La blouse ouvrière au XIXe siècle

Les normes de la dignité

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Editor's notes

Dans son édition papier, cet article est accompagné d'illustrations de Josselin Facon. Ces denrières sont visibles dans le PDF associé à l'article.

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Au XIXe siècle dans les rues de Paris, ville industrielle, ville émeutière, l’ouvrier était un passant familier. Journalistes et artistes, policiers et hommes d’Etat, tous pensaient le reconnaître à son apparence, à savoir le port d’une blouse, ce long surtout en toile jeté sur le corps et s’arrêtant aux genoux. Le souvenir de la blouse, même vague, s’est perpétué jusqu’à nous, en dépit de l’apparition en fin de siècle des « bleus », une tenue de travail bien différente, consistant alors en un pantalon et une veste ajustés au corps. L’identification du peuple ouvrier à la blouse sacrifiait à l’usage si fréquent, hier et aujourd’hui, de désigner une catégorie sociale étrangère à soi par un attribut vestimentaire, de l’habiller par un mot.

Mais cette réputation de norme faite en son temps à la blouse est à confronter aux pratiques vestimentaires des ouvriers réels, et c’est là notre propos principal. La blouse, oui, mais portée par tous ? tous les jours ? et, au travail, que portait-on ? Questions redoutables puisque nos sources, si elles projettent une vive lumière sur certains pans de cette histoire, en laissent bien d’autres dans l’ombre. C’est la raison pour laquelle il ne sera parlé ici que de l’ouvrier : pas de tenue comme la blouse qui serait d’emblée associée à l’ouvrière et pourrait nous servir de guide. Néanmoins, la cause semble entendue : l’habit, ordinaire ou élégant, aurait au cours du siècle progressivement remplacé la blouse chez l’ouvrier parisien, le costume du dimanche ayant été la première et précoce étape de cette mue des apparences1. Nous ne remettons pas en cause la réalité de ces faits, mais entendons souligner le caractère non linéaire de cette évolution séculaire, ses contradictions et sa complexité, et surtout entendons prouver que les normes vestimentaires en usage chez les ouvriers, certes encadrées par les usages professionnels et bornées par les ressources matérielles, leur étaient non pas imposées de l’extérieur, mais dictées par des valeurs propres à eux.

La blouse, de la barricade à la métaphore

Nous ne connaissons, de la blouse ouvrière à Paris, aucune représentation ou allusion écrite antérieure à l’année 1830, plus précisément aux barricades de Juillet, comme s’il avait fallu cet événement révolutionnaire pour qu’elle conquière une existence dans la conscience des contemporains. Les combats auraient dessillé les yeux. Quelques blouses apparaissent dans les récits héroïques publiés après l’événement, comme ce « brave, couvert d’une blouse bleue et le pistolet au poing » dont l’audace aurait décidé de la prise du Louvre par les insurgés2. Un témoin rapporte avoir vu déboucher place de la Bourse au début des journées une troupe conduite par « un homme que son pantalon et sa blouse de toile blanche […] faisait reconnaître pour un maçon »3. Mais c’est dans la peinture qu’il faut chercher la révélation la plus éclatante de la blouse avec une des figures du tableau de Delacroix, peint presque à chaud, La Liberté guidant le peuple. Il s’agit de l’homme à terre, le seul protagoniste du tableau qui contemple l’apparition de la guerrière brandissant le drapeau aux trois couleurs que l’on retrouve dans la teinte de ses habits : une blouse bleue, retroussée ce qu’il faut pour laisser voir sa chemise blanche, et une ceinture rouge. C’était là en fait la vêture d’un ouvrier peint par l’artiste en fantassin de la Liberté4.

Après 1830, la blouse devint un repère : désormais, on la voyait, on la nommait. Ainsi, pour l’archéologue Charles Lenormant, la blouse n’était autre qu’un lointain héritage gaulois qui, de l’Auvergne où elle s’était maintenue, aurait sauté de clocher en cocher en une génération pour gagner la capitale :

« Elle est d’abord devenue le costume universel des conducteurs de charrois ; des routes elle a passé à l’agriculture ; des champs elle a fait invasion dans les villes, et déjà beaucoup de professions industrielles l’ont réadoptée sous nos yeux. »5

La police et la justice, lancées dans la répression des troubles et des attentats qui jalonnèrent la monarchie de Juillet, ne manquaient jamais de mentionner le port de la blouse chez tel ou tel individu mis en cause pour souligner qu’on avait bien affaire à un ouvrier, individu dangereux. Au moment des grandes grèves de l’été 1840, le préfet de Police s’alarmait des groupes présents le soir porte Saint-Denis et porte Saint-Martin, et composés « d’hommes en blouse » et de « gamins »6.

Ce moment de « l’invention » de la blouse allait être suivi par l’extraordinaire inflation du mot en 1848. Au cours des mois tumultueux qui suivirent la victoire populaire de février, « les blouses » étaient partout, dans la presse, dans les discours, dans les affiches, au théâtre… Plus qu’une mode, la blouse était alors un culte voué au frère souffrant devant qui on devait s’incliner. Louis Reybaud, l’économiste satiriste, s’est moqué de cette ostentation largement hypocrite, de ces professions de foi où on proclamait son amour de l’ouvrier. « D’autres allaient plus loin, ajoutait-il, ils endossaient la blouse et se croyaient du peuple parce qu’ils en avaient le vêtement. Singulier temps ! mœurs étranges ! »7 Ne vit-on pas en effet Baudelaire aller vendre à la criée Le Salut public, le journal qu’il avait fondé en février, « vêtu d’une blouse d’ouvrier »8 ?

De vrais ouvriers en blouse, il y en avait bien sûr, et en foule. Victor Delente, un vétéran des luttes républicaines, écrit dans son journal Le Tocsin des travailleurs9, début juin, que la réaction menace de confisquer la République : à l’Assemblée législative, « la blouse est si rare qu’elle a l’air de faire tache », alors qu’en février elle était « l’uniforme des barricades ». Et c’est bien par volonté d’être à l’unisson des travailleurs que les Montagnards, la garde improvisée par Caussidière, l’éphémère préfet de Police démocrate, portaient « le bourgeron bleu et la ceinture rouge »10. Mais cet « uniforme » allait se retourner contre ses porteurs. Lors des journées de juin 1848, la blouse cessa d’être « le costume le plus à la mode, le plus décent et le mieux porté » pour devenir « la marque de Caïn » provoquant « un sentiment d’horreur et de haine »11. Et ce n’était pas là une simple manière de dire. Pour les gardiens de l’ordre bourgeois, tout porteur de blouse était un ouvrier et tout ouvrier était un insurgé. Ces amalgames entrainèrent nombre d’arrestations et d’exécutions sommaires, comme l’atteste Louis Ménard :

« Sur le quai des Tuileries des gardes nationaux de la banlieue, voyant passer un homme en blouse, l’arrêtèrent et voulurent le fusiller ; un représentant l’arracha de leurs mains, et chercha à leur expliquer qu’il y avait à Paris des hommes en blouse qui n’étaient pas des insurgés mais, à peine les eut-il quittés, que l’homme fut repris et fusillé. »12

Adulée ou abhorrée, la blouse était devenue non seulement un signe compris de tous, mais une entité, une façon de parler de l’antagonisme des classes. « Les blouses »… l’expression ne prenait toute sa force qu’accolée à une autre, « les habits », à savoir les gens bien mis, porteurs de redingotes en beau drap, les bourgeois13. Un jour de mai 1848, plusieurs centaines d’acteurs, d’artistes, d’employés de banque et de commis de boutique demandèrent à entrer aux Ateliers nationaux ouverts par le gouvernement pour occuper les chômeurs : on nous a refoulés jusque-là, expliquèrent-ils « parce que nous avons des habits et qu’il répugne à nos habitudes de prendre la blouse », mais nous sommes dignes de la considération de la République, « comme les ouvriers »14. Dans la guerre de rue, « les habits » désignaient les bourgeois démocrates ou socialistes, qui épousaient la cause ouvrière et retournaient les pavés avec les blouses. De Maupas, le préfet de Police du coup d’État du 2 décembre 1851, écrit qu’il fit disperser les groupes hostiles rassemblés place de la Bourse, le 3, et qu’ensuite, « les habits noirs se portèrent sur d’autres points des boulevards […] pour y provoquer de nouvelles démonstrations ; les blousiers se dirigèrent sur le quartier Saint-Martin, où ils savaient rencontrer le gros de leurs amis »15. Au même moment, l’étudiant Chassin découvrait, plein d’espoir, les barricades dressées rue du Temple : « Les habits de drap dominent encore, mais il s’y mêle des blouses de vrais travailleurs »16. La barricade sera mixte ou ne sera pas.

« Les habits » et « les blouses » : l’expression allait rester pour dire les bourgeois et les ouvriers, supposés être opposés en tout et se faisant la guerre. Jules Vallès a constamment usé de l’opposition entre « gens en redingote » et « gens en blouse »17.

En-tête du 27 février 1871 du journal Le cri du peuple.

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Ce célèbre article de Jules Vallès, « Le Parlement en blouse », est consacré au 6 de la place de la Corderie-du-Temple, où, à un troisième étage, l’Internationale et la Fédération des Chambres syndicales ouvrières avaient établi leur siège. Vallès écrit : « C’est la Révolution qui est assise sur les bancs, debout contre ces murs, accoudée à cette tribune ! La Révolution en habit d’ouvrier ! […] Saluez ! voilà le nouveau Parlement ! »

Le cri du peuple, 27 février 1871.

On pourrait accumuler les textes politiques et militants qui, jusque dans les années 1880, filent cette métaphore vestimentaire. Mais ne faisait-elle pas fi de la diversité des pratiques vestimentaires des ouvriers et de leurs sentiments propres dans la façon de se vêtir ?

Le double jeu vestimentaire

L’identification du peuple ouvrier à la blouse, dans le langage et dans l’image, témoigne évidemment de sa grande fréquence dans la foule des passants ou les rangs des émeutiers. Mais cette blouse, d’où vient-elle ? Quels ouvriers la portaient – ou ne la portaient pas –, et pour quels usages ?

L’origine de la blouse à Paris ? Nous l’ignorons. Ce dont nous sommes sûrs est qu’elle est née avec le siècle. Ni les ouvriers des planches de l’Encyclopédie (les dernières paraissent en 1772), ni les crieurs des rues18 ne portaient de blouses. Un piéton de Paris comme Louis-Sébastien Mercier parlait de « la livrée bigarrée du peuple », ce qui ne nous avance guère19. Daniel Roche, dans son long chapitre sur le vêtement du peuple de Paris au XVIIIe siècle, ne souffle mot de la blouse : c’est que tout simplement ce vêtement était alors inconnu20. On songe évidemment à la greffe d’un vêtement rural, la blouse paysanne dont l’origine elle-même serait à chercher dans le « bleu populaire », cette teinture bon marché tirée de l’indigo et destinée aux tissus communs en coton ou en fibres mélangées dont, en de nombreuses régions, on faisait depuis longtemps des vêtements de travail ou de long usage comme la blouse21. La blouse ouvrière, version urbaine du « bleu populaire », puisque bleue était le plus souvent cette blouse22 ? En tout cas, le mot gardera toujours au XIXe siècle une ambiguïté due aux origines bâtardes de la chose. Les premières représentations connues de la blouse à Paris – avant la révélation de 1830 – sont celles de la blouse paysanne, que ce soit sur la scène ou sur le papier23. En 1880, Jules Vallès écrivit un feuilleton inspiré de la dramatique jacquerie de Buzançais en 1847, et dont le titre était Les blouses : l’insurgé ici, c’est le rural24. On pourrait encore évoquer Christophe Thivrier, le « député en blouse » qui défraya la chronique en venant siéger à la Chambre – il avait été élu député socialiste de Commentry en 1889 – revêtu d’une belle blouse bleue, comme un « campagnard »25. La blouse, ou la campagne à Paris ?

