Toute ma vie j’ai rêvé…

Les uniformes du personnel navigant, entre normes et pratiques, racontés par ceux qui les portent

Outline

Editor's notes

Dans son édition papier, cet article est accompagné d'illustrations de Thomas Hayman. Ces denrières sont visibles dans le PDF associé à l'article.

Text

Entre deux vols, ces hôtesses, stewards et chefs de cabine ont pris le temps de se poser pour répondre à nos questions sur leur uniforme et le rapport qu’ils entretiennent avec.

Recrutement

Caroline : Pour le recrutement et pour la photo de mon dossier de candidature j’étais habillée en tailleur jupe bleu marine, pour essayer de me conformer un peu au style d’habillement attendu par Air France.

Fanny : J’étais allée aux Dames de France, j’avais 21 ans, et ma mère m’avait accompagnée. Elle m’avait offert un manteau blanc un peu court, une jupe bleu marine, un chemisier satiné et une veste pied de poule. J’avais aussi acheté des chaussures en faux cuir avec lesquelles je n’arrivais pas à marcher. Résultat, j’ai échoué à ma première sélection Air France, non pas à cause des chaussures, je me souviens que j’étais complètement terrorisée par l’enjeu et puis surtout je devais avoir un air sacrément godiche.

Armelle : Pour le casting ? Je portais un chemisier blanc, j’avais une veste et une jupe bleu marine, j’avais essayé de trouver quelque chose qui se rapproche de l’uniforme de l’époque, et j’avais acheté aussi une sorte de lavallière. Mes cheveux étaient coiffés au carré et je portais des collants bleu marine et des escarpins […] Bref j’étais miss Blue !

Sylvain : Si je me souviens bien je portais ce jour une veste de Fursac en tweed gris, un pantalon en flanelle anthracite et une chemise claire avec une cravate bleue et noire que je crois encore posséder.

Sébastien : Costume et cravate bleu marine et chemise blanche dans le style uniforme pour tenter de faire imaginer à mon futur employeur l’image que je pouvais renvoyer. Une seule fille dans mon groupe de sélection avait dérogé à cette « règle » en portant une robe à fleurs et des petites ballerines, elle n’a pas terminé la journée.

Déborah : Au moment du recrutement, ma tenue vestimentaire était composée d’un tailleur jupe gris chiné, avec un chemisier blanc. Chignon simple, chaussures noires et collants couleur chair. À part le chignon, rien ne faisait allusion à un uniforme, mais en y repensant…

Uniforme symbole

C. Je suis rentrée à Air France un peu par hasard, je n’avais jamais envisagé ou pensé devenir hôtesse de l’air et le port de l’uniforme n’est pas quelque chose qui a motivé mon choix de carrière. Ce n’était pas un fantasme !

F. L’uniforme, le maintien, le maquillage, l’allure… J’ai été élevée à la campagne au sein d’une famille disons traditionnelle et bourgeoise et rien de tout cela ne faisait partie de mon quotidien, si bien que les hôtesses de l’air me faisaient rêver ! Je me souviens surtout d’un film avec Michèle Morgan et Jean Marais qui m’avait beaucoup marquée. Quel était le titre déjà ?… Les Ailes du désir ? Non ce n’est pas ça… Aux yeux du souvenir, voilà ! Et figurez-vous que c’est un film qui avait été réalisé exprès pour donner envie aux jeunes filles de bonne famille de devenir hôtesse de l’air. Jean Marais jouait le rôle du pilote, Michèle Morgan était l’hôtesse et tous les deux se retrouvaient sur un vol après avoir été amants quelques années auparavant. Il y avait matière à faire rêver la jeune fille sage que j’étais.

A. J’ai toujours été attirée par le métier d’hôtesse de l’air et par le port de l’uniforme. Je trouve que c’est très chic, très joli et puis ça permet surtout de s’habiller vite le matin, d’éviter de savoir ce que l’on va se mettre et de se creuser la tête.

S. Le port d’un uniforme n’a pas été un élément déclencheur dans mon choix de carrière, en revanche il est un symbole de cette profession, reconnaissable d’un coup d’œil dans tous les aéroports du monde. C’est une promesse faite au client.

