Le véritable bonheur des dames

Les « passions érotiques des étoffes chez la femme » observées par le psychiatre Gatian de Clérambault

DOI : 10.54390/modespratiques.723

p. 192-210

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Illustration d’ouverture

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© Maël Kajdan.

« Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le cœur de la femme, il venait d’imaginer “les rendus”, un chef-d’œuvre de séduction jésuitique. “Prenez toujours, madame : vous nous rendrez l’article, s’il cesse de vous plaire.” Et la femme, qui résistait, trouvait-là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce1. » C’est par ces mots dans la bouche de Mouret qu’Émile Zola en 1883 dans Au Bonheur des Dames dépeint l’avènement du « grand magasin » et de sa clientèle visée, les femmes.

Conçu à partir des années 1860 comme le « palais de la femme », le grand magasin révolutionne le commerce, en vendant à « petit bénéfice » et en multipliant les types d’articles (des vêtements aux parfums). Le Bon Marché est exemplaire de ces établissements2 qui s’installent dans l’espace parisien les dernières décennies du xixe siècle. La cliente circule dans un espace construit autour d’étalages où elle peut voir et toucher les robes et tissus ; la tentation est le maître-mot de ces espaces illuminés et spacieux dont l’attrait est relayé par des publicités sur les murs des villes et dans la presse.

Avec ce nouveau commerce se développe, selon les criminologues de la fin de siècle, une délinquance inédite, le vol et ce qu’on nomme alors la « kleptomanie3 ». C’est Ludger Lunier qui le premier publie sur le sujet dès 1881, suivi par le professeur de médecine légale lyonnais Alexandre Lacassagne et le psychiatre parisien Paul Dubuisson qui consacre aux « Voleuses de grands magasins » une monographie en 19024. La griserie spéciale du grand magasin est ainsi nommée par cet auteur la « magasinite » et c’est chez l’hystérique en particulier que se rencontre ce phénomène maladif de l’obsession. La conclusion à laquelle arrive Dubuisson est que « le vol dans les grands magasins se présente sous un tout autre aspect qu’un vol quelconque. En tout délit il y a d’ordinaire un délinquant coupable et une victime innocente. Mais ici la victime est presque aussi capable que le délinquant. La femme vole, mais c’est le magasin qui la pousse à voler, qui dresse le piège auquel elle succombe. N’y a-t-il pas là une situation nouvelle et qui mérite de fixer l’attention des pouvoirs publics5. » Le grand magasin serait ainsi un piège dont la justice ne ferait qu’enregistrer les victimes qui auraient succombé à sa tentation : le médecin-chef de l’hôpital Saint-Anne décrit plusieurs cas pour caractériser cette voleuse et à propos de l’une de ces femmes, il remarque : « Dès qu’elle pouvait s’échapper de chez elle, elle courait au Louvre et là elle se délectait des heures entières à se sentir à la fois chatouillée dans ses désirs et assez forte pour leur résister. Le jeu cependant était dangereux. De même qu’elle avait passé d’un plaisir des yeux fort innocent à la convoitise, il y avait bien des chances pour qu’elle passât tôt ou tard de la convoitise au vol. C’est ce qui arriva. Elle flirtait ainsi depuis un an avec le grand magasin quand à quelques symptômes elle sentit venir le péril. À partir d’un certain moment, les tentations devinrent si fortes qu’elle était à chaque visite obligée de faire acte sérieux de résistance. Elle dut lutter pour ne pas prendre. Mais cette lutte même ne lui était pas désagréable. Non seulement elle ne la redoutait pas, mais elle y allait comme à une fête. Un jour malheureusement, il arriva qu’une dame déroba un objet sous ses yeux, et ce fut assez pour qu’elle faiblît à la première tentation qui se présenta6. »

Au même moment un autre médecin observe les voleuses des grands magasins7 ; il est alors interne dans le service de Paul Garnier, médecin-chef de l’Infirmerie spéciale près de la préfecture de police de Paris. Son nom est Gaëtan de Clérambault8. Il n’invente pas une nouvelle délinquance mais une nouvelle passion, celle de la soie et du velours.

Carole Dewambrechies-La Sagna indique que Clérambault est né le 2 juillet 1872 à Bourges et il mourra le 17 novembre 1934 dans sa villa de Malakoff9. En 1898, il est admis comme interne des asiles de la Seine. Il a notamment suivi les cours de Philippe Chaslin, Jules Voisin et Jules Dejerine. Son doctorat en 1899 est intitulé Contribution à l’étude de l’othématome (hématomes du pavillon de l’oreille). Devenu interne dans le quartier des femmes à Sainte-Anne, c’est là qu’il croise Paul Dubuisson qui en est le chef. Il suit aussi dans cet hôpital les leçons cliniques de Magnan, puis en mars 1902 Clérambault entre comme interne dans le service de Paul Garnier, médecin-chef de l’Infirmerie spéciale près de la préfecture de police de Paris, un service composé de dix-huit cellules – dont sept pour les femmes. En 1905, Clérambault est nommé médecin-adjoint de l’Infirmerie spéciale des aliénés de la préfecture de police de Paris, sur l’île de la Cité, entre la Conciergerie et la Cour de cassation. Il en est le médecin-chef de 1920 à 1934. Cet observatoire unique, lieu où les séjours sont de courte durée, devient pour le médecin la matière de son travail. Ses deux articles dont on lira ci-après de larges extraits sur « la passion érotique des étoffes chez la femme » en sont le fruit10.

En 1913, il commence son étude du drapé qu’il poursuit au Maroc où il fait partie du premier régiment de marche d’Afrique. Clérambault se voit confier la mission de réorganisation des services de psychiatrie de Fès. Lors de son séjour en 1918-1919, il convainc des femmes marocaines de se rendre chez lui et de poser pour ses photographies. « Il s’agit en fait de saisir la suite des mouvements nécessaires à l’obtention de tel pli, par différence avec un autre. Clérambault parle de la “mécanique des plis” comme de la suite des mouvements nécessaires à ce que l’étoffe se plie de la sorte », note Carole Dewambrechies-La Sagna. En 1923, il est autorisé à donner des cours sur le drapé à l’École des Beaux-Arts à Paris. Il dépose ses clichés, croquis et écrits aux archives du Musée de l’Homme11.

De Lacan, Clérambault qui siège sévèrement dans son jury de thèse, est le « seul maître » comme il le reconnaît en 1966. Et c’est Serge Tisseron qui fait redécouvrir les travaux de ce drôle de psychiatre, à la fois fruit de son temps et extraordinaire et génial, serions-nous tentés d’écrire, observateur des passions contemporaines12.

Reprenant l’hypothèse de Dubuisson, le psychiatre cherche à comprendre auprès de ces femmes quand, comment et pourquoi elles dérobent des morceaux d’étoffe. C’est sans doute pour Serge Tisseron que Clérambault était lui-même partie prenante de ce questionnement, d’une façon certainement trop brûlante, au point d’écrire : « Le contact de l’étoffe avec une surface cutanée quelconque, avec frôlement et sans froissement, suffit à produire un orgasme ».

Richard von Krafft-Ebing que cite Clérambault a été l’un des premiers à documenter ce goût particulier ; il constitue le troisième groupe principal de fétichisme, dont le fétiche n’est ni une partie du corps féminin (par exemple la main, des difformités ou les coupeurs de nattes), ni une partie des vêtements de la femme (le mouchoir, le soulier, le bonnet de nuit), mais une étoffe déterminée, « qui peut par elle-même, en tant que matière, faire naître ou accentuer les sentiments sexuels ». Ces étoffes sont les fourrures, le velours et la soie.