Non, les porteurs de blouse à Paris étaient loin d’être toujours des ruraux venus manier la truelle sur les chantiers le temps d’une « campagne », puisque c’est aux fameux saisonniers limousins que l’on songe d’abord26. Certes, qui dit maçon dit blouse, une blouse blanche comme on peut le subodorer d’après le dessin d’Henry Monnier. Elle était aussi la tenue des peintres en bâtiment, blanche encore si l’on en croit cette allusion à la foule des ouvriers présents autour de l’Hôtel-de-Ville pour trouver une embauche revêtue « de pantalons blancs et de blouses de même couleur »27. À moins qu’elle ne fût bleue comme l’affirmait en 1849 un guide très sûr du monde ouvrier parisien, Pierre Vinçard, écrivant à propos de la tenue du peintre :

« Rien d’aussi pittoresque, et cependant rien de plus simple ; un pantalon de toile blanchâtre qu’il met à l’atelier pour garantir celui qu’il conserve en dessous ; un bourgeron bleu et un grand bonnet de coton rayé, semblable à la coiffure de Figaro, composent son costume de travail. »28

Mais remarquons-le, les peintres n’étaient pas des saisonniers, leur blouse n’était pas une tenue de campagne… D’un autre côté, il était des ouvriers du bâtiment qui ne portaient pas la blouse. Vinçard décrivait ainsi la mise adoptée par beaucoup de charpentiers : « Veste et pantalon de velours, boucles d’oreilles, compas dans la poche droite, chapeau à large bords, tel est son costume habituel »29. Tout au long de ce siècle de grands travaux à Paris, de chantiers presque permanents, la blouse du maçon ou du peintre, le velours du charpentier faisaient partie du décor de la rue. Mais il reste à dire peut-être l’essentiel : la blouse était aussi une tenue de travail dans les ateliers et les usines. On pénètre là dans un domaine très peu connu de l’histoire du travail, mais que la blouse ait été portée au travail par certains ouvriers est hors de doute. N’est-ce pas étonnant avec la présence des machines, en ces temps de grande insécurité au travail ? Adolphe Boyer, un penseur ouvrier, dénonça le péril représenté par le peu de place laissé aux ouvriers dans les établissements industriels, surtout les établissements mécanisés :

« Que votre pas soit assuré en marchant dans ces étroits sentiers ! prenez garde que la tête ne vous tourne ! car si vous trébuchez et que vos vêtements viennent à s’accrocher dans les roues d’engrenage, infailliblement vous serez entraîné et broyé par elles ou écrasé par d’énormes cylindres ! C’est ainsi que trop souvent des ouvriers ou des apprentis se trouvent pris par leur blouse de travail. »30

Le maçon.

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Extrait de : Émile de La Bédollierre, Les industriels, métiers et professions en France, avec cent dessins par Henry Monnier, Paris, Veuve Louis Janet, 1842, 231 p. On lit dans le chapitre consacré au maçon : « Sortez de très bonne heure, à six heures en été, à huit heures en hiver, dirigez-vous vers une maison en construction, et Dieu merci, ce spectacle n’est pas rare à Paris, vous verrez arriver de tous côtés un régiment d’ouvriers, dont voici le signalement : blouse bleue ou blanche pour les uns ; veste de grosse toile pour les autres ; poche gonflée d’un paquet de tabac, d’une pipe ordinairement en terre savamment culottée, enfin, d’un mouchoir de coton à carreaux rouges ; pantalon de toile ou de cotonnade bleue ; énormes et solides souliers où même la modeste chaussette n’est point admise. Le costume est complété par une casquette d’étoffe de drap, ou un chapeau qu’on soupçonne plutôt qu’on ne le reconnaît, sous le mouchetage qu’y ont laissé le plâtre délayé et la boue jaunâtre que produit le sciage de la pierre. Cette coiffure est déformée d’ailleurs par les coups de poing de l’amitié et de la colère ».

Dessin d’Henry Monnier (gravure de Chevauchet).

Dès lors, pourquoi l’adoption de la blouse ? Commodité, malgré ce péril ? bon marché ? imitation ? esprit de classe déteignant sur le costume ?

Quoi qu’il en soit, la « piste limousine » tourne court puisque tous les gens du bâtiment ne portaient pas de blouse et que ceux qui en portaient n’étaient pas tous du bâtiment : Delacroix a bien peint un ouvrier « ordinaire ». Comment comprendre que la blouse était arborée par les uns et ignorée par les autres ?

Pour progresser, demandons-nous ce qu’il en était de l’habillement des ouvriers hors travail, pour les sorties, les dimanches, les fêtes… Le port continuel de la blouse, au travail et à la ville, ne peut avoir que deux significations. La misère ou bien la fierté.

La misère… : je n’ai rien d’autre. Des ouvriers l’ont dit et redit : tout ce qu’un ouvrier ne pourra jamais avoir en fait de vêtement, c’est « un très mauvais chapeau, deux blouses, deux pantalons de coton, deux chemises, une mauvaise paire de chaussures »31. La misère est telle, disent des tailleurs en 1848, qu’on voit certains ouvriers se contenter d’une simple blouse pour sortir et « marcher nu-pieds »32. Pas question de renouveler notre garde-robe, écrivent des travailleurs du cuir en 1867, « un vêtement unique est le seul moyen d’équilibrer [notre] modeste budget », et on devine quel vêtement33. La misère avec son cortège d’humiliations : Norbert Truquin, ouvrier nomade qui arrive à Paris en 1848, affirme qu’il put visiter les musées et les monuments de la ville seulement vêtu d’une redingote « parce qu’on ne laissait pas entrer les gens en blouse »34. Tenue correcte exigée.

La fierté… : je suis ouvrier et je le porte sur moi. Les témoignages en ce sens sont plus tardifs, et indirects. Les délégués ouvriers venus d’Angleterre pour visiter l’exposition de Paris en 1867 dirent souvent leur étonnement de voir leurs frères parisiens circuler en blouse dans la rue, venir aux Tuileries à un concert en plein air :

« Un ouvrier de Londres (moi y compris) se sentirait honteux d’aller dans la société sans porter un costume d’apparence semblable à celui de son employeur […] le Parisien, celui que j’ai rencontré partout, est vêtu d’une bonne paire de pantalon sombre et d’une veste, avec une montre dans sa poche, avec par dessus une blouse propre […], évidemment fier d’apparaitre comme un salarié. »35

L’ouvrier typographe.

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Gravure extraite du livre de Théotiste Lefevre, Guide pratique du compositeur d’imprimerie, Paris, Firmin Didot, 1872-1873, t. 1, p. 3. (1ère édition en 1855).

Jules Vallès lors de son exil à Londres n’avait-il pas été surpris par l’absence de blouse chez les « artisans » ? « Ils n’ont pas de bleu sur les épaules, ils passent près de vous sans qu’on les distingue », signe à ses yeux d’une fierté bien mal placée. Dans un autre registre, citons Denis Poulot, le patron contempteur des mœurs ouvrières, qui dénonçait chez certains « l’étalage de la blouse », preuve de « sublimisme », c’est-à-dire d’arrogance et de haine de classe :

« Dans les omnibus, wagons, voitures publiques, si vous voyez un individu qui se croit le droit d’être grossier, et qui répondra à vos timides observations : C’est parce que j’ai une blouse ou parce que je n’ai pas de gants, sublime. »36

Mais la fierté pouvait emprunter d’autres voies : il existait un port mixte du vêtement, c’est-à-dire une blouse pour le courant et une mise recherchée pour les grands jours. Certains ouvriers avaient même la réputation d’être de vrais dandys, comme les tailleurs qualifiés qui ne sortaient jamais sans gilet blanc et habit noir37 ! Pour les cérémonies de réception, les compagnons des différents Devoirs du Tour de France portaient tous jaquette et redingote38, et on connaît la recommandation d’Agricol Perdiguier aux ouvriers : fuyez la blouse, toujours « sombre » et « crasseuse », qui fait des ouvriers « une classe à part », qui les « subalternise »39. Mettez plutôt des « habits de fête » – l’expression est employé par le militant Victor Wynants40. Parlant de l’exposition universelle de 1855 à Paris, il rappelle que l’entrée avait été baissée à 20 c. le dimanche pour attirer les ouvriers41 :

« L’ouvrier s’y rendit en habits de fête. Il pouvait bien s’y rendre de cette manière : n’était-ce pas la sienne, celle de ses produits ? Puis, ils vinrent en trop grand nombre sans doute, ou bien les membres chargés de juger l’effet de cette mesure ne virent pas assez de blouses ; car, à bref délai, un nouvel arrêté reporta ce jour le lundi, prétextant que les ouvriers n’avaient pas profité de ce qu’ils appelaient une faveur. Pour en profiter, il fallait aller perdre une journée de travail, faire le lundi ! »

Donc, pour les organisateurs tous ceux qui n’étaient pas en blouse étaient forcément des bourgeois, alors qu’énormément d’ouvriers avaient tenu à se mettre sur leur trente-et-un pour aller à l’Expo… Un vrai quiproquo vestimentaire, une méprise méprisante.

Nombre d’ouvriers possédaient dès cette époque une double garde-robe. Un ouvrier charpentier en 1846 a dressé le budget détaillé d’un camarade marié : l’homme possédait des « objets de travail » – pantalons et bourgerons : pas de veste donc mais aussi des « objets habillés », dont une redingote et un élégant chapeau42. Dix ans plus tard, une des premières monographies rédigées par Le Play consacrée à un charpentier, évoquait, à côté des « vêtements de travail » – trois bourgerons principalement –, des « vêtements du dimanche » : un paletot d’hiver en drap noir, un pantalon de drap, un chapeau noir en soie, plus un « habit bleu », qu’il ne mettait que rarement…43 Les inventaires dressés par la justice de paix chez les défunts de mai ou juin 1871 – probables victimes de la Semaine Sanglante –, ainsi que les demandes d’indemnité rédigées par les sinistrés du Siège et de la guerre civile révèlent toutes sortes de situations : un ouvrier marbrier n’avait qu’une blouse, un « charpentier » et un « bergeron », mais un émailleur en faux de la rue de la Folie-Méricourt parlait pour lui d’une perte de 420 francs : trois cottes, trois bourgerons à titre d’» effets de travail » et surtout une redingote en drap noir, trois pantalons, dont deux en drap, et deux gilets habillés44

Ces garde-robes coquettes étaient le fait d’ouvriers à l’aise. Les charpentiers depuis leur grève de 1845 étaient payés 5 francs par jour45, un très beau salaire pour l’époque, et celui « monographié » par Le Play était gâcheur de levage, c’est-à-dire chef de chantier. Mais surtout ces ouvriers avaient fait le choix de réserver les vêtements de travail au travail. Chez d’autres – quand ce n’était pas tout simplement une question de ressources – la blouse restait le vêtement d’extérieur par excellence. Comment expliquer que les ouvriers formant le comité de rédaction de l’Atelier, le fameux « organe spécial des classes laborieuses » des années 1840, étaient lors des réunions « les uns en blouse, les autres en frac »46 ou que la mise des ouvriers fondeurs en bronze convoqués au Palais de Justice en 1855 pour un délit de coalition, « allait de la blouse à l’habit noir, et de la casquette au feutre » ?47

Pour l’ouvrier qui se respectait, la blouse ou l’habit, il fallait choisir.

La fin de la blouse

Dans la suite de cette histoire, l’événement fut l’évanouissement de la blouse ouvrière dans l’espace public, que ce soit pour les dimanches ou les jours ordinaires. Quelles furent les modalités et les raisons de ce mouvement d’uniformisation sociale dans la présentation de soi ?

Cet évanouissement lui-même crève les yeux. Au tournant des XIXe et XXe siècles, les dizaines et dizaines de cartes postales prises lors des sorties (ou des rentrées) d’usines à Paris et en banlieue proche montrent bien que la blouse a vécu48 : quelques-unes peuvent encore se glisser çà et là – on dirait plutôt de longs tabliers –, la mise de la grande majorité des ouvriers consiste en un ensemble disparate veste-gilet-pantalon, plus ou moins fatigué, avec une casquette comme coiffure, une note d’élégance pouvant être apportée par un chapeau de paille (le panama) et une chaîne de montre sortant du gilet. C’était la piètre qualité et l’usure du vêtement qui signait l’appartenance sociale du porteur, bien plus que le vêtement lui-même. La chose avait déjà frappé bien des observateurs extérieurs. En 1887, Denis Poulot estimait que l’ouvrier avait gagné en dignité depuis vingt ans. La preuve : lors du tirage au sort, à la mairie du 11e, sur 1 400 conscrits, « cinq ou six, au plus, avaient des blouses »49. Pour un autre scrutateur de l’espace public, quel « progrès » dans « l’habillement de l’ouvrier » que ce simple fait : au lieu d’embauche des maçons, place Saint-Gervais, ce 17 février 1905, seuls trois ouvriers sur 105 étaient en blouse50. Un policier de service place de la République, lors d’un 1er Mai, celui de 1907, vit affluer les manifestants « assez grossièrement vêtus », mais, ajoute-t-il, « correctement »51. Les « blousiers », pour parler comme Maupas, avaient changé de peau.

Première page de L’Ouvrier en meuble du 1er mai 1912. Organe de la Fédération nationale de l’ameublement.

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Dessin de Paul Poncet.

Naturellement, pour les dimanches et fêtes, chez beaucoup, une grande tenue était plus que jamais de rigueur. Presque toutes les monographies de l’époque pourraient être citées, notamment celles rédigées par l’économiste « le playsien » Pierre Du Maroussem52. Les redingotes et les habits en drap étaient maintenant complétés par des chapeaux melon et des hauts de forme, des cravates, des souliers vernis… Dans les souvenirs d’enfance d’avant la première guerre, beaux dimanches rimaient avec beaux habits :

« Il y eut aussi des jours merveilleux où tous nous partions en bateau-mouche jusqu’à Suresnes. Je revois mon père en veston d’alpaga, avec un canotier, ma mère, en corsage blanc à manches gigot et jupe cloche. »53

Le père de la femme qui parle-là était un simple peintre en bâtiment, et sa mère une ouvrière.

