Des histoires plein les poches

Poches, fétiches et talismans aux xviiie-xixe siècles

DOI : 10.54390/modespratiques.703

p. 66-85

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Fragiles mémoires

Fragiles mémoires

Source : Fragiles mémoires, 2019.

© Manon Escudier.

« Là où les idoles étaient des statues distinctes, les fétiches typiquement étaient des objets fabriqués pour être portés sur soi », la définition que donne William Pietz du fétiche souligne son lien au corps1. Comme le vêtement, le fétiche se porte sur soi. Partageant une étymologie latine commune, feitiçio et facticius viennent du verbe facere – qui donnera aussi le mot fashion en anglais – fétiche, corps et vêtements sont intimement liés2. Quatre notions clés informent d’après Pietz la catégorie du fétiche : l’irréductible matérialité de l’objet, le lien de l’objet-fétiche à une histoire, un récit fondateur dont il est porteur et qu’il réactive, la capacité du fétiche à articuler valeurs individuelles et collectives et le lien du fétiche au corps sur lequel il dispense une protection bienfaisante grâce à l’intervention de forces théurgiques extérieures qu’il convoque3. Il est peu étonnant dans ces circonstances que la poche, contenant réalisé dans le but même de pouvoir garder sur soi, à proximité immédiate du corps, des petits objets portatifs, joue un rôle particulier ici. D’ailleurs, dans les premières tentatives de catégorisation – et de conceptualisation – de la notion de fétiche en Occident analysées par Pietz, on trouve des descriptions faisant référence à des pochettes portées sous les vêtements qui contenaient des charmes4. Si ses analyses replacent le fétiche dans le contexte historique particulier des contacts et échanges entre l’Europe et les sociétés d’Afrique de l’Ouest pour y voir une notion fondatrice de la modernité revendiquée par l’Europe éclairée par opposition à des sociétés « primitives » dominées par des croyances magiques, une analyse des poches européennes aux XVIIIe et xixe siècles montre qu’elles demeurent investies de croyances, parfois surnaturelles, et que s’y jouent de nombreuses pratiques apotropaïques ou talismaniques. Loin des Lumières éclatantes proclamées par le xviiie siècle et l’avènement de la modernité et du progrès associés au xixe siècle, les poches conservent pendant toute la période une part d’obscurité où se logent encore des superstitions ancestrales. Elles abritent aussi une intériorité sentimentale qui au xviiie siècle s’esquisse et peu à peu, se discerne confusément et « où déjà le romantisme prend sa délicate place » avant de triompher au siècle suivant5.

Ironie soulignée par Peter Stallybrass, la « modernité » revendiquée par l’Europe, qu’incarne le capitalisme dans lequel la valeur des objets ne réside pas dans leur matérialité mais dans leur capacité à être échangés, correspond aussi en Occident au triomphe d’un autre fétichisme. Car si cette commensurabilité des valeurs semble dissoudre la matérialité des choses et présupposer un détachement des objets, elle se fonde sur une autre croyance surnaturelle, immatérielle mais prégnante, celle de la valeur, ce que Marx appellera le fétichisme de la marchandise6. Les poches là aussi ont leur rôle à jouer car elles abritent aussi bien les talismans personnels que l’argent permettant aux individus de participer aux échanges marchands, et président parfois à la métamorphose des uns dans les autres. Dans la poche, la pièce d’or peut être retirée de la circulation et se faire souvenir sentimental tandis que le gage d’amour ou d’amitié gardé en poche peut à tout moment être monnayé et reversé dans le jeu de l’échange commercial auquel il avait été un moment soustrait.

Aux xviiie et xixe siècles, les poches des hommes et des femmes ne sont pas identiques. Alors que les hommes ont des poches intégrées à leurs vêtements depuis au moins le xvie siècle, les femmes ont, elles, des poches séparées de leurs vêtements mais non moins intérieures puisque, sous forme de sacs oblongs noués autour de la taille, elles se portent sous la jupe. [figure 1] C’est de ces poches féminines dont il s’agira ici et plus particulièrement des poches des femmes britanniques aux xviiie et xixe siècles, puisque c’est sur ces dernières que s’est concentrée notre étude7. Ni tout à fait intégrées au vêtement, ni tout à fait extérieures à celui-ci non plus, les poches féminines sont à mi-chemin entre vêtements et accessoires. Elles sont liminales et ambiguës et flirtent à la fois avec le visible et l’invisible. Il n’est pas jusqu’à leur existence pendant les deux siècles auxquels nous allons nous intéresser qui ne demeure fantomatique. Les historiens de la mode ont en effet longtemps cru à la disparition des poches détachables à la fin du xviiie siècle, se fondant pour cela sur des articles dans la presse de mode annonçant la mort des poches. Pourtant, les poches continuent à hanter les limites de la parure jusqu’à la toute fin du xixe siècle8. Là, en bordure de l’apparence, les poches conservent le même rôle de garder à portée de main des objets immédiatement utiles à l’existence et d’autres possessions dont la valeur ne se mesure pas toujours à l’aune du marché mais aussi à celle du souvenir et du sentiment9. En outre, alors que les poches masculines existent principalement par leur fonction de contenant, les poches féminines ont la particularité d’être elles-mêmes des objets distincts qui peuvent eux-aussi devenir fétiches. À l’image des objets qu’elles pouvaient contenir, les poches sont parfois elles-mêmes, par leur matérialité, des reliquaires privés chargés de souvenirs, des talismans personnels. Réalisées en peaux ou en textiles, les poches féminines ont en outre une proximité singulière avec le corps. Portées contre la peau, leur localisation sous les jupes autant que leur forme évocatrice en font aussi un objet souvent chargé d’érotisme. La poche éclaire différents aspects de la notion de fétiche : depuis la définition historique et linguistique qu’en donne Pietz jusqu’à l’inflexion économique prise par le terme dans le vocabulaire marxiste ou son utilisation dans l’analyse des comportements fétichistes.

Figure 1 : Poupée, milieu du xviiie siècle

Figure 1 : Poupée, milieu du xviiie siècle

Source : Manchester Art Gallery, inv. MCAG. 1955.21.

© Pockets of History Project.

Figure 2 : Nécessaire de couture donné par la reine Charlotte à Mrs Delany

Figure 2 : Nécessaire de couture donné par la reine Charlotte à Mrs Delany

Source : Royal Collection Trust, RCIN 45126.

© Her Majesty Queen Elizabeth II, 2019.

Figure 3 : Portraits de Sarah Hurst et du Capitaine Smith

Figure 3 : Portraits de Sarah Hurst et du Capitaine Smith

Source : Hurst Family Collection, en dépôt auprès du Horsham Museum and Art Gallery.

© Tom Gardner.

Porte-souvenir

Les correspondances et les journaux personnels des femmes britanniques confirment que les poches étaient utilisées pour conserver sur soi des petits objets personnels à valeur sentimentale. Les poches abritent gages d’amitiés ou d’amour sous forme de portraits, de lettres ou de petits accessoires de poche tels mouchoirs, dés à coudre et autres nécessaires gardés dans la poche pour conjurer l’absence de l’être cher – comme si l’objet par sa proximité physique était doté du pouvoir de pallier l’absence de la personne. En 1781, la reine Charlotte donne ainsi à son amie Mary Delany, connue pour ses travaux d’aiguille, un précieux nécessaire à couture de poche qu’elle désire qu’elle porte sur elle en souvenir de leur amitié alors qu’elles s’apprêtent à passer l’hiver séparées l’une de l’autre10. [figure 2] La proximité physique de l’objet porté sur soi fait de celui-ci le véhicule particulier d’un imaginaire de la proximité sentimentale. La poche se situe dans une zone que l’anthropologue Edward T. Hall, dans ce qu’il appelle sa « proxémique », nomme la zone intime des relations sociales, zone qui se définit par l’intensité des relations qui s’y nouent. Hall s’intéresse aux relations interpersonnelles et sociales mais son analyse peut être étendue aux relations entre sujets et objets, les objets admis dans cette zone jouissant d’un statut particulier.