« Il faut supposer que certaines sensations tactiles – (une sorte de chatouillement qui a une parenté éloignée avec les sensations voluptueuses) – sont, chez des individus hyperesthésiques, la cause première de ce genre de fétichisme », écrit Krafft-Ebing13. Mais Clérambault ne cite pas cet autre cas développé dans ce même Psychopathia sexualis, celui d’un homme de trente-sept ans (Observation 90) qui oblige à penser autrement cette pratique. Ce patient déclare : « le contact de ces tissus fétichistes constituent pour moi un moyen, aident puissamment les autres charmes normaux, et me procurent une augmentation du plaisir érotique », avant d’ajouter que la simple vue de ces tissus lui fait un plaisir « bien plus grand encore que l’attouchement14 ».

Clérambault semble pourtant avoir ce même goût de la vue des étoffes et son plaisir à photographier les drapés pourrait en être une manifestation : on estime à plusieurs milliers le nombre de clichés pris par le psychiatre au Maroc. Ce même patient ne rapporte-t-il pas qu’il éprouvait la même émotion à la vue d’une image représentant une femme revêtue de velours. Le psychiatre est peu curieux de l’anatomie : seule l’étoffe l’intéresse, relève Serge Tisseron. À l’image des quatre femmes dont il livre le portrait dans ses deux articles, la relation avec l’étoffe semble prendre la forme d’une passion et d’un orgasme, c’est-à-dire d’un « rapport amoureux complet ». La soie devient un « partenaire cutané » qui remplace l’homme. L’étoffe, et c’est ce qui intéresse ensuite Lacan, n’est pas un partenaire passif, elle caresse à son tour la peau qui s’y frotte, elle « crisse », elle « crie ». Et Serge Tisseron de remarquer : ne dit-on pas du tissu qu’on déchire qu’il exprime des cris de souffrance ? Ici, ce sont des gloussements de plaisir. Ainsi, dans une réciprocité que ces femmes semblent avoir attendue en vain dans leur vie amoureuse, l’étoffe reçoit et rend la caresse, oppose les résistances de son propre caractère aux manipulations qui lui sont imposées, son « soyeux » ou sa « raideur ». Elle fait entendre son « frou-frou » ou son « cri-cri », qui à son tour fait jouir. » Ainsi en était-il de la soie au Bonheur des Dames en ce début de xxe siècle.

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Passion érotique des étoffes chez la femme

Extraits de Gaëtan Gatian de Clérambault, « Passion érotique des étoffes chez la femme (1908) », Archives d’anthropologie criminelle de Médecine légale, t. XXIII, Paris, Éditions Masson et Cie, 1908 et « Passion érotique des étoffes chez la femme (1910) », Archives d’anthropologie criminelle de Médecine légale, t. XXV, Paris, Éditions Masson et Cie, 1910.

Première observation

Le 30 juillet 1906, une femme V. B., quarante ans, détenue à la prison de Fresnes était envoyée à l’Infirmerie spéciale du Dépôt comme présumée aliénée, en raison d’une crise d’agitation violente au cours de laquelle elle avait brisé des objets et menacé avec des ciseaux, diverses personnes. Interrogée, elle nous parut dès le début être une hystérique ; mais calme à ce moment, elle disait ignorer absolument la cause de son envoi à l’Infirmerie, et ne se rappeler notamment, nulle scène violente. […]

Questionnée sur le vol qui l’avait menée à Fresnes, elle nous répondit, non sans résistance, qu’elle avait volé un coupon de soie. Son dossier nous apprenait qu’elle avait été quatre fois condamnée, elle assura n’avoir volé que des coupons de soie. Le rappel de ce passé paraissait lui être pénible ; elle semblait le juger inutile, inopportun, demandait à être ramenée à Fresnes, promettait de rester bien tranquille, se lamentait de ses fautes et pleurait. Elle semblait, en présence de nos questions, n’éprouver d’autre sentiment que celui de la honte, et ne pas savoir que nous pouvions chercher, dans ses vols même, une atténuation de sa culpabilité. Nous apprîmes qu’elle volait par une sorte d’impulsion au cours d’une tentation trop forte, que la soie la charmait particulièrement, que tantôt elle utilisait les coupons volés, tantôt les jetait, et tantôt les donnait, qu’elle était sexuellement frigide, avait eu d’ailleurs un amant, ou des amants et se masturbait ; qu’après le vol elle maniait la soie avec plaisir et il nous sembla bien comprendre qu’en la maniant elle la souillait, évidemment en l’appliquant contre ses parties génitales. Nous nous abstînmes de lui demander quel genre précis de satisfaction elle recherchait lors de ses vols et s’il y avait angoisse ou lutte. […]

Le lendemain, les mêmes réponses, sans aucune addition intéressante, étaient faites à notre chef, M. le Dr Legras, et à nous-même. La malade répondait brièvement et à regret. Le troisième jour, nous apprenions qu’outre la soie elle aimait le velours et que, depuis très longtemps, déjà, elle devait à ces étoffes des jouissances sexuelles. Sortie de pension à quinze ans, mariée à seize (peut-être par suite de quelques craintes que sa conduite inspirait à sa famille), elle n’avait aucunement apprécié les rapports conjugaux ; quelques années plus tard lui était venue une véritable répulsion contre son mari. Adonnée à la masturbation quelque temps avant son mariage, elle en avait repris les pratiques peu de temps après.

L’idée de la masturbation lui était venue, assurait-elle, spontanément. Un jour, étant seule dans sa chambre, elle éprouva une sensation inattendue par le frôlement fortuit d’une chaise contre ses organes génitaux.

« Je n’étais pas assise dessus comme d’ordinaire ; mais à cheval, et la chaise était couverte en velours. Les sensations m’ayant plu, j’ai recommencé ; mais jamais je n’avais entendu parler de rien de pareil. L’usage du doigt n’est venu qu’après ». […]

Son premier vol a eu lieu il y a huit ans (à trente-deux ans) : « J’avais pourtant tout le nécessaire chez moi, et de la soie surtout, comme couturière ». Au moment du vol, elle éprouve une jouissance sexuelle résultant du vol même ; si la pièce de soie lui était, au moment de la tentation, purement et simplement donnée, elle n’en éprouverait nul plaisir. Toutefois, elle croit que le frisson du danger n’entre pour rien dans sa jouissance. Le vol accompli, elle froisse la pièce de soie sans l’abîmer ni la gâter, elle l’applique contre ses parties sexuelles, et l’y frotte. « Je la mets sous mes jupes ; si je la frotte contre moi ? J’ai oublié ; mais il me semble ». Elle n’aurait, paraît-il, pas éprouvé de plaisir à froisser ni à lacérer, ni même à faire « crier » la soie. […]

Chez notre malade, des crises d’excitation sexuelle surviennent avec une prédominance nettement clitoridienne. Dans les conditions ordinaires s’accuse cette même prédominance. Le peu d’intensité des sensations vaginales peut être la cause ou une des causes, de l’aversion pour les rapports sexuels normaux. La volupté et même l’orgasme répondant à des frôlements tout extérieurs, l’intromission pénienne n’est plus désirée, et il aurait pu y avoir là une condition favorable à un développement du saphisme qui, faute sans doute de conditions psychiques suffisantes, n’a pas eu lieu. Mais ce que cette disposition périphérique peut avoir suffi à déterminer, c’est la recherche du frôlement pour le frôlement, dans l’auto-masturbation, dans le « cunnilingus » et dans la masturbation à l’aide du velours ou de la soie. De sorte que la coexistence, chez notre sujet, entre la passion érotique de l’étoffe et le clitoridisme marqué, serait non pas une coïncidence, mais une association logique. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

Deuxième observation

En octobre 1902, nous eûmes à observer à l’Infirmerie spéciale du Dépôt une malade F…, dégénérée hystérique. […]

« Je me rappelle très bien qu’à l’âge de six ans, je ne pouvais supporter sans malaise les contacts du velours et de la laine ; je craignais surtout le velours. Par contre, j’aimais beaucoup la soie, j’en faisais de préférence l’habillement de mes poupées, une sœur couturière me donnait toutes ses coupures de soie.

