Des saisons en enfance

Climatologie et socialisation enfantine dans l’Europe moderne et contemporaine

DOI : 10.54390/modespratiques.394

p. 80-99

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« Choisir la garde-robe de votre enfant est d’abord une question de goût – le vôtre – mais aussi de saison, de mode de vie et de mode tout court. »
« La mode enfantine : la gaieté, le chaud et le look », New Baby, Magazine conseils, no 2, automne-hiver 1989.

Sans titre

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© Mathilde Hostein.

Dans des termes en apparence frivoles, l’affirmation du magazine New Baby condense tous les paradoxes que soulève l’habillement des enfants en nos contrées tempérées. Protéger au mieux les enfants des aléas climatiques reste l’obsession de parents soucieux de la survie de leurs nourrissons. Dans le même temps, l’éducateur cherche à faire prendre conscience à l’enfant du temps qui passe, un temps objectif, rythmé par la succession des saisons. Il l’initie également à l’existence d’un temps social fruit d’un consensus qui règle la vie du groupe. La saisonnalité naturelle devient culturelle lorsque la cadence climatique se socialise entre autres dans l’alternance des vestiaires négociée collectivement. Ainsi, protéger et éduquer, les deux fonctions assignées aux adultes se nouent et se confrontent dans le vêtement de l’enfant.

L’enfance est un temps particulier. C’est un moment d’apprentissage et d’entrée dans le monde. C’est un état qui, selon le psychoclinicien Jean-Claude Quentel, se définit par l’imprégnation des usages et l’intégration de la notion d’histoire1. Le petit d’homme s’approprie le passé et le futur, il remet constamment en cause sa nature pour devenir un être de culture. Il intègre les usages, les convenances, les règles négociées par ses pères. L’enfant se socialise. Le petit homme grandit en apprenant la différence entre le temps qu’il fait et le temps qu’il est. Il se familiarise avec la mesure des heures, des jours, des mois, des années et des saisons. Il intègre les repères d’espace et d’environnement qui composent la société. Dans ce jeu de mise en histoire de l’enfance, le vêtement, défini par sa capacité à socialisante, devient un formidable outil éducatif2.

Trop souvent limitée à l’observation des évolutions stylistiques dans le temps en comparaison à la mode des adultes3, l’étude de la mode enfantine prend d’autres atours si elle est confrontée à cette définition de l’enfant comme du vêtement4. Pour un enfant en constante évolution morphologique et sociale, éduqué par l’adulte qui l’équipe, les saisons comme l’expression naturelle d’un changement climatique conditionnent-elles réellement les changements de vestiaires ? Pour un enfant qui s’imprègne de l’histoire, le cycle des saisons entre-t-il en jeu dans la construction d’un style que l’on veut éducatif et socialisant et qui sensibilise l’enfant à son environnement naturel comme culturel ?

Le climat tempéré de la France offre un cadre particulièrement favorable à l’observation de la réalité des fluctuations stylistiques au gré des saisons. Depuis le xixe siècle et jusqu’à aujourd’hui, les garde-robes enfantines montrent cette attention au temps qu’il fait comme aux cycles de la mode. Les archives de la confection témoignent de l’omniprésence de la question de la saisonnalité dans les garde-robes enfantines, prises entre rythme des saisons, du calendrier et de la journée, entre apprentissage de l’âge adulte et singularité vestimentaire. Par l’analyse de ce corpus, nous tenterons de comprendre les particularités d’une mode enfantine toujours différente, finalement, de celle de l’adulte.

Une armure climatique

Question de survie

« Pour les sorties du matin ou même dans la maison, pour éviter un refroidissement en passant d’une pièce à l’autre, vous couvrirez bébé de cette mante à capuchon, en tissu des Pyrénées, qu’entoure une bande de taffetas bordée de grébiches. »
« Pour nos bébés », La Mode illustrée, 1922, p. 203.

« La première sortie du futur Roi d’Espagne », Femina, no 157, 01/08/1907, couverture.

« La première sortie du futur Roi d’Espagne », Femina, no 157, 01/08/1907, couverture.

© Collection Modes pratiques.

« Promenade matinale au Bois de Boulogne », Femina, no 102, 15/04/1905, couverture.

« Promenade matinale au Bois de Boulogne », Femina, no 102, 15/04/1905, couverture.

© Collection Modes pratiques.

Dans le contexte qui sert de cadre à notre étude, protéger l’enfant des refroidissements comme des coups de chaud, des rayons solaires comme des frimas extrêmes, est un leitmotiv d’une puériculture qui, depuis le milieu xixe siècle, invite à aérer les enfants dès leur plus jeune âge. Le développement des squares et des espaces de jeux dans les parcs parisiens du Second Empire souligne la réalité de cette injonction à sortir un enfant qui doit bien sûr se socialiser par le jeu avec ses pairs, mais principalement se fortifier par l’immersion dans le grand air. Comme en témoignent les gravures des magazines de mode de l’époque, les nourrices enveloppées dans leurs larges pèlerines poussent des landaus ornés de flots de dentelles et recouverts de petites couvertures de fourrure qui cachent les effluves de nourrissons emmaillotés autant qu’elles les protègent du froid.

Chez les nouveau-nés, le vêtement doit être à la fois abri et armure, pallier les déficiences du corps en agissant pour lui et assurer sa survie dans un climat contrasté5. Devant des nourrissons dont les capacités de thermorégulation sont encore immatures, l’adulte règle le port des vêtements et des langes en fonction des nécessités biologiques et climatiques. Si pour les plus grands, la protection passe par les pulls et les cache-cols obligatoires en dessous d’une température jugée hivernale, les nourrissons sont emmaillotés et enveloppés tantôt dans des maillots, dans des « passe-couloir », ou des grenouillères qui les protègent des courants d’air. La maîtrise de la superposition des couches de vêtements comme l’utilisation de matières appropriées constituent donc l’essentiel des prescriptions des manuels d’apprentissage passés et actuels à l’usage des futurs parents, que l’on réduit presque exclusivement aux futures mères6. Dans le manuel de Sciences appliquées de Chabanas et Augustin publié en 1949, la première leçon intitulée « Le temps qu’il fait », initie les jeunes filles aux effets des conditions climatiques sur le milieu de vie afin de les sensibiliser à la confection de garde-robes enfantines adaptées7.

Notre présent n’est pas exempt de ces préoccupations, en particulier dans le contexte d’un intérêt pour les conditions de survie et de développement des bébés prématurés. L’industrie de la confection relaie ainsi les demandes pressantes de vêtements adaptés à la morphologie comme à l’épiderme de nouveau-nés que l’on cherche à protéger des effets du climat comme des méfaits des textiles. Le recours à l’usage de fibres que l’on pense les plus adaptées à la protection de l’enfant en fonction des croyances et des connaissances médicales est une donnée importante dans la confection pour les enfants. En toutes occasions et en tous temps, les parents cherchent à protéger un corps qui ne peut exprimer son inconfort. À la suite des travaux de Gustav Jäger dans les années 1880 et de la création de l’entreprise britannique Jaeger en 1884, la laine est ainsi élue au rang des matières les plus hygiéniques. Bouillie, tricotée, de préférence teinte en rouge pour ses qualités grand-teint, la laine est largement promue pour la confection des sous-vêtements des enfants comme de la layette des nourrissons8. À la ceinture « reins au chaud » du docteur Gibaud dans les années 1935 répondent les body thermorégulateurs contemporains de la marque Climakids9. À une époque où les effets néfastes du soleil sur la peau sont combattus, les tee-shirts anti-UV et casquettes à bavolets constituent la tenue des enfants sur les plages d’Europe, écho aux tuniques légères, maillots de bain couvrants et quicheminotes dont on les revêtait au début du xxe siècle. Là où une constante surveillance de l’enfant s’imposait, la recherche et le développement de nouvelles fibres et membranes destinées entre autres à la protection de l’enfant permettent aujourd’hui de prévenir au lieu de guérir grâce à un vêtement qui assiste technologiquement un adulte vigilant.