Je vous fais parvenir enfin la montre et envie son bonheur de se trouver si proche de vous et d’être si souvent sous vos yeux, fréquemment consultée par vous pour savoir comment passe le temps tandis que vos mains s’emploient à d’excellents ouvrages. Mais prenez garde car j’y ai jeté un sort si puissant que chacun des mouvements de son mécanisme vous dira que c’est le battement de mon cœur qui aspire à vous servir et avec plus de fidélité encore que la montre11. C’est avec ces mots que Christopher Wren, architecte de la Cathédrale de SaintPaul à Londres, envoie en 1669 à Faith Coghill, sa future femme, une montre qu’il a fait réparer pour elle. Dans la tradition des poètes métaphysiques de son siècle, Wren mêle l’animé et l’inanimé, le mécanique et l’organique pour exprimer ses sentiments. Mais il saisit aussi par la métaphore quelque chose de la manière spécifique dont la poche, dans sa proximité physique avec le corps devient parfois une extension quasi organique de celui-ci. La poche est portée dans la continuité immédiate du corps, en contact presque direct avec celuici et sa chaleur, à portée de main et atteinte par le toucher seul plutôt que la vue, elle a aussi affaire avec une certaine phénoménologie haptique, un savoir incarné. Ronde, enveloppante, organique, chaude, la poche devient une extension du corps. Entre l’inerte et le vivant, elle est un espace de l’entre-deux, à la fois sur-vestimentaire et sur-naturelle, elle est le lieu du secret et des espoirs intimes, un espace matriciel où adviennent les rêves. Lorsqu’en 1759 Sarah Hurst, fiancée secrètement avec le Capitaine Smith, travaille à leur mariage clandestin, elle porte dans sa poche, leurs deux portraits. [figure 3] Il s’agit de pallier l’absence et de garder le secret, bien sûr, mais l’intimité des portraits réunis dans sa poche agit aussi comme un dispositif votif accomplissant pour la faire advenir l’union projetée et espérée au-dehors12. Se prêtant à des pratiques propitiatoires et théurgiques plutôt que maléfiques, la poche abrite une « bienfaisante étrangeté » qui parfois va ainsi jusqu’à animer les objets qu’elle contient, leur insufflant la vie. Dans une lettre de 1766 où elle remercie son amie de lui avoir envoyé son portrait qu’elle entend garder dans sa poche afin de pouvoir « converser » avec celui-ci, Elizabeth Carter raconte avoir sorti son amie de sa poche lors d’une de ses promenades : « I took you out of my pocket », écrit-elle13.

Porte-bonheur

Les significations des objets gardés dans les poches peuvent être personnelles et sentimentales, comme dans les gages d’amitiés ou d’amour, ou bien correspondre à des croyances partagées. Dans l’étude réalisée par Françoise Bayard sur les poches des cadavres dans la région du Lyonnais aux xviie et xviiie siècles, les textes et objets religieux sont largement majoritaires parmi les possessions des défunts14. Dans ce pays catholique, les chapelets, scapulaires et reliquaires peuplent les poches des cadavres pour apporter à leur propriétaire « protections puissantes » et « ultimes recours » au moment de la mort. Signes de la participation de l’individu à la foi chrétienne, ici catholique, ils servent à garantir que le corps du défunt sera intégré à la communauté des fidèles par l’intermédiaire de la célébration des rites funéraires quelle que soit la raison de la mort – accidentelle ou volontaire15. Ils offrent aussi un réconfort intime à l’individu face à l’inconnu de la mort16. En 1638, dans son autobiographie, Elizabeth Isham, fille d’une famille protestante aisée de la région de Northampton, raconte comment son bien-être spirituel étant jeune fille s’est nourri de passages de la Bible conservés dans sa poche : « Trouvant un jour une page de l’Épître de St Jean […] je la pliai et me fis un petit livre avec et comme j’en tirais grande joie, je le gardais dans ma poche, et en faisais souvent lecture pour moi-même17 ».

Les vieilles superstitions populaires n’ayant rien cédé aux Lumières et à la modernité, les rites propitiatoires et la pensée magique habitaient les poches aussi bien que les passages de la Bible pendant toute la période18. La proximité corporelle de la poche en fait ainsi un espace prophylactique où l’on garde des objets aux vertus protectrices. On apprend ainsi qu’au xixe siècle il est fréquent qu’une vieille femme ait dans la poche « un crapaud séché pour se protéger contre la petite vérole19 ». Les contenus des poches révélés par les procès des pickpockets y montrent régulièrement des os contre les crampes ou la sciatique. En 1750, Bridget Bourne mentionne parmi « les choses sans valeur » qu’elle avait dans les poches avant de se les faire voler « un os contre la sciatique20 ». La catégorisation de l’os comme n’ayant pas de valeur par Bridget fait évidemment référence à l’absence de valeur économique aux yeux du tribunal et non aux vertus bienfaisantes de l’os et à sa capacité à éloigner ou soulager la douleur. Cette valeur, bien réelle aux yeux de Bridget, explique la présence de l’os dans sa poche et justifie que, publiquement lors de son procès, elle le mentionne parmi les objets au centre du préjudice subi. En 1796, Mary Marshall, qui « dans un accès de démence s’est noyée » dans la Tamise, avait « dans la poche droite […] une grande clé, un dé en argent, une pièce d’un farthing et un os contre les crampes21 ». Le procès-verbal dressé par le coroner, préposé à la levée des cadavres, détaille l’apparence de la défunte, ses vêtements et ses objets en vue de déterminer son identité et les causes probables de son décès. Par bribes, les listes établies par les coroners rassemblent quelques fragments de l’existence des individus souvent sans nom et sans attache afin de les réinscrire dans le tissu social à travers le processus de l’identification. Au même titre que le « dé en argent » ou « la pièce d’un farthing » qui aident à situer Mary, le coroner a pris la peine d’inscrire la présence d’un os « contre les crampes ». Parmi les possessions muettes d’un corps devenu silencieux, le greffier reconnaît dans l’os retrouvé dans la poche de la défunte un os « contre les crampes » et c’est ainsi qu’il le nomme, révélant l’existence sociale des croyances qui habitaient les poches. Ces os gardés à proximité du corps et dotés, au moins par leurs propriétaires, de vertus prophylactiques illustrent la manière dont la poche se fait espace de protection et de promesse pour l’individu : promesse du secret, de l’amour, de la fidélité ou de la guérison.

Figure 4a : Poche retrouvée dans une cache murale dans une maison d’Abingdon

Figure 4a : Poche retrouvée dans une cache murale dans une maison d’Abingdon

Source : Abingdon County Hall Museum, inv. OXCMS:1997.7.1.

© Pockets of History Project.