« De quinze à vingt-deux ans, le travail de la soie me fatiguait, me rendait nerveuse, presque malade ; j’ai cessé d’éprouver cet énervement à vingt-deux ans, lorsque j’eus des rapports sexuels. Mais actuellement encore, il me serait impossible de porter de la soie sur moi. Le velours m’est agréable aussi ; mais bien inférieur à la soie. Le satin ne m’attire pas, la marceline15 non plus ; je préférerais plutôt la faille16, elle est plus soyeuse et elle crie. Le contact de la soie est bien supérieur à la vue ; mais le froissement de la soie est encore supérieur, il vous excite, vous vous sentez mouillée ; aucune jouissance sexuelle n’égale pour moi celle-là.

« Mais la jouissance est surtout grande quand j’ai volé. Voler la soie est délicieux ; l’acheter ne me donnerait jamais le même plaisir. Contre la tentation, ma volonté ne peut rien ; lorsque je vole, c’est plus fort que moi ; et d’ailleurs je ne pense à rien d’autre, je me sens poussée vertigineusement. La soie m’attire, celle des rubans, des jupes, des corsages. Lorsque je sens le froissement de la soie, cela commence par me piquer sous les ongles, et alors, il est inutile de résister, il faut que je prenne. Lorsque je résiste à cette poussée (sic), je pleure, je suis énervée, je sors du magasin et j’y reviens ; et si je ne peux pas prendre l’étoffe, j’ai une crise.

« Je ressens un gonflement de la gorge, et de l’estomac, puis je perds connaissance. Mais quand je peux prendre l’étoffe, je la froisse, cela me produit un serrement d’estomac particulier, ensuite, j’éprouve une espèce de jouissance qui m’arrête complètement la respiration ; je suis comme ivre, je ne peux plus me tenir, je tremble, non pas de peur, si vous voulez, mais plutôt d’agitation, je ne sais pas. Je ne pense pas à la mauvaise action que je viens de faire. Dès que je tiens la pièce dérobée, je vais m’asseoir à l’écart pour la toucher et la manier, c’est là qu’on me voit. La jouissance passée, je suis très abattue, parfois la respiration se précipite, tous mes membres sont courbaturés.

« Après, il m’arrive de jeter les pièces volées derrière des portes d’allée, ou encore quelquefois mes enfants les rapportent (?) alors elles ne m’intéressent plus. Quand la chose est passée, c’est bien passé.

« J’ai eu souvent des périodes d’abattement et des pensées de suicide ; une fois, pendant un de mes internements, une autre fois, il y a dix jours ; je me suis jetée au-devant des roues d’une locomotive, à une gare de chemin de fer de ceinture ; on m’a retenue (?).

« Voler la soie est mon plaisir. Mes enfants ont inutilement essayé de me guérir, en m’achetant de la soie en quantité. Si on me donnait le coupon de soie au moment même où je vais le voler, cela ne me procurerait aucun bonheur ; au contraire, cela m’empêcherait d’en avoir ».

Troisième observation

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La nommée B…, veuve D…, quarante-cinq ans, amenée à l’Infirmerie spéciale en décembre 1902, à la suite d’un vol de soie, hystérique, pourvue d’un casier judiciaire assez chargé, et comme la précédente malade, hypomorale, et, comme elle, expose facilement ses tares. […]

« Les vols de soie ne sont venus qu’après que j’ai bu de l’éther ; à trente-huit ans, mes règles se sont arrêtées, à partir de ce moment j’ai beaucoup souffert, et je me suis mise à l’éther ; j’ai essayé aussi, par moments, de la cocaïne et de la morphine que j’avalais ; je n’ai jamais continué longtemps. Je buvais l’éther par périodes, par exemple pendant huit jours, à raison de 100 à 125 grammes par jour ; souvent un grand verre dans la journée. L’éther me rendait fébrile et violente, par exemple dans les magasins, j’aurais battu les employés qui me regardaient. En même temps que l’éther, je buvais du rhum, surtout pour en masquer l’odeur ; et pour masquer l’odeur du rhum, je buvais du vin blanc, car le vin blanc n’a pas d’odeur comme le vin rouge. […]

« Depuis mes trente-neuf ans, mes vols ont toujours été les mêmes, des vols de soie. La soie me donne un spasme étonnant et voluptueux. La soie, je ne peux pas la déchirer, cela fait trop… oh ! (mimique d’un frisson).

« Le taffetas encore moins, c’est la soie la plus fine ; la couleur m’est indifférente. Le velours est aussi très doux à toucher. La marceline ? c’est mi-coton ; dans la florence17 il n’y a pas de coton. J’aime tout ce qui est doux. Les grosses soies qui froufroutent, je les aime encore. Mais les porter sur moi, je ne pourrais pas, cela m’énerve trop. Coucher avec de la soie, j’aimerais bien, mais je n’y tiens pas, ce n’est pas mon genre, c’est pour les femmes qui se font voir au lit. Je ne dormirais pas, cela me brûlerait ; un petit morceau déjà m’énerve, il faut que je me lève, et je me rafraîchis par des lotions d’eau, pour avoir la paix. Le calicot, la vieille toile, la cretonne18, ça ne crie pas, un petit cri de rien, j’en déchirerai 600 mètres si vous voulez. La toile neuve ne se déchire pas, avec un seul mètre déjà vous verriez vos doigts écorchés. Au moment de voler un peu de soie, j’éprouve une angoisse, je me défends, et j’éprouve ensuite une jouissance. Voilà. C’est toujours la même chose.

