Août 2020
« Une mission simple, celle d’en savoir plus sur le rôle de leurs vêtements. Ces vêtements qu’ils portent et qui ont appartenu à d’autres. Ce qu’ils représentent pour eux. En quoi ils dénoncent, en quoi ils trahissent, ou en quoi ils protègent (et pas juste du froid et de la pluie1). »
Le constat est saisissant : tout fait sens dans ces vêtements choisis – la couleur, la matière, les messages, les déchirures d’un jean, les marques elles-mêmes. Un sens où s’entremêlent ce que ces jeunes gens ont en partage avec toutes les jeunesses et ce qui leur appartient en propre, intimement : leurs histoires, souvent tragiques, toujours âpres, d’exilés. Un sens chargé d’une gamme complexe d’émotions/de toutes les émotions : soulagement, espoir, nostalgie, fierté, souffrance, joie.
Quelle est l’origine du projet et comment le vêtement s’est-il imposé en son cœur ?
Valérie : En fait, c’est une histoire indissociable de ce que, nous, les bénévoles d’Emmaüs Solidarité vivions quotidiennement au Centre de Premier Accueil de la porte de la Chapelle. Il y a là-bas une « boutique » où les nouveaux arrivants pouvaient bénéficier de dons de vêtements. Pour hommes uniquement car il n’y avait que des hommes. Un soir d’hiver 2017, Zaman, un jeune Afghan – arrivé en bermuda et en tongs après avoir marché seize mois depuis Kaboul –, s’est présenté à la boutique de dons et m’a demandé si, par hasard, dans le tas de tennis usagées qu’on lui présentait, il n’y aurait pas une paire de baskets, « pas moches », des sneakers… comme celles de Jay-Z. L’idée du projet est partie de là au fond… de cet écart entre ce qui nous semblait essentiel (parer au plus pressé, faire face à l’urgence vitale) et les aspirations de ce jeune homme qui venaient bouleverser pas mal de nos clichés. D’où l’idée de créer une « contre boutique » pour leur proposer de choisir des habits de bonne qualité – pas que des marques car certains n’étaient pas sensibles aux marques – mais des vêtements actuels, de leur âge et en bon état. Ensuite, est venue l’idée de les interviewer, pour connaitre la raison de leur choix et ce qui se cache derrière. Et, grâce à Fred et Ambroise, de prendre une image d’eux. De ces personnes ainsi qu’ils ont un peu « re-dessinées ».
Sabrina : Ce qui est intéressant dans la démarche c’est d’utiliser la photographie pour témoigner de cet intérêt que peuvent avoir, parfois, les exilés pour les vêtements de marque, qui sont les marques qui correspondent en fait à leur tranche d’âge, mais surtout d’accompagner ces photos de témoignages parce que ce qui nous intéressait c’était de savoir pour quelles raisons ils voulaient s’habiller comme les jeunes ici en France, sachant que pour certains, ils viennent de pays où on ne s’habille pas du tout de cette façon-là. Et nous, on pensait assez naïvement que le fait de leur proposer des vêtements de bonne qualité, presque neufs, chauds et à leur taille, allait suffire, mais on s’est rendu compte assez rapidement que, non, ce n’était pas l’enjeu.
Et pour revenir au projet, il faut ajouter une chose. Quand on l’a présenté à Emmaüs Solidarité, qui devait nous donner l’autorisation de faire ces photos au sein de la bulle, il était question d’utiliser les images dans le cadre d’une campagne de collecte de vêtements puisqu’en fait on collecte beaucoup moins de vêtements d’hommes jeunes que de femmes et d’enfants. Parce que les hommes vont user leurs vêtements jusqu’à la corde… peut-être qu’ils sont aussi moins généreux, peut-être qu’ils en portent moins et en ont donc moins à donner. Mais en tout cas, c’était un point important. Et ce qui est intéressant c’est de voir aussi l’engouement qu’a suscité, assez rapidement, le projet. C’est assez rare. Il a été montré trois fois la première année… et il y a eu énormément de presse. Et si ce projet a touché énormément de monde, professionnels comme public, qui lisait tous les témoignages, y compris aux Rencontres d’Arles où l’on voit énormément d’images, c’est le caractère universel de ce qui est renvoyé par ces jeunes gens. Cette histoire peut être une histoire partagée, avec des peurs, des rêves… que chacun peut connaître. Mais c’est parce qu’on est entré par le prisme du vêtement, qui semble assez léger, et qui finalement permet de tirer un fil différent quand on rentre dans l’entretien. Ce qui se joue autour du vêtement touche au plus intime en réalité.
