Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung, mit besonderer Berücksichtigung der anthropologischen Methoden für Studierende, Ärzte und Forschungsreisende. Iéna : Fischer, 1914, p. 34-43

p. 142-150

Plan

Texte

II Méthodes de reproduction

La reproduction d’objets anthropologiques peut être soit bidimensionnelle, soit tridimensionnelle. Dans le premier cas, la représentation sera plane, dans le second, en volume.

1. La reproduction plane

A. Photographie

Seuls quelques rares anthropologues sont suffisamment doués en dessin pour produire des images justes au plan perspectif et par conséquent scientifiquement exploitables. Le plus grand nombre est quant à lui contraint de recourir à la photographie.

L’image photographique d’un objet n’en est pas la projection parallèle, mais résulte au contraire de rayons qui convergent au centre de l’objectif. Ses différentes parties se voient dès lors reproduites sous différents angles, les plus éloignées paraissant plus petites, les plus proches, plus grandes. Plus l’objet est éloigné de l’objectif (distance focale), moins ce défaut de l’image photographique est marqué. Mais plus la distance focale est grande, plus l’image est petite. Le document photographique à usage anthropologique doit cependant avoir une taille correcte, ce qu’à une distance égale seul un objectif plus gros permet d’obtenir.

B. Méthodes anthropologiques

Jusqu’à présent, rares sont les clichés photographiques d’objets anthropologiques à avoir été réalisés selon ce principe, rendant les photographies publiées impropres à tout mesurage. Pour pouvoir un tant soit peu contrôler les distorsions, il faudrait que soient indiquées sur chaque reproduction photographique la distance de l’objet et la taille exacte de l’objectif. En exprimant cette dernière en pourcentage de la première, on obtiendra un index permettant de déterminer le degré de déformation. Cet index ne devra pas dépasser 40. En d’autres termes, la distance focale de l’objectif devra être au moins 2,5 fois supérieure à la taille de l’objet. Si l’on applique ce prérequis à la photographie en pied d’un modèle vivant debout, mesurant 1,60 m, il faudra alors opter pour une distance de 4 mètres par rapport à l’objectif.

Il serait en outre très bienvenu que, dès la prise de vue en pied d’un individu vivant, on utilise une réduction constante de la grandeur nature, laquelle est naturellement conditionnée par la taille des plaques. Comme il est judicieux de conserver des marges, on recommandera la réduction suivante :

pour une plaque de 9 × 12 ……. 1/18 de la grandeur nature

…………………..….. de 13 × 18 …… 1/12,5 …………………...

…………………..….. de 18 × 24 …… 1/9 …………………..……

On utilisera donc

pour une plaque de 9 × 12 un objectif d’une distance focale de 28 cm

………………………….. 13 × 18 …………………………………… 41 cm

………………………….. 18 × 24 …………………………………… 46 cm

Pour les images en buste, on réduira de la manière suivante :

pour une plaque de 9 × 12 …… à 1/6 de la grandeur nature

………………………….. 13 × 18 …... à 1/4 …………………….

………………………….. 18 × 24 …... à 1/3 …………………….

Ces réductions sont aisées à opérer de manière régulière lorsque l’on se sert d’une plaque en verre dépoli quadrillée et, ainsi que cela a été montré page 38, l’on place et photographie une règle graduée à côté de l’objet.

Cela correspond donc pour une plaque de

9 × 12 …… 85 cm de l’échelle = 5 cm de l’image sur le verre dépoli

13 × 18 …. 100……………… = 8 …………………………………..

18 × 24 …. 90 ………………. = 10 …………………………………

Ainsi, quiconque s’équipera spécialement pour la photographie anthropologique acquerra idéalement une lentille anastigmatique double de la distance focale mentionnée avec une ouverture utile d’environ F/6, objectif moins approprié il est vrai aux photographies de paysage du même format. Puisque, la plupart du temps, lors des expéditions notamment, l’objectif a vocation à servir autant à la photographie de paysage qu’à celle de personnes, on pourra choisir un même objectif anastigmate double dont la lentille arrière, totalement ouverte, correspond parfaitement au format de la plaque. Il faudra cependant ouvrir à F/9 et éventuellement à F/12. Le problème d’une lentille de ce type (lentille arrière) est d’exiger un temps d’exposition quatre fois plus long que celui d’un double anastigmat de la même distance focale et de la même ouverture, et de ne pouvoir être utilisée pour la photographie instantanée d’êtres vivants uniquement lorsque les conditions de luminosité sont optimales. Bertillon et Chervin1 ont proposé un équipement photographique pratique pour les installations fixes.