Figure 4b : contenu d’une poche retrouvée dans une cache murale dans une maison

Figure 4b : contenu d’une poche retrouvée dans une cache murale dans une maison

Source : Abingdon County Hall Museum, inv. OXCMS:1997.7.1.

© Pockets of History Project.

Porte-amulette et « bracelets de parchemins »

N’importe quel objet peut se transformer en amulette et le séjour dans la poche confère aux objets qui s’y trouvent de manière prolongée des pouvoirs particuliers, voire une aura talismanique. Dans les témoignages des procès du tribunal de la cité de Londres, The Old Bailey, on voit comment certains petits objets du quotidien étaient gardés parfois plusieurs décennies dans les poches – certains avec une valeur intrinsèque, d’autres déclarés sans valeur. L’espace de la poche, tout en étant un instrument de participation aux échanges commerciaux puisqu’on y garde souvent son argent, préside aussi à son propre système de valeur, en dehors des lois du marché. En 1794, Richard Bullen par exemple reconnaît le vieux couteau de poche vert « sans valeur » dérobé à sa femme qu’elle gardait déjà avec elle dans la poche au moment de leur mariage22. La fragilité des possessions toujours menacées de perte ou de vol dans une société où la sécurité matérielle n’existe guère, ainsi que leur plasticité dans une économie encore largement fondée sur l’échange et le troc et où chaque chose est toujours monnayable donnent, il est vrai, une valeur d’exception à l’objet gardé plusieurs années voire décennies d’affilée dans une poche. « Sans valeur » sur le marché, le couteau a acquis une valeur spécifique de par son séjour prolongé dans la poche. À l’inverse, une pièce d’argent peut être retirée de la circulation commerciale pour acquérir une toute autre valeur. La poche préside à cette transmutation des valeurs23. En 1781, lorsqu’Esther Maclode est cambriolée à Londres, on identifie le voleur parce qu’on trouve sur lui une pièce espagnole d’un dollar en argent qu’Esther gardait « toujours » dans la poche. « La pièce, cela faisait quarante ans que je l’avais : mon mari me l’avait donnée avant notre mariage », dit-elle au juge lors du procès24. Si le voleur a sans doute été attiré par l’argent massif de la pièce, pour Esther et son mari ce n’est pas celui-ci qui donnait sa valeur à la pièce mais l’histoire personnelle qui s’y était agrégée pendant les quarante années passées dans la poche d’Esther. La proximité physique autant que le temps et sa patine ou la vertu d’habitude d’un objet, quel qu’il soit, maintes fois touché du bout des doigts, peut-être parfois sorti de la poche pour être tenu dans la main ou contemplé contribuent à l’aura particulière dont il se dote. Les objets aux vertus tutélaires portés dans la poche, tout contre le corps, deviennent parfois de véritables sacramentaux séculiers et singuliers, des talismans intimes dont la taille miniature ne fait que décupler le pouvoir bénéfique irradiant la personne qui les porte.

Souvent, comme pour les os, leurs significations s’inscrivent à l’encontre des prescriptions de la modernité, à l’encontre aussi des instances, dont l’autorité s’exerce sur les femmes à l’extérieur – père, mari, maîtresse, logeuse… D’autres fois au contraire, elles viennent, au cœur de cet espace intime, inscrire la participation de l’individu au social : objets religieux on l’a vu plus haut, mais aussi fragments de papier et « bracelets de parchemins », recommandations d’une ancienne maîtresse, laissez-passer officiel, certificats de mendicité, lettres d’acquittement, reçus et reconnaissances de dette autant de « viatiques de soi délivrés par les autorités » gardés dans les poches25. Ces papiers officiels sont particulièrement importants pour les plus démunis, ceux-là mêmes qui ne maîtrisent que peu ou pas du tout la langue écrite et qui pourtant, comme l’a magistralement analysé Arlette Farge, entretiennent avec cette langue du pouvoir un rapport étroit, intime, vital – quasi spirituel aussi26. Bien que dénués apparemment de toute transcendance, ces papiers utilitaires manient une langue parfois seulement confusément comprise par ceux qui les gardent en poche mais à laquelle ils vouent néanmoins entièrement leur confiance et leur espérance. Les femmes modestes ne maîtrisaient peut-être pas les formules officielles ou convenues d’un laisser-passer ou d’une recommandation mais ne savent que trop bien leur redoutable pouvoir et efficacité. Sans laissez-passer, le voyage devenait vagabondage avec risque immédiat d’arrestation. Sans recommandation, peu de chances de trouver un emploi. Mais armée de ces grimoires aux formules quasi magiques tant elles sont miraculeuses dans leurs effets, une femme peut aller librement sans être davantage inquiétée par les autorités ou se présenter pour une place de domestique en ayant une chance d’y être prise.

Le dedans et le dehors

Parfois les significations des objets dans les poches sont officielles et collectives, d’autre fois davantage mémorielles et individuelles. Elles sont toujours en tout cas complexes et mêlées, comme en témoigne l’une des poches les plus surprenantes de notre corpus matériel. Il s’agit d’une poche découverte en 1994 dans le mur d’une maison à Abingdon dans la région d’Oxford. [figure 4] Emmurée de manière délibérée, la poche contient un ensemble d’objets – un bonnet d’enfant, des pièces de monnaie, des jetons, des fragments de reçus et de lettres ainsi que des graines de houblon. Elle date, d’après son textile, sans doute de la seconde moitié du xviiie siècle mais les objets qu’elle contient, eux, ne sont pas strictement contemporains de la poche elle-même. Certains sont plus vieux puisque la pièce la plus ancienne date de 1573-1577 et des fragments de papier portent la date de 1670 tandis que d’autres datent de la toute fin du xviiie siècle puisqu’on y trouve une pièce datée de 1797. La poche comme le petit bonnet d’enfant qu’elle contient présentent des marques d’usage et d’usure : tous deux ont été portés avant d’être consignés dans la cache murale, la poche l’a si bien été que l’étoffe est déchirée au niveau de l’ouverture et que le lien par lequel elle était attachée autour de la taille a rompu puis été noué en une réparation de fortune. Comme d’autres vêtements et accessoires emmurés à dessein, la poche et son contenu ont été placés près de l’une des ouvertures de la maison. C’était le cas en général de ces objets censés apporter protection à la maison et ses habitants – cheminées, portes et fenêtres représentant autant de brèches possibles par où le mauvais œil pouvait s’introduire et compromettre la fortune des habitants. Comme les os qui promettent protection voire rémission, cet assemblage de choses dans cette poche emmurée étend à la maisonnée dans son ensemble ses vertus apotropaïques27. La tradition populaire de magie propitiatoire se double ici sans doute d’un rituel de fertilité avec le bonnet d’enfant placé à l’intérieur de cette poche à la forme et fonction utérine, entourée de graines de houblon, elles-mêmes symbole de fertilité. Les aspirations et croyances secrètes que les individus confient à leurs poches et aux objets devenus talismans qu’ils peuvent y mettre demeurent aussi difficiles d’accès pour les historiennes et historiens qu’ils pouvaient l’être pour les contemporains. Dans l’entremêlement d’objets de la poche emmurée d’Abingdon, se trame un monde complexe où les notions de protection, d’intérieur et d’extérieur, de contenant et de contenu s’entrelacent. Et si on peut confusément esquisser les contours de ce qui est une manière de se situer dans un monde multi-dimensionnel où les croyances populaires ancestrales se mêlent à une participation à la modernité technologique, et où les rituels communs se conjuguent avec les espoirs intimes, on doit aussi renoncer à vouloir en déchiffrer les significations exactes.

