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Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Crédits : Pierre-Olivier Dittmar et Vanessa Manceron.

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Crédits : Pierre-Olivier Dittmar et Vanessa Manceron.

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Crédits : Pierre-Olivier Dittmar et Vanessa Manceron.

Le Divin Amour (Divino Amore) se rencontre dans l’arrière-pays de Rome. Particulièrement apprécié des militaires et des sportifs, c’est un lieu de pèlerinage important au xxe siècle et le principal sanctuaire votif du Latium. Les vœux, les expressions matérielles de désirs et de souffrances, sont la raison d’être de ce lieu de culte : béquilles, fusils, ciseaux de coiffeurs, jouets d’enfants, une part conséquente de la production de masse se retrouve ici, soustraite à la logique marchande, sémantisée, affectée par les récits de grands et de petits miracles qu’ont vécus les hommes et les femmes qui possédaient ces objets.

Dans cette extase matérielle, le vestiaire tient une place de choix. Sortes de reliques par contact des corps miraculés, des vêtements sont disséminés dans différents lieux de l’édifice.

On les rencontre tout d’abord dans un petit musée votif constitué de quelques salles jouxtant (et ouvrant sur) la nef de l’église. Dans cet espace honorifique dont les images d’archives permettent de saisir le perpétuel réaménagement, prennent place les désirs les plus légitimes, les miracles les plus spectaculaires : accidents de train, de voiture, de moto, faits de guerre. Ici le vestiaire sensible est très spécifique, et ne concerne presque que l’enfance. Bodys, liquettes, vêtement tricotés roses et bleu témoignent de naissances ardemment souhaitées et attendues. Ces habits ne sont presque jamais présentés seuls, mais se donnent généralement à voir associés à un texte, un photo, et parfois un ex-voto en métal avec les trois lettres formulaires : PGR : Per Grazia Ricevuta.

Cet espace valorisant les valeurs les plus traditionnelles est par ailleurs rythmé par les pièces textiles qui ne sont pas destinées à être portées : des fiocci nascita (nœuds ou rubans de naissance) d’ordinaire accrochés sur les portes des maisons. Des objets d’annonce qui s’imposent comme le témoignage de gratitude le plus mis en valeur par l’institution.

Cet espace qui véhicule sur un mode traditionnel des valeurs conservatrices n’est qu’un lieu parmi d’autres dans ce sanctuaire, qui laisse par ailleurs se développer une véritable créativité votive. Il suffit pour cela de sortir de l’église, de traverser la petite place interne du monastère, et de pénétrer dans l’espace de vente du lieu de culte. Sous l’œil attentif des sœurs qui tiennent la caisse, des fidèles et des touristes déambulent, achètent des cartes postales, du petit matériel de piété. Sur les murs sont accrochés des vélos, des casques de moto, des maquettes de voitures et de bateau ; dans les vitrines, l’œil se perd parmi de nombreuses coupes de compétitions sportives, entre lesquelles se glissent des christs en coquillage, et des crèches peintes à la main.

Le Divino Amore est un sanctuaire de sportifs, affectionné des cyclistes et des footballeurs. Si leurs exploits sont absents du musée jouxtant l’église, ils sont omniprésents dans cet étrange espace associant commerce et dévotion. Les cyclistes Eddy Merckxx et Francesco Moser ont donné les vélos de leurs plus belles victoires et de nombreux joueurs de la Roma y ont déposé leur maillot. De fait, l’objet le plus populaire du sanctuaire est sans doute le maillot du joueur fétiche de la Roma, Francesco Totti.

La star de la Roma, qui est l’objet d’une incontestable dévotion dans la capitale italienne, est présent deux fois dans cet étrange sanctuaire, son maillot est mis en valeur par une série d’ex-voto en métal qui témoigne de l’immense prestige local de ce joueur.

Mais plus que la présence du fameux avant-centre, c’est plutôt la coexistence sur le même plan, de vedettes et d’anonymes qui frappe. Petites ou grandes victoires, petits et grands drames (on reconnaît le maillot Antonio Cassano déposé après avoir survécu à un AVC en 2011, ou celui de Carla Tozzi, championne du 100 mètres haies) nivellent les miracles et rapprochent les destins des fidèles ayant laissé une trace ici. Cette spectaculaire horizontalité est d’autant plus poignante que l’hétérogénéité des objets, des causes, des parcours biographiques, est telle qu’il est bien difficile de repérer un critère de sélection présidant à cet assemblage.

Les sportifs ne sont pas les seuls à encadrer leur maillot, à leur donner ce statut hybride d’image et de relique. À quelques mètres de Totti, un t-shirt au motif étrange est exposé, accompagné d’un long texte qui commence par une prière conventionnelle, en décalage assumé avec la pieuvre à langue pendante qui l’accompagne. Elle commence par ces mots : « Une image, peut être insolite… pour exprimer mes remerciements à Dieu et à Mère du Divino Amore qui m’a porté dans ses bras… » L’explication est donnée comme une révélation, dans un post-scriptum « Pour tous ceux qui se demanderaient ce que représente cette image, c’est le maillot que je portais presque tous les jours quand j’étudiais à l’université. »

Lorsque l’on interroge la sœur qui tient ce sanctuaire-boutique sur la présence de ces différents objets, elle vous répond avec un peu de malice « les gens laissent ici ce qui a le plus de valeur pour eux ».

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Crédits : Pierre-Olivier Dittmar et Vanessa Manceron.

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Crédits : Pierre-Olivier Dittmar et Vanessa Manceron.

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Sanctuaire du Divin Amour, Rome

Crédits : Pierre-Olivier Dittmar et Vanessa Manceron.

Illustrations

Citer cet article

Référence papier

Pierre-Olivier Dittmar, « Vestiaire votif (Divin Amour) », Modes pratiques, 4 | 2020, 364-369.

Référence électronique

Pierre-Olivier Dittmar, « Vestiaire votif (Divin Amour) », Modes pratiques [En ligne], 4 | 2020, mis en ligne le 08 juillet 2024, consulté le 16 octobre 2026. DOI : 10.54390/modespratiques.754

Auteur

Pierre-Olivier Dittmar

Droits d'auteur

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