« Vous me demandez la conclusion ? Il faudrait que je la sache moi-même. À mon avis, je suis responsable, je ne veux plus aller à Sainte-Anne. Je voudrais une potion tranquille pour m’envoyer dans l’autre monde. Les autres femmes on les punit, ça leur sert de leçons ; moi, on ne veut pas. M. le Dr Legras aurait mieux fait de me laisser condamner, je l’en avais prié, cela me donnerait une leçon, je l’ai écrit au juge d’instruction ». […]

Nos trois malades, en résumé, présentent une hyperesthésie au contact de la soie, avec répercussion sexuelle. Le goût du contact en lui-même et la connaissance de sa répercussion voluptueuse datent de l’enfance ou de la jeunesse, chez deux d’entre elles. La recherche du plaisir sexuel par ce contact spécial a devancé les rapports normaux où elles seraient restées frigides ; elle fut contemporaine des premières excitations sexuelles, si même elle n’en a été l’occasion. Elles se sont adonnées à la masturbation à peu près sans concomitance de représentations hétéro ou homosexuelles, du moins dans les épisodes de masturbation par l’étoffe. L’orgasme ainsi obtenu leur a laissé des souvenirs intenses, se reproduit avec facilité et constitue leur mode de jouissance préféré. Elles ne semblent pas avoir essayé de l’associer au coït normal. La palpation de l’étoffe est ici nécessaire, sa représentation mentale, son bruit même ne peuvent y suppléer, la notion de possession de l’étoffe est ordinairement négligeable ; les sensations épidermiques sont nécessaires et décisives. Les diverses sortes de soie agissent inégalement, la fourrure n’a pas été mentionnée, le velours est apprécié mais jugé inférieur à la soie. Nos trois malades appartiennent au sexe féminin. […]

Le lecteur n’a sans doute pas manqué d’établir, en pensée, un parallèle entre certains traits de cette perversion et ceux de la perversion fétichiste. Le fétichisme débute, lui aussi, en bas âge, et se spécialise d’emblée sur tel objet généralement unique. […]

Un trait remarquable des fétichistes, des sadiques, des invertis et des masochistes, est l’extrême abondance des rêveries relatives à l’objet de leur passion. En dehors même de l’onanisme, ils se livrent à de véritables débauches d’imagination dont l’acte favori fait l’objet ; ils le célèbrent dans des écrits et des dessins ; durant la masturbation avec le fétiche ils se représentent des scènes splendides ; durant le coït masochique ou sadique ils transforment la réalité dans leur pensée, pour l’enrichir et l’ennoblir.

Chez nos trois malades nous ne trouvons rien de tel ; elles se masturbent avec la soie, sans plus de rêverie qu’un gourmet solitaire savourant un vin délicat ; en l’absence de tout morceau de soie, elles ne rêvent pas de soieries somptueuses, pour aider la masturbation et le contact de la soie ne se complète pas chez elles, de la vision de personnages vêtus de soie, ni de soies variées et abondantes où elles se plongeraient à plaisir. Cette absence d’appoint imaginatif est ici d’autant plus remarquable que nos trois malades ne sont pas dénuées d’imagination, que l’une même s’adonne fréquemment à des rêveries empreintes de perversions diverses, et probablement parfois adjuvantes d’une masturbation digitale. Si la masturbation par l’étoffe s’est parfois accompagnée de rêves de genre divers, du moins il nous semble avéré que le rêve n’est ici nullement nécessaire, qu’il n’a joué aucun rôle dans la genèse de la perversion, qu’en un mot s’il est libre de s’y associer, du moins il n’appartient pas à son essence. L’étoffe, en effet, semble agir par ses qualités intrinsèques (consistance, éclat, odeur, bruit), dont la plupart même sont secondaires auprès des qualités tactiles. Ces qualités tactiles sont certainement variées, subtiles, compliquées, innombrables pour un épiderme raffiné ; elles se doublent certainement de qualités esthétiques d’un ordre plus large ; leur ensemble, néanmoins, apparaît bien minime, bien schématique, à côté du complexus d’évocations sensorielles, esthétiques, morales, dont le fétiche proprement dit est l’occasion pour l’homme.

C’est sans doute en raison de cette dominante tactile que certaines qualités généralement demandées au fétiche ne sont pas demandées à l’étoffe ; ainsi d’avoir été portée, d’offrir une forme vestimentaire ou une odeur physiologique ; ces marques d’usage lui ôteraient bien plutôt de sa valeur, car, parmi les qualités intrinsèques de l’étoffe l’uniforme fraîcheur due à la nouveauté semble être spécialement appréciée (du moins dans la soie) et des marques de froissement la déprécieraient. Que dans cette nouveauté figure un symbole de virginité nous ne le croyons pas ; nous ne croyons pas non plus qu’un plaisir de violence analogue au sadi-fétichisme entre dans le plaisir du froissement, ce dernier n’est qu’un moyen de se mieux pénétrer de toutes les qualités intrinsèques de l’étoffe ; s’il s’exerce avec frénésie, c’est par suite d’une émotion sthénique d’ordre banal, et non dans une recherche sadique. Nous ferons remarquer d’ailleurs que le contact de l’étoffe avec une surface cutanée quelconque, avec frôlement et sans froissement, suffit à produire un orgasme. […]

Il existe, on le voit, de très grandes différences entre la texture du fétichisme et celle de la perversion de nos malades. Appliquer à celle-ci le terme de fétichisme serait lui attribuer implicitement des caractères cliniques qu’elle ne possède pas, telles que la puissance exclusive, certaines complications mentales, certaine conduite envers l’objet ; ce serait supposer que cette perversion a pris naissance exactement par le même mécanisme que le fétichisme vrai, alors qu’une analyse serrée montrerait que les deux pathogenèses ne se superposent que partiellement.

Le terme de pseudo-fétichisme, ou encore de petit fétichisme, évoquerait également l’idée d’une analogie trop complète. On peut se demander si cette perversion n’appartient pas au cadre très vaste des fétichismes asexualisés. Elle nous paraît sortir de ce cadre, parce qu’elle repose sur une association préétablie (synesthésie), parce que l’idéation n’y joue pas de rôle, et pour d’autres raisons encore.

De toute façon, elle nous paraît devoir figurer un peu à part et devoir être gratifiée d’un nom. Pour désigner cette recherche spéciale d’un contact doué d’une vertu aphrodisiaque, deux mots nous paraissent nécessaires ; le terme d’hyphéphilie désignerait la recherche de l’étoffe, la locution hyphéphilie érotique rendrait compte du processus synesthésique ([…], étoffe). D’ailleurs le terme de hyphéphilie ou encore cet autre, plus général d’aptophilie (apto, je touche) nous paraissent pouvoir remplir une lacune du vocabulaire usuel, puisque le terme « délire du toucher » qui a priori leur aurait convenu, possède aujourd’hui le sens exclusif du délire phobique du toucher. […]

Le souvenir d’un premier contact, génitalement voluptueux, est certainement pour une hystérique un élément d’autosuggestion capable d’aviver la sensibilité périphérique aux moments d’essais ultérieurs. Remarquons que dans la certitude d’une adaptation réciproque de l’épiderme à l’étoffe douce il y a tout autre chose que la schématique association par contiguïté, jadis invoquée comme explication suffisante du fétichisme.

L’hypoesthésie sexuelle dont nos malades se prétendent affligées nous paraît moins grave qu’elles ne le disent. Elle contraste avec la précocité de l’éveil sexuel, et avec les quelques moments d’excitation réelle qu’elles avouent avoir éprouvés dans le coït même.

Mais une chose au moins est certaine, à savoir l’irrégularité, chez elles, du déclenchement de l’orgasme ; cette irrégularité provient-elle d’un état constant de faiblesse irritable (Féré) ou d’une faiblesse alternant avec l’irritabilité ? C’est là une question d’ordre général commune à tous les groupes de perversions sexuelles (sadisme, masochisme, fétichisme).

Il nous suffira de constater ici, une fois de plus, la présence du déséquilibre sexuel à l’origine d’une perversion proprement dite et la coexistence de ce déséquilibre sexuel avec l’aptitude aux associations illogiques et tyranniques, qui est elle-même source de tant de syndromes (obsessions, phobies, impulsions, synesthésie, etc.).