Comme il ressort de ce que nous écrivions précédemment, les photographies d’êtres vivants prises à des fins anthropologiques concernent aussi bien le corps dans sa totalité que le buste ou la tête. Pour remplacer dans une certaine mesure le volume, que l’image stéréoscopique est la seule à pouvoir restituer, c’est-à-dire pour faciliter la compréhension de l’étendue corporelle d’un objet, on aura besoin de deux ou trois photographies offrant différents points de vue (normes2), lesquels devront se superposer verticalement et coïncider. Le cliché en pied d’un être humain, nu le cas échéant, devrait toujours proposer des vues strictement frontale, latérale et éventuellement de dos (voir les figures 2, 3 et 4 [Fig. 1a, 1b et 1c]).

Fig. 1a « [Fig. 2. Photographie d’un jeune homme vu de face] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Image

Iéna : Fischer, 1914, p. 36. Heidelberg University Library, O 860-8.

Fig. 1b « [Fig. 3. Photographie d’un jeune homme vu de profil] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

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Iéna : Fischer, 1914, p. 37. Heidelberg University Library, O 860-8.

Fig. 1c « [Fig. 4. Photographie d’un jeune homme vu de dos] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

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Iéna : Fischer, 1914, p. 38. Heidelberg University Library, O 860-8.

Pour les images en buste, celles où la tête et la structure du visage importent le plus, il convient d’adopter des prises de vue de face, de profil et de trois quarts, c’est-à-dire dans une position intermédiaire entre une vue purement de face et une vue purement de profil ; cette position en effet met en valeur de nombreux détails de la structure du visage, des joues et de la région nasale notamment, ce que les autres vues ne permettent pas. On peut, lorsque l’on photographie un profil, lisser les cheveux derrière les oreilles de façon à ce que ces dernières figurent sur la photographie. Si l’on souhaite prendre une photo de la tête d’un individu vivant un peu dégarni ou rendu artificiellement chauve dans la norma verticalis, il faut le faire asseoir à califourchon sur une chaise, face au dossier, la tête et le front reposant sur les bras croisés et ledit dossier de telle manière que la ligne des oreilles et du nez soit perpendiculaire à ce dernier. Les crânes exigent une photographie dans les cinq normes (voir craniométrie dans la suite du texte).

Pour obtenir des images photographiques de qualité et exploitables, il faut encore respecter une série d’autres mesures. Ainsi, lorsque l’on a affaire à des objets de grande taille – un homme vivant, de grands os, etc. –, la plaque de verre doit être posée de manière rigoureusement verticale, ce qu’un fil à plomb permettra aisément de contrôler. L’axe optique doit en outre se situer au centre de l’objet à photographier, c’est-à-dire, pour un modèle vivant debout, pas plus haut que l’ombilic. La recommandation de Bertillon et Chervin3 de systématiquement placer l’axe optique à 1,50 m est incorrecte en ce qu’elle ne tient pas compte des différences de tailles. Pour obtenir des vues de la même grandeur d’un individu posant debout, de face et de profil, on aura intérêt à marquer l’endroit où il s’est d’abord tenu en traçant un trait, ou mieux, en déroulant un ruban sur lequel l’individu se placera. Pour les vues de face et de dos, le ruban doit courir quelques centimètres devant les chevilles (et non au niveau de la malléole externe ainsi que le recommande Bertillon), pour les vues de profil, entre les pieds, au plan sagittal médian. Les pieds doivent être légèrement tournés vers l’extérieur, les bras, placés le long du corps, doivent être à moitié incurvés et les doigts, tendus. On corrigera avant la prise de vue toute mauvaise position des épaules ou de la tête. Dans tous les cas, celle de cette dernière devra se situer au plan œil-oreille4, ce qui peut être obtenu à l’œil nu ou en regardant dans le viseur au-dessus du bord horizontal de l’appareil. Naturellement, cette règle demeure valable pour la photographie de tête et de buste. Le regard doit être dirigé vers l’avant – pas trop haut. On évitera tout éblouissement qui conduit ordinairement le modèle à plisser les yeux.