Question d’apprentissage

« Il faut toujours penser avec des enfants aux changements brusques du temps dont nous ne sommes pas exempts en plein été. »
Griseline, « Nos bébés », La Femme chez elle, 1er juillet 1927.

Lorsqu’il n’est plus question de la survie des nouveau-nés, mais de l’élève des plus grands, deux directions éducatives s’opposent dans le contexte étudié : l’endurcissement ou la protection. Aux injonctions maternelles guidées par les caprices météorologiques – « Mets ton cache-nez ! », « N’oublie pas ton chapeau ! »… – répondent les propos d’éducateurs partisans d’un renforcement par la confrontation aux éléments. L’invitation à aérer les enfants par tous les temps remonte au moins au dernier tiers du xviiie siècle. Elle est fondamentale dans la pratique éducative d’une aristocratie éclairée dont Jean-Jacques Rousseau dans son traité Émile ou de l’éducation10 témoigne autant qu’il l’inspire. Le philosophe promeut une vie proche de la nature et aux prises avec l’environnement pour lutter contre un avilissement du corps et donc de l’âme. « Je n’entends pas, écrit-il, qu’il porte l’été ses habits d’hiver, comme les gens sédentaires, mais qu’il porte l’hiver ses habits d’été, comme les gens laborieux11. » Faisant de l’« assaisonalité » un principe stylistique qui définit l’appartenance sociale des individus, Rousseau décrit la façon dont la résistance à l’environnement serait l’apanage d’une paysannerie telle qu’il l’idéalise. Sans considération pour les contraintes économiques et fonctionnelles qui prévalent le port de ces tenues de travail sans âge et sans saison, il prône le port de vêtements « hors saisons » comme un principe fondamental de l’éducation vestimentaire des plus jeunes. Celui-ci témoigne ainsi de l’importance pour l’enfant, particulièrement les garçons, de s’endurcir en habituant le corps à ignorer les conditions dans lesquelles il évolue. Ce projet est inscrit dans l’époque et la vogue des robes de cotonnades fines et des costumes matelots de soie alors en vogue dans les cours d’Europe n’y est pas étrangère : la mode rousseauiste met en scène un enfant légèrement vêtu, libre, dans la nature et indifférent au temps. Ces vues sont suivies par les pédagogues du xixe siècle qui font de l’art de ne pas trop couvrir les enfants l’un de leurs arguments favoris. L’art de faire un homme : conseils pratiques d’éducation moderne de l’abbé H. Mocquillon, publié en 1906, est sans ambiguïté lorsqu’il réfère aux bienfaits de l’éducation à la Rousseau : « En résumé, habituer le plus tôt possible les enfants à supporter les rudes froids de l’hiver et les plus chaudes journées de l’été […], voilà le programme que doivent avoir sans cesse devant les yeux des parents qui veulent véritablement le bien de leurs enfants12. »

L’éducation au grand air initiée au berceau, comme le mentionne Mme Augusta Moll-Weiss dans son Traité éducatif, inspire non seulement l’urbanisme mais aussi l’architecture des crèches et des écoles13. Les principes d’hygiénisme du début du xxe siècle, largement partagés à travers l’Europe, font de l’aération des lieux domestiques et publics destinés aux enfants l’un des arguments fondamentaux et orientent très certainement la réflexion autour d’établissements d’enseignement publics14 ou plus spécifiques tels que l’école de plein air créée à Suresnes en 1936 pour les enfants malades. Si l’agencement de ces bâtiments d’un nouveau style font alors l’objet d’une réflexion approfondie, le sujet des tenues qu’il convient d’y porter est peu voir pas abordé hormis sous l’angle institutionnalisant de l’uniforme de l’écolier.

Ainsi, en marge de ces considérations éducatives, ce sont souvent les contraintes économiques qui décident la composition des garde-robes enfantines. Dans les milieux populaires au tournant du xxe siècle et jusqu’à l’émergence d’un prêt-à-porter bon marché dans les années 1960, la culotte courte des garçonnets sortis des robes et barboteuses de la prime enfance se justifie certainement par ces considérations domestiques. Plus que pour raffermir les chairs d’enfants turbulents, c’est davantage pour éviter les jambes de pantalons percées et la garantie d’un vestiaire durable que l’on fait le choix d’une tenue non couvrante en toutes saisons. À cet incontournable des garde-robes des garçonnets s’associent les blouses et les robes quotidiennes que l’on se transmet dans les fratries et qui deviennent alors l’apanage de l’enfance. Ces tenues uniformes et portées tout au long de l’année signent un style hors du temps et des saisons qui contribue à la mise à part de l’enfance. Ainsi, accommodant les principes éducatifs aux contraintes économiques, « l’assaisonnalité » se mue en une question de style : style vestimentaire comme style d’éducation.

Assaisonner l’enfance : de l’intemporalité du style pour enfants

De toutes saisons ?

« Festons, broderie anglaise, petits plis, rubans et smocks, et des robes blanches, même en hiver. »
« Exercice de style », Les cahiers du jardin des modes, no 63, octobre 1951, p. 54.

« No more seasons », Marithé et François Girbaud, Automne-hiver 2008, photographe Steve Hiett.

« No more seasons », Marithé et François Girbaud, Automne-hiver 2008, photographe Steve Hiett.

© Collection particulière.

« Ces broderies paysannes », Le Petit écho de la Mode, no 37, 15/09/1940, couverture

« Ces broderies paysannes », Le Petit écho de la Mode, no 37, 15/09/1940, couverture

© Collection musées de Cholet.

En l’absence d’une politique de collecte cohérente du fait vestimentaire de l’enfance dans les musées français, les archives de la confection permettent d’observer les contours de cette apparente uniformisation des garde-robes de l’enfance du milieu du xixe siècle aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. Au premier abord, les catalogues d’hiver ou d’été des grands magasins, tels ceux du Bon Marché des années 1882 à 1884 et les magazines familiaux comme La Mode Illustrée des années 1870 à 1895, révèlent un vestiaire dont la composition et les formes restent immuables. Quels que soient les âges et les genres, la mode enfantine de cette période montre une continuité stylistique étonnante d’une saison à l’autre qui ne peut être simplement liée à l’introduction du chauffage central dans les appartements bourgeois citadins au début du xxe siècle15. Le rythme lent de la confection avant l’arrivée du prêt-à-porter, le caractère secondaire de la mode enfantine dans l’industrie du vêtement et la transmission systématique des pièces maîtresses des garde-robes enfantines d’une génération à l’autre, ne seraient-ils pas les causes de cette absence apparente de saisonnalité chez l’enfant ?

Les légendes des catalogues de vente par correspondance et les préconisations journalistiques montrent cependant que si les formes restent identiques d’une saison à l’autre, les textures et les matières varient. Au fil de l’année, les costumes marins en lin remplacent ainsi le jersey de laine hivernal, le madapolam se substitue à la flanelle et les robes de coton sont coupées dans de chauds lainages. Ces modulations en fonction des évolutions climatiques justifient, à partir du Second Empire, une offre commerciale axée sur l’important moment du renouvellement des garde-robes au changement de saison.