Cliniquement, il convient de noter que l’hypoesthésie sexuelle est ici certainement moins rigoureuse, moins constante que chez les fétichistes classiques : nos malades ont en effet des périodes d’une sexualité à peu près normale. […]

La soie est employée ici à des frôlements ; aucune malaxation n’a lieu qui paraisse exprimer un plaisir de préhension et de possession ; ces sentiments sont plus spécialement masculins et ils auraient surtout lieu de s’exercer sur un objet pourvu d’individualité, et l’étoffe ici n’en a pas. Si, au contraire, le fétiche de l’homme est manipulé, pollué, violenté quelquefois, et ultérieurement conservé, c’est, d’une part, pour bien assouvir certains sentiments d’essence mâle ; d’autre part, parce que le fétiche est, à lui seul, toute une personne.

Quand nos malades déchirent la soie, ce n’est point par une violence sadique, mais dans le but de la mieux sentir, de la mieux comprendre. Dans leur contact avec la soie, elles sont passives ; leur personnalité est close par rapport au monde extérieur ; dénuée de vision, dénuée de désir ; le sexe adverse n’existe plus ; leur jouissance est bien génitale, mais se suffit tellement à elle-même qu’on pourrait la dire asexuée. En résumé, nous croyons voir dans le goût érotique de la soie une perversion bien adaptée au tempérament féminin et, par suite, beaucoup plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. […]

La malade B… a éprouvé dans l’enfance une sorte de délire du toucher. Nous disons seulement une sorte de délire du toucher, parce que le syndrome de ce nom n’existait pas au complet chez elle. La perversion tactile est nette, le caractère du phobique est peu accusé (ni obsession, ni angoisse) ; le trouble est plus périphérique que psychique. C’est le même trouble tactile, mais modifié en sens inverse qui, plus tard, donnera l’éveil à la synesthésie génitale.

La malade V. B… a présenté une algophilie non sexuelle (piqûre qu’elle s’infligeait elle-même), autre mode de recherche de sensations cutanées auquel s’ajoutent peut-être des éléments psychiques plus importants que dans le cas précédent.

L’analyse psychologique de cette perversion nullement rare mériterait d’être spécialement faite ; il y aurait lieu de préciser ses rapports avec les paresthésies et avec la mentalité hystérique. Cliniquement, elle nous apparaît ici comme solitaire, dépourvue de rêve, dépourvue de tout écho sexuel ; en un mot, nullement masochiste.

Ces deux troubles, à point de départ périphérique, nous paraissent ne pas se rencontrer par pur hasard avec la passion tactile de la soie ; ils sont de même ordre que cette dernière, ils en constituent un prélude.

Nos malades présentent une propension toute spéciale aux rêveries les plus fantaisistes. Ce trait, fréquent chez les dégénérés, est porté au haut degré chez les pervertis sexuels. Il ne paraît pas avoir joué un rôle dans la genèse de la perversion actuelle ; il est à signaler seulement comme un syndrome concomitant. Il y a lieu de remarquer aussi que la fantaisie évocatrice a pris pour thème, chez notre malade V. B…, diverses perversions sexuelles à peine ébauchées chez elle, mais non la passion des étoffes qui, peut-être, prête moins aux rêveries.

Les vols kleptomaniaques ont lieu ici par suite de l’attraction d’un objet spécial et aussi par diminution de la résistance (cas mixtes de Dubuisson). Cette diminution est la suite d’une débilitation organique et nerveuse (typhoïde, anémie, éther). Cette donnée est, en somme, classique (Magnan, Dubuisson, etc.). La débilitation n’a pas seulement pour effet de diminuer la résistance, elle avive aussi le désir en favorisant les automatismes psychiques inférieurs et les synesthésies morbides. La malade B… a débuté tardivement dans la kleptomanie. Il est moins sûr que la perversion sexuelle (excitation par la soie) ait eu chez elle un début tardif ; peut-être la jouissance tactile existait-elle, mais la synesthésie génitale ne se serait produite qu’après débilitation ; peut-être aussi la perversion tactile elle-même a-t-elle été créée de toutes pièces.

Il s’agirait alors d’une de ces déséquilibrations acquises à propos desquelles Lasègue disait : « On hérite quelquefois de soi-même ».

La ménopause semble avoir joué le rôle principal dans la le de cette perversion du toucher, de même qu’elle a engendré à peu près à elle seule la toxicomanie avec une tendance dipsomaniaque et une ébauche de folie à double forme. Toutefois, l’état de fébrilité, tel qu’il existe dans l’éthéromanie, n’est peut-être pas sans avoir aidé à créer l’hyperesthésie tactile ; à coup sûr, l’éther a été un des facteurs des plus importants dans la genèse de l’impulsion kleptomaniaque, non seulement en réalisant comme tout toxique cette désorganisation mentale (libérations des automatismes inférieurs, diminution de la résistance volontaire), d’où naissent les obsessions et impulsions, mais encore parce qu’il est dans la nature de l’éthérisme de donner l’allure impulsive à tout sujet qui en est atteint.

Il semble qu’au moment même de l’acte chez la femme F… un plaisir spécial se produise par la sensation du vol même ; cet élément kleptophilique semble évident dans les observations I, V, XIX du livre de notre maître, M. Dubuisson (p. 64, 81, 152) ; il donne lieu, plus tard, à cette « lutte courtoise » qui s’établit, selon l’expression de cet auteur, entre la kleptomane, qui se promet de récidiver, et l’ensemble du grand magasin. (Voir encore, au sujet du sentiment kleptophilique, la troisième observation de Boissier et Lachaux in Annales Médico-Psychologiques, 1894, I, p. 54.)

Le plaisir de la préhension existe-t-il chez elle en dehors du grand magasin ? Cette question peut se poser à propos de toutes les kleptomanes (et elle semble en ce moment attirer moins l’attention qu’aux premiers temps de l’étude de la kleptomanie).

Deux de nos malades volaient ou, qu’on nous permette l’expression, chipaient des choses de peu de valeur, des pièces de monnaie surtout. Ce genre de vol indique plutôt l’affaiblissement de la résistance que la puissance de l’attraction.

Un dernier détail clinique est le suivant. Fréquemment après le vol, les malades s’isolent dans un coin, dans une entrée de maison ou dans les cabinets d’aisances pour achever là, par une application directe de la soie volée contre leurs parties génitales, un orgasme que l’instant du vol n’a pas pu porter à lui seul au paroxysme. Après quoi, souvent, elles la jettent soit par indifférence subite, soit par calcul. Il va de soi que l’endroit où elles se cachent ne saurait être bien éloigné du point où elles ont commis le vol. […]

Cliniquement, l’interrogatoire de telles malades n’est jamais entièrement fini. L’obligation d’attendre l’émission spontanée de certaines données a pour effet de le prolonger, sans que l’on formule certaines questions auxquelles on n’a cessé de penser. Ainsi, dans le cas de la malade V. B…, nous aurions aimé à savoir nettement si la soie froissée, usagée, est pour elle dépourvue de tout charme, si un homme revêtu de riche soie lui plairait plus que la soie seule, si la fillette rêvée par elle s’habillait de soie ou par la douceur de sa peau rappelait la soie, si des bêtes parues dans ses songes la fourrure lui était agréable, si elle ajoute parfois à la soie neuve une idée abstraite de virginité, etc. […]