Si l’on prévoit de procéder par la suite à des mesures sur la photographie, il convient de placer une règle graduée sur le côté de la figure, au même niveau, et de l’intégrer au cliché. En voyage, on pourra ajouter un anthropomètre fixé dans son socle, dont l’échelle graduée doit être bien éclairée et le curseur placé à 1 mètre ; on pourra également user d’un ruban gradué dont l’exactitude aura été établie au préalable. Au laboratoire ou au sein des installations durables, on privilégiera un large ruban ciré de 10 cm de large et d’un mètre de long, marqué tous les 5 cm par des tirets tracés à la peinture à l’huile blanche (voir les fig. 2 et 4 [voir Fig. 1a et 1c]). Ce ruban ciré alourdi à sa base sera fixé à la verticale du ruban placé au sol, à côté de l’individu. Pour éviter toute confusion ultérieure entre la plaque et la copie, on peut, en outre, ajouter un petit tableau en tissu ciré sur lequel on aura inscrit à la craie blanche un numéro ou un nom, un âge, le lieu de la prise de vue ou toute autre précision de ce genre. Pour intégrer sur la plaque l’individu, le ruban en toile cirée et le tableau, il faut commencer par positionner le premier légèrement de côté, puis déplacer l’objectif jusqu’à ce que l’axe optique passe par le centre de la figure. Si l’on veut étudier des objets anthropologiques asymétriques d’après photo (êtres vivants, crânes, bassins, etc.), il faudra alors les placer à la bonne distance, derrière une grille présentant des mailles de 20 cm2, avant de photographier l’ensemble.

Pour les photos en buste, la meilleure méthode consiste à prendre les individus assis, adossés à un dossier ou un support. Bertillon5 recommande une chaise avec un support réglable sur quatre positions différentes, et un appuie-tête que l’on peut tourner à 90 degrés précisément. S’agissant de la pose en buste, pour obtenir une netteté régulière, on fera la mise au point dans la région de la joue, et ce pour les trois vues (au coin externe de l’œil pour Bertillon).

Lors de la prise de vue en extérieur, on évitera autant que possible la lumière directe du soleil, et en particulier que ce dernier soit trop haut. Cette position en effet produit des ombres puissantes sous toutes les parties saillantes du corps, créant par conséquent une image faussée des reliefs, et faisant ordinairement apparaître le dos du pied6 comme très clair.

Pour l’arrière-plan, on privilégiera un papier gris moyen ou une étoffe en laine grise, indemne de tout pli ; pour les expositions longues, on peut également utiliser un tissu blanc que l’assistant tiendra et agitera légèrement, produisant ainsi un arrière-plan gris clair régulier, adapté aux différentes couleurs de peau. Dans tous les cas l’individu doit clairement se détacher du fond, lequel doit toujours être placé à distance de sorte qu’aucune ombre ne s’y trouve projetée. On maintiendra les objets en place grâce à une colle solide, de la résine d’arbre par exemple, sur une plaque de verre posée horizontalement sur deux trépieds à piquets, à un mètre du fond gris. On veillera simplement à ce que le verre ne produise aucun reflet. Pour les objets tavelés – ce que sont souvent les crânes –, le velours noir offre un bel arrière-plan sur lequel les objets se détachent clairement et plastiquement. Un cube encollé de papier noir et ouvert sur un côté produira un noir encore plus profond. Des fonds inappropriés obligent toujours à effectuer des recouvrements sur la plaque, ce qui doit être évité pour les prises de vue à caractère anthropologique. La douceur des contours s’en trouve en effet altérée, ou bien un recouvrement fautif génère une restitution erronée de ces derniers. Les clichés anthropologiques ne doivent en aucun cas être retouchés.