Le principe de superposition se substitue ou alterne avec l’adaptation des matières pour protéger l’enfant du froid. Ainsi, le mille-feuille qui forme les langes des nouveau-nés permet cette adaptation à la température dans l’uniformité du style. Les illustrations des magazines féminins de l’époque montrent la manière dont les tenues se composent de multiples vêtements superposés – brassières, robes jacksons, fonds de robes – en fonction des conditions climatiques quand le manteau ou la robe de dessus reste ornée de flots de dentelles blanches ou crèmes. Immuable dans sa forme mais adaptée dans sa texture et sa composition, la layette convient ainsi à un enfant stylistiquement uniformisé en toutes saisons.

De la même façon, les sous-vêtements des plus grands ont cette utilité première de réchauffer le corps, parfois en se substituant dans cette fonction aux vêtements de dessus auxquels on attribue des fonctions sociologiques plus évidentes. Calorifuges autant qu’hygiéniques, les bodys et maillots de corps qui remplacent les brassières et corsets dans les années 1950, tels ceux qui ont fait la réputation de l’enseigne Petit Bateau, sont incontournables dans la composition des tenues hivernales des enfants français. Autre exemple de cette utilisation des sous-vêtements pour palier la légèreté des tenues de dessus, porté sous les robes en cas de grand froid, le pantalon des fillettes fait initialement partie de ces pièces hivernales qui ne pourront raisonnablement être portées que par mauvais temps, bien avant de devenir une tenue quotidienne de dessus dont on autorise le port à l’école dans les années 1960. Ils trouvent certainement un équivalent dans les leggings contemporains qui viennent habiller les jambes des plus jeunes sous des tuniques et des jupes bien courtes.

« On s’étonne souvent, écrit ainsi Femina en 1907 à la rubrique “Modes enfantines”, de voir durant la saison froide les enfants anglais et américains vêtus de piqué blanc ou flanelle légère, mais sous ce costume presque semblable à celui de l’été, maillots et combinaisons de laine donnent une indispensable chaleur16. »

Particulièrement observable avant le développement d’une mode enfantine abondante et accessible, la standardisation de l’enfance et son uniformisation tout au long de l’année témoignent de la volonté de maintenir l’enfant dans un statut hors de toute appartenance et contrainte temporelle, par le port d’un style qui ne change pas et qui lui est propre. Cependant, l’enfant en cours de socialisation intègre les données de temps pour envisager son appartenance à une histoire à laquelle il participe et envisager son futur d’adulte. Ainsi, durant ces années de construction sociale et dans le contexte d’une uniformisation stylistique de l’enfance, le temps s’invite certainement d’une autre manière que par le seul biais de l’alternance des saisons dans un vestiaire par définition socialisant.

Les âges comme seuls repères

« Quand ils sont devenus trop grands pour porter la petite culotte de velours noir et les jabots de crêpe de Chine dont leurs mamans aimaient à les parer ; entre sept et onze ans, c’est le costume marin qui leur sied le mieux. […] La culotte longue ne me paraît pas devoir servir que pour les habiller ; de même que le marin de serge blanche qui est tout à fait chic […] Mais à partir de douze ans, ces messieurs ne veulent plus entendre parler du marin qui, disent-ils, est bon pour les petits enfants. Comment les vêtir ? Habillons-les donc comme des hommes et faisons-leur faire à leur mesure un costume dit “Oxford”. »
Griseline, « Nos bébés », La femme chez elle, 15 août 1926, p. 14.

Face à cette uniformisation calendaire de l’enfance, dans le contexte étudié, les changements de garde-robes suivent un autre rythme, orchestré par un adulte conditionné par le consensus social comme par les besoins de la confection : celui des âges de l’enfance. En effet, le temps est un facteur d’enfance autant qu’il conditionne le style dont on le revêt. Dans ses premières années de vie, l’enfant double de taille et de poids et suit une courbe en constante croissance jusqu’à sa maturité. Aux besoins de renouvellement saisonnier liés aux modulations climatiques décrits précédemment, coïncide donc la nécessité d’un changement de garde-robe lié à l’évolution morphologique17. Depuis les années 1860, la confection, par le biais des catalogues commerciaux, témoigne d’une offre adaptée aux mesures standardisées en fonction des âges et d’une répartition de l’offre vestimentaire enfantine en comptoirs qui différencient des périodes dans l’enfance. Cette segmentation et le vocabulaire afférent se renforcent à la fin du xixe siècle pour donner lieu à des catégories immuables, certainement inspirées du système commercial anglais alors en vigueur. Elle distingue les collections pour nouveau-nés ou layette, des offres à destination des bébés ou babies, des enfants qui commencent à marcher (toddlers anglo-saxons), des fillettes et garçonnets puis des jeunes gens, ajoutant parfois à cette grille des âges la catégorie des « cadets » à partir des années 195018.

La systématisation et la complexification de la segmentation des vestiaires de l’enfance sont renforcées par la spécialisation de son équipement et l’intérêt grandissant que la société lui porte au début du xxe siècle. À l’instar des discours autour de la réglementation vestimentaire du deuil alors extrêmement populaires19, la presse de mode de cette époque cherche à tourner les usages et convenances en schémas logiques qui obéiraient à un calendrier figé et y trouve l’ingrédient de ses commentaires sur l’enfance. Les magazines insistent sur l’importance de ces étapes dans l’enfance auprès de parents qui, loin de ces considérations commerciales, agissent de toute façon selon leurs propres règles.

En 1909, Le Moniteur de la Mode peut écrire à la rubrique « Le trousseau des petits garçons » :

« De deux à quatre ans – lorsqu’on met aux bambins la blouse longue et la première culotte, on combine leur trousseau de lingerie pour qu’il s’harmonise avec ces vêtements de grand garçon. Les chemises de jour sont encore décolletées et à manches courtes, tout exprès pour plaire aux mamans qui sont fières des bras potelés, mais ce sont des chemises à pans. […] Vers quatre ou cinq ans, les garçons quittent la chemise à manches courtes, pour la chemise marin dont l’encolure est bordée d’une bande en forme. […] Les garçons plus grands ont, à la place du corset, le gilet de coutil ou les bretelles qui les charment parce qu’ils s’habillent alors comme leur papa20. »

Aarrekid, Printemps-été 2012.

Aarrekid, Printemps-été 2012.

Combinaison « Renne », Lipfish, Hiver 2012.

Combinaison « Renne », Lipfish, Hiver 2012.

Dans ce schéma logique instauré par les prescripteurs et la confection, le passage d’un âge à l’autre est généralement conditionné par l’un de ces événements qualifiés par Arnold Van Gennep de rites de passage21. Dans le contexte étudié, les mutations vestimentaires suivent en principe mais pas de manière exclusive les obligations de la religion catholique. Ainsi, l’exemple de l’abandon de la culotte courte dans la France bourgeoise de la première moitié du xxe siècle est particulièrement significatif. Dans ce contexte, la transition de la culotte courte au pantalon s’effectue à une période qui correspond à celle de la communion solennelle, cérémonie qui marque l’entrée de l’enfant dans le monde des adultes. Pourtant, l’Église n’est pas seule en cause dans la décision qui conduit à attester le passage d’un âge à l’autre par un changement de garde-robe. Comme l’illustre l’exemple du grand-oncle de l’historien de l’enfance, Philippe Ariès qui a dû passer l’oral du concours de l’École Polytechnique dans cette tenue d’enfant22, chaque famille a ses propres règles en la matière. Certains individus sont presque adultes physiologiquement quand ils sont toujours sur le plan vestimentaire et donc social cantonnés dans leur position d’enfant et ce indépendamment de leur statut vis-à-vis des institutions.