Pour ne pas compliquer la description clinique, nous avons présenté nos malades en ne les comparant qu’aux fétichistes les plus classiques. Mais il existe des perversions intermédiaires entre le fétichisme typique et la passion de l’étoffe telle que nous l’avons décrite. Ces cas présentent pour nous l’intérêt tout spécial de s’être rencontrés chez des hommes. Ils ont de commun avec les nôtres la recherche d’une matière en elle-même pour raisons tactiles et sexuelles ; ils en diffèrent par la complexité psychologique, l’aspect clinique et l’histoire médico-légale. En voici l’exposé succinct : Krafft-Ebing, IIe édition allemande. Observation 113 : Un homme instruit et distingué aime depuis l’enfance certaines fourrures et aussi le velours. La peluche lui agrée aussi, mais infiniment moins. Aversion prononcée pour le drap, la flanelle et toute étoffe rude. Velours et peluche, sous forme de pièces d’ameublement gardent leurs propriétés excitantes. Mais il aime surtout à voir et toucher la fourrure et le velours sur la personne d’une femme, il veut y enfouir son visage ; le coït avec une femme revêtue de fourrure est la plus haute jouissance possible. Il a une adoration pour le nom même de la fourrure, les hommes n’ont pas le droit de porter de fourrure (la fourrure a donc bien en soi un caractère féminin). Le malade assure cependant que le contact agit sur lui, spontanément, sans l’intermédiaire d’aucune association d’idées. L’odeur normale de la fourrure n’est pas aimée. L’excitation sexuelle est possible normalement dans des conditions normales, la femme est recherchée pour elle-même. Le contact de la fourrure appelle celui de la femme, il y a plaisir pour le malade à palper une forme féminine sous la consistance de la fourrure, la fourrure est donc d’ordinaire un intermédiaire physique entre lui et la femme, ou l’image de la femme. Si donc il s’agit d’un fétiche, ce fétiche du moins n’est pas exclusif, dominateur ; il n’est suffisant que par pis-aller. Le fétiche n’est pas une personne, mais il doit se rapporter à une personne pour être parfait.

Une analogie avec le fétichisme typique se trouve dans le grand usage fait, à certains moments, de l’imagination, nous ne savons pas si la fourrure déjà portée par une femme est d’un effet plus actif. […] Toutes ces observations montrent bien que chez l’homme comme chez la femme les contacts périphériques peuvent acquérir une sensibilité exquise, et exercer comme telle une répercussion considérable non seulement sur la sensibilité générale, mais encore sur la sensibilité génitale. Seulement la constitution, sur cette base, d’une perversion durable, dominatrice, cristallisée, paraît devoir être plus rare chez l’homme. La perversion typique que nous avons rencontrée chez trois femmes semble spécialement assortie au tempérament féminin. Le seul fait du terrain masculin paraît donner à l’aptophilie érotique, quand elle y germe, une physionomie plus atypique, peut-être plus superficielle, ou au contraire une tendance nette à se rapprocher du fétichisme, lequel, il est bon de le rappeler, n’a été décrit que chez des hommes.

Il est remarquable que les hommes aient pour objet de prédilection, dans presque tous les cas, la fourrure, dans un cas, il s’agissait de soie. Dans plusieurs, le velours apparaît comme succédané bien modeste de la fourrure, dans un cas c’est la peluche ; dans un autre, toute étoffe duveteuse et laineuse. Il semble donc (et les détails de l’observation de KrafftEbing le montreraient) que l’homme affectionnerait plutôt dans l’objet de son dilettantisme une certaine sensation de résistance molle, avec secondairement, un peu de tiédeur, tandis que les femmes apprécieraient dans la soie, l’impression de finesse et de fraîcheur. Nous aimons à promener la main sur la fourrure ; nous voudrions que la soie glissât d’elle-même le long du dos de notre main. La fourrure appelle une caresse active sur son modelé : la soie caresse avec suavité uniforme un épiderme qui se sent surtout devenir passif ; puis elle révèle pour ainsi dire un nervosisme dans ses brisures et dans ses cris. Peut-être ainsi se prêterait-il mieux à la volupté féminine. Ces remarques ne nous paraissent pas négligeables ; mais elles perdent de leur importance devant le fait que des hommes aiment aussi la soie ; peut-être aussi les occupations de la femme la mettent-elle en contact plus souvent avec la soie qu’avec la fourrure. La fourrure le plus souvent ne suffit pas à l’homme, qui en la maniant évoque la femme ; la femme en maniant la soie reste seule en esprit. Les hommes paraissent ne présenter ordinairement les impulsions au vol, que quand la passion prend la forme du fétichisme ou du sadi-fétichisme vrai. Si nous comparons nos cas d’aptophilie féminine aux exemples de fétichisme asexualisé actuellement connus, où figuraient comme excitants, une cérémonie funéraire, la vue de l’effort chez l’homme (Féré), la vue de l’effort chez les animaux (Féré), les roses (Moll), etc., nous reconnaîtrons que dans ces cas, l’objet excitant répond moins à la désignation de « Fétiche », qui fait d’un objet une personne et comporte une adoration, qu’à celle de simple talisman, si l’on entend par talisman, comme il nous semble, un objet qui tient son pouvoir d’une incantation étrangère et contingente, garde ainsi une force empruntée et, loin d’être aimé pour lui-même, oriente vers un deuxième objet. Les différences d’allure des deux genres de malades, nous semble-t-il, dérivent de cette différence primordiale. Le fétichisme asexualisé est d’ailleurs le plus souvent, nous semble-t-il, tardif dans son apparition et deutéropathique dans sa genèse (affaiblissement, association d’idées, etc.).

Nos cas semblent intermédiaires à l’une et l’autre catégorie. Ils diffèrent du fétichisme asexualisé par l’absence d’orientation vers le sexe adverse, par la presque nécessité d’un contact direct, par l’absence de complexité psychique. Ils diffèrent du fétichisme masculin complet par de nombreux caractères, dont le plus général est l’absence de toute personnalité dans le fétiche. Ils diffèrent du fétichisme masculin fruste (Stoff-fetichismus de Krafft-Ebing) par les traits à l’instant indiqués.

Nous admettons, d’ailleurs, que les cas de transition doivent être nombreux, qu’ils le sont peut-être dans le domaine des perversions sexuelles, plus que dans tout autre domaine, mais dussent-ils former la majorité, certaines combinaisons frappantes n’en méritent pas moins d’être mises particulièrement en vedette, d’abord à titre de repères, ensuite parce que le mécanisme qui les produit semble susceptible de se reproduire plus fréquemment, formant ainsi de courtes séries dans la foule des cas disparates, contingents et individuels. […]

Nos cas, en résumé, sont caractérisés par la recherche du contact d’étoffes déterminées, l’orgasme vénérien dû au contact cutané seul, la préférence de ce genre d’aphrodisiaque à tout autre, mais sans exclusivité absolue ; l’indifférence à la forme, au passé et à la valeur évocatrice du fragment d’étoffe mis en jeu ; le rôle très effacé de l’imagination, l’absence d’attachement à l’objet après usage, l’absence ordinaire d’évocation du sexe adverse, la préférence pour la soie, l’association de la kleptomanie, enfin, la rencontre de ce tableau complet, à notre connaissance, chez des femmes seulement (et dans l’espèce des hystériques). […]

Mais on a vu que les cas cités par Krafft-Ebing ne répondent pas absolument à une définition aussi étroite et que, d’autre part, nos cas auxquels elle s’applique bien, n’ont pas d’analogies dans sa casuistique (qui ne comprend d’ailleurs aucune femme).

