L’histoire de l’art des premiers siècles de l’Islam est encore mal connue : fouilles rares ou inachevées, destructions de sites, installations urbaines rendant les explorations impossibles, inaccessibilité du terrain sont autant d’éléments qui rendent difficiles les recherches au Moyen-Orient. Pourtant, le croisement des disciplines et la prise en compte du matériel ancien à disposition permettent d’ouvrir des perspectives. Le cas de Samarra en Irak, capitale éphémère du califat abbasside entre 836 et 892, est un bon exemple pour s’interroger sur les rapports complexes des deux disciplines sœurs que sont l’histoire de l’art et l’archéologie. Le site est majeur : une cité de 40 kilomètres de long sur 4 de large, située à 120 kilomètres au nord de Bagdad, jamais réinvestie ensuite. Elle représente un exemple unique de l’urbanisme au ixe siècle, avec des palais et décors luxueux décrivant le mode de vie du calife et de sa cour, des implantations administratives, militaires, religieuses et privées ; les chroniques font cependant peu mention des trésors artistiques du site. La cité, construite en briques de terre cuite et crue, a fait l’objet de déprédations depuis son abandon par le calife en 892, aussi le travail des archéologues est-il essentiel sur ce site inconnu à plus de 80 %1.
Comment employer les disciplines de l’histoire de l’art et de l’archéologie dans cette optique et comment les accorder pour travailler sur ces terrains inaccessibles ? Quelles perspectives et quelles conclusions peut-on tirer de leurs méthodes respectives ? Leur interaction, appuyée sur les archives, nourrit la réflexion sur la formation de l’art islamique2. Le site est cependant, depuis la fin des années 1990, inaccessible aux archéologues non irakiens et, depuis 2003, en proie à des conflits et destructions3. Dans ce contexte, l’intérêt pour le site et son histoire autant que les menaces qui pèsent sur le patrimoine encouragent à examiner le matériel inédit conservé dans les musées au prisme des archives de leurs découvreurs, offrant des possibilités de contextualisation, d’interprétation et de restitution. Le parcours des découvreurs influe directement sur les résultats des fouilles entreprises au début du xxe siècle. Leur production archivistique permet de comprendre les orientations de leurs travaux et documente le site de façon inédite.
Henry Viollet : un architecte à Samarra
Henry Viollet (1880-1955), architecte français, est le premier à entreprendre les fouilles du site de Samarra et à en faire des relevés précis entre 1907 et 1910 au cours de trois missions (septembre 1906 – avril 1907, octobre 1907 – décembre 1908, mars-septembre 1910)4. Il est alors élève à l’École nationale supérieure des beaux-arts à Paris5 (1901-1911) dans la section d’architecture. Il propose un plan du palais du calife, le Dār al-Khilāfa, dès 19086. Le site de Samarra est fouillé uniquement lors de sa troisième mission, quelques semaines en 1910, où il est accompagné d’André Godard (1881-1965) et dirige les explorations et découvre les fondations du palais. Il documente son travail par des photographies du site (épreuves et plaques de verre subsistent), carnets de notes, dessins, relevés et fiches archéologiques aujourd’hui conservés en majorité à la Bibliothèque universitaire des langues et civilisations à Paris, dans un fonds où se trouve également la documentation de son activité d’architecte à Bagdad à la même période7.
Viollet souhaite alors découvrir les origines de l’art islamique par l’étude du site abbasside et de son histoire8. Des fiches documentent la chronologie des fouilles et les murs découverts9. Par ailleurs, il emploie des photographies à Samarra. Celles des stucs lui servent par exemple à les dessiner et les restituer10, offrant un aperçu des décors architecturaux originaux grâce à sa formation d’architecte. Quelques assemblages de matériel ainsi que des photographies du site illustrent ses publications11 (fig. 1). Ces premières fouilles ont donc été envisagées sous l’angle du bâti et du plan, en tenant peu compte du matériel. Celui-ci fut d’ailleurs remis par Viollet aux autorités ottomanes qui le donnèrent à la mission archéologique allemande lorsqu’elle prit la suite des fouilles du site12. En effet, Samarra fut un objet de conflit entre Français et Allemands avant que les autorités ottomanes confient définitivement l’exploration du site à l’équipe allemande d’Ernst Herzfeld et de Friedrich Sarre en 1910, reflétant également les relations géopolitiques entre ces puissances13.
1. Henry Viollet, Divers fragments de poteries : briques émaillées, mosaïques, verres irisés, etc., [1913], photographie publiée dans id., « Fouilles à Samara en Mésopotamie » (voir n. 10), pl. XX, 2.
© Bibliothèque universitaire des langues et civilisations.