On remarque néanmoins que la mise en abyme opérée par la poche dans laquelle ont été mis des objets avant qu’elle ne soit elle-même placée dans une cavité murale fait écho aux stratégies d’organisation interne des poches féminines. Parfois les poches avaient des compartiments intérieurs, des poches dans les poches, d’autre fois les femmes avaient recours à l’intérieur de leur poche à des pratiques d’emboîtement souvent successifs comparables à la manière dont la poche d’Abingdon contient les autres objets tout en étant elle-même contenue dans la cache murale. Un objet est par exemple mis dans une bourse qui est ensuite mise dans une tabatière elle-même enveloppée dans un mouchoir noué et placé dans la poche. Ces stratégies d’organisation vont au-delà d’une pure question utilitaire ou pragmatique et nous permettent d’entrevoir un monde secret et mystérieux, un « ordre du soi » où le rituel et l’habitude des gestes, leur répétition et ordonnancement sont autant de pratiques conjuratoires invoquant la protection à la fois pour les objets et sans doute aussi pour les individus eux-mêmes28. Comme pour la maison, l’emboitement des contenants fait jouer la protection à plusieurs échelles – la poche utérine qui protège le bonnet enfantin est elle-même contenue au sein de la maison, autre contenant protecteur de la famille et du groupe social29. Pour les anthropologues, sacs, maisons et autres contenants d’origine humaine, en définissant un intérieur et un extérieur et en incluant – et en excluant – certaines choses dans l’espace ainsi créé, sont des manières de donner forme à des valeurs individuelles et collectives30. En instiguant un ordre, la poche permettait à l’individu de s’imaginer et se situer dans le groupe social.

Lieux où les taxonomies à la fois subjectives et collectives prenaient forme, les poches étaient des espaces de construction du sens. Contenants d’autres objets, les poches étaient aussi des objets à part entière. Elles jouaient parfois un rôle de talisman, matérialisant le souvenir, prodiguant la bienfaisance ou gardant dans leurs fibres mêmes la mémoire des corps de celles qui les avaient faites et portées.

Poches mémorielles

Figure 5 : Poche brodée, milieu du xviiie siècle

Figure 5 : Poche brodée, milieu du xviiie siècle

Source : Nottingham City Museums and Galleries, inv : NCM 1964-35.

© Louise Jasper.

Figure 6 : Poche en appliqué, lin et coton, fin xviiie siècle

Figure 6 : Poche en appliqué, lin et coton, fin xviiie siècle

Source : Winterthur Museum, Delaware, inv : 1967.1392.

© Bequest of Henry Francis du Pont.

Figure 8 : Poche en patchwork, fin xviiie siècle

Figure 8 : Poche en patchwork, fin xviiie siècle

Source : Manchester Art Gallery, inv. MCAG. 1947.1250.

© Manchester Art Gallery.

Figure 9 : Poche réalisée dans un uniforme militaire, après 1768

Figure 9 : Poche réalisée dans un uniforme militaire, après 1768

Source : National Army Museum, Londres, inv. NAM. 2006-08-53-1.

© National Army Museum.

Figure 7 : Poche de soie noire brodée de laine, 1807-1815

Figure 7 : Poche de soie noire brodée de laine, 1807-1815

Winterthur Museum, Delaware, inv : 2006.0011.001.

Crédits : Museum purchase with funds provided by the estate of Sally Behr Pettit and Samuel L. Pettit.

Souvent réalisées de manière domestique, les poches peuvent être personnalisées dans leur fabrication et leur décor. Par le biais de la broderie, une femme peut orner sa poche de motifs chargés de significations personnelles ou propitiatoires, espérant s’attirer bienfait ou protection, sans doute à la fois pour les objets que la poche contient et, sous les vêtements, pour les parties du corps contre laquelle elle est tenue. Plusieurs poches ont des motifs qui rompent avec les habituelles fleurs de la broderie féminine en incluant des figures humaines. L’une représente ainsi un homme et une femme – une mère et son fils ? – de part et d’autre de l’ouverture de la poche, une main tendue vers l’autre personnage semblant figurer – à moins que ce ne fût conjurer ? – une séparation31. [figure 5] D’autres poches portent des motifs particuliers comme cette poche réalisée en soie noire qui représente un navire et une chaumière, là aussi de part et d’autre de l’ouverture cette fois-ci horizontale de la poche. Ornée de gros motifs de cœurs, de croix et du nom de sa propriétaire écrit à l’aiguille en lettres capitales – Helen U.W – flanquée de chaque côté des initiales M. R., la poche semble évoquer une séparation, peut être un deuil32 ? [figure 6] Une autre, qui recourt à la technique de l’appliqué, porte de larges croix réalisées dans un coton imprimé de couleur sombre qui fait aussi penser à une possible fonction commémorative de la poche33. [figure 7] On remarque aussi que les fragments de tissus intégrés au décor ne semblent pas toujours être choisis par rapport au motif représenté – telle cette pièce de coton imprimé sur fond blanc où la fleur du motif se retrouve largement coupée aux marges de la pièce. Sur une pièce de l’autre côté, le motif se retrouve lui aussi décentré, coupé, évoquant ainsi un travail fait à partir de morceaux à utiliser tels quels plutôt que de morceaux sélectionnés et orchestrés en vue de réaliser un décor dont le résultat voulu guiderait le choix. On peut ainsi penser que cette poche a été confectionnée à partir de chutes de tissus. Le prix du textile étant élevé, il est alors fréquent de réutiliser les étoffes plusieurs fois et d’optimiser les chutes après la réalisation d’un vêtement. Ces motivations sont pragmatiques ou économiques. Mais le textile, on le sait, se prête aussi à des pratiques mémorielles qui peuvent être de plusieurs sortes.

D’une part, les pièces textiles et travaux d’aiguilles sont souvent légués de génération en génération, se transmettant d’une femme à l’autre, parfois accompagnés de leur histoire et de celle des femmes les ayant réalisés34. Dans une lettre de 1824 qu’elle envoie à sa fille âgée de neuf ans dont elle est séparée, en même temps qu’elle lui fait parvenir un ensemble de pièces textiles assemblées sur plusieurs générations, Ellen Weeton détaille l’histoire de certains des fragments envoyés :

Le ruban vert provient de tout un lot que ma mère (votre grand-mère Weeton) possédait jadis ; mon père les avait gagnés comme récompense pendant la guerre aux Amériques […] si je rentre dans tous ces détails ma Mary c’est pour que vous sachiez quelque chose de la famille de votre mère […] le bout de patchwork provient d’un vieux couvre-lit que j’ai fait il y a plus de vingt ans […] l’hexagone au milieu est un fragment d’un de nos plus beaux rideaux de lit fait dans une toile peinte venant des Indes que mon père avait rapportée de l’un de ses voyages35.

Les fragments qui constituent ce petit trésor familial textile gardent la mémoire du passé et chaque strate dans l’histoire des recyclages successifs ajoute au palimpseste de significations qui s’enrichit de génération en génération d’une épaisseur de sens supplémentaire. Histoire ouverte puisque le fragment de patchwork envoyé à la jeune Mary Stock par sa mère pourra lui-même être intégré à une nouvelle création textile.