Il est probable que dans les rapports médico-légaux, de tels cas sont ordinairement considérés comme du fétichisme véritable, ou comme une sorte de fétichisme, ou encore, comme une variété peu importante de l’impulsion kleptomaniaque. Les auteurs classiques disent unanimement que « le fétichisme n’a pas encore été constaté chez la femme » ; cette assertion serait inexacte, s’il fallait rattacher nos cas au fétichisme ; et s’y on ne les y rattache pas, leur place n’est plus marquée nulle part.

Pour nous, ils ne sont pas du fétichisme vrai, mais ils méritent d’être placés à côté du fétichisme vrai et dans son ombre ; ils constituent, dans quelque mesure, son succédané féminin. Ils sont certes moins pittoresques, moins paradoxaux, moins complexes. Mais peut-être offrent-ils aussi une certaine importance numérique ; en tout cas, leur association à la kleptomanie leur assure un intérêt médico-légal.

Quatrième observation

Marie D…, veuve A…, ménagère, quarante-neuf ans, Infirmerie spéciale, janvier 1900.

Née et élevée en province. S’adonnait, dès l’âge de sept à huit ans, à la masturbation soit solitaire soit réciproque.

« Je jouais au papa et à la maman, avec une autre petite fille, sur des chaises. » Premières règles à douze ans. Mariée à vingt-six ans. Sa passion pour la soie s’est révélée de bonne heure. « Je me suis mariée pour avoir une belle robe de soie noire, qui tienne tout debout. Après mon mariage, j’habillais encore des poupées, j’aime encore cela. La soie a un froufrou, un cricri qui me fait jouir. » D’entendre prononcer le mot soie ou encore de se représenter la soie en pensée, suffit, dit-elle, à provoquer chez elle une érection des parties sexuelles. L’orgasme total se produit au contact et a fortiori parla friction de la soie contre cette région. De son mariage est né un fils qui a aujourd’hui trente-deux ans. Son mari la battait, dit-elle. À dix-huit ans, toujours habitant la province, elle a pour amant un individu qui boit et vole ; à son instigation, dit-elle, elle commet un vol de linge, d’où condamnation à quatre mois. Elle se lie, après cela, avec une femme également alcoolique et voleuse ; toutes deux s’enivrent et volent, deuxième condamnation. Au vin et au cognac, elle joint bientôt l’éther. L’idée de boire de l’éther lui est venue quand elle était bonne chez un pharmacien, en voyant administrer de l’éther aux individus en état d’ivresse. Quand elle cessait de boire, sa conduite redevenait bonne, assure-t-elle, c’est-à-dire elle s’abstenait de voler.

Elle s’adonnait chaque jour à la masturbation. Les rapports sexuels normaux ne lui procuraient, assure-t-elle, aucune jouissance. Elle a vécu cependant en ménage avec un certain nombre d’hommes, sans compter, de temps à autre, son mari ; cela, tant à Paris qu’en province. […]

Fin 1904, elle entra dans un grand magasin, poussée, dit-elle, par une véritable impulsion « Je venais déboire de l’éther quand j’ai passé la porte ; d’ailleurs, depuis huit jours, je ne faisais que m’enivrer et ne mangeais pour ainsi dire plus. Au rayon de soierie, une robe de soie bleu-clair m’a fascinée, elle se tenait droite. Une soie qui ne tient pas raide ne me dit rien. Il y avait de la dentelle dessus. J’ai pris cette robe d’enfant, je l’ai glissée sous ma jupe, dans une grande poche et maintenant cette robe par un bout, je me suis masturbée en plein magasin, près de l’ascenseur, puis dans l’ascenseur, où j’ai eu le maximum de jouissance. Dans ces moments, ma tête se gonfle, mon visage devient cramoisi, les tempes me battent, je ne puis plus avoir de jouissance que de cette façon.

Après cela, tantôt j’emporte l’objet, tantôt je le laisse. Au moment où on m’a surprise je le rapportais, j’ai même donné un coup de pied dedans. » Elle ajoute : « La masturbation à elle seule ne me fait pas grand plaisir, mais je la complète en pensant au chatoiement et au bruit de la soie. Quelquefois, au moment où je me masturbais avec de la soie, j’ai eu tout de même des idées d’hommes, bien que l’homme ne me fasse rien. » […]

Le fétichisme, chez cette malade comme chez les autres, s’est développé sur un fond de frigidité sexuelle. Par un contraste qui mériterait une analyse, l’instinct sexuel, chez cette frigide, a été précocement développé et la masturbation est devenue une habitude : précocité, frigidité, masturbation, sont une triade paradoxale que présentaient deux au moins de nos autres malades et qui se rencontre, d’ailleurs, assez fréquemment en dehors de tout fétichisme. Le fétichisme lui-même est apparu de bonne heure, la malade, encore presque enfant, avait déjà conscience de son goût pour la soie.

La malade a abandonné, principalement par indifférence, tout rapport sexuel avec l’homme, mais reste une grande masturbatrice. Dans l’onanisme, l’image de la soie apparaît à son esprit et non l’image de l’homme ; seule la soie est un adjuvant à la jouissance, elle en est même la condition ; elle surpasse et elle remplace l’homme : sous ce rapport, c’est bien un fétiche. Une exception bien plus apparente que réelle à cette dénomination de la soie est la suivante. Quand la soie, présente et réelle, procure l’orgasme, alors la soie peut disparaître de la pensée (du moins visuelle) et une image d’homme apparaître. Évidemment celle-ci n’est que surérogatoire ; elle vient compliquer, comme par fantaisie, un état d’âme déjà complet. Bien plus fréquente, bien plus intense et aussi bien plus efficace est, nous l’avions déjà noté, l’évocation du sexe adverse dans le fétichisme masculin. Nous ne saurions dire si l’émotion du vol est, chez cette malade, une condition nécessaire ni même adjuvante de la jouissance (la malade a commis souvent des vols banals). Après ses vols impulsifs, dans sa hâte de jouir, elle se retire à peu de distance, en un isolement très précaire ; la jouissance une fois obtenue, elle se défait de l’objet avec peu de précautions, imprudence qui est sans doute l’effet de la détente de tout l’organisme (se défaire de suite de l’objet est chose absurde en soi). […]

On a dû remarquer que notre malade, deux fois au moins, avait volé non pas des coupons, mais des robes totalement achevées. Ce n’était pas que la façon conférât à l’étoffe ni personnalité quelconque, ni faculté évocatrice (les robes n’auraient pu d’ailleurs évoquer que des formes de femme ou d’enfant) ; non, mais la soie montée en robe possède à un plus haut degré cette qualité que la malade recherche avant tout dans un coupon : beaucoup de raideur. « J’aime la soie qui tient debout toute seule. » Si même elle préfère la soie noire, c’est peut-être parce qu’elle donne le mieux une impression de solidité.

À ce sujet, nous ferons deux remarques. D’abord la femme homosexuelle n’a pas forcément le fétichisme homosexuel ; peut-être même ne l’a-t-elle jamais ; une au moins de nos femmes fétichistes était homosexuelle et, cependant, en se masturbant avec la soie, elle n’avait pas d’évocation de formes féminines ; la jouissance évoquait des hommes, si elle évoquait quelque chose ; le fait est d’autant plus notable qu’il s’agissait d’une jouissance toute clitoridienne, c’est-à-dire la plus neutre possible. C’est là une constatation. L’explication résiderait peut-être dans u n e tournure bien moins artiste, bien moins adoratrice surtout, du type de l’amour féminin. Le saphisme, à ardeur égale, comporte moins de rêverie idéale que l’homosexualité masculine.