Sy. Je n’ai jamais nourri un quelconque fantasme sur l’attrait de l’uniforme même si je mets un point d’honneur à le porter le plus correctement possible. Je n’y vois pas d’attrait particulier, mais serais assez mécontent de devoir porter un petit gilet à rayures rouges comme chez Austrian, un pull col en V vert petit pois comme Transavia, voire cette sorte de sweat-shirt orange qu’arborent les personnels de « Jet Facile ». Il n’est jamais désagréable de se sentir à la fois à l’aise et élégant.

Question de taille

C. Nos uniformes ne sont pas fait sur mesure. Quand on change de taille, de retour de maternité ou autre, on peut panacher les tailles et les catégories, par exemple un 34 court ou moyen, large ou long suivant les pièces, avec un 36 ou 38 pour d’autres pièces. Pour certaines pièces d’uniforme, comme la robe bleu marine, je me rends chez un couturier pour un ajustement d’une demi-taille. C’est une démarche personnelle.

F. J’ai finalement intégré Air France en 1991, après 3 ans dans une autre compagnie, j’avais 29 ans et j’étais enchantée. Nous étions convoqués au service habillement pour des essais et j’ai reçu ma première dotation, je m’en souviens encore ! Tout m’allait à la perfection. Je n’ai jamais fait retoucher mon uniforme.

A. En 1996, c’était encore la robe « Frégate » de Carven avec le col blanc. J’ai pris du 38 standard. Je n’ai jamais eu besoin de retouches, du haut de mes 1m75 je porte fièrement ma taille hôtesse de l’air !

. Les tailles sont standard. Comme je suis grand, je fais rallonger la longueur de mes pantalons et les manches de mes vestes de quelques centimètres. Certains d’entre nous font retoucher leurs uniformes (certaines destinations « couture » peuvent le faciliter, l’Inde ou la Thaïlande par exemple) afin qu’ils soient plus ajustés, plus cintrés.

Formation

C. Quand je suis rentrée on a eu une matinée axée sur le maquillage et la coiffure qui sont des éléments indissociables du port de l’uniforme puisque l’on doit garder une certaine tenue, une certaine netteté. « Respectez-vous quand vous portez votre uniforme » nous disait-on en stage commercial. Je me souviens que c’était dans le quartier de l’Étoile chez une maquilleuse-coiffeuse qui nous a enseigné les rudiments, les règles. Tout cela avait un petit côté Miss France vieille école, mais c’était plutôt drôle. Par la suite, on se conforme à un fascicule qui comprend toutes les règles du port de l’uniforme, on l’adapte plus ou moins…

A. De mémoire, on nous parlait des règles du port de l’uniforme lors du stage d’entrée dans la compagnie qui durait cinq semaines. J’ai eu droit à une journée chez Lancôme, il faut croire qu’à l’époque nous avions les moyens !

Sy. En ce qui me concerne je ne me souviens pas avoir reçu de consignes particulières, au moins à titre personnel. Un copain de stage m’a néanmoins montré comment faire un double nœud de cravate dans les toilettes de la Cité Air France, et rien d’autre, je vous l’assure.

D. Notre formation de cinq semaines incluait les règles de port de l’uniforme et chaque matin nous étions passés en revue et détaillés.

Des règles…

C. Nos règles sont assez strictes, on représente la compagnie pour laquelle on travaille, une compagnie historique du transport aérien. Pas de tatouage apparent ni de piercing, cela va sans dire. Porter l’uniforme devient très vite naturel, c’est l’ADN du métier de navigant, c’est notre image.

A. Avant c’était hyper strict, pas un cheveu ne devait dépasser, pas de place pour des breloques et tout ce qui ne collait pas avec l’image dite « Air France ». Aujourd’hui c’est plus ou moins les mêmes règles qui se présentent sous forme d’un petit livret, cela va du port de lunettes aux règles sur les bijoux, bracelets, boucles d’oreille, à la coiffure et à la couleur du vernis à ongle, normalement obligatoire, etc.