D’autre part, le recyclage et la réutilisation de fragments textiles provenant de vêtements portés par quelqu’un de proche revêtent des pouvoirs mnémoniques36. Elizabeth Shackleton écrit ainsi en 1778 dans son journal, le jour de l’anniversaire de son fils, alors que celui-ci est absent : « mis en honneur de cet heureux jour […] une nouvelle pelote à épingle de belle laine marron clair tirée d’un habit de mon cher petit enfant, mon petit Tom chéri, attachée par un nouveau lien bleu37 ». L’habit devenu pelote d’épingle se fait métonymie matérielle du fils aimé et conjuration de l’absence. La pelote talismanique remplace la séparation par le lien, l’éloignement par la proximité physique. Porté sous la jupe et autour des hanches dans un espace intime et maternel, l’objet est investi du pouvoir métaphorique de représenter le fils, la proximité corporelle de l’espace où il est porté prodiguant à l’objet protection bienfaisante.

Réaliser un patchwork est une manière d’assembler chutes et fragments, ces « bribes tangibles du passé », pour former un objet qui se charge alors de l’histoire d’un individu, voire d’une famille, parfois sur plusieurs générations38. Une poche en patchwork datant de la fin du xviiie siècle est réalisée avec plus de vingt morceaux de tissus différents – certains cotons imprimés datant vraisemblablement de la toute fin du siècle tandis que la poche intègre également des fragments de broderie bien plus anciens39. [figure 8] Ce sont plusieurs générations textiles qui sont représentées par les étoffes rassemblées pour faire cette poche. Feuilletage de mémoires, ces textiles étaient sans doute conservés dans la famille sur plusieurs générations, soit sous forme de vêtements ou de tissus d’ameublement, soit déjà sous forme de fragments dans une boîte à ouvrage. Des souvenirs nés de leur fréquentation quotidienne dans l’espace domestique y sont attachés.

Figure 10 : Carte cousue au devant d’une poche, vers 1730

Figure 10 : Carte cousue au devant d’une poche, vers 1730

National Museums, Scotland, inv : H.RHB 11.

© National Museums, Scotland.

Poches-talismans

La minutie du travail requis par la construction d’une autre poche, réalisée à partir de fragments d’un uniforme militaire et en particulier de son bonnet et son manteau, illustre les efforts déployés pour faire ces poches40. [figure 9] Assemblée sans doute après 1768, date à laquelle intervient une réforme militaire, la poche rassemble sur le devant un certain nombre des parties brodées du haut bonnet en forme de mitre portée par le tambour d’infanterie du régiment : la couronne, le tambour et les drapeaux ont été appliqués sur un fond constitué par le drap gris du manteau. Le numéro du régiment qui décorait à l’origine l’arrière de la coiffe afin de pouvoir être visible par le reste du régiment lors des batailles a lui aussi été utilisé pour décorer le devant de la poche. La personne qui a confectionné cette poche n’a pas dérogé à la devise latine du régiment brodée sur la coiffe et transposée sur la poche « Nec Aspera Terrent » – « Ils ne redoutent pas les épreuves ». Le patient travail pour métamorphoser cette coiffe en poche indique sans aucun doute que cette coiffe militaire devait revêtir une signification particulière pour la personne qui s’est donné cette peine.

Comme la pelote portée par Elizabeth en honneur de son fils le jour de son anniversaire, une poche faite d’un uniforme masculin peut revêtir des significations mémorielles mais aussi se prêter à des rituels talismaniques. Qu’une femme ait pu porter autour de ses hanches une coiffe ayant appartenu à un proche, ajoute aux résonances de l’objet. Mais là où Elizabeth explicite les connotations de sa pelote, nul journal n’a consigné l’histoire et les significations de cette coiffe devenue poche. Pourtant la poche garde la trace de quelque chose de cette histoire muette dont l’éloquence reste tapie dans les replis de l’objet pour qui prend la peine de regarder le soin et la régularité des minuscules points ou de voir les traces de transpiration et de sébum, signes que la coiffe a été portée avant d’être transformée en poche tandis que les traces à la fois d’abrasion et de réparation sur la poche indiquent qu’il s’agit d’un objet qui a été beaucoup porté et donc sans doute aimé.

Poches-peaux

Le textile, plus encore que tout autre matériau, a une proximité avec le corps. Le lexique souligne le rapprochement entre tissu et tissus, entre vêtement et tégument. Souple et mobile, le textile peut se faire, comme la peau, enveloppe ou surface. Matière vivante et organique il se feutre et se patine au contact du corps, en absorbe les sécrétions et va jusqu’à s’imbiber de son odeur. On comprend ainsi que certaines poches aient pu se prêter à des pratiques mémorielles. « Cette poche a été portée en 1733 par Miss Rolland de Burnside près de Dumferline. C. Anderson » sont les mots que l’on peut lire sur un bout de papier cartonné cousu au-devant d’une poche41. Cette petite note manuscrite nous rappelle que la poche, compagne fidèle d’une femme parfois pendant de longues années, se prête parfois elle-même aux pratiques du souvenir et de la mémoire. [figure 10] L’usure, les plis ou déformations, et les traces de frottement de la main sont autant de signes qui manifestent en creux la présence du corps de la femme, tout comme les chaussures gardent les traces de la démarche ou les plis au creux du coude que les tailleurs britanniques appellent « memories », évoquent le corps absent et ses mouvements particuliers42.

En juin 1805 à Londres, la maladie force William Cantell, charpentier ayant récemment perdu sa femme, à garder le lit. Une femme employée à faire le ménage en profite pour lui voler les anciens vêtements de sa femme décédée43. Les témoignages recueillis lors du procès révèlent qu’au lieu de se conformer à la coutume habituelle qui consistait à distribuer les affaires de la défunte entre les domestiques et sa fille ou de les vendre, Cantell les a conservées. Bien rangées dans les tiroirs de deux malles, les affaires sont gardées sous clé par Cantell dans « la pièce à part où [sa] femme est morte ». Depuis le décès, l’accès à « la pièce à part » est jalousement gardé par Cantell qui en conserve la clé sous son oreiller, celle-ci n’étant confiée à « quiconque au monde », pas même à sa propre fille « sauf si elle était accompagnée par quelqu’un d’autre ». Dans la pièce se trouvent les vêtements de sa femme qu’il déclare vouloir « garder toute sa vie » et parmi lesquels il y a « un bonnet, une poche, et deux paires de bas et un mouchoir ». Ces accessoires n’ont que peu de valeur économique mais ils prennent sens pour Cantell car ils ont enveloppé les différentes parties du corps de sa femme et ceint celui-ci en différents endroits – ses cheveux, son cou, ses cuisses, ses hanches. Ils ont tous, dans leurs fibres mêmes, sans doute conservé l’empreinte olfactive de sa vie par-delà la mort44. Le témoignage ne nous dit rien de ce que Cantell fait de ces vêtements soigneusement conservés mais nous savons que pour un autre veuf éploré, Edmund Harrold, le fétichisme vestimentaire allait alors plus loin. Dans les pages du journal où il notait avec précisions ses étreintes avec sa femme, Edmund Harrold écrit qu’à la mort de celle-ci en 1712, il se fait faire un habit de deuil dans « la robe-manteau et le jupon noir » de celle-ci et qu’il compte le « porter […] en son honneur45 ». Recyclées et réinvesties par Harrold, les vêtements sont ré-animés, la sensualité propre au textile créant une communion sensorielle, charnelle entre les vivants et les morts. Nul ne sait si les poches de Mme Cantell étaient au centre de telles pratiques fétichistes mais il est certain que le lien des poches à l’intimité et leur sensualité propre ou leur forme évocatrice en font des appendices de l’anatomie féminine qui sont souvent, dans les représentations littéraires ou graphiques tout au moins, teintées d’érotisme, voire au centre de fantasmes pornographiques46. Mais s’il est difficile pour l’historienne et l’historien de sonder les cœurs et expliciter les croyances, il est encore plus difficile, voire impossible, de s’immiscer dans l’intimité des désirs et des corps. Aussi devons-nous renoncer à jeter pleinement la lumière sur ce qui doit rester une part irréductible d’ombre des individus du passé.