Est-ce qu’ils hésitaient beaucoup avant de choisir les vêtements ou est-ce que finalement ils repéraient rapidement celui qu’ils voulaient ?
Frédéric : C’était long, compliqué pour eux de choisir, ils essayaient… Alors, ça dépend quand même, certains étaient clairs et nets, rentraient et disaient « je veux ça », ou « je ne veux rien », mais le plus souvent, dans mon souvenir, c’était difficile.
S. En fait, ce qui est assez étonnant, c’est quand ils venaient avec une idée en tête. Ce n’était donc pas forcément : « je vais regarder tout ce qu’il y a et je vais choisir », mais ils nous disaient : « moi, je veux un jean slim », « je voudrais un sweat à capuche » ou « j’aimerais bien un maillot comme ci, comme ça » ou des sneakers comme ci, comme ça… Et c’est la raison aussi pour laquelle c’était long parce qu’on n’avait pas forcément exactement ce dont ils avaient envie, puisqu’on n’était pas Citadium ! Certains prenaient même des jeans une taille en dessous, préférant le look, la marque, au confort. C’était assez déstabilisant en fait.
Le choix de la marque se faisait parce que la marque était symbole ou vecteur d’intégration, c’est bien ça ?
S. Alors c’est la marque comme vecteur d’intégration pour ressembler aux jeunes ici en France, mais c’est aussi la marque parce que l’on se rend compte que tout est très mondialisé et qu’ils ont exactement les mêmes codes que les jeunes ici et donc c’est la même culture, celle de la mode de la rue, avec le sweat à capuche, mais de préférence un Nike ou un Adidas, avec les baskets, de préférence aussi Nike ou Adidas, le jean slim avec des trous, le maillot du PSG… On est vraiment dans une culture ultra globalisée. C’est là, et c’est étonnant, qu’on se rend compte qu’ils sont tous extrêmement connectés à internet et qu’ils rêvent des mêmes marques, de mêmes coupes de cheveux que les joueurs de foot du PSG…
F. Ce qui était drôle aussi c’est qu’il y avait non seulement des marques, mais surtout de vraies marques : ce n’étaient pas des copies. Il y avait aussi pour certains, et notamment les Afghans, l’idée qu’ils portaient certes les mêmes choses qu’en Afghanistan, mais là-bas ils les portaient chez eux ou sous leurs habits traditionnels, alors qu’ici ils pouvaient les porter dehors. C’était donc aussi une manière d’affirmer leur liberté.
Guindo raconte qu’il est venu avec des montres et des bijoux, qu’on lui a volés durant son voyage. Est-ce que d’autres vous ont dit avec quoi ils étaient venus ?
S. Globalement, ceux qui venaient de l’Afrique francophone avaient des vêtements très ressemblants à ceux que l’on distribue à la bulle et à ceux que portent les jeunes dans la rue. Pour les Afghans, c’était différent ; certains ont pris avec eux des habits traditionnels. Mais en règle générale, ils se sont tout fait voler… Ils n’avaient donc plus rien avec eux. Puis, pour ce qui est des bijoux ou des montres, c’était pour leur valeur sentimentale qu’ils les avaient pris avec eux, pour avoir avec eux un petit talisman, une trace, un souvenir de leur pays et de leur vie là-bas. Ils venaient de leurs parents, de leurs frères et sœurs, de leurs amis…
Ce qui est frappant, quand on lit ces témoignages, c’est combien le vêtement devient prétexte, pour tous ces exilés, à raconter leur histoire ?
F. Cela se voit même dans les choix. Les vêtements étaient choisis en fonction de leur histoire. C’est Malik, par exemple, qui a choisi ses vêtements en souvenir du moment où il a été en prison au Soudan, en souvenir de ses copains qui y étaient encore ou qui y étaient morts.