Ernst Herzfeld et la naissance de l’archéologie islamique
Ernst Herzfeld14, archéologue formé à l’architecture et professeur à l’université de Berlin, et Friedrich Sarre, directeur de musée et collectionneur15, ont mené les fouilles les plus importantes du site. Après plusieurs voyages en Mésopotamie, notamment à Samarra entre 1903 et 1907, les Allemands obtiennent l’autorisation de fouiller, ce qu’ils font durant dix-neuf mois, entre 1911 et 1913, majoritairement sur le site du palais Dār al-Khilāfa16. Le matériel découvert est partagé entre Istanbul et Berlin ; cependant, une grande partie des artefacts reste sur le site jusqu’en 1917. Herzfeld considère les fouilles qu’il a menées à Samarra comme la première tentative scientifique pour un site islamique : il tient un registre, consigne ses observations et les élévations dans des carnets de notes, carnets de croquis pour les dessins de pièces et aquarelles (fig. 2), et décrit ses travaux dans sa correspondance avec Sarre en Allemagne17.
2. Ernst Herzfeld, Fouilles à Samarra. Fragments de peintures murales du Dār al-Khilāfa avec des figures humaines, oiseaux et ornements végétaux, relevés dans la zone de réception appelée « Harem », ixe siècle (détail), 1911-1913, aquarelle sur papier, 36 × 49 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art, Department of Islamic Art, The Ernst Herzfeld Papers (eeh1014).
© The Metropolitan Museum of Art.
Les sites de l’Orient antique étaient déjà étudiés avec rigueur par des archéologues allemands qui avaient développé depuis la fin du xixe siècle les techniques de stratigraphie, nettoyage, photographie et relevé systématique pour chaque phase18. Les fouilles dirigées par Robert Koldewey à Babylone puis celles de Walter Andrae à Assur sont considérées comme des modèles, où les techniques de pointe sont expérimentées et perfectionnées19. Celles de Samarra par Herzfeld s’appuyaient en partie sur ces techniques. Par ailleurs, l’archéologue associe la restitution des monuments et sa connaissance des textes anciens grâce à sa maîtrise des langues orientales, proposant des recherches interdisciplinaires, au-delà du seul travail de terrain. La dispersion des archives de Herzfeld est due à sa fuite d’Allemagne vers la Grande-Bretagne en 1935 puis vers les États-Unis en 1936, où il demeure jusqu’en 1944 à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Il fait don d’une partie de ses archives à la Freer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery Archives (Washington, DC) ; une autre partie est vendue au Metropolitan Museum of Art (New York) et une dernière partie se trouve au Museum für Islamische Kunst (Berlin)20. Les parcours de Viollet et de Herzfeld témoignent du biais induit dans leurs recherches par leurs formations.
Du matériel archéologique au service de l’histoire de l’art
Le matériel découvert permet d’envisager le site et le contexte historique sous les angles social, artistique, esthétique et technique. Il marque une période circonscrite, offrant aux historiens de l’art un matériel datable. En 1917, lors de la Première Guerre mondiale, les Britanniques saisissent à Samarra le matériel des fouilles allemandes et l’envoient à Londres. Le secrétaire d’État aux colonies, Winston Churchill, décide de le disperser dans des collections majeures21, ce qu’organisent les conservateurs du British Museum assistés de Herzfeld. Ce matériel archéologique prélevé sur le site du palais du calife al-Mu‘taṣim a été réparti dans une vingtaine de musées à partir de 1921, en lots aux contenus variés et aléatoires22 : céramiques de forme et architecturales, stucs, mosaïques, parements de marbres polychromes, peintures, verreries, boiseries (fig. 3), huisseries, porcelaines importées de Chine, décors de nacre. Ces éléments sont à rassembler et à replacer dans leurs contextes architectural et historique pour en comprendre l’ampleur et le sens. La documentation réunie par les deux archéologues permet de les interpréter.
3. Ernst Herzfeld, Fouilles à Samarra. Quatre boiseries peintes provenant du Dār al-Khilāfa, ixe siècle, 1911-1913, aquarelle sur papier, 23,7 × 30,1 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art, Department of Islamic Art, The Ernst Herzfeld Papers (eeh510).
© The Metropolitan Museum of Art.
Le registre de fouilles de Herzfeld comprend 1 161 entrées, qui ne précisent pas chacune le nombre d’objets ; il est par conséquent impossible d’évaluer la quantité découverte23. Archives comme matériel sont dispersés, il est donc difficile d’envisager ce dernier dans son intégralité et son état est souvent lacunaire ou dégradé. Par ailleurs, les zones fouillées à Samarra sont restreintes, ce qui rend ardue la compréhension du matériel conservé. Les collections qui l’ont reçu ont connu des fortunes variées, l’origine de ces fragments a parfois été oubliée ou non documentée et ils sont difficiles à exposer. Certains fragments sont valorisés en raison de leur technique ou de leur état, comme en témoignent les vitrines du Museum für Islamische Kunst, mais ils sont rares. Plusieurs initiatives ont été entreprises pour mettre en valeur ce patrimoine archéologique, comme le réaménagement et la réouverture complète en 2019 des salles de ce musée, avec une recontextualisation des objets et un nouveau parcours de visite24. Ces artefacts sont cependant essentiellement conservés dans des réserves et des tessonniers (fig. 4).