Figure 11 : Poche miniature brodée en cheveux 1851

Figure 11 : Poche miniature brodée en cheveux 1851

Source : collection particulière.

© Tom Gardner.

« ForGet me Not »

Si l’on revient aux éléments de définition du fétiche identifiés par Pietz, la similitude avec certains des fonctionnements des poches apparaît clairement. Indéniablement ancrés dans la matérialité comme le fétiche, les objets gardés dans la poche comme les poches elles-mêmes sont aussi, comme lui, investis de croyances à la fois sociales et intimement personnelles47. Les poches et leurs contenus sont aussi souvent attachés à un récit (personnel, familial, social, religieux) qu’ils incarnent et réactivent à la fois, renforçant en même temps qu’ils les matérialisent les constructions et croyances qui nourrissent ce récit. Dans le même temps, la forme organique – utérine même on l’a vu – des poches féminines et l’espace corporel intime où elles sont portées donnent à ces appendices textiles un lien particulier au corps. Protectrices, talismaniques, propitiatoires, charnelles : les poches des femmes et leurs contenus sont bel et bien des fétiches modernes.

Une dernière poche nous éclaire. Brodée en cheveux avec les mots « Margaret Deas ForGet me Not », elle permet de ressaisir nombre des enjeux évoqués ici. [figure 11] La petite poche fut donnée en 1851 par Margaret Deas, détenue à la prison pour femmes de Glasgow, à Annie Stirling, la femme du gouverneur de la prison. Trop petite pour être véritablement utilisable, elle n’a d’autre fonction que d’être. Elle tire sa valeur du fait qu’elle a été réalisée par une femme pour une autre, la taille réduite de la poche attirant l’attention sur le geste minutieux requis pour la réaliser. Elle est décorée de petits cœurs de part et d’autre de l’ouverture, du nom de son auteure, Margaret Deas, ainsi que des mots « Ne m’oublie pas », « ForGet me Not », brodés en cheveux. Elle remplit ainsi clairement une fonction mémorielle. La poche donnée en cadeau par une femme à une autre femme s’inscrit ainsi dans la tradition des pratiques sentimentales des gages d’amitiés échangés entre amies et articule, dans sa matérialité, histoire personnelle et représentations collectives. Les cheveux sont depuis longtemps associés au vocabulaire du sentiment comme à celui du deuil. Partie du corps de l’autre, les mèches de cheveux en représentent, par synecdoque, l’être entier. Imputrescibles et intimement liés au corps, les cheveux humains sont également utilisés dans les rituels de magie propitiatoire comme les bouteilles de sorcières, ou witch bottles, dans lesquelles des mèches de cheveux sont souvent enfermées avec clous et épingles afin d’y attirer et y fixer les mauvais esprits48. La poche n’est sans doute pas ensorcelée pourtant son message quelque peu inquiétant lui confère une certaine étrangeté. On ignore les circonstances exactes dans lesquelles cette poche est réalisée et le sens exact à donner à la devise – l’appel au souvenir était-il une simple formule sentimentale un peu convenue ou bien était-il lié à des circonstances plus dramatiques pour l’auteure de la poche ? Sa déportation prochaine ? Son exécution ? Quoi qu’il en soit, la poche est indéniablement un objet troublant.

Incorporant à ses fibres-mêmes une partie du corps de son auteure, elle l’incarne au sens propre – à moins que ce soit son auteure qui ne s’y matérialise. Ainsi dans cette poche semble abolie la distinction entre sujet et objet, pourtant censée être fondatrice d’une modernité qui se définirait par opposition au fétiche primitif. La poche nous rappelle que le triomphe du capitalisme auquel assiste l’Occident n’abolit pas la propension humaine à enchanter le monde et ses objets les plus humbles. Dans les poches – à la fois dans ce qu’elles contenaient et dans leurs matérialité propre – pensée animiste et anthropomorphiste ne sont jamais très loin. Dotée de parole, cette petite poche interpelle aussi historiennes et historiens sur la nécessité de ne pas oublier les traces matérielles dont les objets sont porteurs pour qui s’intéresse au passé. Gardant sa part de mystère cependant, elle appelle à le faire avec humilité et prudence.

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Notes

1  William Pietz écrit : « whereas the idol was conceived as a freestanding statue, the fetish was typically some fabricated object to be worn about the body », Pietz, « The Problem of the Fetish, I », Res, no 9, 1985, p. 10. Plus généralement pour une analyse de la notion voir William Pietz, « The Problem of the Fetish, I », op. cit., p. 5-17 ; William Pietz, « The Problem of the Fetish, II », Res, no 13, 1987, p. 23-45 ; Wil liam Pietz, « The Problem of the Fetish, IIIa », Res, no 16, 1988, p. 105-123. Return to text

2  Sur le lien entre fétiche et vêtement, voir Peter Stallybrass, « Fashion, Fetishism, and Memory in Early Modern England and Europe », in Ann Rosalind Jones and Peter Stallybrass (dir.), Renaissance Clothing and the Materials of Memory, Cambridge, Cambridge University Press, 2000, p. 1-14 ; Peter Stallybrass, « Marx’s Coat », in Patricia Spyer (dir.), Border Fetichisms: Material Objects in Unstable Spaces, New York, Routledge, 1994, p. 183-207. Return to text

3  William Pietz, « The Problem of the Fetish, I », op. cit., p. 7-10 et « The Problem of the Fetish, II », op. cit., p. 23. Return to text

4  « Ils portent tous de ces fétiches dans un petit sac pendant sur leur cœur ou sous leurs épaules », Nicolas Villault, Relation des costes d’afrique, appelées guinée, avec la description du pays, mœurs et façons de vivre des habitans, des productions de la terre et des marchandises qu’on en apporte, Paris, 1669, p. 83, cité dans William Pietz, ’The Problem of the Fetish, IIIa’, op. cit., p. 109-110. Voir aussi la pratique décrite par William Pietz du nominas consistant à porter dans une pochette de cuir des versets du Coran, William Pietz, ’The Problem of the Fetish, II’, op. cit., p. 37 ; William Pietz, ’The Problem of the Fetish, IIIa’, op. cit., p. 109. Return to text

5  Arlette Farge, Vies oubliées. Au cœur du xviiie siècle, Paris, La Découverte, 2019, p. 110. Return to text

6  Peter Stallybrass, « Marx’s Coat », op. cit., p. 183-185 ; Peter Stallybrass, « Fashion, Fetishism, and Memory in Early Modern England and Europe », op. cit., p. 8-11. Return to text

7  Barbara Burman et Ariane Fennetaux, The Pocket: A Hidden History of Women’s Lives 1660-1900, Londres & New Haven, Yale University Press, 2019. Sur les poches dans le vêtement à la période précédent la nôtre, voir Rebecca Unsworth, ’Hands Deep in History: Pockets in Men and Women’s Dress in Western Europe’, Costume 51, no 2, 2017, p. 148-170. Return to text