Sy. Effectivement il existe un joli référentiel fourni avec la dernière version de notre panoplie qui date maintenant d’une dizaine d’années. Mais je dois vous avouer ma relative incompétence en la matière. La version homme ne prête guère à confusion. Il y a bien des règles, du style veste courte sur pantalon, que j’ignore très largement… La version fille permet plus cocktails.

. Les règles suivent parfois l’air du temps, si bien que désormais on peut porter la barbe. Maintenant, un uniforme doit rester un uniforme pour pouvoir être identifié comme tel. Ce qui signifie qu’il doit être porté selon des principes définis. Pour moi l’uniforme est avant tout un produit marketing au même titre que l’harmonie couleur de la cabine ou la vaisselle du plateau, ni plus ni moins.

… et des pratiques

C. Je m’accorde il est vrai quelques toutes petites libertés. Vous m’enregistrez là ?! Je ne raccourcis pas mes jupes à mi-cuisses, par contre, quand je porte le chemisier bleu ciel, alors qu’il est bien notifié qu’il doit être boutonné jusqu’en haut, je laisse le premier bouton ouvert, voilà j’avoue, c’est mon côté rebelle ! Non, en fait c’est juste une question de confort, il me serre. Les petits bracelets en tissus ne sont pas autorisés et j’en porte toujours un ou deux… mais je jure que je ne mâche pas de chewing-gum quand je porte mon uniforme. Au niveau de la coiffure, du maquillage, je me conforme aux règles. Je porte le chignon banane depuis que j’ai les cheveux longs.

F. Les équipages d’Air France renvoient une belle image. Certes des fois on peut observer des dérives ou des manquements, et en tant que CCP (chef de cabine principale) je me dois de les relever et de les corriger. Mais je ne fais pas ma mère supérieure à mesurer la grosseur du cadran de la montre ou à pester contre une monture de lunette originale. Si l’ensemble est harmonieux et si la personne s’implique dans son travail, ça me va.

Sy. Il n’y a guère de libertés possibles compte tenu de la sobriété et du petit nombre de pièces disponibles. Je ne fais pas partie du club de ceux qui font cintrer leur chemise à Bangkok, ni de ceux qui partent en vol avec un vêtement type manteau ou parka personnels qu’ils utiliseront pendant l’escale, alors que manteau ou parka d’uniforme sont obligatoires. De même qu’il est interdit de faire ses courses en « habit de lumière » de retour de vol – j’avoue il m’est bien arrivé d’aller acheter une salade en rentrant de vol avant que le magasin ne ferme et que la fatigue ne me jette à terre – il est interdit de porter des pièces de notre uniforme mixées avec des pièces civiles.

. Les libertés que je me permets sont, de temps en temps, le port d’un accessoire non conforme (genre bracelet lien en tissu ou cuir) et le port d’un bonnet, mais rouge et idéalement assorti à la ceinture de la robe des hôtesses ! Par temps froid, ma coupe de 3mm ne protège pas suffisamment mon crâne des rigueurs hivernales, et puis aucun bonnet n’est prévu dans l’uniforme masculin.

Choisir

F. On porte les pièces d’uniforme que l’on veut pour partir en vol. À ce sujet, depuis notre dernier uniforme, nous n’avons plus de robe rouge comme auparavant car il est avéré qu’en cas d’évacuation ou d’accident les passagers ont tendance à suivre le personnel de cabine habillé en rouge plutôt qu’en bleu.

A. On a plusieurs pièces et on ne se concerte pas. Pour nous les femmes le choix est grand : vestes courtes ou longues, tailleurs d’été ou d’hiver, les petits hauts avec ou sans col, le tee-shirt col rond ou col cheminée, et bien entendu la robe et le pantalon. Le choix dépend de la destination et de la météo, question de bon sens. Pour les garçons le choix est plus simple : chemises manches longues ou courtes, vestes droites ou croisées et pantalon à pince ou coupe italienne, question de morphologie. Ils ont aussi un gilet avec ou sans manche, et les règles sont complexes : il est interdit d’enlever sa veste si on porte la chemise à manches longues, même chose avec le gilet. En cabine Business et La Première le port de la veste est obligatoire – plus une cravate rouge et un foulard de la même couleur pour l’hôtesse ou le steward de cette cabine, alors que partout ailleurs c’est le bleu qui est de rigueur – et pour la classe économique le fait de porter la veste est à la main du chef de cabine.