Le respect des différentes normes est tout particulièrement important lorsqu’il s’agit de clichés de crânes car seule la photographie est capable d’une restitution tout à la fois fidèle et plastique. Il faut, dans ce cas également, observer des précautions particulières. Nous avons déjà écrit que les différentes vues du crâne au niveau œil-oreille7 doivent toutes obéir au même angle droit. Le craniophore cubique (voir la technique craniométrique) grâce auquel le crâne est positionné une seule fois pour toutes les vues, est tout particulièrement adapté à cet égard. Il suffit de toujours placer le cadre du craniophore à la même distance de l’objectif (trait sur le plateau de la table) pour obtenir des vues d’une taille constante et toutes soumises au même angle droit. On peut aussi, pour les normae lateralis, frontalis et occipitalis, monter le crâne sur un support à tiges ordinaire, et pour les normae verticalis et basilaris, sur un craniophore à tringles de Ranke. Les parties métalliques visibles du support devront par la suite être masquées sur la plaque sans toutefois aller jusqu’au contour du crâne, qu’elles n’altèrent de toute façon pas. On veillera, lors de la prise de vue d’un crâne dans les normes verticalis et basilaris, à ce que le visage, c’est-à-dire le front, soit impérativement orienté vers le bas (voir notre avant-propos). Si les tiges nickelées du cube perturbent par leur brillance le verre dépoli, il conviendra alors de les recouvrir préalablement d’une solution à 5 % de caoutchouc diluée à l’essence ou au chloroforme, et à laquelle on ajoutera du noir de carbone jusqu’à l’obtention d’une couleur mate, couvrante et facile à étaler. On pourra par la suite la retirer facilement en frottant à l’aide d’un chiffon en lin. Pour écarter la brillance de certains crânes ou les zones luisantes qu’ils pourraient présenter, on les tamponnera avec du mastic de vitrier.

La mise au point doit toujours être effectuée approximativement entre les limites antérieure et postérieure visibles d’un objet placé dans une position donnée. L’axe optique doit autant que possible coïncider avec le centre exact du crâne. On rendra la mâchoire inférieure solidaire du crâne grâce à un système de fixation à trois doigts, à peine visible de l’extérieur (voir p. 33), ou à un coussin de cire très adhérent, d’une épaisseur égale à celle du cartilage articulaire de la même mâchoire inférieure. Les rangées de dents doivent s’ajuster parfaitement, ce que les surfaces abrasées et les protubérances des molaires garantiront en offrant suffisamment de points de contact.

Si l’on doit travailler avec un éclairage unilatéral, il faudra alors éclairer un peu la partie du crâne se trouvant à l’ombre et, de la même manière, l’intérieur des orbites, que ce soit grâce à un miroir placé de manière idoine, ou à du carton blanc.

Sarasin8 recommande une première prise de vue réduisant dix fois le crâne. Pour obtenir une petite image absolument précise, on devra se servir d’une loupe pour la mise au point. Les plaques au grain extrêmement fin – érythrosines, photomécaniques – sont les seules qui puissent convenir. En effet, l’agrandissement qui suivra grossira en même temps le grain, altérant la précision des contours. L’image réduite pourra ensuite être agrandie ad libitum, à la suite de quoi on la réduira d’exactement 50 % par rapport à la taille de l’objet réel. Cette dernière manipulation est relativement difficile et exige un certain temps.

On simplifiera ce procédé en limitant la réduction à approximativement 1/10e de la taille réelle, le crâne étant cette fois placé presque verticalement sur un support en bois coïncidant avec le plan d’un cadre dont l’intérieur fera à peu près 25-28 cm de large et dessinera avec la plus grande exactitude possible un carré de 30 cm de côté, photographié ensuite comme un carré parfait. Pour réduire, on ramènera le négatif à 15 cm de côté, ce qui permettra d’obtenir un cliché du crâne correspondant très exactement à la moitié de sa taille réelle. Une installation concluante pour une vue du crâne pourra être conservée pour tous les autres agrandissements9.

Si l’on souhaite éviter la réduction initiale et l’agrandissement après coup de l’objet à une certaine échelle, on utilisera un téléobjectif qui produit un cliché relativement grand à une distance importante de l’objet. Ainsi, en usant d’un téléobjectif approprié, on pourra, à une distance de 4 à 6 mètres, prendre la photographie d’un crâne directement à 50 % de sa taille réelle. Grâce à toutes ces méthodes, on obtiendra des clichés de crâne dont les déformations ne seront perceptibles ni à l’œil nu, ni au moyen d’un instrument de mesure.

Jusqu’à présent, il a toujours été fait mention d’une reproduction photographique de crâne à 50 % de la taille réelle. Une réduction au 2/5e – telles les reproductions du présent ouvrage – donnera aussi de bonnes photographies, alors qu’avec une reproduction à 1/3 de la taille réelle, des détails plus subtils ne seront plus perçus. Par conséquent, seules des contraintes éditoriales justifieront que l’on descende jusqu’à cette limite. À titre d’exemple, Studer et Bannwarth10.