Il convient donc de relativiser l’importance de l’Église ou de toute autre institution dans le séquençage de l’enfance autant que dans son orchestration en un schéma commercial organisé. La réglementation familiale prend en compte non seulement l’évolution morphologique de l’enfant mais également sa capacité d’être responsable en dehors de tout système logique. Au début du xxe siècle, l’attribution des tenues de jeu – salopettes, barboteuses, ensembles en maille, blouses – ou du costume baby dont le nom souligne l’âge du porteur, caractérisent l’entrée dans la petite enfance sans cérémonie particulière. Le passage d’un niveau de reconnaissance à un autre est simplement agréé par le consensus social23. À la même époque, aucune réglementation cultuelle ou commerciale ne justifie l’abandon de la robe chez les garçonnets du début du xxe siècle pour le port de la culotte courte, si ce n’est que cela correspond au moment où l’on admet qu’il doit quitter la petite enfance24.

Ce sont, depuis les années 1970, le besoin d’autonomie de l’enfant et son évolution au sein de l’institution scolaire qui, plus subtilement, marquent les passages d’un âge à l’autre. Ainsi, les enfants voient leurs garde-robes changer et se modifier sensiblement parce qu’ils sont scolarisés pour la première fois et doivent porter des tenues leur permettant plus d’autonomie en termes d’enfilage ou de fermeture. Les conseils donnés aux familles par l’École Maternelle contemporaine insistent sur cette nécessité d’autonomie vestimentaire25. Le passage du cours élémentaire au cours moyen de l’École Primaire est également l’objet d’un changement subtil du mode de composition des vestiaires, quand l’entrée au collège s’impose comme une étape essentielle de mutation des garde-robes.

La segmentation des vestiaires en fonction des âges s’opère différemment selon les contextes historiques mais reste un mécanisme associé exclusivement aux garde-robes enfantines. Ainsi, la fragmentation des garde-robes, qui conditionne l’économie de la mode et l’organisation de la confection, accompagne et révèle les niveaux de socialisation de l’enfance. Dans ce sens, les saisons de la mode enfantine ne sont pas primordialement climatiques mais sociales.

Le « renouvellement » : ritualisation des vestiaires enfantins

La nature ne dicte donc pas seule le calendrier de la mode enfantine. Les contraintes sociales, qu’elles soient familiales, institutionnelles ou imposées par la confection, affectent l’enfant lorsqu’il est question de se couvrir ou d’adopter une tenue estivale. Ainsi, le changement de garde-robe à l’arrivée des beaux jours n’est pas toujours justifié par un adoucissement notable des températures ou par la croissance de l’enfant. Le « renouvellement » peut avoir lieu en dehors de toute contrainte liée à l’enfant ou au climat, simplement parce que c’est le moment négocié et ritualisé socialement. L’histoire crée l’occasion. Ainsi, d’une manière arbitraire, on décide du passage d’une garde-robe d’hiver aux tenues de printemps, au prix de bien des refroidissements. Dans les années 1950, les cérémonies de Pâques, qu’elles aient lieu en mars ou en mai, instituent le moment où l’on quitte les lainages pour les robes de coton blanches, les chapeaux de paille d’Italie et les cardigans fins. L’institution scolaire joue un rôle équivalent à celui de la religion dans ce jeu vestimentaire. La rentrée des classes sonne le glas des robes d’été et invite, même sous le soleil écrasant du début du mois de septembre, à porter les collants de laine et les pantalons de flanelle. Les magazines féminins font leurs marronniers de ces mutations des vestiaires obligatoires et aident les mères à choisir les tenues d’écoliers ou les garde-robes des vacances d’été les plus appropriées et les plus à la mode sans concession particulières pour les considérations climatiques.

Des événements particuliers, traditionnellement scandés par le calendrier religieux, s’invitent dans la mode enfantine et permettent à l’enfant de s’inscrire, en partenaire de l’adulte, dans un quotidien calendaire mis en scène d’un point de vue vestimentaire. Parmi ces moments de vie, les fêtes de fin d’année, Noël chrétien ou Nouvel An, muées en fêtes consuméristes dans la période contemporaine, se parent de velours, de strass, d’écossais, de rennes aux nez rouges et de Pères Noël clignotants inspirés par la culture anglo-saxonne. Ces textures viennent orner des pulls, des robes et surtout des pyjamas portés par les enfants durant les longues soirées d’hiver septentrionales. Dans ce partenariat vestimentaire qui tourne en fonction des saisons en véritable esthétique chorale, l’enfant porte ses propres motifs et couleurs qui, particulièrement depuis les années 1930 et l’identification d’une culture matérielle enfantine particulière, le distingue tout en lui permettant de s’imprégner du cycle du calendrier. Partenaire de l’adulte et parfois doté d’un rôle dans une partie qui ne peut se jouer sans lui, l’enfant est convié à participer à une vie sociale négociée sur le plan des usages vestimentaires. Assorti à l’adulte, il ne porte pas moins un style qui lui est propre et souligne son statut d’enfant.

Ces événements comme le changement saisonnier de garde-robe sont généralement marqués par une évolution des textures mais aussi des couleurs et des types d’ornementations. Les culottes courtes des garçons, sombres en hiver, s’éclaircissent à l’arrivée des beaux jours et les robes des filles de coupes identiques, s’ornent de motifs qui varient en fonction des saisons. Les magazines de mode familiaux comme le populaire Petit écho de la Mode ou la revue hebdomadaire pour les fillettes Lisette proposent régulièrement de nouvelles façons d’accommoder les garde-robes en fonction du calendrier : « Ces broderies paysannes aux couleurs vives égaieront vos tricots d’automne26. » Que ce soit dans un cadre domestique comme l’évoque cet exemple, ou dans le contexte de l’industrie de la mode, ces motifs et couleurs sont généralement inspirés par le cycle de la nature. La palette se nuance de couleurs que l’on se représente comme printanières ou automnales. Les motifs illustratifs et édifiants sont finalement éducatifs et permettent de sensibiliser l’enfant au temps qui passe comme au temps qu’il fait. Ainsi, lorsque la nature, bouleversée par les changements climatiques contemporains, ne s’exprime plus d’une manière attendue, les stylistes, comme Marithé et François Girbaud, transforment l’absence de saisons en slogan vindicatif sur des tenues dans la tendance mais finalement hors des contraintes saisonnières.

Catalogue Belle Jardinière, été 1914, couverture

Catalogue Belle Jardinière, été 1914, couverture

© Collection Bibliothèque Forney, Paris.

Modes de Paris, n°731, 01/01/1955, couverture.

Modes de Paris, n°731, 01/01/1955, couverture.

© Collection Bibliothèque Forney, Paris.

Catalogue Belle Jardinière, numéro spécial « Enfants et jeunes gens », Hiver 1905- 1906, couverture

Catalogue Belle Jardinière, numéro spécial « Enfants et jeunes gens », Hiver 1905- 1906, couverture

© Collection Bibliothèque Forney, Paris.

Activités et moments de vie : des temps et des rôles

Envisager les effets du temps sur les vestiaires de l’enfance nécessite de les observer cette fois à l’échelle non plus de l’année mais de la journée. Le quotidien de l’enfant fait se succéder les moments de vie comme les tenues qu’il faut porter parce que le contexte change avec les heures du jour et de la nuit. La variation des vêtements en fonction des activités de l’enfant suit le dictat des convenances et des usages. Ces tenues correspondent à des rôles que l’enfant doit jouer ou à la manière dont il s’associe à l’adulte dans un partenariat vestimentaire bien réglé. La multiplication des habits de rôles et vestiaires fonctionnels dépend des moyens dont disposent les familles qui équipent l’enfant et des ressources disponibles : la mode contemporaine, en suréquipant l’enfant, multiplient les besoins en vêtements adaptés là où les enfants des classes populaires du début du xxe siècle n’avaient que deux tenues – l’une pour la semaine, pour la plupart du temps une blouse, et l’autre pour le dimanche, bien vite enlevée une fois l’office religieux passé.