Sy. Les filles les plus élégantes prennent parfois une autre tenue pour le retour et peuvent donc panacher ensemble tailleur pantalon bleu marine à l’aller et robe bleu ciel au retour. Quel chic !

D. Chaque membre d’équipage choisit l’uniforme qui lui convient le mieux pour sa mission. Selon les us et coutumes du pays de destination je me glisse soit dans une robe, soit dans un pantalon plus une veste longue qui cachera avec élégance mes attributs féminins. Il faut savoir s’adapter, et notre uniforme nous y aide bien.

Premier uniforme

C. Lorsque je suis rentrée dans la compagnie en 2001, j’ai eu droit à un uniforme un peu vieillot car il n’avait pas été changé depuis un certain temps. Nous n’avions vraiment qu’une seule pièce valable que nous portions tout le temps, la fameuse robe d’été, elle existait en 3 couleurs : bleu marine, ciel ou rouge. Les autres pièces comme par exemple la robe « Frégate » n’était pas confortable, avec son col blanc et ses poignets changeables, je me souviens qu’on avait du mal à se mouvoir dedans alors que notre uniforme actuel est nettement plus confortable et adapté à notre travail à bord.

F. En 1991 c’était très classique. Je n’ai pas oublié cette jupe à double fente sur le devant, la fameuse lavallière très Pompadour, et ce chemisier que j’adorais porter, en coton super fin, ma grand-mère m’avait dit « oh c’est un coton magnifique ! » Il y avait aussi une veste d’hiver relativement courte avec poches apparentes et bien entendu les fameuses robes d’été de Louis Féraud qui étaient en faux lin et qui se froissaient dès qu’on s’asseyait. Nous n’osions pas trop bouger, un comble pour une hôtesse. Les couleurs faisaient penser à des dragées : un bleu pâle, un rose poudré et un beige ivoire. On pouvait les porter col ouvert avec un collier de perles par exemple, ou col fermé avec la lavallière bayadère qui rajoutait une dose de chic à tout cela. Nous ressemblions à des bonbons ! Je me souviens que la chef hôtesse qui était en charge de l’habillement nous avait dit que c’était un « froissé élégant », il fallait oser.

A. Mon premier uniforme c’était celui d’Air Liberté en 1994. C’était un très bel uniforme, je suis arrivée au moment où l’uniforme changeait, il passait d’un vert genre un peu tortue Ninja à un beau bleu, avec une veste qui avait un col en velours et des boutons dorés. Il était signé Balmain, j’adorais cet uniforme, il y avait un petit bibi bleu marine en feutre qui faisait très hôtesse de l’air. Et on avait aussi des hauts très jolis avec des petits pois vraiment très agréables à porter. Lorsque j’ai intégré Air France, ma pièce principale était un tailleur dit « bleu Nattier » signé Nina Ricci, c’était un autre monde.

. Mon premier uniforme de navigant était celui de l’Armée de l’air et je le portais fièrement !

D. Mon souvenir du premier uniforme… Une énorme fierté de porter les couleurs de la compagnie nationale.

Accessoires

C. En ce qui concerne les bijoux, la montre est obligatoire par contre elle ne doit pas être fantaisie ; pour les bagues, pas plus de deux par main et en théorie jamais au même doigt. Pas de symbole religieux apparent. Boucle d’oreille type clou, une seule par lobe. Sinon on doit utiliser obligatoirement notre sac à main d’uniforme pendant une rotation en plus de nos bagages – valises bleues, noires, grises ou parfois rouges, dans la gamme des couleurs d’Air France.

F. Les règles exactes pour les bijoux ? Rien de bling bling et pas six bagues par main, même si on a eu la chance de faire un beau mariage.