Nombre d’auteurs ont insisté sur cette percée de la dépense vêtement dans les budgets populaires, allant même jusqu’à écrire : « Il coûte plus cher de se vêtir que de se loger. »54 Pour Paris, l’affirmation est douteuse : la somme consacrée par les ménages ouvriers – l’homme et la femme – au vêtement en général apparaît toujours inférieure au loyer annuel qu’il leur fallait payer pour se loger à peu près dignement, disons 400 F. vers 1900. En quantité, en qualité et en valeur, ces atours prolétaires n’avaient pas grand-chose à voir avec la garde-robe des vrais bourgeois, même s’ils en imitaient la forme ! Il ne faut pas oublier non plus la masse de ceux dont les finances interdisaient de se faire beau une fois par semaine. La famille d’un mégissier de la Bièvre, devenu chiffonnier faute d’ouvrage, ne sortait jamais le dimanche en raison, nous dit-on, du « manque d’argent et de vêtements assez propres pour figurer honorablement au milieu de la population endimanchée. »55 H. G. Wells a parlé en 1912 de « cette misère des souliers »56. Ne pas avoir de chaussures mettables, c’était se couper du monde. Certains parents – de bonne foi ou non –mettaient cette raison en avant pour justifier les absences de leur enfant à l’école communale : « Le père n’a pas le courage d’infliger cette humiliation à son enfant devant ses camarades plus fortunés »57. La caisse des écoles était là pour chausser les écoliers les plus pauvres, mais il n’existait pas de caisse des dimanches pour aider les familles pauvres à prendre sans honte le bateau pour Suresnes.

Il n’en reste pas moins que la dépense vêtement avait augmenté chez les ouvriers, contredisant au passage une des prétendues « lois d’Engel » qui attribuait une fixité à ce poste dans le budget populaire58, mais surtout elle avait un effet normalisateur de l’apparence ouvrière, tant le dimanche où la mise d’allure bourgeoise gagnait encore des adeptes, que les autres jours où l’on s’habillait de plus en plus en confection bon marché. Car c’est bien elle qui a tué la blouse.

La fabrication d’avance de vêtements est une de ces révolutions silencieuses du XIXe siècle où la machine n’a rien à voir et où tout est dans l’idée : conquérir une clientèle nouvelle par des prix fixes, mais bas, en mobilisant une main-d’œuvre à domicile corvéable et sans cesse renouvelée59. Clientèle nouvelle ? Le confectionneur s’émancipa rapidement du fripier pour devenir « marchand d’habits neufs ». Sa spécialité, au moins à ses débuts, était le neuf bon marché, imitant l’habillé bourgeois. Un des pionniers du secteur, Pierre Parissot, avait commencé en 1824 par fabriquer des « habits de travail » – blouses, bourgerons et cottes –, mais se serait très vite orienté vers les « costumes complets à bon marché » permettant d’être « vêtu de neuf à bon compte », et c’est bien ce qui fit la fortune de son enseigne, la Belle Jardinière, imitée par d’autres60. La blouse n’était pas un marché suffisant, mais le porteur de blouse à la recherche d’une distinction faisait partie de la clientèle nouvelle.

La vulgarisation des habits du dimanche, et, pour le quotidien, l’achat de vestes et de pantalons de dernière qualité, signèrent la victoire de la confection à la fin du XIXe siècle. Les « habits de fête » dont, à son début, un certain nombre d’ouvriers aimait à se parer, venaient peut-être encore des circuits traditionnels de l’occasion61, mais après 1860 ou 1870 le doute n’est plus permis : le confectionneur était devenu le grand faiseur des classes pauvres au point qu’elles abandonnèrent la blouse dans la vie courante. Voilà qui appellerait une analyse précise des quantités produites et des prix62, mais le bon marché du vêtement populaire est chose évidente. Lebrun, un ouvrier d’usine, pouvait changer de costume du dimanche tous les ans pour 25 francs…63 Dans les « rayons de nouveautés » de la coopérative ouvrière la Bellevilloise on pouvait trouver, disait la publicité, des « complets » en confection à partir de 20 F., ou pour le pantalon seul, 5,75 ; si un coopérateur désirait du sur mesure, il lui fallait payer au moins le double64. La chemise de corps, passée de 5 F. à 1,95 F. pièce, remarque une enquête sur la lingerie en 1907, était devenue banale chez les ouvriers65. Que les pauvres puissent changer de linge et s’habiller comme tout le monde a été salué comme le plus grand bienfait de la confection par les économistes libéraux :

« Assurément, le vêtement confectionné ne vaut pas l’habit de luxe fourni par le tailleur […] Il remplace les véritables haillons ou les vêtements presque ridicules dont un grand nombre de paysans et d’ouvriers étaient couverts, il y a vingt ans ; et l’on ne peut pas assister à une école d’adultes, ou réunir une grande assemblée d’ouvriers, sans être frappé de cette heureuse transformation du costume, due en partie à la confection. »66

Et cette « heureuse transformation » serait aussi un changement d’âme, c’est un important confectionneur qui nous le dit :

« L’ouvrier, autrefois vêtu de grosse toile ou d’haillons raccommodés, peut aujourd’hui endosser l’habit ; cette tenue qui lui est devenue familière, le relève et l’oblige à se respecter. »67

Le sublime ouvrier n’a qu’à bien se tenir.

C’est la vente à tempérament, adaptée au budget ouvrier, qui contribua le plus à la percée puis au triomphe de la confection dans la seconde moitié du siècle. Expérimentée d’abord à petite échelle par des commerçants malins, le crédit vestimentaire68 fit la fortune d’entreprises spécialisées dont la plus célèbre est celle fondée par Crespin : le client versait une partie de la valeur de l’objet désiré, allait ensuite le retirer dans un magasin puis acquittait le solde par petites sommes marquées sur un livret dit d’abonnement69. En 1872, Crespin fonda son propre établissement, boulevard Barbès, bientôt connu sous le nom des magasins Dufayel dont les catalogues faisaient miroiter aux plus modestes un accès facile à la belle apparence du corps et du logis. On a du mal à imaginer aujourd’hui l’énorme succès de la formule : dans certains immeubles populaires, affirment les frères Bonneff, tout le monde était « abonné »… Pour l’exceptionnel comme pour le courant, toute une génération accepta de donner, non sans périls70, une partie de son épargne aux metteurs en scène de la confection.

Le succès des maisons d’abonnement a souvent été mis sur le compte, à l’époque, de leur politique commerciale très agressive : tout était bon pour trouver de nouveaux clients71, mais c’est aussi que les clients se laissaient faire. La confection venait répondre à tous ceux qui jusque-là devaient se contenter de la blouse et qui en étaient humiliés. Pour les défenseurs ouvriers de l’habit, l’uniformisation qui découle de son port n’était pas un défaut, bien au contraire : il ne faut pas dans le costume « de démarcation apparente entre les diverses catégories de citoyens », écrivait en 1872 un ancien directeur de l’Atelier, le typographe Leneveux, qui poursuivait :

« Sans doute la richesse se reconnaitra toujours à l’examen attentif du costume par la finesse des étoffes et du linge, mais l’effet général de la première impression ne laissera rien de blessant si pour tout le monde l’ensemble du costume se rattache aux mêmes grandes lignes. »72

Et il n’est qu’à lire certains rapports des ouvriers délégués aux expositions universelles organisées outre-Atlantique pour constater à quel point la tenue pleine de dignité de l’ouvrier américain a pu frapper ces Parisiens :

« Il faut le dire, l’ouvrier américain se tient mieux […] Une fois sa journée terminée, il endosse paletot et chapeau, et rien ne le distingue dans la rue du plus riche banquier […] La dignité de chacun y gagne aux yeux de tous ; aussi faisons-nous les vœux les plus sincères pour que ce laisser-aller regrettable si généralisé, malheureusement, dans la classe ouvrière française, soit remplacé par la tenue simple mais correcte des citoyens américains, persuadé que nous sommes qu’une mise décente rehausse et fait valoir davantage la valeur propre de l’homme. »73

On comprend mieux dès lors le succès d’un Dufayel.

Cette mise « correcte » au sortir du travail est d’autant remarquable qu’elle suppose, sur place, un changement de vêtement. Pouvoir se décrasser les mains et le visage après la journée, quitter la tenue de travail en sortant de l’atelier, bien des ouvriers en ont rêvé74. En 1867, pour les fondeurs en caractères toutes les imprimeries devraient être dotées d’un vestiaire pour les vêtements du personnel75. Pour « nous présenter devant le monde », disaient d’autres, nous aurions besoin de « bains » et de « changements de linge », mais comment faire avec notre maigre salaire76 ? L’équipement, malgré tout, pouvait exister dans quelques établissements : les grandes usines à gaz de Paris, depuis le Second Empire, étaient dotées d’un « lavoir des ouvriers » où ils pouvaient aussi déposer leurs habits77 et même, chez un bijoutier en étage, rue Jean-Jacques Rousseau, figuraient sur le plan des ateliers un vestiaire pour les hommes, un vestiaire pour les femmes et un, distinct, pour les employés78. Chacun sa place.

Le tournant fut sans doute la loi de 1893 sur l’hygiène et la sécurité des travailleurs qui prescrivait aux patrons de mettre « à la disposition de leur personnel les moyens d’assurer la propreté individuelle, vestiaires avec lavabos, ainsi que l’eau de bonne qualité pour la boisson »79. On se doute des résistances patronales, du refus pur et simple aux contournements, tout particulièrement en ce qui concerne les vestiaires, mangeurs de place. Dans les ateliers d’ébénisterie du Faubourg, aucune précaution n’était prise pour protéger les effets des ouvriers, comme le dénonçait un syndicaliste :

« non abrités, pendus à un clou dans un coin ou un autre, que l’encombrement des ateliers laisse libre, [ils] se trouvent salis, usés, brûlés par toutes ces poussières ; aussi, malgré leur bonne volonté, peu d’ouvriers arrivent à avoir des effets propres. »80

En 1913, des ouvriers d’une menuiserie mécanique de l’avenue de Suffren dénonçaient à l’inspection du travail la dangerosité des machines, ajoutant : « Quant au sujet de l’ygienne, je n’en parle pas il n’y ni lavabos ni vestière de sorte que l’on est obligé de rentré chez soi tout à fait dégoutant. »81

Dans bien des secteurs de l’industrie, la coupure entre le travail et la rue restait inconnue, que la faute en revienne aux patrons récalcitrants, aux ouvriers trop timides ou à l’inspection sans pouvoir réel82. Mais de plus en plus d’ouvriers revendiquaient le « droit d’être propres »83. Or, se changer, outre un lieu, suppose que l’on ait des habits de rechange. Et quelle autre façon de s’en procurer à bon marché sinon en achetant de la confection bas de gamme ? Les ouvriers pas trop mal mis que l’on voit poser ou figurer sur les cartes postales de sorties d’usines sont les enfants de Dufayel et de la confection industrielle.

À contre norme

Mais l'histoire de la norme est bien moins linéaire qu’il n’y paraît. Il y eut des réticences et des résistances ouvrières, conscientes ou non, et il y eut même un retour en force du passé, tout symbolique il est vrai.

D’abord, la confection ne faisait pas que des consommateurs heureux et encore moins des ouvriers bien payés. On connaît la mésaventure de Martin Nadaud : l’ouvrier maçon, pour son premier retour au pays en 1833, fit l’emplette d’un costume de drap, mais il tomba sur de la « camelote »84 et le pantalon craqua au premier usage :

« Heureusement, j’avais acheté une belle blouse à collet bleu et rouge, serrée par une ceinture tricolore, ce qui était la grande mode du temps. Alors, comme dit le proverbe, la blouse cache tout, et je me trouvais encore fier et coquet. »85

Les bas prix de la confection étaient obtenus, rappelons-le, par l’écrasement des salaires. Le personnel des bons faiseurs lui-même était parfois si mal payé que, pour se vêtir, il devait acheter la camelote des confectionneurs :

« On fait des tissus entièrement dépourvus de solidité, de telle sorte que celui qui travaille du matin au soir à confectionner des habillements de luxe pour les autres est réduit à se vêtir de ces mauvais tissus, qui tombent en lambeau. Contraste déplorable ! »86

D’autre part, les critiques étaient nombreuses à l’encontre de l’achat à tempérament, comme chez le syndicaliste Auguste Keufer :

« Il y a danger à recourir au crédit et par suite à faire des dépenses inutiles. Il faut faire perdre à l’ouvrier cette illusion, enracinée chez lui, que quand il achète à crédit, il fait une bonne affaire. Ce n’est pas vrai, et il ne faut pas se lasser de lui dire, de lui crier que plus il achètera au comptant, moins il dépensera et plus il s’assurera l’indépendance et la liberté d’esprit »87.