Ensuite la raideur de la soie est un caractère jusqu’ici moins recherché ou moins défini que les qualités de fraîcheur et de finesse. Ici la soie ne doit pas seulement frôler avec délicatesse l’épiderme, il faut encore qu’elle ait du corps. Cette donnée, bien qu’inattendue, n’est en somme pas très surprenante. Nous avons dit que si l’homme fétichiste recherchait dans les matières vestimentaires la mollesse surtout, ce qui lui permet notamment le velours, la peluche et les fourrures, par contre nos exemples de fétichistes femmes ont toujours recherché presque exclusivement la soie ; elles disaient toutes aimer le cri et le cassant de l’étoffe de soie ; dans ce cri et ce cassant, peut-être voyaient-elles non pas seulement un nervosisme délicat, mais un des signes de la raideur, élément par nous jusqu’ici mal isolé ? Ainsi, tandis que l’homme demande à l’étoffe, dans la mollesse, un ensemble de caractères tout féminin, la femme demanderait, outre la douceur superficielle, une sorte d’énergie interne rappelant le muscle ou toute autre tension, comme on voudra. La passion érotique de la soie est associée, chez notre quatrième malade, à d’autres anomalies sexuelles : frigidité, précocité et masochisme.

Elle se trouve associée aussi à l’hystérie, comme dans chacune de nos trois autres observations. Une coïncidence si constante est digne de remarque. L’hystérie prédispose tout particulièrement aux phénomènes synesthésiques. […] Cette observation justifie les conclusions de notre travail de 1908, que nous transcrivons textuellement :

« Nos cas sont caractérisés par la recherche du contact d’étoffes déterminées, l’orgasme vénérien dû au contact cutané seul, la préférence de ce genre d’aphrodisiaque à tout autre, mais sans exclusivisme absolu ; l’indifférence à la formé, au passé et à la valeur évocatrice du fragment d’étoffe mis en jeu, le rôle très effacé de l’imagination, l’absence d’attachement à l’objet – après l’usage, l’absence ordinaire d’évocation du sexe adverse, la préférence pour la soie, l’association de la kleptomanie, enfin la rencontre de ce tableau complet, à notre connaissance, chez des femmes seulement (et dans l’espèce des hystériques). »

Notes

1  Émile Zola, Au Bonheur des Dames, chapitre 9, 1883, p. 284. Retour au texte

2  Le Bon Marché (1838), le Bazar de l’Hôtel de Ville (1855), les Grands Magasins du Louvre (1855), le Printemps (1865) et la Samaritaine (1870). Retour au texte

3  Voir Patricia O’Brien, « The Kleptomania Diagnosis : Bourgeois Women and Theft in Late Nineteenth-Century France », Journal of Social History, 1993, vol. 17, no 1, p. 65-77 et Lisa Bogani, « Le vol sous l’œil des médecins légistes. Étude du concept de kleptomanie au cours du xixe siècle », Criminocorpus [En ligne], « Folie et justice de l’Antiquité à l’époque contemporaine », mis en ligne le 9 mai 2016. Le terme « cleptomanie » est remplacé à partir des années 1900 par « kleptomanie ». Le passage de la racine latine à la racine grecque se veut une marque de scientificité. Retour au texte

4  Ludger Lunier, « Des vols aux étalages et dans les magasins », Annales d’Hygiène Publique et de Médecine Légale, J.-B. Baillière, no 6, 1881, p. 164-186 ; Alexandre Lacassagne, « Les Vols à l’étalage et dans les grands magasins », Revue de l’Hypnotisme et de la Psychologie Physiologique, 1896, no 3, p. 76-82 ; Paul Dubuisson, Les voleuses de grands magasins, Paris, Storck et Cie Éditeurs, 1902, p. 227. Retour au texte

5  Paul Dubuisson, op. cit., p. 223. Retour au texte

6  Idem, p. 179. Retour au texte

7  Pour une lecture générale de l’invention de la kleptomanie voir Lisa Bogani, « Le vol sous l’œil des médecins légistes. Étude du concept de kleptomanie au cours du xixe siècle », Criminocorpus [site], Folie et justice de l’Antiquité à l’époque contemporaine, article mis en ligne le 9 mai 2016. Retour au texte

8  Voir Élisabeth Renard, Le Docteur Gaëtan Gatian de Clérambault. Sa vie et son œuvre (1872-1934), Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 1992 ; Bernard de Fréminville, Yolande Papetti, Serge Tisseron et Françoise Valier, La passion des étoffes chez un neuro-psychiatre. Gaëtan Gatian de Clérambault, Arles, Éditions Solin, 1990 ; Maurizio Balsamo, « Clérambault, les femmes et la passion des étoffes » in Jacques André (dir.), La féminité autrement, Paris, Presses Universitaires de France, 1999, p. 115-139 ; Alain Rubens, Le maître des insensés, G. G. de Clérambault (1872-1934), Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 1998. Retour au texte

9  Carole Dewambrechies-La Sagna, « Clérambault, une anatomie des passions », La Cause freudienne, 2010/1, no 74, p. 222-242. Retour au texte

10  « Passion érotique des étoffes chez la femme », Archives d’anthropologie criminelle de Médecine légale, tome XXIII, Paris, Masson et Cie, 1908. Retour au texte

11  Le fonds Clérambault est conservé aujourd’hui au Museum d’Histoire naturelle. Sur ces photographies, voir Christian Joschke, « Grammaire du pli. Photographies et conférences de Gaëtan Gatian de Clérambault » in Eric Pagliano et Sylvie Ramond (dir.), Drapé. Degas, Christo, Michel-Ange, Rodin, Man Ray, Dürer. Lyon-Paris, Musée des Beaux-Arts de Lyon/Lienart éditions, 2019, p. 66-74 et 310-312 et Annabelle Lacour, « Documenter “la draperie vivante”. Pour une réévaluation des photographies marocaines de Gaëtan Gatian de Clérambault (19 181 919) », Transbordeur. Photographie histoire société (« Câble, copie, code. Photographie et technologies de l’information »), Paris, Macula, no 3, 2019, p. 146-159. Retour au texte

12  Voir Serge Tisseron, « Entre peau et mots » in Yolande Papetti-Tisseron et Serge Tisseron, L’érotisme du toucher des étoffes, Paris, Séguier, 1987. Retour au texte

13  Richard von Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, Paris, Éditions Georges Carré, 8e éditions, 1895 [1886 en allemand], p. 222-223. Retour au texte

14  Op. cit., p. 238. Retour au texte

15  NdE : étoffe de soie légère, généralement blanche ou écrue, genre de taffetas. Retour au texte

16  NdE : étoffe de soie ou de rayonne à gros grains formant des côtes. Retour au texte

17  NdE : taffetas léger fabriqué à l’origine à Florence. Retour au texte

18  NdE : forte toile de coton ou de lin et de chanvre. Retour au texte

Illustrations

Citer cet article

Référence papier

Philippe Artières, « Le véritable bonheur des dames », Modes pratiques, 4 | 2020, 192-210.

Référence électronique

Philippe Artières, « Le véritable bonheur des dames », Modes pratiques [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 02 juillet 2024, consulté le 16 octobre 2026. DOI : 10.54390/modespratiques.723

Auteur

Philippe Artières

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