Quelques exemples permettent d’illustrer plus précisément les modalités de ces changements de tenues. Ainsi, dans son quotidien bourgeois de la fin du xixe siècle, après être passée de la robe de chambre à la tenue de matinée, la petite Marguerite d’Henri Demesse illustrée par Adrien Marie, enfile enfin sa tenue de sortie : « C’est alors qu’il faut s’habiller pour de bon ! […] Dix minutes après, Mlle Marguerite frisée, pomponnée, coiffée d’un joli chapeau de paille d’Italie orné de rubans crème et d’une plume d’autruche, vêtue d’une petite robe légère toute brodée et garnie d’une ceinture en soie crème, chaussée de mignons souliers – bras et jambes nus – tenant, d’une main son cerceau et de l’autre son seau et sa pelle, sort avec sa bonne27. » Qu’elle soit à la plage, en bicyclette ou au jardin, la Martine des albums Casterman témoigne d’une garde-robe parfaitement adaptée aux activités comme aux contextes, et assortie à celle de ses amis28. Dans les mêmes années 1950, la marque Ladybird fait de ces garde-robes quotidiennes et vestiaires de jeu sa spécialité sur un marché britannique particulièrement sensible à la parfaite adéquation des vêtements aux usages comme aux climats incertains.

Si l’on comprend l’intérêt d’une garde-robe fonctionnelle pour des enfants en cours de socialisation, le découpage vestimentaire des journées n’apparaît cependant pas si essentiel pour un nourrisson dont la journée s’organise au rythme des tétées et des moments à vivre. Quelle importance pour les nouveau-nés d’alterner les tenues au prix d’un habillage pas toujours simple alors qu’il serait bien plus pratique de porter la grenouillère en permanence. Pourtant, indépendamment des besoins de protection, on habille et déshabille les nouveau-nés plusieurs fois par jour au prix de manipulations parfois hasardeuses. La texture est un critère de distinction des tenues de jour et de nuit auquel le bébé est éduqué au quotidien : les éponges des pyjamas de nuit se distinguent par exemple dans la layette contemporaine des cotonnades et satinettes des vêtements de jour et de sortie. Par ailleurs, très étrangement pour des enfants qui ne sont nullement réceptifs au message porté par la tenue, motifs et mots imprimés font la différence entre les tenues de jour et de nuit. Chez Catimini, un semainier de bodys est ainsi proposé aux parents plus qu’aux nourrissons : chacun des sept bodys étant marqué d’un jour de la semaine et orné d’un motif différent, quand bien même il est invisible sous la tenue et illisible par l’enfant. Ces exemples illustrent la portée pédagogique de garde-robes enfantines envisagées par l’adulte comme des outils socialisants pour l’enfant. En se changeant, l’enfant apprend ainsi le rythme du temps, la succession des moments, pour finalement s’imprégner de cette coordonnée de l’histoire qui contribue à le définir : le temps. Cependant, l’appartenance à l’histoire est autant liée au lieu et à l’environnement auxquels l’individu s’identifie qu’à la stricte donnée temporelle29. Le contexte auquel l’enfant appartient est autant celui de sa famille, de son milieu et de son lieu de vie que l’époque dans laquelle il évolue. Ces coordonnées qui constituent l’histoire conditionnent également le climat et finalement les saisons qui en découlent. Chez l’enfant, l’éducation à l’histoire passe nécessairement par la sensibilisation à ces données géographiques autant que sociologiques qui définissent son appartenance ethnique.

Un style dans l’histoire : acclimatation des enfants et spatialisation du style

Être d’un lieu et pas d’un autre conditionne ainsi le style vestimentaire de l’enfant, quel que soit son âge. L’enfant n’est pas habillé de la même façon selon qu’il grandit en France ou en Angleterre, en Europe ou en Asie. Malgré l’argument d’une globalisation de la mode, des modulations stylistiques sensibles contribuent à la construction de son identité géographique par le vêtement, sans qu’il soit nécessairement question à ce propos d’accompagner des usages divergents ou de s’adapter au climat d’un lieu. Ainsi, l’enfant s’habille dans le style de son pays, de son lieu de naissance, de son lieu de vie, voire même, pour un enfant qui s’identifie par son appartenance familiale, du lieu d’origine de ses parents.

Quand l’adulte adopte une neutralité de circonstances, la mode enfantine révèle ce lien au lieu auquel on s’identifie, quelle que soit l’échelle de ce territoire. Elle peut même parfois, et selon les contextes, se teinter de patriotisme. C’est sûrement cet élan qui justifie le port de costumes marins « nationaux » sous le Second Empire : les jeunes garçons bourgeois et aristocrates portent au quotidien des tenues inspirées par les armées locales quand leurs parents sont vêtus dans un style uniforme. Durant la Deuxième Guerre mondiale, les imprimés d’épis de blés et de coquelicots comme les toiles nationales des marinières destinées à la mode enfantine témoignent également de la manière dont les adultes utilisent les plus jeunes pour faire passer non seulement leurs messages politiques mais aussi leur lien à la patrie30. Victoria d’Angleterre jouait de ce pouvoir vestimentaire en faisant porter alternativement à ses enfants, sur les portraits officiels, le kilt pour séduire des industriels écossais et le costume marin anglais pour révéler la puissance de sa flotte. Dans une improvisation vestimentaire constante, l’enfant peut revêtir toutes les histoires, être de toutes les appartenances et incarner, toujours, l’histoire de ses parents.

Dans l’évocation de cette question d’adaptation au lieu dans lequel on vit et donc au climat, les vestiaires des colons du xixe et du début du xxe siècles sont particulièrement exemplaires. Ainsi, dans les collections du musée national d’Écosse (Édimbourg), une robe de cotonnade jaune des années 1920-1925 de style britannique dans sa forme mais brodée de motifs floraux en Inde montre la façon dont les familles vivant au sein des territoires lointains de l’Empire britannique acclimatent leurs enfants en leur faisant porter des tenues métissées qui témoignent toujours de leur lieu d’appartenance31. La nécessité de cette adaptation peut être climatique : elle affecte cependant toujours plus l’enfant que les adultes qui accessoirisent simplement leur tenue habituelle d’un casque colonial ou qui lui font prendre des couleurs plus claires, quel que soit le degré réel d’ensoleillement local.

Micro ou macro, les lieux d’appartenance varient et leurs frontières fluctuent au gré des échelles d’observation. On fait ainsi la différence entre une mode parisienne et un goût provincial, entre un style nordique et une garde-robe méditerranéenne, entre la mode occidentale et orientale, chez l’adulte comme chez l’enfant. La confrontation des petits citadins aux enfants des campagnes révèle cette distinction : Paris serait à la mode, quand la province ne ferait que la suivre. S’il y a un fond de vérité dans cette affirmation qui fait écho au système de transmission de la mode et à l’organisation de la confection jusqu’aux années 1960 ; le résultat est de toutes les façons que l’enfant est lui aussi vêtu dans le style du lieu auquel on l’identifie, que ce soit celui de son origine ou de son lieu de vie. Dans la confection pour enfants contemporaine, une école scandinave se distingue d’un style espagnol, français, britannique ou japonais, révélant des sensibilités vestimentaires différentes et justifiant l’écriture d’une histoire du vêtement d’enfant qui tienne compte de ces variations subtiles qui vont bien au-delà de la succession des saisons.