4. Fragments de céramiques architecturales monochromes vertes provenant du Dār al-Khilāfa à Samarra, ixe siècle, Londres, British Museum, tessonnier (issus des fouilles d’Ernst Herzfeld, 1911-1913), vue de 2012.
© Phot. Vanessa Rose.
La documentation des missions donne à comprendre le contexte de ce site méconnu jusqu’en 1910 ainsi que l’organisation des fouilles et des découvertes, et permet donc d’en proposer une interprétation critique. Ces objets archéologiques, désormais œuvres d’art par leur muséification dans les années 1920, contribuent à affiner nos connaissances historiques. En produisant de la documentation, les archéologues ont offert une vision de la cité médiévale et de son état au début du xxe siècle. Cette documentation propose des données brutes et une interprétation des vestiges. À Samarra, l’ensemble des élévations n’est plus visible en raison des matériaux de construction périssables des édifices. Les fondations ont été relevées pour établir les plans des bâtiments. Le site a fait l’objet de différentes campagnes de fouilles au cours du xxe siècle, par la direction générale des Antiquités irakiennes à partir de 1936 puis irrégulièrement jusqu’en 198225. Des missions de cartographie et de prospection ont ensuite été dirigées par Alastair Northedge avec la British School of Archaeology in Iraq entre 1983 et 198926. Toutes ces missions ont donné lieu à des productions documentaires, mais les choix et interprétations des archéologues orientent la documentation produite et donc la lecture du site. La contextualisation du matériel permet la compréhension et l’identification des fonctions des zones du palais du Dār al-Khilāfa.
L’écriture d’une histoire de l’art islamique
Ce matériel varié permet de restituer la vie du calife et l’histoire de l’art abbasside au ixe siècle ainsi que d’établir leurs spécificités et innovations. Ainsi, Northedge, dernier directeur non irakien des fouilles de Samarra, travaille depuis plusieurs années à restituer le plan de la ville et du bâti, à l’aide des textes et des vestiges des fondations27. Le rapport à l’archéologie est essentiel pour l’historien de l’art islamique puisque l’enjeu de la contextualisation et de la réunion des artefacts rejoint celui de la restitution28. La cité de Samarra offre une vision unique des arts décoratifs et de la vie de cour dans le califat abbasside. Ces objets variés et dispersés, qui prenaient place dans un écrin unique, le palais Dār al-Khilāfa, sont difficiles à restituer dans l’espace en l’absence d’élévation bien conservée et en raison du peu de matériel découvert in situ (fig. 5). Leur réunion, leur connaissance et la maîtrise de leur environnement permettent de comprendre le cadre de la vie publique du calife dans les zones d’audience et dans des espaces plus réservés, ainsi que les développements techniques des Abbassides et les goûts du ixe siècle.
5. Ernst Herzfeld, Fouilles à Samarra. Frise murale de stuc sculpté en style biseauté dans l’antichambre de la salle sous dôme dans la zone dite du « Harem » du Dār al-Khilāfa, ixe siècle, 1911-1913, épreuve photographique, 6,2 × 10,4 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art, Department of Islamic Art, The Ernst Herzfeld Papers (eeh984).
© The Metropolitan Museum of Art.
À défaut de textes abbassides sur les décors, les techniques et les artisans, la découverte de la cité préservée de Samarra répond à plusieurs questions sur la mise en scène du pouvoir, la vie et l’environnement du calife au cœur de sa capitale29. La puissance du calife s’exprime aussi par la démonstration artistique. Ainsi, la mise en œuvre de céramiques architecturales à décor de lustre métallique est une innovation à Samarra, en l’état de nos connaissances. Cette technique complexe utilise les oxydes d’argent et de cuivre sur une glaçure blanche opacifiée à l’étain et résulte de deux cuissons30. Ce décor présente la particularité de révéler des reflets métalliques chatoyants selon un angle spécifique de pénétration de la lumière. La céramique architecturale devient à partir de cette date un élément essentiel dans le décor islamique et ses techniques se multiplient, jusqu’à nos jours et sur l’ensemble de ses territoires, de l’Asie centrale à la Méditerranée, où elle pare les monuments les plus prestigieux. C’est également le cas du stuc, qui connaît à Samarra une évolution sans précédent. Trois styles y ont été identifiés par Herzfeld puis Creswell, avec un emploi inédit du style biseauté, dit « style C31 », décorant également le marbre et le bois. Le stuc (fig. 6) connaît un grand succès au ixe siècle, notamment en Asie centrale et en Afghanistan, comme à Balkh. Ces techniques sont emblématiques du site et pourtant, leur étude en est encore à ses débuts. Elles doivent désormais être envisagées dans leurs interactions, leurs développements, leur globalité et leur succès esthétique.