Lors de la photographie d’objets inanimés comme des bassins, des os d’extrémités, de parties molles, etc., on procédera selon les mêmes principes que ceux exposés ici. Il ne faut jamais oublier d’intégrer à la photographie une règle graduée (ruban de toile cirée), placée à l’intérieur de l’espace d’exposition. C’est en effet la seule manière de procéder à des mesures sur la photographie elle-même et de réaliser ultérieurement des réductions ou des agrandissements corrects.

Pour les études de squelettes, on recourt aussi depuis peu à des clichés radiographiques. Dans ce cas, l’erreur relative aux différentes dimensions de l’image est d’autant plus funeste que les repères qui nous servent ordinairement à évaluer inconsciemment la profondeur font totalement défaut aux silhouettes obtenues. La radiographie grossit fortement les parties de l’objet les plus éloignées de la plaque, et réduit au contraire celles qui en sont les plus proches. Ces déformations pouvant être amoindries lorsque l’on éloigne la plaque photographique de la cathode de l’appareil, on ne descendra jamais en dessous de 70 cm quand il s’agira de photographies anthropologiques, la distance étant toujours précisément indiquée. Virchow11 (1899) a construit une structure quadrillée qui permet de mesurer aisément ces déformations, et d’étudier les différences de luminosité sur les points de l’objet plus ou moins éloignés12.

On a plusieurs fois tenté d’obtenir des « photographies moyennes » (Composites Photographs) le type moyen d’un groupe social ou ethnique quelconque, êtres humains ou crânes13. Le procédé consiste à photographier un certain nombre d’individus sur la même plaque. Le temps d’exposition pour chaque prise de vue individuelle dépend du nombre de cas photographiés sur la plaque. Il est alors impératif que tous les clichés soient orientés exactement de la même manière, en vue de quoi on prendra en compte une dimension quelconque – l’écart entre les yeux, par exemple – comme mesure constante. De cette manière, on obtient une image sur laquelle les traits communs aux individus s’additionnent, devenant ainsi plus sensibles que les différences individuelles qui, elles, tendent à disparaître dans la masse, ou, du moins, à devenir peu distinguables. Affirmer que le procédé produit un véritable portrait moyen est plus que douteux dans la mesure où même avec de petites variations d’exposition, tous les individus ne se trouvent pas également valorisés et que, par ailleurs, les dernières prises de vue sont les plus déterminantes, conditionnant souvent l’impression générale.

Outre les diverses préconisations que nous avons déjà faites, on ajoutera d’autres conseils, relatifs cette fois à l’équipement photographique des chercheurs en voyage scientifique. Sous les tropiques et dans les régions au climat très changeant, on choisira exclusivement un appareil présentant aussi peu de parties en bois que possible. Dans tous les cas il est préférable d’imprégner la totalité de ces dernières de Sublimat14 et de frotter les éléments en cuir avec du savon à l’arsenic pour les protéger de la voracité des insectes. Le support devra être stable et résistant. De même, les châssis – doubles de préférence – devront être uniquement en métal ou en caoutchouc dur. Il faut toujours en emporter un nombre suffisant (au moins une douzaine) et leur adjoindre un petit cadre support, pour pouvoir utiliser également d’autres formats de plaque auxquels on devra occasionnellement recourir.

Pour déterminer le temps d’exposition pertinent, lequel est difficile à estimer dans des conditions lumineuses inhabituelles, on utilisera un photomètre. Bien emballées, la plupart des plaques sèches issues des meilleures firmes se conservent des mois, voire des années, même dans des conditions climatiques défavorables. Toutefois, on n’utilisera que des plaques dotées de la plus haute sensibilité. Les plaques orthochromatiques qui, en règle générale, sont moins durables, ne sont utiles que pour les photos de tatouages, peintures corporelles, etc.