« À offrir à une puce frileuse »

« À offrir à une puce frileuse »

Babymini, Catimini, Automne-hiver 1981.

« Les petits Benetton tout chauds sont arrivés »

« Les petits Benetton tout chauds sont arrivés »

Benetton, Automne-hiver 1982.

« Rentrons gaiement ! », Au Bon Marché, Automne 1963, couverture

« Rentrons gaiement ! », Au Bon Marché, Automne 1963, couverture

Collection Bibliothèque Forney, Paris.

« Joli mois de mai »

« Joli mois de mai »

Le Petit écho de la Mode, 02/05/1948, p.7.

Adaptations : se fondre dans le décor

« Classique, mais toujours élégant […], le costume marin a encore l’avantage de ne pas dater […]. Le rouge peut être employé pour les costumes de fantaisie portés à la plage ; mais je vous conseille, chères petites amies, de l’écarter quand il s’agit de costumes pour la ville. »
« La petite mode : le costume marin », Lisette, no 28, 14/07/1935, p. 12.

L’étude du fonds d’archives Scottish Life du musée National d’Écosse révèle quelques clichés étonnants : aux côtés de parents endimanchés dans le plus pur style bourgeois du début du xxe siècle, un garçon pose en kilt et pieds nus, un bâton à la main, tel un paysan des Highlands. En comparant cette scène à celle d’enfants posant sur une plage en blazers de jersey rayé ou en costumes marins, l’adaptation de l’enfant à son milieu de vie s’impose. Plus que l’adulte qui conserve généralement le style de son milieu d’appartenance, l’enfant est invité à faire varier ses tenues en fonction des environnements dans lesquels il évolue. Ainsi, durant tout le xxe siècle, il ne porte pas la même garde-robe à la campagne, à la ville ou à la plage : même les costumes marins varient dans leurs formes, textures et se fondent dans la couleur locale quand l’adulte porte une tenue convenable au style cependant inadapté. Ainsi, la manière d’adopter un style pêcheur en villégiature, paysan à la campagne, montagnard sur les hauteurs, est le sujet d’articles réguliers dans la presse de mode et presque un thème exclusif durant la première moitié du xxe siècle. L’enfant plus enclin que l’adulte à ces jeux stylistiques, n’est pas déguisé aux yeux de ses parents : par son vêtement, il s’identifie et s’adapte à un milieu dans lequel il vit, cependant différent de son origine familiale.

Ainsi, observer les effets de l’histoire sur le style pour enfants, c’est noter la façon dont, contrairement à l’adulte, l’enfant en cours d’imprégnation des usages, révèle par sa tenue l’appartenance à son lieu comme à son milieu de vie. L’enfant porte des tenues qui ne sont pas des travestissements mais simplement l’expression de son acclimatation, quand l’adulte reste investi de son statut et s’identifie à son histoire originelle autant qu’à celle dans laquelle il s’inscrit. L’histoire de la mode enfantine, chronologique, doit donc aussi être locale, et environnementale, pour révéler la façon dont, par le style, l’enfant est éduqué aux notions d’appartenance et d’identité, apprend le temps qui passe et l’interaction voulue ou non avec son écosystème.

L’étude de l’assaisonnement des garde-robes de l’enfance nous a donc conduits bien loin des seuls pulls de Noël et des blouses de la rentrée des classes. Éducation à l’histoire autant que socialisation, l’imprégnation de la notion de temps par le biais de la sensibilisation aux saisons ainsi qu’au cycle du calendrier, est une donnée fondamentale de la construction sociale de l’enfant qui s’exprime particulièrement dans le vêtement et témoigne de styles éducatifs variés. Du découpage de l’enfance en âges définis par un style vestimentaire uniforme tout au long de l’année dans lequel les concessions faites au climat passent inaperçu, à une garde-robe versatile qui, particulièrement depuis l’essor du prêt-à-porter, fait varier les formes au gré des activités et des moments de vie, l’enfant est l’objet d’une éducation vestimentaire basée sur la notion de temps mais aussi sur l’appartenance au lieu et à l’environnement. La mode frivole et versatile est ainsi un véritable outil éducatif quand il s’agit d’enfance. La confection relaie les styles éducatifs dans la conception des garde-robes. L’industrie de la mode orchestre les besoins des adultes en termes de partenariat vestimentaire, de socialisation de l’enfant, d’apprentissage de l’histoire. Par le style et par un vêtement qui s’incarne en tant qu’outil éducatif dans les mains de l’adulte, l’enfant apprend à être autant qu’à s’adapter et à s’acclimater à une histoire qu’il tend à faire sienne. Il s’imprègne du temps qu’il fait, comme du temps qu’il est, pour mieux envisager sa vie sociale et son futur.

« La vie en rose et bleu », double-page, magazine Tricot, fin des années 1960.

« La vie en rose et bleu », double-page, magazine Tricot, fin des années 1960.

© Collection Modes pratiques.

Sauf mention contraire, les définitions sont tirées de l’ouvrage : Catherine Join-Diéterle, Françoise Tétart-Vittu, La mode et l’enfant, 178O…2000, catalogue de l’exposition, musée de la Mode de la Ville de Paris-Palais Galliéra, éd. Paris-musées, Paris, 2001.

Bibliography

Petit précis de mode enfantine

Des formes

Burnous : vêtement de sortie apparu sous le Second Empire. Cape à capuchon rappelant le passe-couloir ou la sortie de bain, il se confond avec le paletot […] Il est encore porté jusque dans les années 1960. (p. 38)

Nid d’ange : il se substitue dans l’entre-deux-guerres aux toilettes de nuit recommandées dans la seconde moitié du xixe siècle. « On distingue le nid de naissance, avec oreiller intégré, de la « duvette » ou « gigoteuse », sac arrondi dont le haut est taillé comme le corsage d’une robe mais sans manches. Dans les années 1980, le nid d’ange devient vêtement de dessus et se confond avec le manteau : se présentant comme un sac, il permet la mobilité des membres inférieurs tout en assurant une bonne protection contre le froid. » (p. 45)

Quicheminote : chapeau de plage emboîtant à large passe porté dès le début du xxe siècle par les mères et les fillettes en bord de mer, dont le nom est inspiré de l’anglais « Kiss me not ».

Grenouillère : Combinaison de nuit à deux jambes et entièrement couvrante portée par les nourrissons et les jeunes enfants, la grenouillère réalisée dans la matière extensible inventée par l’Américain Walter Artz est également appelée babygro dans les années 1960. (p. 52)

Barboteuse : « Les premiers modèles sont vendus dès 1905. Il s’agit d’un costume de plage, en une pièce, pour garçonnet de deux à quatre ans. Au cours des années 1920 […] à la maison, elle fait office de tablier en recouvrant culotte et blouse ; au jardin, en changeant de forme et de tissu, elle devient survêtement ou vêtement ; à la mer, c’est un caleçon-barboteuse permettant de laisser découverte la peau des enfants qui bénéficient ainsi des bienfaits du soleil. […] C’est un vêtement unisexe. » (p. 50)

Maillot : autre nom des langes emmaillotant le corps de l’enfant. À partir des années 1870, le maillot désigne aussi la chemise de maille portée en sous-vêtement par les garçonnets, aux encolures de formes variées (maillot anglais, maillot marin…).

Cache-maillot : « En batiste, en linon et, à partir des années 1850, en piqué de coton, le cache-maillot est une robe [de sortie] qui se compose d’un corsage, fermant dans le dos au moyen de coulisses à l’encolure et à la taille, et d’une longue jupe. » (p. 35).