Le sac à main est obligatoire dans les règles de port de l’uniforme, mais tout le monde ne le porte pas. Certaines s’arrangent pour le dissimuler dans un pliage Longchamp, d'autres ne le prennent pas du tout, prétextant qu’il est détérioré et qu’elles attendent la nouvelle dotation. Il faut avouer qu’il n’est ni très pratique ni très beau…

Sy. J’ai récemment demandé à une hôtesse d’ôter un bracelet vraiment voyant et qui plus est affreusement laid. J’ai argumenté mais j’ai quand même eu du mal. « Je vole avec depuis longtemps, mon instructeur ne m’a jamais rien dit, tu es le premier à le remarquer… etc. ». L’objet du délit et de mon mécontentement avait finalement disparu sur le vol retour.

. Pour les bijoux homme : une bague par main (sauf pouce et index), une montre, une gourmette fine (qui dit encore « gourmette » aujourd’hui ?!), et pas de bracelet en tissus, cuir, bois… La panoplie estivale retour de Rio ou Californian surfer est à proscrire donc !

Coiffure

C. Pour la coiffure c’est strict : chignon impeccable, sous quelque forme qu’il puisse être, mais pas comme chez Singapore Airlines où il ne doit pas faire plus de 6cm de diamètre. Natte parfaite mais sans élastique au départ de la tresse, c’est écrit ! À part les invisibles, toutes les barrettes sont interdites, et les filets à chignon, si on en porte, doivent être bleu marine et sans chouchou comme on le voit parfois… La queue de cheval est interdite ce qui est loin d’être le cas dans d’autres compagnies. Les cheveux lâchés également, ce qui est normal, on fait un métier de service et on respecte des règles d’hygiène strictes.

A. La coiffure a un peu évolué, au début c’était chignon strict ou carré qui ne devait toucher ni les épaules ni le col de la veste, le fameux carré Air France, pas celui d’Hermès ! Aujourd’hui, on a droit à la natte et le carré peut être un peu plus long. En ce moment mon carré est un peu long, vous en pensez quoi ?

. Si vous rêvez de garder vos cheveux longs passez votre chemin, chez Air France pour les garçons c’est coupe courte et la longueur des pattes ne doit pas dépasser la moitié de l’oreille !

Préférence

C. En ce qui concerne l’image de l’hôtesse de l’air, il est clair que les précédents uniformes d’Air France étaient plus emblématiques, peut-être parce que l’époque l’était aussi, le transport aérien était encore quelque chose de nouveau dans les années 1960 et l’hôtesse (qui en ces temps-là était habillée par Dior !), avait une place à part dans cet imaginaire, elle était donc sans doute plus regardée qu’aujourd’hui. Je pense que notre uniforme actuel correspond à l’époque dans laquelle nous vivons, il est moderne et pratique, il va à tout le monde, à chaque morphologie et c’est sans doute moins discriminatoire que les fameuses robes des années 1970 signées Courrèges, ou moins « dadame » que le tailleur signé Louis Féraud, ou que le tailleur « Dauphin » signé Carven avec son énorme lavallière à la fin des années 1980. Aujourd’hui ma pièce favorite est la robe d’été Christian Lacroix avec la ceinture nouée rouge même si je la porte moins souvent que le pantalon, question de facilité, car sur moyen-courrier on vole énormément.

A. Moi j’aimais vraiment bien la robe « Frégate » de Carven, avec le col blanc satiné et les rebords de manches identiques, et la lavallière évidemment. C’était vraiment l’incarnation même de l’hôtesse, c’était très chic, ce blanc et bleu, le satin, ce côté nacré… C’est ma pièce préférée.

Sy. J’aime assez ce que Christian Lacroix nous a dessiné, même s’il ne pardonne rien – l’uniforme pas Christian – dès que l’on fait un peu attention à son allure. Les poches italiennes sur un quinquagénaire qui aime le vin, la bière et les hamburgers peuvent être redoutables.