Plus efficace peut-être que ces mises en garde fut le sentiment diffus qu’apparaître habillé comme le bourgeois était une trahison de son être et de sa classe. Les délégués ouvriers français aux expositions universelles n’étaient pas forcément séduits par la belle allure des prolétaires étrangers qu’ils pouvaient rencontrer. À Vienne par exemple, en 1873. Les ouvriers viennois portent beau : « Ils se coiffent d’un chapeau, peu portent la casquette, ils sortent rarement en tenue de travail, leur propreté est proverbiale et leur linge en témoigne », … mais il faut savoir que la discipline est rude dans les ateliers et qu’ils n’ont pas de chambre syndicale88. C’est bien à cela qu’ils devraient s’attaquer plutôt que de s’occuper de « choses frivoles et extérieures » comme « avoir un beau vêtement, et aller dans les brasseries fréquentées par la haute société »…89

Au début du XXe siècle, les critiques syndicales furent des plus vives à l’adresse des ouvriers contraints par les patrons à bien s’habiller pour se présenter chez les clients, par exemple les tapissiers ou les monteurs-électriciens. C’est que ces ouvriers, sous prétexte d’être bien habillés et de côtoyer des gens huppés, s’estimaient supérieurs, jouant aux « artistos du prolétariat » :

« On dit que l’habit ne fait pas le moine, cependant il suffit d’un bourgeron ou d’une jaquette, d’un melon ou d’une casquette pour créer entre deux exploités au même titre […] un fossé ridicule qui semble, pour la plus grande joie de nos maîtres, créer une sorte d’aristocratie du prolétariat. »90

En réalité, fumer le cigare, ne s’intéresser qu’au turf et porter des « faux-cols bien cravatés » n’empêchent pas d’être plus mal payé qu’un terrassier avec « moins de liberté de langage, d’allure et même de pensée »91 . Pour ces puristes de la mise, un habit élégant chez un ouvrier avait toute chance de dissimuler une âme veule, l’obsession de la toilette conduisait tout droit à l’égoïsme.

Cette façon de voir – qui donnerait raison au discours des confectionneurs… – est bien sûr contredite par de nombreux exemples. L’ouvrier ébéniste « de haut luxe » dont Du Maroussem a parlé et qui ne craignait pas de s’habiller en dimanche tous les jours, n’était pas du tout un bourgeois d’esprit : ancien communard, membre influent de sa chambre syndicale, lecteur de la presse socialiste, l’homme aimait à dire : « Un bon révolutionnaire est celui qui a le ventre plein »92, et, a-t-on envie d’ajouter, une garde-robe fournie… Néanmoins, l’argument de la trahison de classe ne pouvait pas laisser indifférents tous les militants. Que faire alors ? Bien s’habiller, mais « sans excès », comme Lebrun, l’ouvrier dont nous parlions plus haut, et qui, devenu anarchiste, renonça au haut-de-forme et à la redingote : « Je m’embourgeoisais […] Ce n’était pas des habits assez simples. »93 D’autres, sans doute bien peu nombreux, restaient fidèles en public à la blouse et au bourgeron, quitte alors à susciter un opprobre encore plus fort qu’autrefois. Un syndicaliste du livre, Ferdinand Castanié, a écrit l’édifiant récit d’une visite rue de Richelieu, à la Bibliothèque nationale où il avait voulu se rendre. Nous sommes en 1903 :

« Bien que les neufs coups de l’horloge eussent retentis depuis un certain temps déjà, la porte du sanctuaire contenant les fameux bouquins était encore close.
Je supportai l’attente en lisant un journal… Enfin un gardien ouvrit lentement la porte. Il sembla singulièrement loucher en voyant le titre de mon journal et, comme je me mettais en devoir de franchir le seuil, me barra le passage en disant :
– Avez-vous pris connaissance du nouveau règlement ?
Je fis doucement observer à ce complaisant fonctionnaire que je venais à la Bibliothèque pour lire tout autre chose et que je n’avais pas de temps à perdre.
Pendant ce court dialogue, il dut se ranger à plusieurs reprises pour laisser passer différentes personnes auxquelles il ne fit aucune observation.
– Eh bien ! lisez-le, alors, reprit-il d’un ton insolent.
Force me fut de contempler avec une attention soutenue ce fameux règlement, nullement nouveau, dans lequel il est dit que : « Tout lecteur doit justifier de son identité et de son domicile.
– Très bien, dis-je, j’ai de quoi vous satisfaire ! Et, pressé d’en finir, je lui exhibai de suite des papiers.
– Ça ne vaut rien, fit-il d’un air dédaigneux. […]
Puis, marchant vers moi et me toisant d’un air de suprême dégoût, il me repoussa brutalement dehors, disant :
– On n’entre pas en bourgeron et en pantalon bleu ! Et il mâchonna de vagues injures. »94

Enfin, la popularité de certaines mises hors norme, à la veille de la première guerre, relève d’une résistance symbolique à l’uniformité. En effet, dans le bâtiment, certains ouvriers étaient restés fidèles à leurs anciennes tenues, au travail et dans la vie courante. Si les peintres avaient abandonné la blouse en dehors des chantiers, les charpentiers avaient gardé la veste et le large pantalon de velours – le largeot –, complétés par une ceinture de flanelle, rouge ou bleue, le costume des terrassiers était très proche : pantalon de velours, ceinture rouge, cotte et chapeau de feutre. Tous avaient des fournisseurs attitrés, tant pour les outils que pour les habits :

« Les jours ouvriers, le charpentier est vêtu en charpentier […]. Les costumes de travail s’achètent dans des magasins spéciaux dont les deux principaux se font face rue du faubourg Saint-Martin. L’un d’eux à l’enseigne de St-Joseph, ce qui respecte assurément la couleur locale : il a la réputation d’habiller la plus grande partie du corps d’état. »95

De même, un seul négociant habillait à Paris « les compagnons de la taupe »96.

Tenues à part, circuits à eux : ces ouvriers ne craignaient pas de se singulariser en public, et ce même en dehors des « jours ouvriers ». Robert Debré se rappelle certains ouvriers qu’il côtoya quand il fréquentait l’Université populaire du 15e arrondissement :

« Je me souviens notamment de la silhouette d’un ouvrier menuisier, grand et solide, qui portait toujours une large ceinture de flanelle rouge plusieurs fois roulée autour des reins et un pantalon de velours brun à côtes légèrement bouffant. »97

Un récit d’enfance évoque un vieux terrassier qui habitait rue Clisson, dans le 13e arrondissement. C’était un homme tranquille qui aimait faire son tour de quartier le dimanche. En quelle tenue ?

« Le dimanche, il met une chemise propre, un feutre moins crasseux, un paletot moins vert, troque son vieux pantalon limoneux contre un large, en velours noir et tout neuf, sa ceinture de flanelle rouge contre une bleue, et, la main derrière le dos, toujours du même pas lent, s’en va errer par les rues. »98

Pour lui, le dimanche, c’était simplement le jour du propre. « Le terrassier d’aujourd’hui possède un réel souci de son aspect physique », constatait un syndicaliste en 191499, oui, mais sans que forcément s’impose chez lui la nécessité d’une double garde-robe.

Or, ce costume de l’ouvrier du bâtiment jouit au début du XXe siècle d’un prestige considérable. Il envahit le dessin et l’affiche dans l’imagerie socialiste et syndicaliste de la période. Le peuple organisé, le peuple en lutte est presque toujours figuré sous le costume de l’ouvrier charpentier ou de l’ouvrier terrassier. L’Humanité ou La Bataille syndicaliste, le quotidien de la CGT, se mirent à l’heure du largeot et de la ceinture de laine. Le pantalon bouffant était devenu l’emblème des prolétaires comme avait pu l’être la blouse en 1848 : rien d’étonnant à ce que dans les fêtes militantes, le chanteur Montéhus apparaisse « vêtu d’un pantalon de velours bleu et d’une chemise rouge »100. Il conviendrait de mieux connaitre cette « mode » très frappante, mais hors de proportion avec la place réelle de ces ouvriers sans habit.

Affiche électorale de 1912 reproduite dans L’Humanité du 3 mai 1912.

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L’affiche dénonçait l’injustice des élections municipales à Paris où chaque quartier avait droit à un siège au Conseil municipal, quelle que soit sa population. Et pourtant le bourgeois ventru ne faisait pas le poids devant le charpentier à largeot… On peut trouver des dessins de même inspiration dans L’Humanité du 21 février 1914, La Bataille syndicaliste des 9 et mai 1911, ou encore dans les brochures de propagande syndicale.

L’Humanité, 3 mai 1912.

Pourquoi ce prestige ? Le bâtiment était le fer de lance du mouvement ouvrier parisien de l’époque. Les terrassiers avaient conduit de grandes grèves souvent victorieuses sur les chantiers du métro101 ;les charpentiers avaient obtenu un salaire de 1 F de l’heure en 1907, le double du tarif de 1845. Leurs syndicats étaient riches et puissants. Les terrassiers, déclara Georges Yvetot, un des dirigeants cégétistes, c’est « l’aristocratie courageuse du travail »102, ce qui, adressé à des travailleurs de force, était un beau compliment. Mais il y avait autre chose dans ce particularisme vestimentaire retrouvé : le besoin d’une représentation sociale commode et comprise de tous qui ne saurait s’accorder avec une apparence passe-partout. Un gréviste victorieux ne pouvait pas être en habit.

Voilà qui nous confirme que cette histoire de l’apparence ouvrière masculine n’est pas celle d’une dépossession, d’une perte ou d’un nivellement. Nous l’avons vue constamment marquée du sceau de la fierté et de la dignité, ce qui, selon les époques et les individus, faisait le jeu de la blouse ou bien le jeu de l’habit. Ici, la norme était façonnée par les aspirations et les valeurs du milieu ouvrier.

« La population ouvrière n’écoute point les mauvais conseils »

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Peu après l’enterrement de Victor Noir, l’arrestation du député Henri Rochefort le 7 février 1870, salle de la Marseillaise, rue de Flandre, à La Villette, provoqua trois jours d’émeute à Paris, avec notamment des débuts de barricades. De nombreuses arrestations, pour cris séditieux ou attroupement illégal, furent opérées, suivies de condamnations. Les manifestants, des ouvriers sans chefs déclarés, avaient appelé la population des faubourgs à les suivre dans l’espoir d’enflammer Paris pour renverser l’Empire. La scène ci-dessus est censée représenter une tentative d’embauchage. Un émeutier en blouse, accompagné de sa réplique en gamin, exhorte un paisible travailleur à descendre dans la rue pour se battre contre l’Empire. Manifestement, ce sera peine perdue. L’interprétation de l’image est délicate. Faut-il voir dans l’accoutrement des intrus et la tenue du père de famille la recherche d’un contraste entre la blouse et l’habit, à supposer que le vêtement déposé sur la chaise était bien un manteau ou une redingote, et non une blouse… ? Autrement dit, la blouse, c’est l’émeute et l’habit, c’est l’ordre. Un ouvrier bien mis est un ouvrier qui pense bien. Seulement l’image évoque autre chose, inscrite dans l’instant. Lors des émeutes précédentes en mai-juin 1869 et au cours de celles de février (comme encore en juin suivant, où la rue parisienne fut de nouveau agitée) il fut dit et redit par l’opposition républicaine modérée que tous ces troubles étaient en fait provoqués par des agents de police déguisés en ouvriers, les « blouses blanches », blanches pour donner aux provocateurs l’allure d’ouvriers du bâtiment, ou blanches parce que n’ayant jamais été portées. Trop propres pour être honnêtes. La mémoire des « blouses blanches » de l’Empire sera d’ailleurs très vivace, il y est encore fait allusion dans les années 1900, preuve que l’accusation porta. Dès lors les lecteurs du Monde illustré ne pouvaient pas ne pas penser que les rodeurs de barricade croqués là étaient en fait des agents de la police. Le journal ne le dit pas, et il cite même à l’appui de l’image un violent article d’Amédée Achard paru dans le très officiel Moniteur universel qui traitait les manifestants de vauriens et de lâches ! Mais l’ambiguïté demeure. En tout cas, blanche ou pas, la blouse n’avait pas bonne presse. Voir les dossiers de grâce de quelques-uns des émeutiers de février 1870 (Archives nationales, BB 24 722) et A. Dalotel, A. Faure, J.-C. Freiermuth, Aux origines de la Commune : le mouvement des réunions publiques à Paris, 1868-1870, Paris, F. Maspero, 1980, p. 348-354.

Gravure publiée dans Le Monde illustré, 19 février 1870, p. 209-210.

Carte-photo envoyée en 1906 et représentant les ouvriers d’un chantier rue de Saussure (17e arrondissement).

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Collection AF

Carte-photo sans date représentant les ouvriers d’un chantier de travaux de publics avenue de La Bourdonnais (7e arrondissement).

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Carte-photo sans date représentant les ouvriers d’un chantier de terrassement à Paris, peut-être dans le 17e arrondissement.

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Collection AF

Carte-photo, expédiée en 1907, représentant un groupe d’ouvriers, et peut-être de voisins, rassemblés devant un atelier de mécanicien à Paris. L’homme au mégot, à l'extrême droite, pourrait très bien être un ouvrier du bâtiment venu là en camarade.

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Collection AF

Cette carte-photo de la « rentrée » d’un groupe d’ouvriers à l’usine Clément Bayard, une grande usine d’automobiles de Levallois-Perret, est datée du 15 mars 1906.

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Collection AF

Carte-photo non datée représentant le personnel d’un atelier de bijouterie du 3e arrondissement, l’APRA, posant devant l’entrée de l’immeuble. Le gamin au centre est fort probablement un apprenti.

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Carte postale non datée montrant la sortie de l’usine d’automobiles Panhard Levassor avenue d’Ivry dans le 13e arrondissement.

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La foule des ouvriers et ouvrières de la compagnie des Lampes à Ivry posant lors de la sortie. La carte postale porte la date manuscrite du 15 mars 1907.