On enveloppera chaque boîte bien serrée dans une feuille d’étain, avant de la placer dans une boîte en fer-blanc dotée d’un couvercle à rebord, que l’on entourera d’un large élastique ou d’un sparadrap. Il est de plus recommandé de toujours développer autant que faire se peut les plaques sur place. Elles se conserveront mieux, et agir de la sorte permettra de refaire les photographies ratées. On se munira dès alors du matériel nécessaire au développement. Complet et néanmoins simple, il devra dans certaines circonstances être utilisé en plein air. Une fois sèche, chaque plaque devra être immédiatement annotée à l’encre ou gravée avec une aiguille pour éviter les confusions ultérieures. De la même manière, on en effectuera aussitôt une copie, les longs trajets constituant toujours un danger pour les plaques. On évitera le papier albuminé qui gondole au marouflage. Quant aux papiers en cellulose, collés à l’amidon et passés au rouleau d’un seul côté, ils se détendront de 2 %, raison pour laquelle on choisira toujours le collodion. Seuls les papiers dit à développement (Velox, Paget, etc.) donnent des tirages durables.

Les plaques développées seront réemballées de la même manière que les plaques non développées. On les placera toujours endroit contre envers, sans papier intercalaire, et on les ficellera 12 par 12 de sorte qu’elles formeront un bloc de verre résistant qui, empaqueté dans une quantité suffisante de papier, remplira la boîte. L’utilisation de films n’est pas recommandée pour les voyages sous des climats chauds.

Tout voyageur devrait emporter avec lui, outre son appareil fixe 13 × 18 cm, un appareil à main plus petit, soit un 9 × 12 cm et si possible un appareil stéréoscopique permettant de prendre des photos en relief et de photographier les corps en mouvement, les attitudes et postures corporelles importantes, les activités, les danses et autres choses du même genre. On ajoutera que les vues stéréoscopiques de types sont très précieuses ; elles révèlent en effet – bien davantage que les photographies ordinaires – certaines particularités de la physionomie et de la forme du visage.

1 Alphonse Bertillon et Arthur Chervin, Anthropologie métrique. Conseils pratiques aux missionnaires scientifiques sur la manière de mesurer, de

2 Les « normes » sont des vues. La description morphologique du crâne prend ainsi en compte au moins cinq normae (normes), ou faces. Ces cinq normes

3 Alphonse Bertillon et Arthur Chervin, Anthropologie métrique, op. cit, p. 98.

4 Pour en savoir davantage sur le plan œil-oreille, se référer à la partie somatométrique et craniométrique de l’ouvrage.

5 Alphonse Bertillon et Arthur Chervin, Anthropologie métrique, op. cit, p. 98.

6 En anatomie, le dos du pied correspond à sa face supérieure (Ndt).

7 C’est le seul envisageable, voir pourquoi dans la partie craniométrique. Lorsqu’il a été affirmé, lors de la conférence de Genève en 1912, que l’on

8 Fritz Sarasin et Paul Sarasin, Ergebnisse naturwissenschaftlicher Forschungen auf Ceylon in den Jahren 1884-1886. Dritter Band : Die Weddas von

9 Willy Kükenthal, Ueber Alfurenschädel. Abhandlungen der Senckenbergischen Naturforschenden Gesellschaft, vol 22. Francfort-sur-le-Main : Diesterweg

10 Théophil Studer et Emil Bannwarth, Crania Helvetica Antiqua : Die bis jetzt in den Pfahlbauten der Stein- und Bronze-zeit in der Schweiz

11 Hans Virchow, « Das Skelett der ulnarwärts abduzierten und radialwärts abduzierten Hand », Zeitschrift für Morphologie und Anthropologie, vol. 1

12 Voir plus loin, Albert Hasselwander, Über die Methodik des Röntgenverfahrens in der Anatomie. Iéna : Fischer, 1912.

13 Voir Francis Galton, « Composite Portraits, Made by Combining Those of Many Different Persons Into a Single Resultant Figure” », The Journal of

14 Solution au chlorure de mercure (Ndt).

Notes

1 Alphonse Bertillon et Arthur Chervin, Anthropologie métrique. Conseils pratiques aux missionnaires scientifiques sur la manière de mesurer, de photographier et de décrire des sujets vivants et des pièces anatomiques. Anthropométrie, photographie métrique, portrait descriptif, craniométrie. Paris : Service régional de l’identité judiciaire de la Préfecture de Police de Paris, 1909, p. 67.

2 Les « normes » sont des vues. La description morphologique du crâne prend ainsi en compte au moins cinq normae (normes), ou faces. Ces cinq normes se déclinent comme suit : la norma facialis ou norme faciale désigne la vue de face ; la norma lateralis, la vue de profil ; la norma verticalis, la vue du dessus du crâne ; la norma occipitalis, celle de l’arrière du crâne et la norma basilaris, celle du dessous (Ndt).