S. Ce qui était assez surprenant pour nous aussi au début, même si, après, on a bien vu que c’était un moyen de communiquer avec eux et d’utiliser le vêtement pour parler de leurs parcours, sachant que nous, quand on leur exposait le projet, on leur disait bien qu’on n’était pas là pour le récit du parcours parce que, ça, ils sont passés par là ou ils doivent y passer via l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) pour obtenir leurs papiers de réfugiés. Mais assez vite, en réalité, on revenait assez vite à des sujets qui étaient liés à leurs parcours, à leur origine, à ce qui se passait dans leur pays, la raison pour laquelle ils sont arrivés ici… Le vêtement est quelque chose à la fois de suffisamment intime, statutaire, en relation avec la société, l’image que je renvoie aux autres, pour rentrer dans des choses assez profondes, assez personnelles, qu’eux avaient envie d’exprimer. Et puis, au moment où ils essayaient ces vêtements-là, c’était aussi le regard que, nous, on leur renvoyait qui était assez fort. On se rendait compte que quand on leur disait qu’ils étaient beaux, que ça leur allait très bien, c’était quelque chose qui les touchait vraiment profondément, comme si on ne leur avait pas dit depuis longtemps en fait. Et ça c’était assez étonnant, parce que parfois c’était juste dans le regard qu’il se passait quelque chose… Certains ne s’exprimaient pas très bien en anglais, voire pas du tout en français ; en général, on essayait de trouver un interprète quand il y avait des gens de langue arabe, mais ce n’était pas toujours facile de communiquer avec eux. Et la façon dont, eux, se regardaient dans un miroir quand ils essayaient les vêtements était aussi touchante et parfois assez drôle parce qu’ils se regardaient et étaient assez contents. Ce n’était pas du tout comme une cabine d’essayage dans une vie de tous les jours, c’était quelque chose d’assez exceptionnel un peu comme s’ils avaient enfilé un habit de mariage : je retrouve un vêtement, je peux me présenter aux autres, je peux construire une image qui me plaît.
Est-ce que leur allure, leur posture s’en trouvaient changées ?
S. Complètement. C’était hyper étonnant…
F. À la fois à cause du vêtement et de la photographie, ils prenaient des poses qu’ils n’auraient jamais prises autrement.
S. Il n’y avait aucune dimension misérabiliste, mais on sentait la fierté d’avoir de beaux habits. Et dans ce rapport au vêtement, il y a quand même quelque chose de générationnel, ceux qui veulent du Adidas, du Nike, etc. sont ceux qui ont moins de trente ans. Et on voit une nette différence avec ceux qui ont plus de trente ans. Il y a ceux qui vont aller vers le côté pratique d’un blouson chaud parce que je sais que dans 10 jours, je serai de nouveau à la rue, je n’aurai pas forcément d’hébergement… et ce sont plutôt ceux qui ont plus de trente ans. Ou alors ils avaient envie de s’habiller comme pour aller au bureau. Said, par exemple, qui était paysan en Afghanistan, a choisi une veste en velours et une chemise, alors que les autres ne choisissaient pas de chemises. Ils voulaient des tee-shirts, des sweats, mais les chemises ne les intéressaient pas. Et Said a bien insisté sur le fait que, même en Afghanistan, il faisait toujours attention à sa façon de s’habiller et qu’il était, là, très content d’avoir récupéré une veste et une chemise et qu’il se trouvait très beau, très fier, ainsi. Il disait qu’il avait l’impression d’aller au bureau alors qu’il travaillait la terre dans son pays.
F. Ce qui était frappant aussi c’est que leur fierté grimpait au fur et à mesure de la rencontre. Certains, il faut le dire, étaient sur la réserve face à ce projet… Et puis, ils rentraient et commençaient à ce dire qu’il y avait des trucs pas mal, prenaient l’habit, le mettaient sur eux, se sentaient plus fiers et on partait faire une photo, et, là, ils prenaient la pose avec l’habit, et ils se sentaient mieux encore. Et quand ils repartaient, ils étaient hyper contents et fiers de l’avoir fait.