Dans l’idéal

C. Vous l’aurez compris, pour moi l’uniforme idéal c’est le tailleur jupe ou la robe. Dans le recrutement il était spécifié que nous devions avoir une silhouette harmonieuse, ce qui est assez discriminatoire, et puis il faut avouer que nous sommes une compagnie où le personnel navigant est assez vieillissant puisqu’il n’y a pas eu de recrutement externe depuis pratiquement 10 ans. Notre moyenne d’âge est de 43 ans, donc avec l’âge on évolue et on change. L’uniforme actuel permet de s’adapter à ces changements tant les variations sont possibles et les pièces nombreuses.

F. L’uniforme idéal… Existe-t-il vraiment ? Dans l’idéal tout est parfait. Dans la réalité travailler à 10 000m dans une cabine pressurisée, avec des horaires décalés et des clients qui perdent parfois leur bienveillance, ce n’est pas toujours facile. Je ne sais pas si je verrai une suite à notre uniforme actuel, mon départ à la retraite se rapprochant, mais je suis curieuse de voir ce qui sortira du chapeau.

A. L’uniforme actuel fait par Christian Lacroix est bien. La robe bleue avec la ceinture nouée rouge est très belle, très élégante. Le port de la veste longue et du pantalon s’est un peu généralisé. C’est dommage… Il nous manque peut-être un petit chapeau, même si ce n’est pas toujours très pratique en fonction des coiffures. Pour en avoir porté un à Air Liberté, je trouve que le bibi met une touche finale à l’uniforme.

Sy. Un uniforme peut-il être idéal ? Ce devrait être quelque chose qui se tient bien, à la fois dans le temps et sur le corps, qui reste confortable et agréable à porter car on sous-estime toujours l’aspect pratique et physique du travail à bord : charger 150 cassolettes plié en deux à 2h du matin à l’arrière d’un Airbus, ou se contorsionner pour atteindre le client assis côté hublot et qui ne nous entend pas avec le son de son casque à fond. Je ne sais pas vraiment ce que j’aimerais, mais je croise parfois des horreurs : du bleu canard (KLM), du vert gazon (Transavia), du rouge cerise (Austrian), du jaune curry (Jet Airways)…

D. J’adorerais que Karl Lagerfeld se penche sur notre cas !

Dans nos yeux

C. Notre uniforme est assez classique, il ne se démarque pas, contrairement à celui porté par Austrian Airlines qui est rouge de la tête au pied. Par contre il est élégant et bien taillé, même si entre les dotations – nous avons un système de points qui nous permet de passer une fois par an une commande – des différences peuvent arriver suivant l’endroit où les pièces sont taillées et assemblées… Je ne saurais vous dire où il est fabriqué, ce n’est pas indiqué sur les étiquettes, mais il n’est pas made in France, même si le créateur lui est français, Christian Lacroix. Il n’est pas signé non plus, on a toujours dit plein de choses à ce sujet, si bien que je ne sais pas quoi en penser…

F. Notre uniforme, même s’il commence à vieillir, reste dans le top 5 des plus beaux uniformes de navigants. Mais c’est vrai qu’il n’est pas très reconnaissable, le bleu marine domine, d’ailleurs au début les mauvaises langues nous appelaient les corbeaux. De toute façon aujourd’hui certains clients ne savent même pas sur quelle compagnie ils voyagent, alors de là à identifier un uniforme… Un jour un passager m’a demandé si je travaillais au sol après le vol, et si je volais sur les compagnies américaines. Voyez un peu !

A. C’est avant tout un plaisir de le porter. Un uniforme ça représente déjà 50% de l’image d’une compagnie, non ? Je me souviens lorsque l’on a changé d’uniforme en 2005, les passagers nous félicitaient à bord, c’était un peu un défilé de mode dans nos avions, on avait même une annonce commerciale à faire pour présenter le nouvel uniforme. Et bien entendu c’est aussi un outil de travail et de reconnaissance, un élément marketing à part entière.

. Notre uniforme est sobre et élégant. Il signe l’identité visuelle de la compagnie et nous sommes les supports de son image à travers le monde, c’est donc un plaisir de le porter. Outre cette image, l’uniforme est également un outil qui selon les circonstances pourrait être nommé : costume de scène, bouclier ou armure dans certains conflits, et très exceptionnellement… tenue de combat.