6. Ernst Herzfeld, Fouilles à Samarra. Élément d’arcade en stuc sculpté en style biseauté reconstitué à partir de fragments trouvés dans la salle d’audience basilicale du Dār al-Khilāfa, ixe siècle (détail), 1911-1913, encre noire et crayon sur papier, 29,1 × 24,3 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art, Department of Islamic Art, The Ernst Herzfeld Papers (eeh1381).
© The Metropolitan Museum of Art.
Publier et exposer l’archéologie au service de l’histoire de l’art
Le site de Samarra et les fouilles furent rapidement publiés par Viollet32. Sa production éditoriale est abondante et très documentée grâce aux relevés et notes qui lui ont servi de bases scientifiques. À l’issue de la Première Guerre mondiale, il a repris son travail d’architecte en France et ses découvertes archéologiques tombèrent dans l’oubli. Herzfeld a ensuite publié ses découvertes et confié les publications sur la céramique de Samarra à Friedrich Sarre et sur le verre à Carl Lamm. Il s’agit de six volumes publiés entre 1923 et 1948 qui offrent des typologies des artefacts mais les écartent de leur contexte initial33. La prise en compte des archives d’archéologues permet de remettre en question les récits ou hypothèses et de révéler la polysémie du discours sur ces objets et décors. Avec les fouilles de Herzfeld, l’archéologie islamique est entrée au musée, mais il a fallu du temps pour la distinguer des périodes antiques et la présenter dans des départements autonomes des musées34. L’archéologie islamique est encore difficile à exposer et à muséographier. Cette question a notamment été abordée en 2010 à Berlin lors de l’atelier « Layers of Islamic Art and the Museum Context »35.
Par ailleurs, l’archéologie est désormais présentée sous l’angle du parcours de ses producteurs : une exposition sur Herzfeld à Samarra en 2002 à New York, une autre sur Friedrich Sarre en 2015 à Berlin et une troisième sur Herzfeld à Pasargades en 2016, à Washington, DC, présentant un riche fonds de cyanotypes36, participent de cette interpénétration de l’archéologie et de l’histoire de l’art, valorisant des parcours, des méthodes et donc la connaissance et la compréhension de ce matériel. Les institutions muséales sont au cœur du processus de recherche, comme en témoignent la numérisation et la mise à disposition des archives Herzfeld par les institutions états-uniennes dépositaires. En Allemagne, une modélisation 3D du matériel des fouilles de Samarra, commençant par les panneaux de stuc pour la reconstitution des murs du palais, a été proposée37.
En 2011 s’est tenu à Berlin, pour le centenaire des fouilles allemandes, un colloque de la Ernst-Herzfeld-Gesellschaft, dont les actes ont été publiés en 201438, auxquels s’ajoutent plusieurs monographies récentes39. Différentes initiatives britanniques ont également été développées : le blog Samarrafinds, tenu par Rosalind Wade-Haddon et faisant suite au site internet du même nom (abandonné), est une initiative du Victoria and Albert Museum en collaboration avec le British Museum, qui fait l’inventaire des pièces conservées dans ces institutions40. Toutes ces propositions contribuent à l’écriture de l’histoire de l’art abbasside à partir des premières fouilles du site de Samarra et participent de l’interaction nécessaire entre archéologie et histoire de l’art islamiques autour de ces collections dispersées.
Ces archives inédites ou peu exploitées permettent de remettre en question les interprétations et de replacer le site dans son contexte historique et artistique pour apprécier son impact sur l’histoire de l’art islamique et son influence tant en Orient qu’en Occident. Un matériel inédit et dispersé est issu de ces missions, que les nouvelles technologies aident à rassembler et interpréter, comme c’est le cas pour les céramiques architecturales. Le croisement des méthodes aide ainsi à développer la recherche sur le puissant califat abbasside, à écrire une histoire de l’art des premiers siècles de l’Islam ainsi qu’à retracer les débuts académiques et scientifiques de l’histoire de l’art et de l’archéologie islamiques, indissociables.

![1. Henry Viollet, Divers fragments de poteries : briques émaillées, mosaïques, verres irisés, etc., [1913], photographie publiée dans id., « Fouilles à Samara en Mésopotamie » (voir n. 10), pl. XX, 2.](docannexe/image/182/img-1-small800.jpg)