8  À ce sujet, voir Barbara Burman et Ariane Fennetaux, op. cit., chapitre 1. Return to text

9  Comme noté pour la France par Gianenrico Bernasconi, le xviiie siècle voit se développer toute une industrie et une ingénierie des objets destinés à êtres portés sur soi, Gianenrico Bernasconi, Objets portatifs au siècle des Lumières, Paris, Éditions du comité des travaux historiques et scientifiques, 2015. Voir en particulier p. 230-252. Sur ces objets ’de poche’ dans le contexte britannique voir Barbara Burman et Ariane Fennetaux, op. cit., chapitre 5. Return to text

10  Mary Delany, Autobiography and Correspondence of Mary Granville, Mrs Delany, Second Series, édition établie par Lady Llanover, Londres, Richard Bentley, 1862, vol. II, p. 496 et vol. III, p. 76 ; Ruth Hayden, Mrs Delany, Her Life and Her Flowers, Londres, British Museum Publication, 1992, p. 155-157 ; Mark Laird et Alicia Weisberg-Roberts (dir.), Mrs Delany and Her Circle, New Haven & Londres, Yale University Press, 2009, p. 228-229. Return to text

11  « I have sent the watch at last & envie the felicity of it, that it should be soe neer your side & soe often enjoy your Eye, & be consulted by you how your Time shall passe while you employ your hand in your excellent workes. But have a care of it, for I have put such a Spell into it; that every Beating of the Balance will tell you ’tis the pulse of my Heart, which labours as much to serve you and more trewly than the Watch », Il s’agit de la seule lettre connue à ce jour de Christopher Wren à Faith Coghill. Reproduite dans Wren Society XIX, p. 152-153, et citée dans Adrian Tinniswood, His Invention so Fertile : A Life of Christopher Wren, London, Pimlico, 2002, p. 184. Return to text

12  Sarah Hurst, The Diaries of Sarah Hurst 1759-1762: Life and Love in Eighteenth-Century Horsham, édition établie par Susan C. Djabri, Stroud, Amberley Publishing, 2009. Return to text

13  Elizabeth Carter, A Series of Letters Between Mrs Elizabeth Carter and Miss Catherine Talbot from the Year 1741 to 1770 to Which Are Added Letters from Mrs Carter to Mrs [Elizabeth] Vesey between the Years 1767 and 1787, vol. 3, London, Rivington, 1809, p. 287. Return to text

14  Françoise Bayard, « Au cœur de l’intime : les poches des cadavres. Lyon, Lyonnais, Beaujolais (xviie-xviiie siècles) », Bulletin du centre Pierre Léon d’histoire économique et sociale de la région lyonnaise, 2, 1989, p. 19. Return to text

15  Françoise Bayard souligne l’importance des signes de foi retrouvés sur les cadavres pour garantir la célébration des rites funéraires, Bayard, op. cit., p. 19-20. Return to text

16  Bayard, op. cit., p. 19. Return to text

17  « I finding a louse paper of the Epistles of Saint John […] I folded it up and made mee a little booke of it and being very ioyent of it I kept it in my poket, reading it often to my selfe », Elizabeth Isham, « Book of Rememberance », autobiography, c.1638, Princeton University Library, MS RTC01 (no 62), fol. 14r. Return to text

18  Voir Owen Davies, « The Material Culture of Domestic Magic in Europe: Evidence, Interpretations, Comparisons », in Dietrich Boschung et Jan N. Bremmer (dir.), The Materiality of Magic, Wilhelm Fink Verlag, 2015, p. 379-417. Return to text

19  Notes and Queries, vol. 3, 4th series (63), March 13th 1869, p. 238. Return to text

20  The « few things of no value I had in my pockets before they got stolen », « a sciatica bone », Old Bailey Proceedings (par la suite OBP), t. 17501205-57. Return to text

21  Coroners Inquests into suspicious deaths, 21st March 1796, City of Westminster Archives, consultable sur la base de données « London Lives », WACWIC652360120. Return to text

22  OBP, t. 17940716-6. Return to text

23  Sur la transmutation des valeurs dans les poches, voir Barbara Burman et Ariane Fennetaux, op. cit., p. 132-133 et p. 141. Voir aussi Igor Kopytoff, ’The Cultural Biography of Things: Commoditization as a Process’, in Arjun Appadurai (dir.), The Social Life of Things, Commodities in Cultural Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, p. 64-91. Return to text

24  OBP, t. 17810530-40. Return to text

25  Arlette Farge, Le Bracelet de parchemin : l’écrit sur soi au xviiie siècle, Paris, Bayard, 2003, p. 44. Return to text

26  Arlette Farge, op. cit., p.106-107. Return to text

27  Poche et son contenu Abingdon County Hall Museum, inv. OXCMS:1997.7.1. Voir Anna Harrison et Kathryn Gill, « An Eighteenth-Century Detachable Pocket and Baby’s Cap Found Concealed in a Wall Cavity: Conservation and Research », Textile History 33, no 2, 2002, p. 177-194 ; Dinah Eastop, « Garments Deliberately Concealed in Buildings », in Robert J. Wallis and Kenneth Lymer (dir.), A Permeability of Boundaries? New Approaches to the Archaeology of Art, Religion and Folklore, Oxford, British Archaeological Reports / John and Erica Hedges, 2001, p. 79-83 ; Dinah Eastop, « Outside in: Making Sense of the Deliberate Concealment of Garments within Buildings », Textile : Journal of Cloth and Culture 4, no 3, 2006, p. 238-255. Une autre poche cachée dans un mur avec à l’intérieur un bonnet d’enfant a été trouvée dans une autre maison de la même région. Voir Oxfordshire County Council Museum Service, OXMS, inv. OXCMS 1981.85.2 et inv. OXCMS 1981.85.1. Pour plus d’informations sur pratiques d’emmurement volontaires, voir http://www.concealedgarments.org. Return to text

28  Arlette Farge, op. cit., p. 54. Return to text

29  Christopher Tilley, Metaphor and Material Culture, Londres, Blackwell, 1999. Return to text

30  Jean-Pierre Warnier, « Inside and Outside », in Christopher Tilley (dir.), Handbook of Material Culture, London, Sage, 2006, p. 186-195 ; Myriem Najy et Laurence Douny, « Editorial », Journal of Material Culture 14, no 4, décembre 2009, p. 411-432. Return to text

31  Voir Nottingham City Museums and Galleries, inv : NCM 1964-35. D’autres poches ont des figures humaines, voir par exemple, à Boston Museum of Fine Arts, inv : 53 521. Return to text

32  Poche, Winterthur Museum, Delaware, inv : 2006.0011.001. Return to text

33  Poche, Winterthur Museum, Delaware, inv : 1967.1392. Return to text

34  Une boîte à ouvrage décorée par Hannah Downes à la fin du xviie siècle contient ainsi des pièces de broderie réalisées par quatre générations de femmes dans la famille, depuis la fin du xviie siècle jusqu’au milieu du xixe siècle. Parmi les réalisations se trouve une paire de poches inachevées et une poche faites par Hannah Haines, voir inv : T.31-1935, V&A Museum, Londres. Sur les pratiques de dons textiles, voir Miles Lambert, « “Cast off wearing apparell ?” : The Consumption and distributionf of second hand clothing in Northern England during the long 18th century », Textile History, 38 no 1, 2004, p. 1-26. Return to text