D. Je porte l’uniforme avec plaisir car je sais qu’il véhicule des valeurs qui sont celles de ma compagnie : une forme d’élégance à la française, une générosité, un gage de qualité… Que ce soit à bord de nos avions, dans les aéroports ou dans les hôtels où nous descendons il ne faut pas oublier que nous sommes toujours en représentation.

Porter l’uniforme

C. Je n’en tire aucune satisfaction particulière ou fierté, c’est ma tenue de travail, je fais de mon mieux pour correspondre à certains critères et respecter les règles. Porter l’uniforme signe notre appartenance à une grande compagnie et si ça peut continuer à en faire rêver certains, tant mieux !

F. Je suis très fière d’appartenir à Air France. J’ai d’ailleurs remarqué que je me tenais différemment quand j’étais en uniforme, je suis plus droite.

A. Je ressens beaucoup de fierté. Quand j’enfile mon uniforme je suis une autre personne. Je rentre dans mon rôle.

Sy. Argument souvent avancé : en cas de problème avec un client mécontent, il faut se dire qu'il en veut à votre uniforme qui représente une partie du produit pour lequel il a payé, et que ce n’est pas une attaque contre votre personne. Ouf, me voilà soulagé !

D. Je porte mon uniforme avec plaisir car j’aime mon métier et je suis heureuse de représenter Air France. Et j’espère pouvoir le rester longtemps.

Et les autres

C. Je ne suis pas très forte au jeu des uniformes. Il fut un temps où la British était reconnaissable entre mille, et pas pour de bonnes raisons… Elles devaient quand même avoir le moral à zéro ces filles de se ridiculiser ainsi ! Elles ressemblaient à de vieilles hôtesses retraitées qui auraient sorti du placard de pièces des années 1940. Aujourd’hui, à part Alitalia avec leur vert typique et super ringard, et Austrian tout rouge – même les collants et c’est super horrible – je ne sais pas trop qui est qui. Je confonds toutes les compagnies du Golfe, et je ne suis pas plus douée avec les équipages asiatiques. Mais je regarde toujours. C’est un véritable jeu de détailler la coiffure et la mise d’une hôtesse ou d’un steward d’une compagnie rivale.

F. C’est vrai qu’entre navigants on se regarde beaucoup. Alors que vous dire… Les américaines ont 70 ans et portent des pantoufles, les espagnoles et les italiennes sont coiffées comme un vendredi, les asiatiques se masquent derrière une attitude lointaine, les hôtesses du Golfe sont fardées comme Shéhérazade et les hollandaises se prennent encore pour des Schtroumpfettes. Notre uniforme signé Chris Cross (Christian Lacroix pour les non-initiés) est nettement mieux coupé et très au-dessus en ce qui concerne l’élégance et l’allure, disons qu’il a un supplément d’âme.

A. Parfois c’est simple car beaucoup de compagnies n’ont pas changé d’uniforme depuis des années comme KLM avec leur horrible bleu Schtroumpf. Alitalia aussi avec ce vert d’un autre âge. Sinon il y a China Eastern qui a quasiment le même uniforme que nous. Leur uniforme a été également dessiné par Christian Lacroix, et on dit que ce serait en représailles contre Air France, car lorsque l’uniforme Lacroix est sorti des ateliers d’Europe de l’Est, ce n’était pas du tout les mêmes tissus, les mêmes matières sur lesquelles avait travaillé Monsieur Lacroix. C’est aussi pour cela qu’il n’a pas signé notre uniforme. On a toujours eu sur nos uniformes antérieurs la mention du créateur : Balmain pour Air France, Carven pour Air France. Et bien avant Dior, Balenciaga, Courrèges… Pour avoir souvent croisé China Eastern à New York, la ressemblance est vraiment flagrante, de dos on dirait les nôtres.