Body : « Créé dans les années 1970, le body est une adaptation du justaucorps de sport, boutonnée à l’entrejambes. […] Il reprend les principes d’ouverture des brassières américaines, croisées sur l’épaule ou sur le ventre. » (p. 21).

Brassières : « Longtemps, le premier vêtement porté par l’enfant comme par l’adulte est la chemise. […] Par-dessus viennent deux brassières, la première en laine tricotée ou en flanelle, la seconde en boutis ou en piqué de coton. […] À partir des années 1920, on se contente d’une seule brassière en laine tricotée, passée sur la chemise. L’utilisation en France, dans les années 1950, de l’interlock, indémaillable, en coton très doux, conduit tout naturellement à la suppression de la chemise au bénéfice de la brassière seule portée aujourd’hui. »

Jackson : Type de jupon au corsage croisé dans le dos en cache-cœur et attaché devant par deux rubans noués, sa jupe parfois ouverte devant, l’est aussi derrière, ce qui permet d’en replier les pans dans le lit pour ne pas la mouiller et de changer facilement le bébé. Porté dans la seconde moitié du xixe siècle jusqu’aux années 1930. « Ce terme est cité à la fin du Second Empire dans la description des layettes. Il a peut-être pour origine les créations de Louisa L. Jackson, auteur des manuels de coupe L’Américaine, publiés à la même période. Progressivement, on assiste à une confusion des termes : ainsi des couvre-langes en forme de Jackson son vendus aux Galeries Lafayette en 1912. » (p. 41).

Des techniques et des matières

Nansouk : fine toile de coton d’aspect soyeux utilisée pour la réalisation des couvre-langes dans toute la deuxième moitié du xixe siècle.

Flanelle : étoffe douce et légère de laine peignée ou cardée, à tissage assez lâche. On l’utilise pour la réalisation des jupons des nouveau-nés jusque dans les années 1930. (www.cnrtl.fr)

Coutil : toile solide de chanvre, de coton ou de lin au tissage croisé fortement serré. Elle est utilisée pour la production de vêtements de dessus pour les jeunes enfants jusqu’à la Première Guerre mondiale. (www.cnrtl.fr)

Feston : découpure ou point de broderie utilisé en bordure de tissu et formant des motifs d’arcs accolés. Point de feston. Point bouclé qu’on utilise pour broder des festons (cf. T. De Dillmont, Encyclopédie des ouvrages de dames, Mulhouse, s.d., p. 47). (www.cnrtl.fr)

Piqué de coton : Tissu épais façonné, généralement de coton, dont le tissage forme des dessins géométriques semblables à des piqûres (www.cnrtl.fr).

Grébiche : « Les grébiches ! Voici une appellation nouvelle et intéressante, représentant une des fantaisies de notre parure ! Les grébiches sont de petites pinces, dorées ou nickelées, formant une sorte de garniture que l’on pose aux bords des coutures de nos robes et de nos manteaux, autour de nos rubans, de nos chapeaux, de nos sacs, etc. Pour la pose, il suffit d’appuyer fortement sur la grébiche pour la fixer au tissu. » (Le Petit écho de la mode, 1926, 3 oct., 17 ds Quem. DDL t. 16).

Madapolam : étoffe de coton employée en lingerie, de texture intermédiaire entre le calicot et la percale, ce tissu tient son nom d’un faubourg de la ville de Narasapur (Madras, Inde), où il était fabriqué en 1823. (www.cnrtl.fr/)

Bibliographies sélectives

Histoire de l’enfance

Ariès, Philippe, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, éd. Plon, 1960.

Ariès, Philippe, et Duby, Georges (dir.), Histoire de la vie privée, t. IV : De la Révolution à la Grande Guerre, éd. Seuil, Paris, 1987.

Becchi, Egle et Julia, Dominique, Histoire de l’enfance en Occident : du xviiie siècle à nos jours, éd. Seuil, Paris, 2004.

Laneyrie-Dagen, Nadeije (dir.), Les grands événements de l’histoire des enfants, éd. Larousse, Paris, 1995.

Luc, Jean-Noël, L’invention du jeune enfant au xixe siècle, de la salle d’asile à l’école maternelle, éd. Belin, Paris, 1997.

Traités d’éducation abordant la question du vêtement et de l’hygiène enfantine

Anonyme [en ligne], « Les étapes de l’habillement utilitaire éducatif », accessible à : www.educatout.com dernier accès le 24/07/2016.

Bidart, Des parents éducateurs. Conseils pratiques pour assurer aux enfants bonne santé et bon caractère, éd. A.T. Bidart, Tarbes, 1890.

Celnard, Isabelle, Manuel des nourrices, Jules Renouard Librairie, Paris, 1834.

Chabanas, A. & C., Mme Augustin, Sciences appliquées de classe de fin d’études, éd. Hachette, Paris, 1949.

Chalamet, Rose-MagdeleineClémence-Elise, La Première année d’économie domestique. Morale, soins du ménage, hygiène, jardinage, travaux manuels, suivie de notions d’instruction civique et de droit usuel… à l’usage des écoles de filles, éd. Armand Colin, Paris, 1893.

Courtois, G. (Abbé), L’Art d’élever les enfants aujourd’hui, éd. Fleurus, coll. » Psychologie et éducation », Paris, 1951.

Lamounette, B., Collet, E., L’enfant vit, s’habille, se loge : leçons d’enseignement scientifique, à l’usage des écoles primaires, éd. Garnier, Paris, 1907.

Locke John, Some thoughts concerning education, éd. Churchill, 1693.

Mocquillon, H. (Abbé), L’Art de faire un homme, conseils pratiques d’éducation moderne : de la première enfance à la fin des études, Librairie Molière, Paris, 1906.

Moll-Weiss, Augusta (Mme), Le Foyer domestique, cours d’économie domestique, d’hygiène et de cuisine pratique professé à l’école libre et gratuite d’économie domestique et d’hygiène de Bordeaux, éd. Hachette, Paris, 1905.

Montessori, Maria, L’enfant, éd. Desclée de Brouwer, Paris, 12e éd. : 1936.

Ouroussow, Marie (Princesse), L’éducation dès le berceau, éd. Fishbacher, Paris, 1889.

Rousseau, Jean-Jacques, Émile ou de l’éducation, éd. J. Néaulme, La Haye, 1762.

Ruffo, Marcel, Schilte, Christine, Élever bébé : de la naissance à six ans, éd. Hachette pratique, Paris, 2006.

Notes

1  Jean-Claude Quentel, L’enfant, problèmes de genèse et d’histoire, Paris, Raisonnances 2e éd. : 1997. Return to text

2  Pierre-Yves Balut, Théorie du vêtement, Paris, L’Harmattan, 2013. Return to text

3  Catherine Join-Diéterle, Françoise Tétart-Vittu, La mode et l’enfant, 178O…2000, catalogue de l’exposition, musée de la Mode de la Ville de Paris – Palais Galliéra, éd. Paris-musées, Paris, 2001. Return to text

4  Aude Le Guennec, « Du musée à la thèse, vers un modèle d’étude du vêtement d’enfant », Tétralogiques, no 23, mars 2018, pp. 115-142. Return to text

5  Pierre-Yves Balut, Théorie du vêtement, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 59 : « Par armure on entend […] le vêtement qui littéralement travaille pour nous, il est un mode de dispense d’agir. ». Return to text

6  Rose-Magdeleine-Clémence-Élise Chamalet, La Première année d’économie domestique. Morale, soins du ménage, hygiène, jardinage, travaux manuels, suivis de notions d’instruction civique et de droit usuel. à l’usage des écoles de filles, Paris, éd. Armand Colin, 1893, pp. 94-95 : la confection de la layette et du lit du nourrisson y sont détaillées ainsi que le choix des matières appropriées à une protection efficace du bébé contre les courants d’air nocifs. Return to text

7  A. & C. Chabanas, Mme Augustin, Sciences appliquées de classe de fin d’études, Paris, Hachette, 1949, p. 1. « Tout ce que porte le bébé doit concourir à lui conserver sa chaleur. […] Il faudra donc toujours tenir compte des propriétés caloriques des tissus employés pour la confection d’une layette. », 77e leçon : « La layette de bébé », p. 511. Return to text

8  Rose-Magdeleine-Clémence-Élise Chalamet, La Première année d’économie domestique. Morale, soins du ménage, hygiène, jardinage, travaux manuels, suivis de notions d’instruction civique et de droit usuel. à l’usage des écoles de filles, éd. Armand Colin, Paris, 1893. Gabriele Mentges, « La morale de la laine : Gustav Jaeger et le mouvement réformateur du vêtement en Allemagne », Modes Pratiques, no 1, novembre 2015, pp. 350-356. Return to text

9  Affiche de la maque du Docteur Gibaud, maison Pichon Frères, Saint-Étienne, vers 1935, Collection Gibaud, musée d’Art et d’Industrie, Saint-Étienne ; voir par exemple les bodys thermorégulateurs de la marque Climakids, ou les sous-vêtements thermiques de Thermolactyl ; Sarah Ahssen, « My Senses, vêtements intelligents pour bébés, lance son e-boutique », Fashionmag.com, 06/10/2011, fashionmag.com/news, dernier accès le 7 octobre 2011. Return to text

10  Jean-Jacques Rousseau, Émile ou de l’éducation, La Haye, J. Néaulme, 1762. Return to text

11  Jean-Jacques Rousseau, Émile, p. 161. Return to text

12  Abbé H. Mocquillon, L’art de faire un homme : conseils pratiques d’éducation moderne, Paris, Librairie Molière, 1906, p. 98. Return to text

13  Mme Augusta Moll-Weiss, Le Foyer domestique, cours d’économie domestique, d’hygiène et de cuisine pratique professé à l’école libre et gratuite d’économie domestique et d’hygiène de Bordeaux, Paris, éd. Hachette, 1905, p. 174 : « Ainsi les crèches et toutes les créations hospitalières faites pour les enfants devraient diriger leur installation de telle manière que les enfants pussent en quelque sorte vivre au grand air […]. ». Return to text

14  Egle Bechi, « Le xxe siècle », in Egle Becchi, Dominique Julia, Histoire de l’enfance en Occident : du xviiie siècle à nos jours, Paris, éd. Seuil, 2004, p. 390. Return to text

15  « Les robes blanches de l’été, linon et dentelle, piqué et broderie anglaise, se continuent l’hiver, grâce à la température de nos appartements chauffés au calorifère. » Petite maman, « Modes enfantines », Femina, no 163, 01/11/1907, p. 495. Philippe Ariès, Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privée, t. IV : De la Révolution à la Grande Guerre, éd. Seuil, Paris, 1987. Antoine Prost, Vincent Gérard (dir.), Histoire de la vie privée : de la Première Guerre mondiale à nos jours, Paris, éd. Seuil, 1987. Return to text

16  Petite maman, « Modes enfantines », Femina, no 163, 01/11/1907, p. 495. Return to text

17  Anonyme, « Costume des garçons », La Mode illustrée, 1922, p. 189 : « S’il fait froid, la fillette peut porter deux paires de bas superposées lorsque ses chaussures sont assez larges pour que l’épaisseur des bas ne soit pas gênante. Qu’ils soient en daim ou en toile, les souliers blancs seront portés avec les robes d’été ; je ne vous engage pas à les conserver, car ils seraient trop courts l’année suivante à l’époque du renouvellement. » Return to text

18  « Pour les grands jeunes gens… comme pour les cadets et les garçonnets », Catalogue de vente des magasins de la Belle Jardinière, printemps-été 1961, pp. 8-9 : la catégorie des « Cadets » est mentionnée comme un intermédiaire entre les grands jeunes gens et les garçonnets. Return to text

19  Aude Le Guennec, « Le Costume de deuil », Ramage, no 14, 2001, pp. 13-36. Return to text

20  Anonyme, « Le trousseau des petits garçons », Le Moniteur de la Mode, no 34, 21/08/1909, p. 532. Return to text

21  Arnold Van Gennep, Les rites de passage : étude systématique, Paris, E. Nourry, rééd. 1981. Return to text

22  Philippe Ariès, L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, 3e édition, 1973, p. 75 : « Dans ma génération, on quittait les culottes courtes à la fin de la seconde, à la suite d’ailleurs d’une pression sur des parents récalcitrants : on me prêchait la patience en citant le cas d’un oncle général qui s’était présenté à Polytechnique en culotte courte ! ». Return to text

23  « Bonneterie pour enfants », Catalogue de vente du Bon Marché, hiver 1935-1936, p. 93 : sur la même page, des costumes esquimaux pour l’âge d’un ou deux ans ; un petit costume tricot pure laine pour l’âge de deux, quatre ou six ans. Return to text

24  Anonyme, image d’Épinal, s.d., fin du xixe siècle, coll. part. : « Jacquot met aujourd’hui sa première culotte. Il a quitté la robe. À quand la redingote ? Sous son nouveau costume, il charme tous les yeux ! Ne nous en moquons pas. À présent, c’est un homme. Il faudra désormais que partout on le nomme Monsieur Jacquot – Cela le rend fier et joyeux ! ». Return to text

25  «  Vêtements : ils doivent être faciles à mettre seul afin de rendre votre enfant le plus autonome possible (préférez les chaussures à scratch plutôt qu’à lacets, évitez les ceintures…). », www.vosquestionsdeparents.fr, dernière consultation le 20/01/2016. Return to text

26  « Ces broderies paysannes », Le Petit Écho de la Mode, no 37, 15/09/1940, couverture. Return to text

27  Henri Demesse, Adrien Marie, Une journée d’enfant, Paris, éd. Librairie artistique, 1889, p. 39. Return to text

28  Gilbert Delahaye, Marcel Marlier, Martine, Paris, éd. Casterman, à partir de 1954. Return to text

29  Philippe Bruneau, Pierre-Yves Balut, Artistique et Archéologie, mémoires d’archéologie générale, 1-2, Paris, éd. P.U.P.S., 1997, proposition 134, p. 140 : « Participant à la contestation de la vie par la personne, le style est une façon d’appartenir à d’autres temps, lieux et milieux que ceux où l’on vit physiquement. ». Return to text

30  Lou Taylor, « Les marguerites, les lapins et les moulins à vent : la création de textiles “haute nouveauté” lyonnais pendant l’Occupation et les expressions du symbolisme vichyste de 1940 à 1944 » in : Jean-Pierre Lethuillier (dir.), Costumes régionaux, entre mémoires et histoires, Rennes, éd. P.U.R., pp. 379-388. Return to text

31  Robe, 1920-1925, inv.A.1965.603, National Museum of Scotland. Return to text

Illustrations

References

Bibliographical reference

Aude Le Guennec, « Des saisons en enfance », Modes pratiques, 3 | 2018, 80-99.

Electronic reference

Aude Le Guennec, « Des saisons en enfance », Modes pratiques [Online], 3 | 2018, Online since 18 September 2023, connection on 16 October 2026. DOI : 10.54390/modespratiques.394

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Aude Le Guennec

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