Guindo
Guindo
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Guindo a pris le bonnet, le pantalon et le sweat. Au début, il était un peu lymphatique, très réservé, on avait du mal à le faire parler…
S.… Un peu méfiant, ce qui est normal…
F. Oui, mais quand Sabrina lui a dit qu’avec ces nouveaux habits, il allait plaire aux filles, il s’est illuminé ! Et alors il commence à parler des filles, à dire comment il faisait au Mali, et c’est là qu’il dit qu’il faut « rester serré dans sa gamme » ! Pas trop de bavardages et tu attends !
MP. C’est lui qui s’est tout fait voler…
S. Comme quasiment tous. Il y a plusieurs étapes : certains se sont fait voler au Tchad, d’autres en Libye parce que la plupart du temps ils étaient dans un état de semi-esclavagisme et qu’on leur piquait tout, mais d’autres se sont fait aussi voler en Italie ou à Paris – parce que la police est arrivée et que les tentes ont été déplacées.
Serge
Serge
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Il a pris un maillot du PSG et il faisait un froid de gueux, mais il ne voulait pas fermer sa veste parce qu’il voulait qu’on voit son tee-shirt…
S.… il voulait qu’on voit le maillot du PSG sur la photo donc il a dit « moi j’ai froid, j’assume ». Même chose pour le jean troué. C’est assez drôle d’ailleurs cette histoire de jean troué parce que quand on a collecté des vêtements au début, des ados nous donnaient des jeans troués et on leur disait qu’ils exagéraient, mais les ados insistaient en disant qu’ils allaient adorer. Et au final, ils avaient raison : Serge ne voulait que ça ! Et il a pris un jean avec vraiment de gros trous alors qu’il faisait 0° dehors.
MP. Il était fan du PSG avant son arrivée ou il a pris le maillot du PSG du fait de son arrivée en France ?
F. Il était fan avant en fait.
Abdallah
Abdallah
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Son rêve était de venir à Paris et, devant ce tee-shirt avec la tour Eiffel, il était hyper heureux. Il n’a pas du tout hésité.
S. ce qu’on peut peut-être préciser, c’est l’étape à laquelle ils en sont quand ils sont arrivés à la bulle. Ce sont plutôt des primo-arrivants ou des gens qui ont passé beaucoup de temps dans la rue, mais qui ne sont pas encore passés par l’administration. Donc, dans leur discours, ils montrent qu’ils ont encore beaucoup d’espoirs, y compris pour les Ivoiriens, les Sénégalais, les Guinéens. Qui, eux, ont très peu de chances d’avoir un statut de réfugié. Il y a encore cet espoir-là chez eux qui, malheureusement, après, est souvent très vite déçu parce qu’ils sont dégoûtés de ne pas obtenir le statut de réfugié. Il y a donc cet enthousiasme quand ils arrivent à la bulle où ils ont l’impression qu’avec leurs nouveaux habits, ils vont construire une nouvelle vie. Et malheureusement, ça n’est pas comme ça que ça se passe la plupart du temps…
MP. D’ailleurs Abdallah dit que si ses amis le voyaient, ils se diraient qu’il a l’air heureux…
S. oui, et d’ailleurs sur l’image, il y a quelque chose d’important à ajouter, il me semble, c’est qu’ils envoient tous des photos à leur famille. Ils postent beaucoup sur les réseaux sociaux, ils sont tous sur Facebook, Whatsapp, pas forcément Instagram, mais en tout cas ils envoient des images. Et la plupart du temps, ils renvoient des images très positives parce que, parfois, la famille s’est sacrifiée pour financer leur projet de vie ailleurs et qu’ils ne veulent pas la décevoir. Il y a aussi l’idée en eux qu’ils seraient humiliés si les gens pensaient qu’ils avaient échoué. Mais ce faisant, ils entretiennent une sorte de faux espoir avec une image renvoyée qui est aussi une image fausse.
Idriss
Idriss
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Il avait une idole, qui est un chanteur ivoirien qui s’habillait comme ça et il voulait absolument s’habiller comme lui. Le bonnet, en revanche, il l’a choisi pour le froid.
MP. Du coup, il fait partie de ceux qui choisissent des vêtements pour maintenir une sorte de lien avec leur pays d’origine ?
F. Il y a un peu des deux, puisque le bonnet n’avait rien à voir.
Mustafa
Mustafa
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
S. Il n’avait pas beaucoup parlé, mais ce qui était assez marrant c’est qu’il nous a demandé d’expliquer – il est Soudanais, il ne parlait ni français ni anglais, mais arabe – ce que voulait dire « Romantic ». Et après nos explications, il a trouvé ça drôle et touchant et il nous a dit qu’il aimait bien, que ça lui plaisait… Il n’était pas tellement sur les marques, mais pour lui, Paris était la ville de la mode et c’était important d’être bien habillé en étant à Paris.
Ahmad
Ahmad
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Ahmad a eu un parcours difficile, a passé beaucoup de temps en Libye… Je l’ai repéré parce qu’il avait un super beau turban et ce visage incroyable. Et quand je lui ai proposé de le prendre en photo, il a dit oui tout de suite. Après, il a posé, et c’était extraordinaire… Il est devenu majestueux.
S. Ahmad… il garde son turban et trouvait que tout ce qu’on avait à la boutique était moche ! Il a presque choisi ce teeshirt pour nous faire plaisir, pour qu’on puisse faire la photo, mais il n’aimait pas. Et puis c’était difficile d’avoir sa taille parce qu’il a un tout petit gabarit, presque d’enfant. Mais il fait toujours hyper attention à la façon dont il est habillé, il est toujours hyper soigné. Maintenant, il a abandonné son turban et a été dédubliné ; il a un permis de séjour de dix ans et comme il est handicapé, normalement, il ne sera plus embêté.
Safi
Safi
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Il a choisi le tee-shirt pour la coupe de cheveux de Snoop Dogg, qu’il trouvait cool ! Et puis on le fait poser et il nous dit qu’il portait un turban en Afghanistan, et il nous a montré comment il le mettait. Et il y a les deux : le turban et un tee-shirt qu’il n’aurait jamais porté en Afghanistan.
Mohammed
Mohammed
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. À la bulle, tu peux laver tes tenues et Mohammed n’avait que deux tenues : une tenue occidentale qui était au lavage et une tenue afghane, bleue, qu’il porte là sur la photo. Il n’était pas parti avec d’ailleurs, elle lui est parvenue par sa mère qui l’a confiée à un autre, mais il était hyper content de retrouver sa tenue afghane. Du coup, il l’a choisie, et parce qu’il faisait froid, il a choisi un sweat qu’il a mis par-dessus. Quand il posait, il nous a expliqué qu’il n’aimait pas trop se promener dans cette tenue parce qu’il en avait assez qu’on le prenne pour un terroriste mais qu’en revanche, là, dans la bulle, il aimait bien remettre sa tunique parce que personne ne l’embêtait et que ça lui faisait du bien.
Ibrahim
Ibrahim
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
F. Il a choisi les vêtements pour la couleur. Il est parti de Guinée dans des camions, dans des conteneurs, il a fait des traversées de nuit et il nous a dit qu’il avait toujours eu une phobie du noir, de la nuit, mais qu’à force de vivre dans le noir, il l’avait vaincu. Et, du coup, c’est en hommage à sa victoire, qu’il s’habille en noir. Il a donc voulu aussi qu’on le photographie un peu dans l’obscurité.
S. Et on l’a recroisé un peu plus tard à la bulle, un jour où Emmaüs Solidarité avait organisé une réunion pour accueillir la Mairie de Paris avec les équipes en charge des Affaires Sociales. Il portait alors la tunique des bénévoles – parce qu’il a décidé de passer un peu de temps à la bulle en reconnaissance de ce qu’Emmaüs France, qui lui a trouvé un logement, a fait pour lui – et je ne l’ai pas reconnu tout de suite.
Said
Said
Source : exposition Des sneakers comme Jay-Z, 48 portraits, 60 pages, Emmaüs Solidarité, mars 2018.
Il était paysan en Afghanistan, a choisi une veste en velours et une chemise, alors que les autres ne choisissaient pas de chemises. Ils voulaient des tee-shirts, des sweats, mais les chemises ne les intéressaient pas. Et Said a bien insisté sur le fait que, même en Afghanistan, il faisait toujours attention à sa façon de s’habiller et qu’il était, là, très content d’avoir récupéré une veste et une chemise et qu’il se trouvait très beau, très fier, ainsi. Il disait qu’il avait l’impression d’aller au bureau alors qu’il travaillait la terre dans son pays.