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Collection AF

Détail de la sortie des ouvriers de l’usine d’automobiles De Dion Bouton à Puteaux. La carte porte un cachet postal de 1911.

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Collection AF

Cette carte postale, intitulée « Rentrée du Personnel – Raffinerie Say » (13e arrondissement) représente plus probablement des ouvriers de l’usine en tenue de travail se reposant sur le boulevard de la Gare, devant l’établissement, au moment du déjeuner La carte est datée du 19 octobre 1906, jour des 27 ans de son auteur.

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Collection AF

« Le bon gréviste ».

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Cette photographie, parfois reproduite dans des ouvrages militants, a été publiée dans l’Illustration du 29 mai 1909 (p. 377), avec pour titre « le bon gréviste ». Le journal affirme qu’elle a été prise à la sortie d’un meeting d’ouvriers du bâtiment tenu au Tivoli Vauxhall, une grande salle de réunion de la rue de la Douane. Cette arrestation n’a rien d’improbable : les années 1908 et 1909 furent des années de grèves tournantes dans les chantiers de travaux publics parisiens, tout particulièrement au métro, à l’origine de heurts avec les jaunes et la police. Est-ce la perspective d’une victoire ou la simple joie de vivre qui faisait jubiler ce terrassier en grand tenue, repoussant les pandores accrochés à sa veste ?

L’Illustration, 29 mai 1909.

Bibliographie, musées, films

Cet article aura atteint un ses buts s’il donne au lecteur l’envie d’aller voir et revoir au musée du Louvre le tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple – à notre sens la première représentation de la blouse ouvrière –, et de lire et relire l’œuvre de Jules Vallès, cet habit qui a tant parlé des blouses (édition La Pléiade ou Éditeurs Français Réunis).

Deux films reconstituent de façon aussi fidèle qu’il est possible au cinéma la blouse populaire du XIXe siècle. L’un montre la blouse paysanne : Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère… film réalisé par René Allio (1976) à partir du célèbre récit du parricide normand – cet anti-Pinagot –, et l’autre la blouse ouvrière : La Commune (Paris, 1871), le film de Peter Watkins (2000) où le souci de vérité vestimentaire est frappant.

1 Citons ici : Fabrice Laroulandie, Les ouvriers de Paris au 19e siècle, Paris, Éditions Christian, 1997, p. 120-124 ; Robert Beck, « Paraître

2 Événements de Paris, des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 ; par plusieurs témoins oculaires, Paris, Audot, 1830, p. 130.

3 Edmond Marc, cité par Bertier de Sauvigny, La révolution de 1830 en France, Paris, Armand Colin,1970, p. 104. Voir aussi quelques allusions in Jean

4 La mise vestimentaire des autres personnages surgissant au premier plan dans ce tableau si frappant – l’homme au sabre et l’homme au haut-de-forme

5 Charles Lenormant, « Du costume parisien et de son avenir », in Le livre des Cent-et-Un, Paris, Ladvocat, 1832, t. 7, p. 13-14.

6 Archives nationales (AN), F7 3890, Bulletin de Paris du 5 septembre 1840.

7 Louis Reybaud, Jérôme Paturot à la recherche de la meilleure des républiques, Paris, Michel Lévy, 1849, t. 2, p. 74-75.

8 Frédérique Desbuissons, « Gustave Courbet, frontispice du n° 2 du Salut public de Champfleury, Charles Baudelaire et Charles Toubin », in A. Corbin

9 « Ce que nous voulons » », in Le Tocsin des travailleurs, 1er juin 1848.

10 Marc Caussidière, Mémoires de Caussidière, ex-préfet de police et représentant du peuple, Paris, Michel Lévy, 1849, t. 2, p. 182. Le bourgeron

11 Ivan Tourgueniev, « Les nôtres m’ont envoyé… Épisode des journées de juin 1848 », in L’exécution de Troppmann, Paris, Stock, 1990 [1874], p. 86. L

12 Louis Ménard, Prologue d’une révolution, Paris, Au Bureau du Peuple, 1849, p. 274-275.

13 Sur l’habit bourgeois masculin, voir l’analyse classique de Philippe Perrot, Les dessus et les dessous de la bourgeoisie…, Paris, Fayard, 1981, p.

14 Émile Thomas, Histoire des Ateliers nationaux…, Paris, Michel Lévy frères, 1848, p. 127-128.

15 Ch. De Maupas, Mémoires sur le Second Empire. La présidence de Louis-Napoléon, Paris E. Dentu, 1884, p. 486.

16 Charles-Louis Chassin, Félicien. Souvenirs d’un étudiant de 48, Paris, Edouard Cornély, s.d. [1904], p. 299.

17 Sur le thème du vêtement chez Jules Vallès, voir Philippe Bonnefis, Jules Vallès : du bon usage de la lame et de l’aiguille, Lausanne, L’Âge d’

18 Voir Vincent Milliot, Les cris de Paris ou Le peuple travesti. Les représentations des petits métiers parisiens, XVIe-XVIIIe siècles. Paris

19 Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Amsterdam, nouvelle édition, 1792, t. 1, p. 5.

20 Daniel Roche, Le peuple de Paris : essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, Paris, Aubier-Montaigne, 1981, p. 164-201.

21 Il faut se reporter à l’ouvrage Bleu de Nîmes. Jeans Denim. Le bleu populaire. Milan, Electra, 1989. Il s’agit du catalogue bilingue d’une

22 En 1841 un écrivain évoquait les porteurs de blouses comme des « hommes voués au bleu » (Louis Huart, Physiologie du tailleur, Paris, Aubert, 1841

23 Une des lithographies formant la suite des Contrastes de Traviès – la n° 9, datée de 1828 – montre un fier laboureur en blouse, tenant en main le

24 Précisons que pour se conformer à sa vision politique du monde social, il a mis en scène dans son récit des « habits » – faux ou vrais ami des

25 L’expression est dans L’illustration du 10 mai 1890. Voir Ernest Montusès, Le député en blouse, rééd. 1982, Horwath, p. 79.

26 La bibliographie est sur eux abondante : Alain Corbin, « Les paysans de Paris. Histoire des Limousins du bâtiment au XIXe siècle », in Ethnologie

27 Etienne Fauris, « De la situation des ouvriers peintres en bâtiment », in La Mutualité, 15 mars 1866, p. 95.

28 Pierre Vinçard, « Le peintre en bâtiment », in Le Travail affranchi, 28 janvier 1849.

29 Pierre Vinçard, Les ouvriers de Paris, études de mœurs, types, caractères, travail, salaires, dangers etc., Dessins par Gérard Séguin, Paris

30 Adolphe Boyer, De l’état des ouvriers et de son amélioration par l’organisation du travail, Paris, Dubois éditeur, 1841, p. 66.

31 « Lettre de J… », in La Démocratie pacifique, cit. par Rémy Gossez, Circonstances du mouvement ouvrier., Paris, 1848, Thèse de doctorat en droit

32 Agricol Perdiguier, Statistique du salaire des ouvriers en réponse à M. Thiers et autres économistes de la même école, Paris, Au bureau du journal

33 Exposition universelle de 1867, Rapports des délégations ouvrières…, Paris, Librairie A. Morel, s.d., t. 1, Cuirs et peaux, p. 14.

34 Norbert Truquin, Mémoires et aventures d’un prolétaire à travers la révolution, Paris, Maspero, 1977 [1887], p. 60.

35 .« Our London workman (myself included) would feel ashamed to go into society unless he could wear a suit similar in appearance to his employer

36 Denis Poulot, Le sublime ou le travailleur comme il est en 1870 et ce qu’il peut être, Paris, Marpon et E. Flammarion, 1887 [1870], p. 79.

37 Focillon, « Tailleur d’habits de Paris », in Les Ouvriers des deux mondes, Paris, Au siègede la Société internationale des études pratiques d’

38 L’Illustration, octobre 1845-février 1846, p. 183-185 ; voir aussi l’iconographie rassemblée par François Icher, Les Compagnons ou l’amour de la

39 Agricol Perdiguier, Mémoires d’un compagnon, Paris, Maspero, 1977 [1854-1855], p. 381-382.

40 Ami de Varlin – il rédigea avec lui le rapport des ouvriers relieurs à l’Exposition universelle de 1867.

41 Exposition de 1867. Délégation des ouvriers relieurs. Deuxième partie : La reliure à l’Exposition de 1867… Paris, Chez tous les libraires

42 « Des salaires », in L’Enquête sociale, novembre 1846, p. 357 (observation de Vellu).

43 Le Play et Focillon, « Charpentier de Paris… » in Les ouvriers des deux mondes, 1ère série, t. 1, p. 39. Cet « habit bleu » viendrait-il de l’

44 Charles Martin-Prével et Claire Meunier, Les Communards, la mort et la mémoire, Mémoire de maîtrise, Université de Paris-X, 2005, p. 88, 90, 94 ;

45 Julien Blanc, La grève des charpentiers en 1845. Épisode de la crise sociale de l’époque, Paris, Librairie sociétaire, 1845.

46 Claude Genoux, Mémoires d’un enfant de la Savoie…, Paris, Le Chevalier, 1870, p. 270.

47 Frédéric Thomas, Petites causes célèbres du jour, Paris, Gustave Havard, t. 9, septembre 1855, p. 49. Il s’agit du procès de la grève contre le

48 Voir le livre illustré de Serge Zeyons, Sorties d’usines en cartes postales, Paris, Éditions de l’Atelier, 1997.

49 Denis Poulot, Le Sublime ou le travailleur comme il est en 1870 et ce qu’il peut être, Paris, Marpon et E. Flammarion, 1887 [1870], p. V.

50 Bibliothèque historique de la ville de Paris, CP 4146, L’Esprit, « Notes d’un rond de cuir », 17 février 1905, f° 10.

51 Gaston Faralicq, Trente ans dans les rues de Paris, Paris, Librairie académique Perrin, 1934, p. 115.

52 Ces monographies, publiées dans la série des Ouvriers des deux mondes, reprennent ses travaux publiés sous le titre La question ouvrière chez

53 Rose Descotils-Vasseur, « Enfants d’ouvriers, d’ouvrières… et de la guerre, de 1905 à 1920 », in Revue d’histoire du XIVe arrondissement de Paris

54 Cécile Dauphin et Pierrette Pézevat, « Les consommations populaires dans la seconde moitié du XIXe siècle à travers les monographies de l’école de

55 Demolins et Pocquet, « Chiffonnier instable et, par alternance, mégissier, fumiste et brossier de Paris », in Les ouvriers des deux mondes, 1ère 

56 This Misery of Boots est le titre d’une remarquable brochure socialiste publiée par Wells en 1907 à la Fabian Society.

57 Louis Lucipia, La Caisse des écoles à Montmartre…, Paris, Imprimerie de la Société de Typographie, 1889, p. 110.

58 Diana Crane, « Une analyse secondaire des monographies de famille : les pratiques vestimentaires » (1855-1909), in Les Études Sociales, n° 131-132

59 Henriette Vanier, La mode et ses métiers, frivolités et luttes des classes, 1830-1870. Avec la collaboration de Guy P. Palmade, Paris, A. Colin

60 Office du travail, La petite industrie (salaires et durée du travail). Le vêtement à Paris. Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 16-17 (cette

61 Voir les travaux de Manuel Charpy, « Formes et échelles du commerce d’occasion. L’exemple du vêtement à Paris », in Revue d’histoire du XIXe

62 L’ouvrage de Jeanne Singer-Kérel (Le coût de la vie à Paris de 1840 à 1954, Paris, Armand Colin, 1961) donne très peu d’informations sur le prix

63 Dr. J. Bailhache, « Monographie d’une famille d’ouvriers parisiens. Un type d’ouvrier anarchiste », in La Réforme sociale, mai 1905, p. 416.

64 Annonce parue dans l’Humanité, 29 mars 1907 (et autres dates).

65 Office du Travail, Enquête sur le travail à domicile dans l’industrie de la lingerie, t. 1, Paris, Imprimerie nationale, 1907, p. 45.

66 AN, F12 3079, Exposition de 1867, classe 91, produits utiles et à bon marché, Cochin et Moreau-Enriquès, présentation de la classe 91, sans titre

67 Lemann, De l’industrie des vêtements confectionnés en France, Paris, Paul Dupont, 1857, p. 16 et 35 – À notre sens, Robert Beck dans son article (

68 Cela vaut aussi pour les meubles ou l’équipement domestique, comme les machines à coudre.

69 C’est le système décrit dans X.-E. Lejeune, Calicot. Enquête de Michel et Philippe Lejeune, Paris, Montalba, 1984, p. 219. Sur Crespin, voir André

70 Gérard Jacquemet constate une forte hausse des poursuites pour dettes exercées par des maisons d’abonnement devant la justice de paix du 20e

71 Voir, entre autres, la série d’articles de Francis Delaisi parue dans La Bataille syndicaliste entre juin et décembre 1911.

