chevassus-au-Louis, Les damnés de la science. Vingt histoires de malchance, de folie et d’oubli, Villeveyrac : Le papillon rouge éditeur, 2019.

6 Amorcée en 2016 sous la direction de Liliane Hilaire-Pérez et la codirection de Michel Poivert à l’Université de Paris, laboratoire ICT, cette thèse de doctorat s’intitule « Les inventeurs brevetés de la photographie au xixe siècle : typologie, sociabilités et promotion de la photographie (1839-1901) » (titre provisoire). En cours de finalisation, elle devrait être soutenue en 2021.

7 Base de données des brevets d’invention du xixe siècle : <bases-brevets19e.inpi.fr/>. Actuellement la base donne accès aux notices des brevets d’invention déposés jusqu’en 1871 et aux images de ces dossiers originaux jusqu’en 1855.

8 François Arago, Rapport de M. Arago sur le daguerréotype, lu à la séance de la Chambre des députés, le 3 juillet 1839, et à l’Académie des sciences, séance du 19 août, Paris : Bachelier, 1839.

9 Voir Nicolas Le Guern, « Éloge de la simplicité. Adaptation et évolution du calotype en France de Fox Talbot à Le Gray », dans Sylvie Aubenas et Paul-Louis Roubert (dir.), Primitifs de la photographie. Le calotype en France (1843-1860), cat. exp. (Bibliothèque nationale de France, 19 oct. 2010-16 janv. 2011), Paris : Gallimard, 2010, p. 19-34.

10 Voir à ce sujet dans ce numéro de Photographica l’article de Pierre Guivaudon, « “L’appareil de l’explorateur n’existe pas.” Quels matériels photographiques pour les missions d’exploration françaises au cours du dernier tiers du xixe siècle ? ».

11 Loi sur les brevets d’invention du 5 juillet 1844, article 11.

Illustrations

Fig. 1 Charles Louis Chevalier, [Paris], [adresse : cour des Fontaines, 1 bis], « Appareil dit euphotographe », INPI, 1BB21045, brevet de 15 ans, 11 octobre 1854.

Fig. 1 Charles Louis Chevalier, [Paris], [adresse : cour des Fontaines, 1 bis], « Appareil dit euphotographe », INPI, 1BB21045, brevet de 15 ans, 11 octobre 1854.

Fig. 2 Alfred Desespringalles et Louis Clovis Martin, [Douai], « Laboratoire photographique portatif », INPI, 1BB59708, brevet de 15 ans, 1er août 1863.

Fig. 2 Alfred Desespringalles et Louis Clovis Martin, [Douai], « Laboratoire photographique portatif », INPI, 1BB59708, brevet de 15 ans, 1er août 1863.

Fig. 3 Jules Alexandre Édouard Marinier, [Paris], [adresse : rue du Faubourg-Saint-Martin, 35], « Appareil pour la photographie, dit photographie portative des voyageurs », INPI, 1BB57894, brevet de 15 ans, 23 mars 1863.

Fig. 3 Jules Alexandre Édouard Marinier, [Paris], [adresse : rue du Faubourg-Saint-Martin, 35], « Appareil pour la photographie, dit photographie portative des voyageurs », INPI, 1BB57894, brevet de 15 ans, 23 mars 1863.

Fig. 4 Société Beer et Michel, [Paris], [adresse : rue Aumont-Thiéville, 4], « Caisse-laboratoire de voyage », INPI, 1BB269973, brevet de 15 ans, 27 août 1897.

Fig. 4 Société Beer et Michel, [Paris], [adresse : rue Aumont-Thiéville, 4], « Caisse-laboratoire de voyage », INPI, 1BB269973, brevet de 15 ans, 27 août 1897.

Fig. 5 Mélchior Massenot, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Laboratoire photographique de voyage », INPI, 1BB278803, brevet de 15 ans, 11 juin 1898.

Fig. 5 Mélchior Massenot, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Laboratoire photographique de voyage », INPI, 1BB278803, brevet de 15 ans, 11 juin 1898.

Fig. 6 Jules Arthur Boisdin, [Paris], [adresse : rue de la Pompe, 111], « Appareil photographique-bijou », INPI, 1BB63433, brevet de 15 ans, 16 juin 1864.

Fig. 6 Jules Arthur Boisdin, [Paris], [adresse : rue de la Pompe, 111], « Appareil photographique-bijou », INPI, 1BB63433, brevet de 15 ans, 16 juin 1864.

Fig. 7 Edmond Bloch, [Paris], [adresse : boulevard Henri-IV, 31], « Nouvel appareil photographique dit Edmus », INPI, 1BB200897, brevet de 15 ans, 21 septembre 1889.

Fig. 7 Edmond Bloch, [Paris], [adresse : boulevard Henri-IV, 31], « Nouvel appareil photographique dit Edmus », INPI, 1BB200897, brevet de 15 ans, 21 septembre 1889.

Fig. 8 Victor Edmond Poitrineau, [Paris], [adresse : boulevard de Strasbourg, 23], « Appareil ambulant et portatif, à développement, pour renfermer les outils et accessoires photographiques », INPI, 1BB51063, brevet de 15 ans, 4 septembre 1861.

Fig. 8 Victor Edmond Poitrineau, [Paris], [adresse : boulevard de Strasbourg, 23], « Appareil ambulant et portatif, à développement, pour renfermer les outils et accessoires photographiques », INPI, 1BB51063, brevet de 15 ans, 4 septembre 1861.

Fig. 9 Jean Delton, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Nouveau support d’appareil photographique permettant d’adapter les chambres aux tricycles et aux bicycles au moyen duquel ces derniers forment le pied », INPI, 1BB191003, brevet de 15 ans, 4 juin 1888.

Fig. 9 Jean Delton, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Nouveau support d’appareil photographique permettant d’adapter les chambres aux tricycles et aux bicycles au moyen duquel ces derniers forment le pied », INPI, 1BB191003, brevet de 15 ans, 4 juin 1888.

Fig. 10 Gaëtan Mattioli, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Système de pied mobile pour vélocipède », INPI, 1BB217178, brevet de 15 ans, 3 novembre 1891.

Fig. 10 Gaëtan Mattioli, [Paris], [adresse : boulevard de Bonne-Nouvelle, 42], « Système de pied mobile pour vélocipède », INPI, 1BB217178, brevet de 15 ans, 3 novembre 1891.

Citer cet article

Référence papier

Amandine Gabriac, « Une source pour les imaginaires de la mobilité photographique au xixe siècle. Les brevets d’invention de la photographie conservés à l’Institut national de la propriété industrielle », Photographica, 2 | 2021, 149-171.

Référence électronique

Amandine Gabriac, « Une source pour les imaginaires de la mobilité photographique au xixe siècle. Les brevets d’invention de la photographie conservés à l’Institut national de la propriété industrielle », Photographica [En ligne], 2 | 2021, mis en ligne le 03 mai 2021, consulté le 15 mai 2021. URL : https://devisu.inha.fr/photographica/480

Auteur

Amandine Gabriac

Doctorante en histoire à l’Université de Paris. Cheffe de projet au sein du service archives de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI)