De la grenouillère au corps nu, en passant par la robe de chambre, le t-shirt Metallica XXL, le caleçon Pullin, la culotte Petit Bateau, le pyjama intégral à carreaux et la nuisette en soie… si le corps endormi apprécie le poids d’une couette, d’un plaid et d’un traversin, il n’est pas obligatoirement habillé. Au détour d’une rue de Paris, nous vous avons posé la question.
Marie, 27 ans, femme, designer, Paris
Pour ma part, j’ai adopté le t-shirt/culotte depuis mes six ans. J’étais une sorte de princesse au petit pois de la pliure. Je levais constamment mes hanches pour attraper et tirer à son maximum mon t-shirt… Il m’arrivait même de changer de haut plusieurs fois de suite avant de dormir. C’était un peu pareil pour la culotte. Il me la fallait serrée mais pas trop, de préférence en coton et surtout familière. Pour apprivoiser les nouvelles culottes je devais passer quatre à cinq nuits avec elles (par intermittence évidement).
Même en hiver en n’ai jamais porté de pyjamas complets. J’entends par là, le t-shirt manche longue et son pantalon assorti. Je crois que ma mère ne m’en a jamais acheté. Nous avions moi et ma sœur, un peignoir épais en laine que l’on utilisait très peu.
J’ai longtemps utilisé un grand t-shirt un peu trop déformé. Il était à mon père mais s’était retrouvé dans ma penderie. J’en ai bien profité, il m’arrivait de dormir plusieurs nuits à la suite avec. Aujourd’hui je ne sais pas où il est, je ne sais même plus vraiment à quoi il ressemblait. Quand je rentre chez mes parents je porte toujours le même haut vert fluo, trouvé à Emmaus. Je l’aime beaucoup. Je l’assemble avec un pantalon de sport, en guise de tenue du soir, et puis m’en sépare pour dormir culotte/t-shirt. Je pense avoir besoin d’une tenue qui représente ma « zone de confort ». Que je sois seule ou avec quelqu’un je ne change pas mes habitudes. Je dors toujours avec un grand t-shirt.
Je me souviens d’une tenue du soir, pas la mienne mais celle de mon père. Il portait un peignoir et un caleçon. En hiver comme en été. C’était une habitude, il échangeait entre ses deux peignoirs, un jaune et un noir. Il ne l’emportait pas avec lui en voyage, c’était un habit destiné à son chez-soi.
J’ai retrouvé des photos de mes parents avant de nous avoir, les deux portaient le même peignoir rouge. Aujourd’hui j’ai récupéré son peignoir noir, il m’est très grand.
Vincent, 49 ans, homme, juriste, Paris
Je ne suis pas tellement à l’aise à répondre à cette question. C’est un peu comme si vous frôliez mon seuil d’intimité. Oui c’est délicat, parce que la nuit c’est un moment où, qui que l’on soit, nous nous retrouvons dans une position de « faiblesse ». Presque un retour à l’enfance.
Non moi je ne dors pas nu, j’ai horreur de la sensation des « peaux collées ». J’entends par là, la sorte de transpiration qui se forme quand on dort en cuillère avec quelqu’un, ou encore lorsqu’on dort de côté entre nos jambes. Je ne suis pas du tout maniaque, simplement, dormir n’est pas toujours facile alors je m’évite des pensées inutiles. J’ai trouvé mes deux pyjamas dans une grande enseigne et étrangement, j’y ai accordé beaucoup d’importance. Je les avais même essayés en cabine avant de les acheter !
Vous vous rendez compte à quel point il faut être à l’aise dans son pyjama pour supporter toute la nuit le corps en mouvement, le pantalon qui tombe ou se relève, le t-shirt qui se plie et se coince, le cordon qui s’emmêle. Ce peut être un vrai casse-tête d’enfin trouver un pyjama parfaitement en adéquation avec ses attentes. Non je ne suis pas rigide, je suis simplement organisé.
Ma mère dormait avec des nuisettes, elle en achetait à foison en grande surface. J’aimais l’accompagner faire les courses tous les weekends, pour profiter d’un moment privilégié avec elle en voiture. Et comme tous les weekends, nous nous arrêtions longuement au rayon pyjamas pour voir les nouveautés, regarder les tailles, toucher les matières, remarquer les nouveaux motifs… Je ne comprenais pas son engouement pour les nuisettes. C’est plus tard que j’ai réalisé que la nuisette était pour ma mère sa coquetterie de nuit.
Angèle, 85 ans, femme, retraitée, Toulouse
Je dors avec une chemise de nuit mais je cherche désespérément un pyjama confortable depuis des années. Ma fille dit que je suis trop compliquée. Pourtant je ne pense pas avoir trop d’attente, il me les faut pas trop longues, je les aime au-dessus du genou car je suis petite, en coton et de préférences de couleurs pastels. Avant j’allais chez Perri à Toulouse pour me les acheter mais ce magasin a fermé. J’ai remarqué que les pyjamas à la vente aujourd’hui sont vilains comme tout, on y voit des papillons, des fleurs…
Je porte mes chemises de nuit chez moi, dans mon intimité. Il m’arrive de porter autre chose, comme des pyjamas pour dormir à l’hôtel ou chez quelqu’un. Je suis très frileuse, je me fais quotidiennement une bouillotte pour mes pieds, puisque je ne dors pas avec mon mari pour me les réchauffer. Ma mère était sicilienne immigrée en Tunisie, elle portait ses chemises de nuit très grandes, presque frôlant le sol, elles étaient de couleurs chaudes, tout l’inverse de moi.
Henri, 33 ans, homme, commercial, Paris
Je vis seul. Je ne sais pas si cela influe vraiment sur ma tenue du soir. En général je dors nu. Seul ou accompagné. Cela fait longtemps que je n’ai pas utilisé de caleçon.
Il m’arrive d’en garder un quand je ne dors pas chez moi, puisque je me réveille souvent dans la nuit pour faire un passage aux toilettes, et en général je me déplace nu. Alors oui, pour éviter toute situation délicate, je mets un caleçon quand je ne suis pas chez moi.
Je n’aime pas les draps en lin, c’est beau je l’accorde mais ce n’est ni doux ni agréable. Je dors sur le côté quand je suis accompagné et sur le ventre quand je suis seul. Sûrement pour délimiter mon espace personnel. Je n’aime pas la nuit, mes angoisses arrivent toujours au même moment alors je me désencombre de tout ce qui peut me gêner, la couette, les habits...
Je n’ai pas connaissance du pyjama de mes parents, je crois qu’ils sont très pudiques. Ma mère le soir porte un pantalon type jogging comme mon père. Et la nuit pour dormir je ne sais pas, évidemment je ne leur ai jamais demandé.
Marc, 42 ans, homme, ingénieur, Paris
À partir de mes dix-neuf ans j’ai commencé à dormir nu. Ça a marqué mon passage à l’âge adulte. Depuis, il me faut vraiment être malade pour m’habiller sous la couette. Mais j’ai tout de même des habits de maison : un short gris en molleton, que j’ai en plusieurs exemplaires, un bas de pyjama en jersey gris anthracite, un débardeur XL couleur ficelle, et un sweat à grande capuche Abercrombie que j’adorais et que j’ai finalement jeté. J’ai gardé le cordon en relique. J’ai toujours trouvé que le pyjama était un tue-l’amour.
Quand mon frère était encore un ado, il mettait un slip sous son pyjama, ce qui va à l’encontre du lâcher-prise d’un corps endormi. Il lui fallait contrôler tout y compris son sommeil.
Je me souviens de la « loque » que ma sœur trainait partout quand elle était petite. C’était un carré de tissu découpé dans une ancienne chemise de nuit de ma mère en tissu synthétique matelassé. Cette loque lui servait de doudou.