72 H. Leneveux, Le budget du foyer, Paris, Pagnerre, 1872, p. 67.

73 Rapports de la délégation ouvrière libre à l’Exposition de Philadelphie 1876, Compositeurs typographes, p. 40-41.

74 Cette aspiration transparait nettement dans les récits ouvriers des 19e et 20e siècles analysés par Thierry Pillon, Le corps à l’ouvrage. Paris

75 Exposition universelle de 1867, Rapports des délégations ouvrières, t. 3, Fondeurs, p. 21.

76 Ibid., t. 1, Fumistes, p. 18.

77 Voir aux Archives de Paris les calepins du cadastre se rapportant aux usines ; le lavoir de l’usine de La Villette, précise le document

78 Archives de Paris, VONC 358, estimation locative du 65 de la rue Jean-Jacques Rousseau, rapport du 14 février 1880.

79 Décret d’application de mars 1894.

80 Émile Arbogast, « Ma délégation au concours de fin d’année de l’école Boulle », in L’ouvrier en meuble, 15 septembre 1906.

81 AN, F22 480, Maison Daniel et fils. À la suite des mises en demeure de l’inspection, des vestiaires furent installés.

82 La loi était trop vague estimait l’inspecteur Frois : « À l’heure actuelle, vous avez des ateliers de cent personnes avec un vestiaire trop petit

83 « Vous devez avoir à cœur et c’est votre droit d’être propres », la formule est d’un syndicaliste du bâtiment, Eugène Dayras, (« L’hygiène dans

84 On lit dans un dictionnaire de 1808 : « Camelotte. C’est de la camelotte […] Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise

85 Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon. Bourganeuf, Duboueix, 1895, p. 66-67. Il précise qu’il acheta ces « vieilleries bien

86 « Revue », in La Ruche populaire, janvier 1845, p. 24.

87 Conseil supérieur du travail, 9e session, Paris, Imprimerie nationale, 1900, p. 442-443.

88 Rapports de la délégation ouvrière française à Vienne. 1873, Menuisiers en meubles sculptés, p. 41, 58

89 Ibid., Ouvriers en bronze, p. 106.

90 Louis Marrais-Sarimas, « Les Aristos du prolétariat », in L’Ouvrier en meuble, 15 août 1909.

91 Ibidem – Voir dans le même esprit Cœuille et C. André, « Le réveil des monteurs-électriciens », in Le Travailleur de l’électricité

92 Pierre Du Maroussem, « Ébénistes parisien de haut luxe »…, in Les ouvriers des deux mondes, 2e série, t. 4, 1892, p. 55, 61.

93 J. Bailhache, « Monographie d’une famille d’ouvriers parisiens. Un type d’ouvrier anarchiste », in La Science sociale, mai 1905, 14e fascicule, p.

94 « La Bibliothèque Nationale fermée aux travailleurs. On n’entre pas en costume de travail », in La Voix du Peuple, 7-14 juin 1903 (Castanié était

95 Pierre Du Maroussem, La question ouvrière, t. 1 : Charpentiers de Paris, Paris, Arthur Rousseau, 1891, p. 96.

96 Léon et Maurice Bonneff, La classe ouvrière. Paris, Publications de La Guerre Sociale, s.d. [1911], p. 66-67.

97 Robert Debré, L’honneur de vivre Témoignage. Paris, Stock et Hermann, 1974, p. 59. Mais voilà qui n’était sans doute pas très courant… « Aucun

98 Auguste Brepson, Un gosse, Paris, Rieder, 1928, p. 227.

99 Louis Grandidier, « L’organisation du chômage », in La Bataille syndicaliste, 15 février 1914.

100 « Une fête inoubliable », in La Bataille syndicaliste, 25 août 1912. Il s’agissait de la fête de La Bataille syndicaliste du 24 août 1912, au

101 Voir aux Archives de la préfecture de Police les cartons BA 1401 et BA 1402.

102 Dans un meeting du Syndicat du bâtiment, salle Wagram, devant 3 500 personnes (in AN, F7 13566, rapport de police du 17 février 1912).

Notes

1 Citons ici : Fabrice Laroulandie, Les ouvriers de Paris au 19e siècle, Paris, Éditions Christian, 1997, p. 120-124 ; Robert Beck, « Paraître dominical et jeu des apparences dans les villes françaises de la fin du XVIIIe siècle à celle du Second Empire », in Isabelle Paresys dir., Paraître et apparences en Europe occidentale. Du Moyen Age à nos jours, Presses universitaires du Septentrion, 2008, p. 59-72.

2 Événements de Paris, des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 ; par plusieurs témoins oculaires, Paris, Audot, 1830, p. 130.

3 Edmond Marc, cité par Bertier de Sauvigny, La révolution de 1830 en France, Paris, Armand Colin,1970, p. 104. Voir aussi quelques allusions in Jean-Claude Caron, Trois jours qui ébranlèrent la monarchie, Paris, Larousse, 2010, p. 108, 116, 127 – Il est piquant de constater que le gros ouvrage de Nathalie Jakobowicz consacré aux représentations du peuple en 1830 ne consacre qu’une page et demie au « costume » des combattants, et sans même une ligne sur la blouse qui pourtant apparaît dans plusieurs des lithographies reproduites dans le cahier central de l’ouvrage… L’étude de l’image pour elle-même ne rend pas clairvoyant ! (N. Jakobowicz, 1830, le peuple de Paris : révolution et représentations sociales. Rennes, PUR, 2009, p. 142-143)

4 La mise vestimentaire des autres personnages surgissant au premier plan dans ce tableau si frappant – l’homme au sabre et l’homme au haut-de-forme surtout –, a fondé chez les récents commentateurs de l’œuvre bien des hypothèses sur leur appartenance sociale, mais tout le monde semble s’accorder sur le compte du blessé visionnaire. Pour Hélène Toussaint, il s’agit d’un « manouvrier venu temporairement de la campagne, installé en camp volant pour la durée d’un chantier » ; Alain Jaubert parlait d’« un paysan venu travailler à Paris comme manœuvre du bâtiment », et, tout récemment, Francis Démier a vu dans l’« ouvrier qui porte un foulard sur la tête […] la tenue d’un paysan venu travailler à Paris ». On aurait donc affaire à un demi-Parisien, à un prolétaire entre deux mondes et dont la mise relèverait d’une sorte d’exotisme, ce que, on le verra, nous pensons être une erreur (Référence des citations : « La Liberté guidant le peuple » de Delacroix. Exposition du Musée national du Louvre, Catalogue établi et rédigé par Hélène Toussaint…, Paris, RMN, 1982, p. 44, 50 ; Alain Jaubert, Sous les pavés, l’image. Eugène Delacroix : La liberté guidant le peuple, Documentaire de la collection Palette, diffusion La Sept, 1989 (conseiller scientifique Sylvain Laveissiere) ; Francis Démier, La Liberté guidant le peuple : un tableau, les Trois Glorieuses de 1830, Paris, Hatier, 2014, p. 27).

5 Charles Lenormant, « Du costume parisien et de son avenir », in Le livre des Cent-et-Un, Paris, Ladvocat, 1832, t. 7, p. 13-14.

6 Archives nationales (AN), F7 3890, Bulletin de Paris du 5 septembre 1840.

7 Louis Reybaud, Jérôme Paturot à la recherche de la meilleure des républiques, Paris, Michel Lévy, 1849, t. 2, p. 74-75.

8 Frédérique Desbuissons, « Gustave Courbet, frontispice du n° 2 du Salut public de Champfleury, Charles Baudelaire et Charles Toubin », in A. Corbin et J.-M. Mayeur dir., La barricade, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, p. 151.

9 « Ce que nous voulons » », in Le Tocsin des travailleurs, 1er juin 1848.

10 Marc Caussidière, Mémoires de Caussidière, ex-préfet de police et représentant du peuple, Paris, Michel Lévy, 1849, t. 2, p. 182. Le bourgeron était une blouse courte.

11 Ivan Tourgueniev, « Les nôtres m’ont envoyé… Épisode des journées de juin 1848 », in L’exécution de Troppmann, Paris, Stock, 1990 [1874], p. 86. L’écrivain russe fut un témoin des événements de 1848 à Paris.

12 Louis Ménard, Prologue d’une révolution, Paris, Au Bureau du Peuple, 1849, p. 274-275.

13 Sur l’habit bourgeois masculin, voir l’analyse classique de Philippe Perrot, Les dessus et les dessous de la bourgeoisie…, Paris, Fayard, 1981, p. 55-64

14 Émile Thomas, Histoire des Ateliers nationaux…, Paris, Michel Lévy frères, 1848, p. 127-128.

15 Ch. De Maupas, Mémoires sur le Second Empire. La présidence de Louis-Napoléon, Paris E. Dentu, 1884, p. 486.

16 Charles-Louis Chassin, Félicien. Souvenirs d’un étudiant de 48, Paris, Edouard Cornély, s.d. [1904], p. 299.

17 Sur le thème du vêtement chez Jules Vallès, voir Philippe Bonnefis, Jules Vallès : du bon usage de la lame et de l’aiguille, Lausanne, L’Âge d’homme, 1983.

18 Voir Vincent Milliot, Les cris de Paris ou Le peuple travesti. Les représentations des petits métiers parisiens, XVIe-XVIIIe siècles. Paris, Publications de la Sorbonne, 1995.

19 Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Amsterdam, nouvelle édition, 1792, t. 1, p. 5.

20 Daniel Roche, Le peuple de Paris : essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, Paris, Aubier-Montaigne, 1981, p. 164-201.

21 Il faut se reporter à l’ouvrage Bleu de Nîmes. Jeans Denim. Le bleu populaire. Milan, Electra, 1989. Il s’agit du catalogue bilingue d’une exposition au musée du Vieux Nîmes en 1989 – Le tissu commun de Nîmes, le « denim », deviendra comme on sait le jean aux Etats-Unis.

22 En 1841 un écrivain évoquait les porteurs de blouses comme des « hommes voués au bleu » (Louis Huart, Physiologie du tailleur, Paris, Aubert, 1841, p. 48-49).

23 Une des lithographies formant la suite des Contrastes de Traviès – la n° 9, datée de 1828 – montre un fier laboureur en blouse, tenant en main le manche de sa charrue, opposé à un courtisan tout en courbettes (reproduit in Nathalie Jakobowicz, 1830…, op. cit., p. 57).

24 Précisons que pour se conformer à sa vision politique du monde social, il a mis en scène dans son récit des « habits » – faux ou vrais ami des blouses –, non sans une grande fantaisie (Voir l’introduction de Jean Dautry aux Blouses, in Œuvres de Jules Vallès, publiées sous la direction de Lucien Scheler, Paris, les Éditeurs français réunis, 1957, p. 120-145).

25 L’expression est dans L’illustration du 10 mai 1890. Voir Ernest Montusès, Le député en blouse, rééd. 1982, Horwath, p. 79.

26 La bibliographie est sur eux abondante : Alain Corbin, « Les paysans de Paris. Histoire des Limousins du bâtiment au XIXe siècle », in Ethnologie française, avril-juin 1980, p. 169-180 ; Pierre Urien, Quand Martin Nadaud maniait la truelle : la vie quotidienne des maçons limousins, 1830-1849, Felletin, Association Les Maçons de la Creuse, 1998 ; Casey Harison, The Stonemasons of Creuse in Nineteenth-Century Paris, Newark, University of Delaware Press, 2008. Nos travaux sont repris dans : « La place du migrant chez les maçons de Paris au XIXe siècle » (voir la page : idhe.u-paris10.fr/cdr-idhes-nanterre/membres/migrations-et-hebergement-des-migrants-125060.kjsp).

27 Etienne Fauris, « De la situation des ouvriers peintres en bâtiment », in La Mutualité, 15 mars 1866, p. 95.

28 Pierre Vinçard, « Le peintre en bâtiment », in Le Travail affranchi, 28 janvier 1849.

29 Pierre Vinçard, Les ouvriers de Paris, études de mœurs, types, caractères, travail, salaires, dangers etc., Dessins par Gérard Séguin, Paris, Michel, 1851, p. 139.

30 Adolphe Boyer, De l’état des ouvriers et de son amélioration par l’organisation du travail, Paris, Dubois éditeur, 1841, p. 66.

31 « Lettre de J… », in La Démocratie pacifique, cit. par Rémy Gossez, Circonstances du mouvement ouvrier., Paris, 1848, Thèse de doctorat en droit, 1950, p. 1013-1017.

32 Agricol Perdiguier, Statistique du salaire des ouvriers en réponse à M. Thiers et autres économistes de la même école, Paris, Au bureau du journal La Révolution démocratique et sociale, 1849, p. 35

33 Exposition universelle de 1867, Rapports des délégations ouvrières…, Paris, Librairie A. Morel, s.d., t. 1, Cuirs et peaux, p. 14.

34 Norbert Truquin, Mémoires et aventures d’un prolétaire à travers la révolution, Paris, Maspero, 1977 [1887], p. 60.

35 .« Our London workman (myself included) would feel ashamed to go into society unless he could wear a suit similar in appearance to his employer, and flash a little jewellery to correspond, but the Parisian I met with everywhere would be attired in a good pair of black trousers and vest, with a watch in his pocket, over this a clean blouse, and a cap, evidently proud to own himself one of the wage class. » Extrait du rapport de A. Hooper, ébéniste à Londres in Reports of artisans selected by a committee appointed by the council of the Society of Arts to visit the Paris universal Exhibition, 1867, London, Society for the Encouragement of Arts, Manufactures and Commerce, 1867, p. 18.