35  « The green ribbon is part of a box-full my mother (your grandmother Weeton) once had; they were taken in a prize which my father captured during the American war […] I am thus minute, my Mary, that you might know something of the history of your mother’s family […] the piece of patchwork is of an old quilt, I made it above 20 years ago […] the Hexagon in the middle was a shred of our best bed hangings, they were chintz, from the East Indies which my father brought home with him from one of his voyages », Ellen Weeton, Miss Weeton’s Journal of a Governess, 1807-1825, édité par Edward Hall, Oxford, Oxford University Press, 1939, II, p. 325. Return to text

36  Ariane Fennetaux, « Sentimental Economics : Recycling Textiles in Eighteenth-Century Britain », in Ariane Fennetaux, Amélie Junqua et Sophie Vasset (dir.), The Afterlife of Used Things. Recycling in the Long Eighteenth Century, Londres & New York, Routledge, 2014, p. 122-141. Return to text

37  Amanda Vickery, The Gentleman’s Daughter. Women’s Lives in Georgian England, Londres, Yale University Press, 1998, p. 185. Return to text

38  Barbara Kirshenblatt-Gimblett, « Objects of Memory: Material Culture as Life Review », in Elliott Oring (dir.), Folk Groups and Folklore Genres, a Reader, Logan, Utah, University Press of Colorado, Utah State University Press, 1989, p. 333. Return to text

39  Poche, Manchester Art Gallery, inv. MCAG. 1947.1250. Return to text

40  Poche, National Army Museum, Londres, inv. NAM. 2006-08-53-1. Il s’agit du 70e régiment d’infanterie formé en 1758 et nommé « The Glasgow Greys » avant de se transformer en « The Surreys ». Return to text

41  National Museums, Scotland, inv : H.RHB 11. Return to text

42  Voir Peter Stallybrass, « Marx’s Coat », op. cit., p. 196. Voir aussi Peter Stallybrass, « Worn Worlds: Clothes, Mourning and the Life of Things », in The Textile Reader, Jessica Hemmings (dir.), New York, Berg Publishing, 2012, p. 68-77 ; Juliet Ash, « Memory and Objects », in Pat Kirkham (dir.), The Gendered Object, Pat Kirkham (dir.), Manchester, Manchester University Press, 1996, p. 219-224 ; Bethan Bide, « Signs of Wear: Encountering Memory in the Worn Materiality of a Museum Fashion Collection », Fashion Theory 21, no 4, 2017, p. 1-28. Return to text

43  OBP, t. 18050710-17. Return to text

44  Ash, « Memory and Objects » ; Marcia Pointon, « Materializing Mourning: Hair, Jewellery, and the Body », in Marius Kwint (dir.), Material Memories, Oxford, Berg publishers, 1999, p. 39-57. Return to text

45  Edmund Harrold, The Diary of Edmund Harrold, Wigmaker of Manchester, 1712-1715, édité par Craig Horner, Farnham, Ashgate, 2008, p. 52. Voir aussi Miles Lambert, « “Cast off Wearing Apparell?” : The Consumption and Distribution of Second-Hand Clothing in Northern England during the Long 18th Century », Textile History 38, no 1, 2004, p. 1-26 ; Miles Lambert, ’Death and Memory: Clothing Bequests in English Wills 1650-1830’, Costume 48, no 1, 2014, p. 46-59. Return to text

46  Voir Barbara Burman et Ariane Fennetaux, op. cit., chapitre 1. Return to text

47  « The fetish is then first of all something intensely personal, whose truth is experienced as a substantial movement from “inside” the self », William Pietz, « The Problem of the Fetish, I », op. cit., p. 11. Return to text

48  Sur les pratiques de magie et les witch bottles, voir Brian Hoggard, « The Archaeology of Counter Witchcraft and Popular Magic », in Owen Davies et Willem de Blecourt (dir.), Beyond The Witch Trials, Manchester, Manchester University Press, 2004, p. 167-186 ; Brian Hoggard, « Witch-Bottles: Their Contents, Contexts and Uses », in Ronald Hutton (dir.), The Physical Evidence for Ritual Acts, Sorcery and Withcraft in Christian Britain, Londres, Palgrave, 2015, p. 91-105. Return to text

Illustrations

  • Fragiles mémoires

    Fragiles mémoires

    Source : Fragiles mémoires, 2019.

  • Figure 1 : Poupée, milieu du xviiie siècle

    Figure 1 : Poupée, milieu du xviiie siècle

    Source : Manchester Art Gallery, inv. MCAG. 1955.21.

  • Figure 2 : Nécessaire de couture donné par la reine Charlotte à Mrs Delany

    Figure 2 : Nécessaire de couture donné par la reine Charlotte à Mrs Delany

    Source : Royal Collection Trust, RCIN 45126.

  • Figure 3 : Portraits de Sarah Hurst et du Capitaine Smith

    Figure 3 : Portraits de Sarah Hurst et du Capitaine Smith

    Source : Hurst Family Collection, en dépôt auprès du Horsham Museum and Art Gallery.

  • Figure 4a : Poche retrouvée dans une cache murale dans une maison d’Abingdon

    Figure 4a : Poche retrouvée dans une cache murale dans une maison d’Abingdon

    Source : Abingdon County Hall Museum, inv. OXCMS:1997.7.1.

  • Figure 4b : contenu d’une poche retrouvée dans une cache murale dans une maison

    Figure 4b : contenu d’une poche retrouvée dans une cache murale dans une maison

    Source : Abingdon County Hall Museum, inv. OXCMS:1997.7.1.

  • Figure 5 : Poche brodée, milieu du xviiie siècle

    Figure 5 : Poche brodée, milieu du xviiie siècle

    Source : Nottingham City Museums and Galleries, inv : NCM 1964-35.

  • Figure 6 : Poche en appliqué, lin et coton, fin xviiie siècle

    Figure 6 : Poche en appliqué, lin et coton, fin xviiie siècle

    Source : Winterthur Museum, Delaware, inv : 1967.1392.

  • Figure 8 : Poche en patchwork, fin xviiie siècle

    Figure 8 : Poche en patchwork, fin xviiie siècle

    Source : Manchester Art Gallery, inv. MCAG. 1947.1250.

  • Figure 9 : Poche réalisée dans un uniforme militaire, après 1768

    Figure 9 : Poche réalisée dans un uniforme militaire, après 1768

    Source : National Army Museum, Londres, inv. NAM. 2006-08-53-1.

  • Figure 7 : Poche de soie noire brodée de laine, 1807-1815

    Figure 7 : Poche de soie noire brodée de laine, 1807-1815

    Winterthur Museum, Delaware, inv : 2006.0011.001.

  • Figure 10 : Carte cousue au devant d’une poche, vers 1730

    Figure 10 : Carte cousue au devant d’une poche, vers 1730

    National Museums, Scotland, inv : H.RHB 11.

  • Figure 11 : Poche miniature brodée en cheveux 1851

    Figure 11 : Poche miniature brodée en cheveux 1851

    Source : collection particulière.

References

Bibliographical reference

Ariane Fennetaux, « Des histoires plein les poches », Modes pratiques, 4 | 2020, 66-85.

Electronic reference

Ariane Fennetaux, « Des histoires plein les poches », Modes pratiques [Online], 4 | 2020, Online since 02 July 2024, connection on 16 October 2026. DOI : 10.54390/modespratiques.703

Author

Ariane Fennetaux

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