3 Alphonse Bertillon et Arthur Chervin, Anthropologie métrique, op. cit, p. 98.

4 Pour en savoir davantage sur le plan œil-oreille, se référer à la partie somatométrique et craniométrique de l’ouvrage.

5 Alphonse Bertillon et Arthur Chervin, Anthropologie métrique, op. cit, p. 98.

6 En anatomie, le dos du pied correspond à sa face supérieure (Ndt).

7 C’est le seul envisageable, voir pourquoi dans la partie craniométrique. Lorsqu’il a été affirmé, lors de la conférence de Genève en 1912, que l’on pouvait également retenir le niveau condylo-alvéolaire, la possibilité tant espérée que les photographies de crânes puissent enfin être toutes comparées a de nouveau été remise en question.

8 Fritz Sarasin et Paul Sarasin, Ergebnisse naturwissenschaftlicher Forschungen auf Ceylon in den Jahren 1884-1886. Dritter Band : Die Weddas von Ceylon und die sie umgebenden Völkerschaften, ein Versuch, die in der Phylogenie des Menschen ruhenden Räthsel der Lösung näher zu bringen. Wiesbaden : C. W. Kreidel’s Verlag, 1893, p. 190.

9 Willy Kükenthal, Ueber Alfurenschädel. Abhandlungen der Senckenbergischen Naturforschenden Gesellschaft, vol 22. Francfort-sur-le-Main : Diesterweg, 1896, p. 323. Voir la photographie du crâne p. 332.

10 Théophil Studer et Emil Bannwarth, Crania Helvetica Antiqua : Die bis jetzt in den Pfahlbauten der Stein- und Bronze-zeit in der Schweiz gefundenen menschlichen Schädelreste auf 117 Lichtdrucktafeln abgebildet und beschrieben. Leipzig : J. A. Barth., 1894. Voir photographie en page VII de l’ouvrage.

11 Hans Virchow, « Das Skelett der ulnarwärts abduzierten und radialwärts abduzierten Hand », Zeitschrift für Morphologie und Anthropologie, vol. 1, no 3, 1899, p. 453-482.

12 Voir plus loin, Albert Hasselwander, Über die Methodik des Röntgenverfahrens in der Anatomie. Iéna : Fischer, 1912.

13 Voir Francis Galton, « Composite Portraits, Made by Combining Those of Many Different Persons Into a Single Resultant Figure” », The Journal of the Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, vol. 8, 1879, p. 132-144 ; John Shaw Billings, « On Composite Photography as Applied to Craniology », Memoirs of the National Academy of Sciences, National Academy of Sciences, Thirteenth Memoir, vol. 3, p. 103-116.

14 Solution au chlorure de mercure (Ndt).

Illustrations

Fig. 1a « [Fig. 2. Photographie d’un jeune homme vu de face] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Fig. 1a « [Fig. 2. Photographie d’un jeune homme vu de face] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Iéna : Fischer, 1914, p. 36. Heidelberg University Library, O 860-8.

Fig. 1b « [Fig. 3. Photographie d’un jeune homme vu de profil] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Fig. 1b « [Fig. 3. Photographie d’un jeune homme vu de profil] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Iéna : Fischer, 1914, p. 37. Heidelberg University Library, O 860-8.

Fig. 1c « [Fig. 4. Photographie d’un jeune homme vu de dos] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Fig. 1c « [Fig. 4. Photographie d’un jeune homme vu de dos] », dans Rudolf Martin, Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung.

Iéna : Fischer, 1914, p. 38. Heidelberg University Library, O 860-8.

Citer cet article

Référence papier

Rudolf Martin, « Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung, mit besonderer Berücksichtigung der anthropologischen Methoden für Studierende, Ärzte und Forschungsreisende. Iéna : Fischer, 1914, p. 34-43 », Photographica, 5 | 2022, 142-150.

Référence électronique

Rudolf Martin, « Lehrbuch der Anthropologie in systematischer Darstellung, mit besonderer Berücksichtigung der anthropologischen Methoden für Studierende, Ärzte und Forschungsreisende. Iéna : Fischer, 1914, p. 34-43 », Photographica [En ligne], 5 | 2022, mis en ligne le 26 octobre 2022, consulté le 29 novembre 2022. URL : https://devisu.inha.fr/photographica/975

Auteur

Rudolf Martin

Traducteur

Catherine Wermester