36 Denis Poulot, Le sublime ou le travailleur comme il est en 1870 et ce qu’il peut être, Paris, Marpon et E. Flammarion, 1887 [1870], p. 79.

37 Focillon, « Tailleur d’habits de Paris », in Les Ouvriers des deux mondes, Paris, Au siège de la Société internationale des études pratiques d’économie sociale, 1ère série, t. 2, 1858, p. 163.

38 L’Illustration, octobre 1845-février 1846, p. 183-185 ; voir aussi l’iconographie rassemblée par François Icher, Les Compagnons ou l’amour de la belle ouvrage, Paris, Découvertes Gallimard, 1995.

39 Agricol Perdiguier, Mémoires d’un compagnon, Paris, Maspero, 1977 [1854-1855], p. 381-382.

40 Ami de Varlin – il rédigea avec lui le rapport des ouvriers relieurs à l’Exposition universelle de 1867.

41 Exposition de 1867. Délégation des ouvriers relieurs. Deuxième partie : La reliure à l’Exposition de 1867… Paris, Chez tous les libraires, 1869-1875, p. 211-212 – Wynants co-signe avec EV [Eugène Varlin] cette partie du rapport des relieurs à l’Exposition, paru seulement en 1875.

42 « Des salaires », in L’Enquête sociale, novembre 1846, p. 357 (observation de Vellu).

43 Le Play et Focillon, « Charpentier de Paris… » in Les ouvriers des deux mondes, 1ère série, t. 1, p. 39. Cet « habit bleu » viendrait-il de l’achat d’occasion d’un habit de cette couleur, très à la mode à l’époque romantique ?

44 Charles Martin-Prével et Claire Meunier, Les Communards, la mort et la mémoire, Mémoire de maîtrise, Université de Paris-X, 2005, p. 88, 90, 94 ; Alain Dalotel, « Les fortunes à Popincourt en 1871 » (étude inédite communiquée par l’auteur).

45 Julien Blanc, La grève des charpentiers en 1845. Épisode de la crise sociale de l’époque, Paris, Librairie sociétaire, 1845.

46 Claude Genoux, Mémoires d’un enfant de la Savoie…, Paris, Le Chevalier, 1870, p. 270.

47 Frédéric Thomas, Petites causes célèbres du jour, Paris, Gustave Havard, t. 9, septembre 1855, p. 49. Il s’agit du procès de la grève contre le poussier de charbon.

48 Voir le livre illustré de Serge Zeyons, Sorties d’usines en cartes postales, Paris, Éditions de l’Atelier, 1997.

49 Denis Poulot, Le Sublime ou le travailleur comme il est en 1870 et ce qu’il peut être, Paris, Marpon et E. Flammarion, 1887 [1870], p. V.

50 Bibliothèque historique de la ville de Paris, CP 4146, L’Esprit, « Notes d’un rond de cuir », 17 février 1905, f° 10.

51 Gaston Faralicq, Trente ans dans les rues de Paris, Paris, Librairie académique Perrin, 1934, p. 115.

52 Ces monographies, publiées dans la série des Ouvriers des deux mondes, reprennent ses travaux publiés sous le titre La question ouvrière chez Arthur Rousseau dans les années 1890 (t. 1 : Charpentiers de Paris, 1891 ; t. 2 : Ébénistes du faubourg Saint-Antoine… ; t. 3 : Le jouet parisien…, 1894 ; t. 4, Halles centrales, 1894). Voir I. Lespinet-Moret, « Pierre du Maroussem, un arpenteur de l’économique et du social », in L’économie faite homme. Hommage à Alain Plessis, Genève, Droz, 2011, p. 423-436.

53 Rose Descotils-Vasseur, « Enfants d’ouvriers, d’ouvrières… et de la guerre, de 1905 à 1920 », in Revue d’histoire du XIVe arrondissement de Paris, février 1977.

54 Cécile Dauphin et Pierrette Pézevat, « Les consommations populaires dans la seconde moitié du XIXe siècle à travers les monographies de l’école de Le Play », in Annales, mars-juin 1975, p. 540.

55 Demolins et Pocquet, « Chiffonnier instable et, par alternance, mégissier, fumiste et brossier de Paris », in Les ouvriers des deux mondes, 1ère série, t. 5, 1885, p. 194.

56 This Misery of Boots est le titre d’une remarquable brochure socialiste publiée par Wells en 1907 à la Fabian Society.

57 Louis Lucipia, La Caisse des écoles à Montmartre…, Paris, Imprimerie de la Société de Typographie, 1889, p. 110.

58 Diana Crane, « Une analyse secondaire des monographies de famille : les pratiques vestimentaires » (1855-1909), in Les Études Sociales, n° 131-132, 2000, p. 53-54.

59 Henriette Vanier, La mode et ses métiers, frivolités et luttes des classes, 1830-1870. Avec la collaboration de Guy P. Palmade, Paris, A. Colin, 1960 ; François Faraut, Histoire de « La Belle Jardinière », Paris, Belin, 1987 ; Nancy L. Green, Du Sentier à la 7e Avenue : la confection et les immigrés. Paris-New York, 1880-1980, Paris, Le Seuil, 1998. Sur les salaires, voir Alain Faure, « Petit atelier et modernisme économique : la production en miettes au XIXe siècle », Histoire, Economie et Société, 1986. [Page http://www.u-paris10.fr/96682101/0/fiche___pagelibre –, p. 23].

60 Office du travail, La petite industrie (salaires et durée du travail). Le vêtement à Paris. Paris, Imprimerie nationale, 1896, p. 16-17 (cette enquête a été réalisée par Pierre Du Maroussem). Il ne faut pas confondre la blouse – ou plus tard les bleus – avec les « vêtements de travail » propres à certaines professions (comme la veste du cuisinier, la serpillière de l’épicier, le tablier du porteur de viande…) et que l’on pouvait trouver dans les magasins du centre de Paris, la Belle Jardinière en tête. C’étaient des tenues spécifiques, destinées à être portées uniquement dans l’exercice du métier.

61 Voir les travaux de Manuel Charpy, « Formes et échelles du commerce d’occasion. L’exemple du vêtement à Paris », in Revue d’histoire du XIXe siècle, 2002, p. 125-150 ; « Temple de la fripe, fabrique de la mode », in Le Carreau du Temple, Paris, Nicolas Chaudun, 2014, p. 122-159.

62 L’ouvrage de Jeanne Singer-Kérel (Le coût de la vie à Paris de 1840 à 1954, Paris, Armand Colin, 1961) donne très peu d’informations sur le prix des vêtements confectionnés et leur évolution au cours du siècle.

63 Dr. J. Bailhache, « Monographie d’une famille d’ouvriers parisiens. Un type d’ouvrier anarchiste », in La Réforme sociale, mai 1905, p. 416.

64 Annonce parue dans l’Humanité, 29 mars 1907 (et autres dates).

65 Office du Travail, Enquête sur le travail à domicile dans l’industrie de la lingerie, t. 1, Paris, Imprimerie nationale, 1907, p. 45.

66 AN, F12 3079, Exposition de 1867, classe 91, produits utiles et à bon marché, Cochin et Moreau-Enriquès, présentation de la classe 91, sans titre (texte d’épreuve).

67 Lemann, De l’industrie des vêtements confectionnés en France, Paris, Paul Dupont, 1857, p. 16 et 35 – À notre sens, Robert Beck dans son article (« Paraître dominical et jeu des apparences… «, art. cit.) a beaucoup exagéré la répulsion bourgeoise de l’endimanchement des ouvriers. Ce qui irritait le beau monde, c’était la présence du peuple en certains lieux, qu’il soit bien ou mal attifé. Mais que le prolétaire s’habille dans la norme bourgeoise était vu en règle générale comme un progrès économique et un bienfait politique : en achetant en confection, l’ouvrier s’achetait aussi une conduite.

68 Cela vaut aussi pour les meubles ou l’équipement domestique, comme les machines à coudre.

69 C’est le système décrit dans X.-E. Lejeune, Calicot. Enquête de Michel et Philippe Lejeune, Paris, Montalba, 1984, p. 219. Sur Crespin, voir André Saint-Martin, Les grands magasins, Paris, Arthur Rousseau, 1900, p. 90 et sq. ; A. Brisson, Florise Bonheur, Paris, Flammarion, s.d. [1902], p.46, 18, 182… Les recherches sur la consommation populaire à crédit se sont récemment multipliées. Voir les travaux de Brain Wemp, The Grands Magasins Dufayel, the working class, and the origins of consumer culture in Paris 1880-1916, thèse d’histoire de l’Université McGill à Montréal, 2010 (disponible en ligne sur le site de l’Université) ; et les travaux d’Anaïs Albert : « Le crédit à la consommation des classes populaires à la Belle Époque. Invention, innovation ou reconfiguration ? », in Annales ESC, 2012, n° 4, p. 1049-1082 ; et sa thèse inédite : Consommation de masse et consommation de classe. Une histoire sociale et culturelle du cycle de vie des objets dans les classes populaires parisiennes (des années 1880 aux années 1920). Thèse, Université Paris I-Panthéon- Sorbonne, novembre 2014, 2 vol., 704 p. + 163 p.

70 Gérard Jacquemet constate une forte hausse des poursuites pour dettes exercées par des maisons d’abonnement devant la justice de paix du 20e arrondissement entre 1881 et 1912 (Belleville au XIXe siècle : du faubourg à la ville, thèse de Université de Paris-IV, 1980, p. 1181.

71 Voir, entre autres, la série d’articles de Francis Delaisi parue dans La Bataille syndicaliste entre juin et décembre 1911.

72 H. Leneveux, Le budget du foyer, Paris, Pagnerre, 1872, p. 67.

73 Rapports de la délégation ouvrière libre à l’Exposition de Philadelphie 1876, Compositeurs typographes, p. 40-41.

74 Cette aspiration transparait nettement dans les récits ouvriers des 19e et 20e siècles analysés par Thierry Pillon, Le corps à l’ouvrage. Paris, Stock, 2012, p. 116 et suiv.

75 Exposition universelle de 1867, Rapports des délégations ouvrières, t. 3, Fondeurs, p. 21.

76 Ibid., t. 1, Fumistes, p. 18.

77 Voir aux Archives de Paris les calepins du cadastre se rapportant aux usines ; le lavoir de l’usine de La Villette, précise le document, comprenait « une pièce renfermant des cases pour les ouvriers » (APa, D1P4 51, rue d’Aubervilliers, calepin de 1876).

78 Archives de Paris, VONC 358, estimation locative du 65 de la rue Jean-Jacques Rousseau, rapport du 14 février 1880.

79 Décret d’application de mars 1894.

80 Émile Arbogast, « Ma délégation au concours de fin d’année de l’école Boulle », in L’ouvrier en meuble, 15 septembre 1906.

81 AN, F22 480, Maison Daniel et fils. À la suite des mises en demeure de l’inspection, des vestiaires furent installés.

82 La loi était trop vague estimait l’inspecteur Frois : « À l’heure actuelle, vous avez des ateliers de cent personnes avec un vestiaire trop petit, où les vêtements sont les uns sur les autres. L’inspection est désarmée. » (Cinquième congrès de l’hygiène des travailleurs et des ateliers, 1911, p. 44).

83 « Vous devez avoir à cœur et c’est votre droit d’être propres », la formule est d’un syndicaliste du bâtiment, Eugène Dayras, (« L’hygiène dans les chantiers », in La Bataille syndicaliste, 1er avril 1912).

84 On lit dans un dictionnaire de 1808 : « Camelotte. C’est de la camelotte […] Se dit par mépris et pour rabaisser la valeur d’une marchandise quelconque, et pour faire entendre que la qualité est en-dessous du médiocre. » ([D’Hautel], Dictionnaire du bas-langage ou des manières de parler usitées parmi le peuple…, Paris, Léopold Collin, 1808, t. 1, p. 149)

85 Martin Nadaud, Mémoires de Léonard, ancien garçon maçon. Bourganeuf, Duboueix, 1895, p. 66-67. Il précise qu’il acheta ces « vieilleries bien retapées, paraissant neuves » au marché du Temple. Ce n’était donc pas de la confection de première main, mais il met bien cet achat dans un vent de nouveauté : « Les modes, amenées par la variété des draps et des étoffes que commençaient à produire et à livrer au public, nos usines et nos manufactures naissantes, s’emparaient de l’esprit des ouvriers. »

86 « Revue », in La Ruche populaire, janvier 1845, p. 24.

87 Conseil supérieur du travail, 9e session, Paris, Imprimerie nationale, 1900, p. 442-443.

88 Rapports de la délégation ouvrière française à Vienne. 1873, Menuisiers en meubles sculptés, p. 41, 58

89 Ibid., Ouvriers en bronze, p. 106.

90 Louis Marrais-Sarimas, « Les Aristos du prolétariat », in L’Ouvrier en meuble, 15 août 1909.

91 Ibidem – Voir dans le même esprit Cœuille et C. André, « Le réveil des monteurs-électriciens », in Le Travailleur de l’électricité, janvier-février 1911.

92 Pierre Du Maroussem, « Ébénistes parisien de haut luxe »…, in Les ouvriers des deux mondes, 2e série, t. 4, 1892, p. 55, 61.