Entretien

C. Nous avons un pressing dans nos locaux, et la possibilité d’une carte pour ceux qui préfèrent utiliser un pressing extérieur. Sur moyen-courrier, avec notre rythme, c’est compliqué de laisser nos uniformes au retour de vol ou de les récupérer en arrivant, on est toujours pressé, on doit être à l’heure au briefing équipage. Je lave donc tout chez moi, à la machine, à part le manteau et l’imperméable que je donne au pressing. Je ne repasse rien pour ne pas lustrer, je fais sécher sur cintre et ils sont impeccables. Pour les taches, un simple pschitt-pschitt, le tissu est globalement facile d’entretien. Et lorsqu’une tache est indélébile, et bien je jette la pièce.

F. Il n’y a pas si longtemps encore je mettais tout en machine et ma femme de ménage se chargeait du repassage. Aujourd’hui on a un pressing dans nos locaux, ce qui n’est pas toujours très heureux : je les récupère des fois plus tachés ou abîmés, les boutons se cassant facilement.

A. Je mets toutes les vestes, robes et pantalons au pressing dans nos locaux. Les chemisiers je les lave en machine. Je prends toujours une pièce d’uniforme pour le vol retour. Sinon j’ai la possibilité, à mes frais bien entendu, de donner à l’hôtel une pièce à nettoyer. En plein vol, si on se fait une tache, on essaye au mieux de la nettoyer avec un oshibori et de l’eau chaude, ou du Perrier, vous ne le saviez sans doute pas mais c’est un détachant dans l’avion.

Les Garder

C. Je pense que nous n’avons pas le droit d’en conserver, quoique… Je ne connais pas bien cette règle. J’ai gardé le fameux uniforme d’été que je portais en rentrant dans la compagnie, même si je ne sais plus trop où il est rangé aujourd’hui. Quand certaines pièces sont un peu usées et que je reçois ma nouvelle dotation annuelle, il m’arrive d’en jeter, je prends juste soin de retirer, comme il nous est demandé, tous les éléments d’identification de la compagnie, c’est une mesure de sûreté : les ailes, les insignes, les parements, les boutons s’ils sont au logo d’Air France, les étiquettes, en gros tout ce qui en fait un uniforme. Je découpe ces pièces au ciseau, donc autant dire qu’après plus rien n’est utilisable. Si je quittais la compagnie demain, je pense que je conserverai une pièce emblématique, la robe par exemple, c’est quand même 15 ans de ma vie.

F. Pour une question de sûreté nous ne pouvons pas conserver d’uniformes, au cas où de vilains terroristes parviennent à les récupérer, s’y glissent dedans et décident de se faire passer pour un équipage. Mais bon… en partant et par nostalgie je garderais mon uniforme.

A. J’aimerais bien en conserver et je crois qu’on peut en garder une pièce ou deux non ? Ce n’est donc pas possible ? Dommage, ça pourrait vite devenir vintage ou collector !

D. J’ai conservé chacune de mes anciennes pièces d’uniforme et j’aimerais en conserver d’autres en quittant la compagnie. J’ai le droit de le faire si je ne les porte pas en civil… Il faudrait que je vérifie cela !

Pour finir

C. J’espère vous recevoir prochainement à bord d’Air France.

F. J’aime Air France, j’aime mon métier, j’aime mon uniforme.

A. J’aimerais bien savoir ce que vous allez faire de tout cela et je suis assez curieuse du résultat. C’était agréable en tout cas de parler avec vous dans ce cadre enchanteur.

. À bientôt sur nos lignes.

Sy. Je suis pressé je pars en vol.

D. En résumé, pour faire ce métier, il vaut mieux ne pas être allergique au bleu marine !

Portfolio

Extraits du manuel du port de l'uniforme : https://pre.edinum.org/modespratiques/114?file=1

Figure 1: Chemise, chemisette, cravate et pince

Image

Source: Manuel du port de l'uniforme, Air France. Collection particulière.

Attachment

Illustrations

Figure 1: Chemise, chemisette, cravate et pince

Figure 1: Chemise, chemisette, cravate et pince

Source: Manuel du port de l'uniforme, Air France. Collection particulière.

References

Electronic reference

Loïc Perramond, « Toute ma vie j’ai rêvé… », Modes pratiques [Online], 1 | 2015, Online since 07 mars 2022, connection on 29 mai 2022. URL : https://devisu.inha.fr/modespratiques/112

Author

Loïc Perramond

Air France