93 J. Bailhache, « Monographie d’une famille d’ouvriers parisiens. Un type d’ouvrier anarchiste », in La Science sociale, mai 1905, 14e fascicule, p. 361.

94 « La Bibliothèque Nationale fermée aux travailleurs. On n’entre pas en costume de travail », in La Voix du Peuple, 7-14 juin 1903 (Castanié était le secrétaire du Syndicat des conducteurs, pointeurs, margeurs et minervistes de la Seine) – Il ne s’agit pas ici de la salle Labrouste, la fameuse « Salle de travail », mais de la « Salle publique de lecture » – la salle B – théoriquement ouverte à tous (d’après Eve Netchine et Edmée Strauch, « La salle B ou 70 ans de lecture publique à la Bibliothèque nationale », in Blasselle et Portes dir., Mélanges autour de l’histoire des livres imprimés et périodiques, Paris, BnF, 1998, p. 242-265).

95 Pierre Du Maroussem, La question ouvrière, t. 1 : Charpentiers de Paris, Paris, Arthur Rousseau, 1891, p. 96.

96 Léon et Maurice Bonneff, La classe ouvrière. Paris, Publications de La Guerre Sociale, s.d. [1911], p. 66-67.

97 Robert Debré, L’honneur de vivre Témoignage. Paris, Stock et Hermann, 1974, p. 59. Mais voilà qui n’était sans doute pas très courant… « Aucun ouvrier ne venait sans cravate aux conférences », affirme Pierre Hamp qui fut résidant à l’Université populaire de Belleville en 1899 (Pierre Hamp, Il faut que vous naissiez de nouveau, Paris, Gallimard, 1935, p. 54).

98 Auguste Brepson, Un gosse, Paris, Rieder, 1928, p. 227.

99 Louis Grandidier, « L’organisation du chômage », in La Bataille syndicaliste, 15 février 1914.

100 « Une fête inoubliable », in La Bataille syndicaliste, 25 août 1912. Il s’agissait de la fête de La Bataille syndicaliste du 24 août 1912, au Cirque de Paris.

101 Voir aux Archives de la préfecture de Police les cartons BA 1401 et BA 1402.

102 Dans un meeting du Syndicat du bâtiment, salle Wagram, devant 3 500 personnes (in AN, F7 13566, rapport de police du 17 février 1912).

Illustrations

En-tête du 27 février 1871 du journal Le cri du peuple.

En-tête du 27 février 1871 du journal Le cri du peuple.

Ce célèbre article de Jules Vallès, « Le Parlement en blouse », est consacré au 6 de la place de la Corderie-du-Temple, où, à un troisième étage, l’Internationale et la Fédération des Chambres syndicales ouvrières avaient établi leur siège. Vallès écrit : « C’est la Révolution qui est assise sur les bancs, debout contre ces murs, accoudée à cette tribune ! La Révolution en habit d’ouvrier ! […] Saluez ! voilà le nouveau Parlement ! »

Le cri du peuple, 27 février 1871.

Le maçon.

Le maçon.

Extrait de : Émile de La Bédollierre, Les industriels, métiers et professions en France, avec cent dessins par Henry Monnier, Paris, Veuve Louis Janet, 1842, 231 p. On lit dans le chapitre consacré au maçon : « Sortez de très bonne heure, à six heures en été, à huit heures en hiver, dirigez-vous vers une maison en construction, et Dieu merci, ce spectacle n’est pas rare à Paris, vous verrez arriver de tous côtés un régiment d’ouvriers, dont voici le signalement : blouse bleue ou blanche pour les uns ; veste de grosse toile pour les autres ; poche gonflée d’un paquet de tabac, d’une pipe ordinairement en terre savamment culottée, enfin, d’un mouchoir de coton à carreaux rouges ; pantalon de toile ou de cotonnade bleue ; énormes et solides souliers où même la modeste chaussette n’est point admise. Le costume est complété par une casquette d’étoffe de drap, ou un chapeau qu’on soupçonne plutôt qu’on ne le reconnaît, sous le mouchetage qu’y ont laissé le plâtre délayé et la boue jaunâtre que produit le sciage de la pierre. Cette coiffure est déformée d’ailleurs par les coups de poing de l’amitié et de la colère ».

Dessin d’Henry Monnier (gravure de Chevauchet).

L’ouvrier typographe.

L’ouvrier typographe.

Gravure extraite du livre de Théotiste Lefevre, Guide pratique du compositeur d’imprimerie, Paris, Firmin Didot, 1872-1873, t. 1, p. 3. (1ère édition en 1855).

Première page de L’Ouvrier en meuble du 1er mai 1912. Organe de la Fédération nationale de l’ameublement.

Première page de L’Ouvrier en meuble du 1er mai 1912. Organe de la Fédération nationale de l’ameublement.

Dessin de Paul Poncet.

Affiche électorale de 1912 reproduite dans L’Humanité du 3 mai 1912.

Affiche électorale de 1912 reproduite dans L’Humanité du 3 mai 1912.

L’affiche dénonçait l’injustice des élections municipales à Paris où chaque quartier avait droit à un siège au Conseil municipal, quelle que soit sa population. Et pourtant le bourgeois ventru ne faisait pas le poids devant le charpentier à largeot… On peut trouver des dessins de même inspiration dans L’Humanité du 21 février 1914, La Bataille syndicaliste des 9 et mai 1911, ou encore dans les brochures de propagande syndicale.

L’Humanité, 3 mai 1912.

« La population ouvrière n’écoute point les mauvais conseils »

« La population ouvrière n’écoute point les mauvais conseils »

Peu après l’enterrement de Victor Noir, l’arrestation du député Henri Rochefort le 7 février 1870, salle de la Marseillaise, rue de Flandre, à La Villette, provoqua trois jours d’émeute à Paris, avec notamment des débuts de barricades. De nombreuses arrestations, pour cris séditieux ou attroupement illégal, furent opérées, suivies de condamnations. Les manifestants, des ouvriers sans chefs déclarés, avaient appelé la population des faubourgs à les suivre dans l’espoir d’enflammer Paris pour renverser l’Empire. La scène ci-dessus est censée représenter une tentative d’embauchage. Un émeutier en blouse, accompagné de sa réplique en gamin, exhorte un paisible travailleur à descendre dans la rue pour se battre contre l’Empire. Manifestement, ce sera peine perdue. L’interprétation de l’image est délicate. Faut-il voir dans l’accoutrement des intrus et la tenue du père de famille la recherche d’un contraste entre la blouse et l’habit, à supposer que le vêtement déposé sur la chaise était bien un manteau ou une redingote, et non une blouse… ? Autrement dit, la blouse, c’est l’émeute et l’habit, c’est l’ordre. Un ouvrier bien mis est un ouvrier qui pense bien. Seulement l’image évoque autre chose, inscrite dans l’instant. Lors des émeutes précédentes en mai-juin 1869 et au cours de celles de février (comme encore en juin suivant, où la rue parisienne fut de nouveau agitée) il fut dit et redit par l’opposition républicaine modérée que tous ces troubles étaient en fait provoqués par des agents de police déguisés en ouvriers, les « blouses blanches », blanches pour donner aux provocateurs l’allure d’ouvriers du bâtiment, ou blanches parce que n’ayant jamais été portées. Trop propres pour être honnêtes. La mémoire des « blouses blanches » de l’Empire sera d’ailleurs très vivace, il y est encore fait allusion dans les années 1900, preuve que l’accusation porta. Dès lors les lecteurs du Monde illustré ne pouvaient pas ne pas penser que les rodeurs de barricade croqués là étaient en fait des agents de la police. Le journal ne le dit pas, et il cite même à l’appui de l’image un violent article d’Amédée Achard paru dans le très officiel Moniteur universel qui traitait les manifestants de vauriens et de lâches ! Mais l’ambiguïté demeure. En tout cas, blanche ou pas, la blouse n’avait pas bonne presse. Voir les dossiers de grâce de quelques-uns des émeutiers de février 1870 (Archives nationales, BB 24 722) et A. Dalotel, A. Faure, J.-C. Freiermuth, Aux origines de la Commune : le mouvement des réunions publiques à Paris, 1868-1870, Paris, F. Maspero, 1980, p. 348-354.

Gravure publiée dans Le Monde illustré, 19 février 1870, p. 209-210.

Carte-photo envoyée en 1906 et représentant les ouvriers d’un chantier rue de Saussure (17e arrondissement).

Carte-photo envoyée en 1906 et représentant les ouvriers d’un chantier rue de Saussure (17e arrondissement).

Collection AF

Carte-photo sans date représentant les ouvriers d’un chantier de travaux de publics avenue de La Bourdonnais (7e arrondissement).

Carte-photo sans date représentant les ouvriers d’un chantier de travaux de publics avenue de La Bourdonnais (7e arrondissement).

Collection AF

Carte-photo sans date représentant les ouvriers d’un chantier de terrassement à Paris, peut-être dans le 17e arrondissement.

Carte-photo sans date représentant les ouvriers d’un chantier de terrassement à Paris, peut-être dans le 17e arrondissement.

Collection AF

Carte-photo, expédiée en 1907, représentant un groupe d’ouvriers, et peut-être de voisins, rassemblés devant un atelier de mécanicien à Paris. L’homme au mégot, à l'extrême droite, pourrait très bien être un ouvrier du bâtiment venu là en camarade.

Carte-photo, expédiée en 1907, représentant un groupe d’ouvriers, et peut-être de voisins, rassemblés devant un atelier de mécanicien à Paris. L’homme au mégot, à l'extrême droite, pourrait très bien être un ouvrier du bâtiment venu là en camarade.

Collection AF

Cette carte-photo de la « rentrée » d’un groupe d’ouvriers à l’usine Clément Bayard, une grande usine d’automobiles de Levallois-Perret, est datée du 15 mars 1906.

Cette carte-photo de la « rentrée » d’un groupe d’ouvriers à l’usine Clément Bayard, une grande usine d’automobiles de Levallois-Perret, est datée du 15 mars 1906.

Collection AF

Carte-photo non datée représentant le personnel d’un atelier de bijouterie du 3e arrondissement, l’APRA, posant devant l’entrée de l’immeuble. Le gamin au centre est fort probablement un apprenti.

Carte-photo non datée représentant le personnel d’un atelier de bijouterie du 3e arrondissement, l’APRA, posant devant l’entrée de l’immeuble. Le gamin au centre est fort probablement un apprenti.

Collection AF

Carte postale non datée montrant la sortie de l’usine d’automobiles Panhard Levassor avenue d’Ivry dans le 13e arrondissement.

Carte postale non datée montrant la sortie de l’usine d’automobiles Panhard Levassor avenue d’Ivry dans le 13e arrondissement.

Collection AF

La foule des ouvriers et ouvrières de la compagnie des Lampes à Ivry posant lors de la sortie. La carte postale porte la date manuscrite du 15 mars 1907.

La foule des ouvriers et ouvrières de la compagnie des Lampes à Ivry posant lors de la sortie. La carte postale porte la date manuscrite du 15 mars 1907.

Collection AF

Détail de la sortie des ouvriers de l’usine d’automobiles De Dion Bouton à Puteaux. La carte porte un cachet postal de 1911.

Détail de la sortie des ouvriers de l’usine d’automobiles De Dion Bouton à Puteaux. La carte porte un cachet postal de 1911.

Collection AF

Cette carte postale, intitulée « Rentrée du Personnel – Raffinerie Say » (13e arrondissement) représente plus probablement des ouvriers de l’usine en tenue de travail se reposant sur le boulevard de la Gare, devant l’établissement, au moment du déjeuner La carte est datée du 19 octobre 1906, jour des 27 ans de son auteur.

Cette carte postale, intitulée « Rentrée du Personnel – Raffinerie Say » (13e arrondissement) représente plus probablement des ouvriers de l’usine en tenue de travail se reposant sur le boulevard de la Gare, devant l’établissement, au moment du déjeuner La carte est datée du 19 octobre 1906, jour des 27 ans de son auteur.

Collection AF

« Le bon gréviste ».

« Le bon gréviste ».

Cette photographie, parfois reproduite dans des ouvrages militants, a été publiée dans l’Illustration du 29 mai 1909 (p. 377), avec pour titre « le bon gréviste ». Le journal affirme qu’elle a été prise à la sortie d’un meeting d’ouvriers du bâtiment tenu au Tivoli Vauxhall, une grande salle de réunion de la rue de la Douane. Cette arrestation n’a rien d’improbable : les années 1908 et 1909 furent des années de grèves tournantes dans les chantiers de travaux publics parisiens, tout particulièrement au métro, à l’origine de heurts avec les jaunes et la police. Est-ce la perspective d’une victoire ou la simple joie de vivre qui faisait jubiler ce terrassier en grand tenue, repoussant les pandores accrochés à sa veste ?

L’Illustration, 29 mai 1909.

References

Electronic reference

Alain Faure, « La blouse ouvrière au XIXe siècle », Modes pratiques [Online], 1 | 2015, Online since 07 mars 2022, connection on 29 mai 2022. URL : https://devisu.inha.fr/modespratiques/105

Author

Alain Faure

IDHES (Université de Paris Ouest Nanterre La Défense)